‹ Recherches anatomico-pathologiques sur l'encâephale et ses dâependancesChapitre 2 sur 9 · IST · texte numérisé non relu

IST

Violente impression, tristesse, stupeur, paralysie d'un côte de la face. Deux jours après, hémiplégie complète à droite; noix vomique nuisible deux fois. Au bout de trois mois , rechute. Mort trois jours après. — Plusieurs foyers purulens dans l'hémisphère gauche, ramollissement de la substance cérébrale environnante. (Ouv. cite', t. II. p. 4 ii. )

« M. Thavernier, capitaine au régiment,

âgé de quarante -deux ans, cheveux très- blonds, teint coloré, peau blanche, médiocrement robuste, mais bien conformé, reçut au milieu du Palais- Royal, en mai i8i5, quatre-vingt-dix jours avant sa mort, une lettre qui lui donnait de mauvaises nouvelles. Pendant la lecture de cette lettre, il resta immobile, comme stupide , et éprouva une paralysie du côté gauche de la face , marquée par une distorsion du côté droit. On le conduisit chez lui , où quelques soins lui furent donnés 5 il se remit ; mais

( 4? ) deux jours après, il rechuta et fut conduit au Valde-Grâce. Lorsque je l'observai, la distorsion n'était marquée que lorsqu'il faisait agir les muscles de la face. La physionomie était stupide; le malade gardait le silence. Lorsqu'on lui demandait avec énergie de montrer sa langue, il ouvrait la bouche; mais la langue ne sortait point. Il y avait paralysie complète du bras , de la cuisse et de la jambe du côté droit-, pouls plein, large, dur, lent; chaleur de la peau peu augmentée , respiration un peu ralentie, saignée forte du bras, quarante sangsues sur les jugulaires; aucune amélioration. Les jours suivans, je lui administrai l'émétique et les cathartiques, qui produisirent des évacuations abondantes sans procurer aucun soulagement. On s'aperçut que la vessie était aussi paralysée, et il fallut y laisser une sonde à demeure.

» Après ces premiers moyens, j'eus recours aux stimulans, recommandés en pareil cas, dans l'espoir d'en obtenir l' effet révulsif. Ainsi, décoction de fleurs d'arnica avec l'acétate ammoniacal; frictions avec la teinture de canlharides sur les lombes; quatre à cinq gouttes de cette teinture dans une pinte de tisane émolliente. Il en résulte une irritation de l'urètre, du gland et du prépuce qui commençait à s'ulcérer ; il fallut se réduire aux émolliens : on mit un vésicatoire à la nuque.

)> Cependant à la suite de ce traitement, et sept à huit jours après l'arrivée du malade , on observa

( 48 ) une augmentation de l'attention , diminution de la stupidité, appétit beaucoup plus vif, pouls plus souple, mais la paralysie était la même. Ce fut alors que j'eus recours à la teinture de noix vomique , que l'on vantait à cette époque comme un excitant particulier du système nerveux rachidien. J'étais d'autant plus empressé d'en faire l'essai, qu'un excellent observateur, le docteur Gérard- G irardol , avait déclaré, dans sa tbèse soutenue en 1812, que cette substance exerçait une action très -remarquable sur F encéphale. Au bout de deux ou trois jours de l'emploi de ce moyen, le malade se meta balbutier, et paraît avoir des visions, des hallucinations-, il s'emporte contre ceux qui le servent, vide son urinai dans son lit, s'agite péniblement, et fait du bruit pendant la nuit-, du reste, aucune diminution dans la paralysie. Cette irritation étant donc jugée en pure perte, je supprime le médicament après une quinzaine de jours de son usage. Disparition du délire fantastique. J'essaie les purgatifs drastiques, ils produisent la diarrhée, et je m'aperçois que le malade a contracté une colite. Je renonce à ce nouveau moyen, et la diarrhée se calme. Le vin antiscorbutique et celui de kina ne produisent aucun effet sur l'hémiplégie.

)> Après plus d'un mois d'interruption!] de l'usage de la noix vomique, j'y reviens, et j'ai encore l'occasion de constater son effet hallucinant, sans aucun avantage pour le mouvement musculaire 5 un mois

( 49) plus tard je m'avise d'administrer la liqueur de S an Swieten , qui m'avait réussi contre une paralysie universelle en Andalousie. Je la donne avec la même précaution que dans la syphilis. Dès ce moment, le malade se trouve mieux, il prononce certains mots, montre sa langue , et exécule quelques mouvemens de la jambe paralysée. Je persévère, et les progrès continuent avec lenteur. Il arrive au point de pouvoir s'asseoir seul sur son lit , et de se tenir debout en saidant du membre paralysé ; il parle , quoiqu'avec difficulté, et répond sur un plus grand nombre de sujets qu'auparavant ^ il conserve cependant encore un peu d'idiotisme. Le pouls est trèscalme , la respiration aussi libre qu'en santé , l'appétit excellent. Dans cet état, dont nous suivions les progrès avec un extrême plaisir, M. Thavernier reçoit une nouvelle lettre que l'on dit être de sa femme : il la lit, et à l'instant perte de la parole , immobilité générale , abolition de tous les sens, élévation et dureté du pouls , respiration slertoreuse, en un mot apoplexie complète. Emploi des saignées , des émétiques , des vésicatoires, etc. Tout est inutile, passage à l'état d'agonie, et mort le troisième jour de Faccident.

a Autopsie. Tête. Les sinus assez engorgés, un

peu de sérosité trouble dans le ventricule latéral

droit , rien dans le gauche , mais l'hémisphère de

ce côté est ramolli et affaissé dans sa partie moyenne}

Page 1