CINQUIEME LETTRE
Indurations ou tumeurs rouges.
Nous avons étudié les altérations du cerveau dans l'ordre suivant lequel l'inflammation les produit ; passant des ramolîissemens avec injection sanguine aux infiltrations de pus, aux abcès récens, enfin aux abcès enkystés, nous avons vu, dans la dernière lettre , que 1 état du kyste dépendait de l'ancienneté de l'abcès , mais que la formation du pus avait été accompagnée de symptômes dont la marche et l'intensité annon- T. IL x6 ^
çaient tantôt une inflammation aiguë ou subaiguë, tantôt une inflammation chronique : nous avons vu que les accidens diminuaient à mesure que la fluxion se dissipait, qu'ils disparaissaient même complètement , lorsque le pus était réuni en foyer , pourvu que celui-ci ne fût pas trop considérable ; qu'ils se renouvelaient, lorsqu'une nouvelle inflammation était provoquée par la présence de la première lésion, etc.; d'où il résulte qu'un abcès enkysté, pour être plus ancien qu'un abcès ordinaire ou un ramollissement, n'est pas toujours , par ce seul fait , le produit d'une inflammation plus chronique] et qu'il faut distinguer, dans l'étude des symptômes, ceux qui accompagnent la production de l'altération de ceux qui sont produits par sa seule présence ou par les maladies consécutives qu'elle provoque.
Ces considérations sont parfaitement applicables aux autres altérations anciennes , qu'on a regardées comme des maladies chroniques , parce qu'on n'a pris en considération que leur durée totale, et qu'on a appelées lésions organiques , par excellence, sans doute parce qu'elles modifient d'une manière plus frappante et plus durables la texture des organes.
Quand on veut étudier la cause et le mécanisme de la formation , de l'accroissement de ces altérations anciennes , il faut bien rapprocher les changemens trouvés après la mort des symptômes observés pendant la vie. On voit alors que la durée totale de la maladie se partage en différentes époques distinctes,
entre lesquelles la lésion organique n'a donné lieu le plus souvent à aucun symptôme; que ceux qu'on a observés à ces différentes époques ont été produits par de nouveaux changemens survenus dans les tissus déjà altérés ou dans les parties qui étaient restées saines.
On trouve souvent, après la mort, des traces distinctes de chacune de ces périodes, dont les caractères n'ont pas toujours été les mêmes à chaque époque. On voit aussi qu'une première lésion provoque souvent , dans des organes plus ou moins voisins, des maladies consécutives, dont les symptômes deviennent prédominans, modifient ou masquent complètement ceux de la lésion primitive. C'est principalement parce qu'on n'a pas fait toutes ces distinctions dans l'étude des altérations anciennes , que leur histoire est encore aujourd'hui si peu avancée.
Er effet, c'est par elles qu'a commencé l'anatomie pathologique. Plus apparentes, plus permanentes que des injections variables, souvent fugaces, qu'une simple diminution de cohésion , elles ont attiré l'attention des premiers praticiens qui ont ouvert des cadavres : aussi leurs ouvrages ne contiennent guère que des exemples de tumeurs de toute espèce. Mais ces observations ne peuvent guère être utiles aux progrès de la science, parce que tous les symptômes sont attribués à une seule cause, la présence de la tumeur, et que d'ailleurs la plupart de ces altérations étaient précieusement conservées intactes dans l'alcool.
D'un autre cote, l'étude des altérations anciennes présente des difficultés qui tiennent àleur ancienneté même. L'histoire des symptômes qui leur appartiennent ne peut jamais être aussi complète, aussi satisfaisante que celle des lésions récentes , parce qu'il est rare que ce soit le même médecin qui ait traité le malade depuis le début des premiers accidens jusqu'à la mort, et qu'il arrive encore plus rarement peut-être qu'un praticien recueille et conserve avec soin des notes, chaque fois qu'il est appelé pour le même malade.
Les opinions qui ont régné à diverses époques sur les fonctions des diverses parties du cerveau , ont aussi exercé beaucoup d'influence sur la rédaction des observations relatives aux Usions organiques de ce viscère. La plupart du temps elles ne font mention que de ce qui peut être favorable ou contraire à telle ou telle hypothèse ; le reste est entièrement négligé.
Toutefois les difficultés qui naissent de la manière dont les faits ont été rapportés, ne sont pas encore les plus graves, il est permis de ne pas s'en inquiéter beaucoup; mais il résuite de la comparaison attentive des observations qui méritent le plus de confiance, que des altérations semblables pour la couleur, pour la texture, pour le volume, et quelquefois occupant le même siège, ont été accompagnées, pendant la vie, de symptômes tout-à-fait différens , et qu'après des symptômes semblables , on a trouvé des altérations très-différentes par leur aspect, leur siège, leur volume, etc.; en sorte que celui qui ne cherche pas des
observations pour appuyer une opinion préconçue, mais qui veut avec conscience tenir compte de tous les faits bien observés, se trouve jeté d'abord dans la plus pénible incertitude. Après être resté long-temps plongé dans une profonde obscurité, s'il finit par remarquer des circonstances qui n'avaient pas encore été aperçues, par voir nettement les objets, sous toutes leurs faces , comment les montrera-t-il à d'autres sous les mêmes points de vue? Ne pouvant les exposer en même temps pour en faire ressortir les rapports et les différences, par où commencera-t-il ? quel ordre suivra-t-il?
Baglivi a dit avec une justesse admirable, en comparant les observations particulières aux lettres de l'alphabet : Licet per se inutiles sint , 'varie tamen collectée et inter se collatœ ac dispositœ, verum naturœ idioma constituunt (i). Mais ici leur distribution paraît également embarrassante , soit qu'on les rapproche sous le rapport des symptômes, soit qu'on prenne pour point de départ les altérations pathologiques. Pour nous le choix ne pouvait être douteux. Jusqu'à présent nous avons toujours eu pour but de rechercher la cause des altérations pathologiques , le mécanisme de leur formation , les symptômes qui les accompagnent , etc. : nous ne pouvions pas changer de marche, c'est d'ailleurs la seule qu'on puisse suivre utilement pour le moment.
(i) Baglivi , praxis , Ub. 11 , cap. 3. §. iij.
( 236 ) Mais les faits examinés sous ce rapport ne peuvent encore former une série continue ni des divisions tranchées et parfaitement circonscrites. Il en est toujours quelques-uns qui ont quelques points de contact avec ceux qui se ressemblent le moins. C'est ce qui m'a forcé de les rapprocher d'après leurs plus grandes affinités, d'en former des groupes aussi naturels que possible, sans avoir la prétention de les séparer d'une manière rigoureuse. Au reste, ces difficultés se présentent dans toutes les sciences d'observation : cette distribution a été admise dans toutes, à mesure qu'elles sont devenues plus positives. Qu'importe d'ailleurs qu'on étudie ces groupes séparément, si l'on n'en fait pas autant d'êtres à part, s'ils s'enchaînent naturellement, et répandent les uns sur les autres une lumière mutuelle; si, après les avoir étudiés l'un après l'autre, on les envisage sous un point de vue plus général pour en avoir une idée plus nette et plus complète ?
L'augmentation de densité étant le caractère le plus remarquable et le plus constant de toutes les altérations que nous allons examiner, nous étudierons les indurations , comme nous avons étudié les ramol lissemens , pour en rechercher la cause , le mécanisme , etc., etc. Pour rappeler ce caractère commun , nous emploierons les expressions génériques <¥endurcissement ou d'induration de préférence aux mots usités , qui tendent à faire croire que les altérations qu'ils désignent sont de nature tout-à-fait différente. Nous commencerons par l'espèce d'induration qui cor-
(237 ) respond aux ramollissemens de la première lettre , et ainsi de suite.
Six attaques de paralysie à droite. Mort au bout de cinq mois. — Induration lamineuse à la face interne du lobe moyen gauche : au-dessous , tumeur du volume d'un œuf de poule à couches concentriques , plus denses au centre qu'à la circonférence , mêlées de jaune et de rouge ; substance cérébrale environante , ramollie et mêlée de rouge et de blanc.
Pierre Aubert , âgé de cinquante-einq ans, d'une constitution sèche, dune taille au-dessus de la moyenne, eut, dans le mois d'avril 1824, une attaque de paralysie qui affecta le côté droit du corps. Elle céda à une saignée et à des vésicatoires. Quinze jours après, il eut une seconde attaque semblable à la première, et fut apporté à l'Hôtel-Dieu, le 5 mai, dans l'état suivant : Perte presque complète du mouvement dans tout le côté droit du corps, plus prononcée au membre supérieur qu'à l'inférieur, sans roideur ni convulsions ; sensibilité assez conservée dans les deux membres , pour que le malade exprime d'une manière non équivoque la douleur qu'il éprouve quand on le pince ; facultés intellectuelles diminuées , face animée, parole nulle, langue embarrassée , sortant de la bouche avec difficulté et en tremblant. Les efforts que fait le
malade pour s'exprimer, indiquent qu'il a la conscience de ce qui se passe autour de lui; son impuissance l'afflige même au point qu'il verse des larmes quand on l'interroge; mais les impressions qu'il éprouve sont fugaces : quelques paroles consolantes le mettent en bonne humeur; il rit aussi facilement qu'il pleure. Pouls plein , régulier , assez fréquent ; respiration naturelle, appétit presque nul, ventre un peu resserré. ( Saignée de six onces, eau de veau, petit-lait, lavement purgatif, bouillon.)
Les jours suivans point d'amélioration sensible. ( Sangsues au cou , séton à la nuque. ) Le 9 , céphalalgie intense. (Douze sangsues de chaque côté du cou.) Depuis ce moment les mouvemens deviennent plus faciles, dans la jambe d'abord, ensuite dans le bras, et se rétablissent presque entièrement. Le 20, le malade parle plus facilement, peut se tenir à son séant et serrer presque aussi fort avec la main droite qu'avec la gauche.
Le 21. Sans cause connue, les mouvemens redeviennent peu à peu embarrassés dans tout le côté droit ; la raison s'affaiblit, et l'on n'obtient plus du malade que des pleurs ou des juremens. (Saignée, sangsues, bouillons. )
. Les jours suivans, retour de la sensibilité et du mouvement, commençant toujours par le membre inférieur; rétablissement incomplet de l'intelligence.
Le 14 juin, le malade ayant voulu se lever , tombe à deux pas de son lit, et se blesse légèrement à l'angle
(a39) externe de l'œil droit. Le soir, face rouge, tendance au sommeil, abolition complète du mouvement dans le côté droit , conservation d'un peu de sensibilité, déviation de la bouche à gauche • pendant l'expiration , léger soulèvement de la joue paralysée, par l'air qui remplit la bouche. (Saignée du pied droit, de quatre onces ; pansement simple de la plaie.)
Les jours suivans, plusieurs applications de sangsues vers la base du crâne; retour de la sensibilité, puis du mouvement dans le membre inférieur, et plus tard dans le supérieur ; appétit presque naturel, gaîté, selles régulières.
Le 4 août, nouvelle chute, nouvelle blessure au côté externe de l'orbite droit. En relevant le malade, on remarque de la roideur dans le côté droit qui est de nouveau paralysé. (Traitement antiphlogistique). Diminution lente et incomplète des accidens. On met au malade la camisolle de force pour le retenir dans son lit.
Dans la nuit du Ier septembre, il parvient encore à se lever, et fait une troisième chute semblable aux précédentes. Le lendemain , à la visite, paralysie du mouvement, diminution du sentiment avec légère roideur du côté droit -y fièvre, coma, sueur abondante, rougeur de la face. (Saignée du bras , pédiluve ; le soir, sangsues au cou. )
Le 2. Face pâle, expression sévère et menaçante, amaigrissement rapide, insensibilité complète du côté droit, langue rouge et sèche, diminution de la suppura
( Mo ) tion du séton ; excoriation de la peau qui recouvre le sacrum. (Sinaspismes aux jambes.)
Le 4 septembre. Insensibilité générale. Mort le soir sans convulsions.
Ouverture du cadavre trente-six heures après la mort.
Dure-mère saine. Arachnoïde et pie-mère injectées et difficiles à détacher de la convexité des hémisphères; sur presque toute la surface du lobe moyen gauche, la substance grise des circonvolutions reste adhérente à la pie-mère. Vers la partie moyenne de la face interne ou plane du même hémisphère gauche , l'arachnoïde est encore plus intimement unie à la substance grise; dans un point même, elle est entièrement confondue avec une plaque cellulo-cartilagineuse d'un pouce de diamètre , épaisse dans son centre dune ligne et demie, adhérente elle-même à la substance cérébrale sous-jacente ; cette dernière est ramollie, difjluente , et sans aucune trace de circonvolutions ni d'anfractuosités. Sur le milieu de sa face convexe, le même lobe moyen gauche offre une mollesse imitant assez bien la fluctuation; incisée dans cet endroit, la substance médullaire est comme diffluente. Dans quelques points, du sang est infiltré d'une manière diffuse dans la substance désorganisée , et semble combiné avec elle; dans tous les autres points, la substance ramollie est d'un blanc crémeux et homogène. Après avoir enlevé les parties désorganisées, on seul du côté interne, vers la plaque cartilagineuse , un noyau d'une densité plus grande que celle des parties
( »4i ) saines, d'une forme sphérique, du volume d'un œuf de poule, occupant la partie du lobe moyen qui repose sur le ventricule gauche , au-dessus du corps calleux , et à la hauteur de la couche des nerfs optiques. Ce noyau incisé dans plusieurs directions , présente des tranches à surface aréolaire, d'un blanc sale, mêlé de jaune et de rouge. Le rouge est très-vif dans certains endroits; dans d'autres, surtout au centre, le jaune est bien tranché. En grattant la surface de ces tranches avec la pointe d'un scalpel , on enlève des lamelles de matière comme pultacée , sans aucune apparence fibreuse. La trame celluleuse du cerveau semble servir de canevas à cette organisation. Les couches les plus voisines de la circonférence sont sensiblement moins denses et moins solides que celles du centre leur teinte est aussi moins foncée. Une pression un peu forte produit l'écrasement des morceaux; la section par l'instrument tranchant n'est accompagnée d'aucun bruit semblable à celui que produit la division des tissus fibreux ou squirrheux. Cette altération enfin rappelle à l'esprit l'hépatisation du poumon.
Le reste du cerveau ne présente rien de particulier, non plus que la moelle épinière.
Cette observation a été recueillie par M. Dalmas, alors élève interne à l'Hôtel -Dieu. Je la dois à l'obligeance de M. le professeur Dupuytren. Ce célèbre praticien a mis à ma disposition ses riches et nombreux cartons , avec un empressement dont je
lui conserverai toujours une vive reconnaissance.
§. I. L'histoire d'Aubert est une des plus importantes de toutes celles que j'aurai à vous rapporter ; elle nous ramène aux altérations récentes que nous avons exami. nées dans les deux premières lettres, et jette une vive lumière sur la plus part de celles dont nous nous occuperons par la suite; j'aurai souvent à vous la rappeler. Examinons la donc avec attention dans ses plus petits détails.
Le malade a éprouvé, dans l'espace de cinq mois , six attaques de paralysie. Dans les trois dernières , il s'est fait une contusion à la tête. Vous serez peutêtre tenté de regarder la paralysie comme l'effet et non comme la cause de la chute; mais si vous remarquez que chaque fois la contusion a existé du côté delà tête correspondant à la moitié du corps qui venait d'être privée de mouvement , et que toutes les altérations existaient dans l'hémisphère opposé du cerveau , vous resterez convaincu que chaque chute a été produite par le retour subit de la paralysie, que ces attaques n'ont différé des précédentes que par la situation du malade au moment où elles sont arrivées. Du reste, toutes ont affecté les mêmes parties, ont présenté les mêmes caractères : elles ont donc été dues à la même cause agissant toujours sur le même hémisphère. Mais cette cause, quelle est-elle ? comment a-t-elle pu produire des altérations d'un caractère si différent.
§. II. Nous avons vu, dans les deux premières lettres, l'inflammation aiguë du cerveau produire la paralysie
avec la même rapidité que l'hemorrhagie cérébrale, surtout dans les cas où une certaine quantité de sang était épanchée ou plutôt infiltrée dans la substance ramollie, comme combinée avec elle, de manière a présenter l'aspect d'une sugillation, d'une véritable ecchymose ; et j'ai eu soin de vous faire remarquer que, sous le rapport des symptômes et de l'altération, la maladie paraissait alors tenir le milieu entre la congestion hémorrhagique et la fluxion inflammatoire. Au reste cette marche brusque de l'encéphalite aiguë est si commune, qu'il est inutile de vous en rappeler des exemples: sa ressemblance avec l'hémorrhagie cérébrale est même ce qui rend le diagnostic si difficile dans certains cas. A cette occasion, j'ai souvent arrêté votre attention sur des phénomènes spasmodiques qui avaient précédé ou accompagné la paralysie produite par inflammation; je les ai regardés et je les regarde encore comrae/?flthognomoniques , en ce sens que leur présence établit d'une manière certaine le caractère inflammatoire de la maladie. Je n'ai pas prétendu qu'ils existassent constamment comme on l'a si souvent répété ; je n'ai pas pu le dire, puisque j'ai rapporté moi-même des exemples du contraire. J'ai dit et je pense encore qu'étant souvent très fugaces, ces phénomènes spasmodiques ont bien pu n'être pas remarqués dans un temps ou l'on n'en tenait aucun compte ; j'ai dit et je répète que . dans ces cas d'encéphalite aiguë , à marche apoplectiforme , les symptômes en question sont seuls caractéristiques. De là l'importance que j'ai dû y attacher, et
peut-être l'erreur de ceux qui ont cru m'adresser des objections. Quoi qu'il en soit, ces symptômes spasmodiques ont été bien prononcés dans les dernières attaques éprouvées par Pierre Aubert : quand on le releva le 4 août « on remarqua de la roideur dans le côté droit, de nouveau paralysé.» Le ier septembre, troisième chute. « Le lendemain, à la visite, paralysie du mouvement, diminution du sentiment avec légère voldeur du côté droit.» Peut-être a-t-il existé quelque chose d'analogue dans les autres attaques : les deux premières ont eu lieu hors de l'hôpital; d'un autre côté, les phénomènes spasmodiques se dissipent quelquefois, je ne puis trop le répeter , avec une grand rapidité : au reste , il suffit qu'on les ait constatés dans les deux dernières attaques, semblables aux précédentes, pour que leur réunion aux phénomènes paralytiques ne laisse aucun doute sur la nature inflammatoire de la maladie.
§. III. Examinons maintenant l'une après l'autre les différentes altérations trouvées dans l'hémisphère opposé au côté du corps qui a été le siège de tous les symptômes. « A la surface des circonvolutions , l'arachnoïde était entièrement confondue avec une plaque cellulo-cartilagineuse d'un pouce de diamètre, épaisse dans son centre d'une ligne et demie , adhérente elle-même à la substance cérébrale sous-jacente, ramollie, diffluente etc.» Vous avez déjà vu dans la lettre deuxième n° 3i, un exemple semblable. Le malade, a près avoir éprouvé des symptômes d'encéphalite suivis
( ^45 ) (I une amélioration sensible, fut trouvé mort dans son lit, sans que rien ait annoncé une fin si prochaine. « Dans l'étendue d'une pièce de trente sous, la substance corticale, adhérente à l'arachnoïde, était endurcie comme cai tilagineuse... ; au contraire, toute la substance blanche sous-jacen te était considérablement ramollie.,.» Nous avons conclu du rapprochement des symptômes et des altérations, que l'induration était le résultat d'une encéphalite ancienne, et le ramollissement l'effet d'une rechute. La ressemblance qui existe entre ces deux cas vous fera sans doute appliquer à l'un les réflexions que vous avez adoptées pour l'autre. En supposant toutefois qu'il vous reste quelque doute à cet égard , j'espère qu'ils seront complètement dissipés quand vous aurez lu une trentaine d'observations semblables que je vous rapporterai plus tard. Aussi par anticipation, vous pouvez admettre comme démontré que cette plaque cellule- cartilagineuse était le résultat d'une ancienne encéphalite de la surface des circonvolutions. Au-dessous existait un noyau arrondi , du volume d'un œuf de poule, d'une consistance moindre que celle de cette plaque , composé de couches concentriques , sensiblement moins denses et moins solides à la circonférence qu'au centre, et présentant plusieurs taches de couleur bien distincte : les unes d'un rouge vif les autres jaunes ou d'un blanc sale. Aux environs de cette tumeur, la substance cérébrale ramollie, offrait !es même nuances de couleur. Est-il rien de plus concluant que la réunion de toutes ces circonstances?
( *46 ) ne démontrent-elles pas clairement l'identité des deux altérations ? n'est-il pas évident que les différentes couches de la tumeur ont été dues à autant d'inflammations semblables à celle qui en dernier lieu a causé le ramollissement et la mort : inflammations terminées par induration, comme celle qui a produit la plaque cellulocartilagineuse voisine; indurations d'autant plus consistantes qu'elles étaient plus aciennes.
Nous voyons donc ici réunies dans un petit espace toutes les nuances de densité que l'inflammation peut donner à la substance cérébrale depuis le ramollissement le plus complet jusqu'à l'état voisin du cartilage; nous voyons toutes rcs nnances bien distinctes, comme l'ont été pendant la vie les différentes périodes de la maladie, ou plutôt les différentes inflammations provoquées par une première induration , due elle même à une première inflammation. Nous ne pouvons pas douter que le développement de cette tumeur ait été dû au ramollissement et à l'induration successive des différentes couches de substance cérébrale en contact avec les parties déjà endurcies.
A en juger par la densité des tissus altérés, et par les nombreuses observations que je vous ai annoncées tout à l'heure, il paraît que la première inflammation s'est développée à la surface des circonvolutions , et que la présence de la plaque cellulo-cartilagineuse a provoqué la formation du noyau central de la tumeur sous-jacente, comme ce noyau central a provoqué la formation successive des couches concentriques; et,
soit dit en passant, vous pouvez présumer, d'après ceci, que les indurations lamineuses ne diffèrent des tumeurs que par leur siège. Nous verrons, en effet, que ces plaques , ces lames, ne se rencontrent qu'à la surface des circonvolutions, ou des ventricules; ce qui revient à dire que l'induration affecte cette forme, parce que l'inflammation s'est plus étendue en surface qu'en profondeur, qu'elle est sphéroïde lorsque l'inflammation s'est développée à peu près également dans tous les sens. Mais lorsque de nouvelles inflammations provoquent l'induration de la substance cérébrale qui entoure une tumeur, les nouvelles altérations peuvent rester assez distinctes pour conserver l'aspect membraneux, en même temps qu'elles pren nent la forme sphérique du premier noyau, sur lequel elles se moulent. C'est ce qui est arrivé chez Aubert. §. IV. Mais, direz-vous, les choses ne se passent pas toujours d'une manière aussi claire; les tumeurs présentent bien rarement cette disposition par couches concentriques de plus en plus denses. Rien n'est plus vrai , et c'est aussi pour cela que j'attache un si grand prix à cette observation. Je vous rapporterai cependant deux exemples analogues, quoique moins intéressans , parce que les symptômes ont été moins bien observés; mais, pour ne parler que de ce que nous connaissons, est-il possible d'expliquer pourquoi, chez Aubert, les traces de chaque inflammation sont restées si distinctes, tandis que la plupart des tumeurs ne présentent ordinairement rien de semblable? T. IL i7
Remarquez d'abord que ces inflammations ont -été nombreuses , que chacune d'elles a été éminemment aiguë, puisqu'elle a marché avec toute la rapidité, avec toute l'énergie de l'hémorrhagie cérébrale: ajoutez à cela qu'elles ont été suivies d'un rétablissement assez prompt, et à peu près complet; qu'il a existé entre elles un intervalle de temps assez considérable; et vous concevrez facilement que chaque inflammation a été assez intense pour laisser après elle une altération bien notable, que celle-ci s'est promptement organisée, comme le prouve la rapidité avec laquelle les symptômes ont disparu; qu'enfin toutes ces scènes inflammatoires ont été séparées les unes des autres d'une manière assez tranchée, et pendant assez long- temps, pour que l'altération produite par l'une fût complètement organisée avant que l'autre commençât. Dans aucune autre observation, les mêmes circonstances ne se sont présentées d'une manière aussi avantageuse: il n'est donc pas étonnant qu'on trouve rarement sur les tumeurs des traces nombreuses et bien distinctes d'inflammation.
§. V. Les différentes couches de la tumeur, ainsi que la substance cérébrale ramollie, offraient un singulier mélange de couleurs : le rouge vif était évidemment dû à la présence du sang; le blanc ou le jaune dépendaient de celle du pus : mais pourquoi cette bigarrure de sang et de pus dans l'une et l'autre altérations ?
Nous avons vu dans la première lettre que les ra-
( M9 ) mollissemens avec infiltration de sang, les ecchymoses, sugillations , etc., avaient leur siège dans la substance grise; vous verrez qu'il en est de même des indurations rouges ; et cela devait être, si les unes ne sont que la suite des autres. Je vous ai rapporté plusieurs cas dans lesquels les substances, blanche et grise, simultanément affectées, étaient diversement colorées. Ces observations ressemblent trop à celle que vous venez de lire, et aux deux qui suivent, pour que je ne m'y arrête pas un moment.
Dans l'une ( n° 6 ), « la substance blanche était molle et comme diffluente sous le doigt, sans changement de couleur. Le corps, cannelé du même côté, était aussi comme décomposé, mais réduit en une sorte de putrilage de couleur lie de vin. » Dans une autre (n° 12), il existait « au milieu du corps strié un épanchement , ou, pour parler plus exactement, une infiltration de sang dans la substance grise , en forme de noyau; car le sang paraissait moins épanché que combiné ou mêlé avec la substance cérébrale. L'espace occupé par cette espèce d'épanchement pouvait avoir un pouce et demi dans tous les sens. La substance blanche , dite centre ovale, était d'autant plus ramollie, qu'on l'examinait plus près du foyer sanguin ; mais elle était restée blanche : il n'était pas possible de confondre ces deux altérations. » Dans une autre ( n° 11 ), « du sang était épanché dans la substance grise du cerveau , et formait deux caillots séparés, chacun du volume d'une aveline. Autour de
chaque caillot, la substance cérébrale était fort injectée, pénétrée de sang comme infiltré. À la partie posté rieure du ventricule, la pulpe cérébrale était ramollie , réduite en une espèce de bouillie presque diffluente sous le scalpel ; ses parois étaient même détruites en plusieurs points , comme par suppuration , etc. » Il s'est passé quelque chose de semblable dans l'observation 8 de la même lettre.
Revenons maintenant au cas d'Aubert. Vous savez que la substance grise des circonvolutions se replie à la surface du corps calleux , et l'accompagne assez loin avant de cesser. La tumeur avait son siège dans l'espace compris entre la surface plane du cerveau et le repli des circonvolutions qui recouvre le corps calleux : ainsi, elle était comprise entre deux séries de circonvolutions pénétrant plus ou moins profondément dansle centre ovale de Vieussens. Il n'est donc pas étonnant que les altérations aient porté à la fois sur de la substance grise et de la substance blanche. Ainsi, en dernière analyse, il ne s'est rien passé ici dont nous ne puissions nous rendre compte par les observations de la première lettre, et qui ne soit parfaitement conforme avec tout ce que nous connaissons déjà.
Voici une observation qui a beaucoup de ressemblance avec la précédente; elle m'a été communiquée par mon ami le docteur Ramon ; je l'ai rédigée sur deux relations qui ont été recueillies séparément par deux élèves de la maison de Gharenton , MM. Govin et Bayle.
Soixante ans, mauvais Iraitemens , attaque de paralysie renouvelée plusieurs fois, monomanie ambitieuse , déviation de la bouche à droite, congestions , affaiblissement progressif, etc. — Arachnoïde dense , opaque , blanche ; sérosité abondante , etc. ; tumeur volumineuse à la surface de l'hémisphère droit , adhérente aux méninges , mêlée de blanc et de rouge ; ramollissement environnant.
Bailly (Jean-Pierre), âgé d'environ soixante ans, blanchisseur au Point- du Jour, d'un tempérament éminemment sanguin, d'une famille exempte d'aliénation mentale, très-borné et faible de caractère, fut extrêmement tourmenté et même maltraité, en i8i5, par les soldats anglais. Peu de temps après, il éprouva une attaque de paralysie , qui depuis se renouvela à plusieurs reprises. A partir de cette époque , ses facultés intellectuelles se dérangèrent d'une manière notable; il se manifesta un délire ambitieux, caractérisé par une croyance aveugle dans une fortune considérable, des projets de grandes entreprises, un désir extrême de se marier, un grand penchant à des actes de violence pour la moindre contrariété.
A l'époque de son arrivée à la maison royale de Charenton, le 3o janvier 1819, le malade offrait des symptômes très-prononcés de congestion chronique vers la tète. Outre le désordre moral, qui consistait
surtout dans l'affaiblissement de la mémoire et dans l'incohérence des idées, tournées du côté des richesses, il existait plusieurs symptômes de paralysie grave et déjà avancée : la démarche était chancelante,, la parole embarrassée; il y avait incontinence d'urine, constipation opiniâtre et habituelle ; la bouche était légèrement contournée en haut, et du côté droit ; des douleurs vives se faisaient sentir dans l'intérieur du crâne et dans la région lombaire. Du reste , état de calme, douceur, docilité, cessation de l'agitation maniaque, qui, dans le principe, revenait par accès.
Pendant trois mois , état à peu près slationnaire. ( Infusion d'arnica avec acétate d'ammoniaque ; de temps en temps, lavemens purgatifs; moxa à la nuque. ) Plus tard , augmentation notable de la congestion sanguine vers la tête, vertiges, éblouissemens, injection et haute coloration des tégumens de la face, augmentation de la faiblesse; réponses courtes par monosyllabes ; parole lente , traînante ; cessation des idées ambitieuses, et diminution notable de toutes les autres; appétit vorace. (Douze sangsues au cou; le lendemain, trois grains d'émétique ; le surlendemain , douze autres sangsues. ) Amélioration momentanée , suivie bientôt d'un affaiblissement plus prononcé; station et prononciation de plus en plus difficiles; déglutition embarrassée; plus tard , séjour forcé au lit; relâchement des sphincters, escarre au sacrum.
Le 3o juillet, perte subite de connaissance, face livide, respiration fréquente et bruyante. ( Saignée de la jugulaire, répétée le lendemain matin. ) Vers le soir, retour de la connaissance; réponses à quelques questions. Le lendemain , retour des mêmes accidens. Le 2 août, dans la matinée , convulsions assez violentes dans les muscles des membres supérieurs et inférieurs. Mort une demi-heure après.
Nécroscopie. Crâne très-dur , adhérence très-forte des os à la dure-mère : sous cette membrane, épanchement considérable de sérosité. Arachnoïde extérieure épaisse, blanche, dense, opaque, d'un blanc laiteux, surtout à la partie supérieure de chaque hémisphère; scissures de Sylvius complètement oblitérées par de fortes adhérences , pie-mère d'un rougebrun , énormément infiltrée de sérosité jaunâtre, mais diaphane; ventricules latéraux beaucoup plus spacieux que dans l'état naturel, contenant chacun environ trois onces et demie de sérosité limpide; parois tapissées de granulations très-développées; troisième et quatrième ventricules également baignés de sérosité, et granuleux : on en trouva aussi beaucoup à la base du crâne, et dans le canal rachidien. A la partie extérieure et supérieure de l'hémisphère droit, tumeur du volume d'un gros œuf, logée dans la substance cérébrale , dépassant un peu le niveau des circonvolutions, adhérente par toute sa face supérieure à la duremère, dont un léger effort la sépare, en laissant la surface de la membrane inégale et rugueuse ; de figure
allongée d'avant en arrière, aplatie de haut en bas , arrondie dans sa circonférence, d'environ trois pouces dans son plus grand diamètre , sur un pouce d'épaisseur; substance cérébrale environnante, ramollie et même diffluente, surtout celle qui est en contact immédiat avec la tumeur; un peu plus loin , elle a la consistance de la bouillie dans l'étendue d'un pouce environ dans tous les sens. La tumeur, Tendue suivant sa longueur, présente à la surface de la section deux couleurs bien distinctes, l'une rouge et l'autre blanche, diversement entremêlées ; sa consistance est à peu près celle du foie; sa ténacité est plus grande; elle crie sous l'instrument qui l'incise; des fibres blanchâtres, convergentes, très-résistantes, entremêlées avec un tissu d'apparence spongieuse formant son parenchyme, qui ressemble assez à celui du testicule, quand, après l'avoir incisé, on examine la surface de la section.
§. I. A l'époque où le malade a pu être observé, la monornanie ambitieuse a seule attiré toute l'attention; aussi les antécédens relatifs à l'affection cérébrale ne sont-ils qu'indiqués rapidement, et dune manière fort incomplète. Plus tard, répanchement général , produit parla méningite chronique , est venu tout masquer, en affaiblissant de plus en plus toutes les parties du corps. Examinons cependant les circonstances caractéristiques qui nous ont été conservées.
A la suite de mauvais traitement, le malade éprouva
une attaque de paralysie, qui se renouvela à plusieurs reprises : on ne dit pas quel est le côté du corps qui a été affecté; mais au milieu de la description des symptômes observés à l'époque où le malade a été reçu à Charenton , on remarque cette phrase : « La bouche était légèrement contournée en haut, et du côté droit.» Ainsi , le côté gauche de la face conservait encore un léger degré de paralysie, résultat d'une de ces attaques. L'altération avait son siège dans l'hémisphère droit; i! paraît donc, autant qu'on peut en juger, que les symptômes ont suivi la même marche, et présenté les mêmes caractères que dans l'observation précédente. La tumeur a également offert un mélange de couleurs rouge et blanche diversement entremêlées', et son siège, ainsi que son volume, indiquent assez qu'elle a envahi à la fois la substance grise des circonvolutions, et les portions de substance blanche qui s'y trouvent comme enchâssées; enfin l'organisation intime de l'induration était à peu près la même que chez Aubert.
Le ramollissement de la substance cérébrale a été le résultat de la dernière inflammation qui s'est manifestée autour de la tumeur; mais, à l'époque où elle est survenue, la paralysie générale avait fait de tels progrès , qu'il n'était pas possible de démêler l'inrluence que pouvait avoir, sur les mouvemens de la moitié gauche du corps, l'inflammation de l'hémisphère droit du cerveau. Remarquez cependant que , deux jours avant la mort, les symptômes se sont encore exaspérés ; tout à coup le malade a complètement perdu
connaissance, etc., etc. Après deux saignées, il a pu répondre à quelques questions. Il est probable que l'encéphalite était pour beaucoup dans la production subite de ces nouveaux symptômes. Il est difficile aussi de croire que les portions du cerveau qui étaient en contact avec la tumeur, n'aient pris aucune part aux différentes congestions qui se sont opérées vers la tête pendant le séjour du malade à Charenton, quoique la gravité des symptômes généraux n'ait pas permis de le constater.
§. IL La tumeur était, dit-on, adhérente à la duremère; c'est-à-dire, que l'arachnoïde et la pie-mère étaient confondues avec elle, et semblaient en faire partie. Cette adhérence, la succession des symptômes, et une foule d'autres faits de même nature, ne me permettent pas de douter que la tumeur ait été la cause première de la méningite chronique. Mais c'est exclusivement à cette dernière qu'il faut rapporter l'aliénation mentale, la paralysie générale incomplète, et les symptômes généraux qui accompagnaient les fréquentes congestions vers la tête. Une fois développée, c'est elle qui a donné à la maladie son caractère : ses symptômes ont dominé tous les autres. C'est ce qui arrive presque toujours dans ces fréquentes complications , et c'est ce qui rend l'étude des altérations anciennes du cerveau si difficile , et leur diagnostic si souvent obscur.
Cinquante-sept ans, hémiplégie incomplète à droite, deux rechutes. Mort vingt jours après la dernière. — Tumeur du volume d'un œuf, mêlée de rouge et de jaune , dans le lobe antérieur gauche ; ramollissement de même aspect vers la scissure de Sjhius. (Bo'iillaud, Traité de l'Encéphalite, obs. XXXVI.)
«Ratard (François- Alexandre), âgé de cinquante-sept ans , d'un tempérament sec et nerveux , entra à l'hôpital Cochin , le 17 janvier 1822 , pour les suites d'une attaque d'apoplexie. Nous ne pûmes nous procurer de renseignemens sur les circonstances qui précédèrent et accompagnèrent cette maladie. Quoi qu'il en soit, voici ce que l'on observait à l'entrée du malade : Il existait du côté droit une hémiplégie imparfaite , en sorte que cet homme pouvait encore se promener dans la salle, en traînant la jambe; les facultés intel lectuelles étaient profondément affaiblies. Le malade, malgré tous ses efforts , ne pouvait rassembler ses idées, ce qui lui donnait des mouvemens d'impatience ; il répétait comme automatiquement les dernières paroles quon lui adressait; la bouche était tournée à gauche, et la langue, tirée hors de sa cavité, se portait un peu à droite. ( Infusion d'arnica. )
» Les symptômes restèrent les mêmes jusqu'au 5 février, qu'une nouvelle attaque se déclara. Alors para-
( 258 ) lysie complète du mouvement dans les membres droits , impossibilité d'articuler les sons. Gémissemens continuels, surtout la nuit; pouls lent plutôt que fréquent, peau sudorale, point d'injection de la face, pupilles contractées, décubitus en supination, excrétion volontaire des urines et des matières fécales. (Vésicatoire à la nuque, lavemens purgatifs , potion tonique.)
» Du 5 au 21 , l'état du malade ne présenta pas de grands changemens : tantôt la parole revenait un peu, tantôt elle se perdait entièrement; le malade n'accusait d'ailleurs aucune douleur. Enfin, le 28 février, immobilité et insensibilité du côté droit ; impossibilité de prononcer autre chose que les mots oui et non. Le malade paraît toujours s'irriter de ne pouvoir répondre aux questions. 11 maigrit, sa figure se décompose, il continue à pousser des gémissemens plaintifs, il avale difficilement.
» Le 8 mars, les symptômes sont encore plus graves; les yeux sont fixes, sans expression ; le malade ne témoigne de la sensibilité du côté droit , qu'autant qu'on le pince fortement; il ne peut prendre qu'un peu de vin pour toute nourriture, encore a-t-il beaucoup de peine à l'avaler.
» Les 11 et 1 2 , il est un peu mieux , articule quelques mots, et mange quelques cuillerées de soupe. Cependant les symptômes s'aggravent de nouveau, et le malade, arrivé au dernier degré de marasme, et presque absolument privé de ses facultés intellectuelles, expire le 19 mars à trois heures.
» autopsie cadavérique dix -huit heures après la mort.
» i°. Tète. Les méninges et la substance cérébrale sont injectées. Vers le tiers antérieur de l'hémisphère gauche, existe une sorte de noyau ou d'endurcissement de la grosseur d'un œuf, environné de quelques caillots de sang , et d'une injection très-prononcée. Cette tumeur étant incisée suivant sa longueur, les surfaces de la coupe présentent une coloration jaunâtre et des points d'un rouge brun, dépendant de la présence du sang, combiné avec la substance dans laquelle il s'est épanché ; la substance de cette masse endurcie ressemble à du pus concrète , mêlé de sang, et crie légèrement sous le scalpel qui la divise; son intérieur présente des espèces de cellules, et l'on y trouve de petits épanchemens sanguins avec une substance filamenteuse , qui ne paraît être autre chose que des débris de vaisseaux déchirés. On trouve en effet quelques branches vasculaires rompues et remplies de longs caillots de sang. Quoique beaucoup plus dense que le reste du cerveau, la masse que nous décrivons s'écrase facilement sous ie doigt, et en l'écrasant ainsi, on la trouve infiltrée d'un peu de pus à l'état liquide. Elle est d'ailleurs parfaitement distincte du reste de la substance cérébrale, dont elle est séparée, comme je l'ai dit, par un cercle de vaisseaux capillaires très-injectés. Dans le lobe moyen du même hémisphère, vers la scissure de Sylvius, on trouve une altération morbide semblable à la précédente , mais moins étendue , pré-
sentant également des portions jaunes et rouges , et des débris de vaisseaux; mais cette partie est plutôt ramollie qu'endurcie. Les éminences optiques et striées sont légèrement rosées; les ventricules contiennent une certaine quantité de sérosité rougeâtre.
» 2°. Abdomen. Les circonvolutions de l'intestin grêle sont très petites; la membrane muqueuse de l'estomac est rouge ; le rectum est gorgé de matières fécales, dures ; la vessie est contractée et comme charnue.
» 3°. Poitrine. Le cœur est sain, rempli, ainsi que les gros vaisseaux, d'un sang noir encore tiède; les poumons sont parfaitement crépitans. »
§. I. M. Bouillaud regarde la tumeur ou l'endurcissement comme la terminaison d'un ancien ramollissement du cerveau. Je n'ai pas besoin de vous dire que je partage entièrement son opinion; mais il me semble qu'il eût dû l'appuyer sur le rapprochement des symptômes observés à différentes époques, sur la ressemblance des deux altérations trouvées après la mort, etc. Je ne reviendrai pas sur les détails dans lesquels je viens d'entrer à ce sujet, tant cette observation ressemble aux deux précédentes; mais je dois vous faire remarquer que M. Bouillaud , dans les réflexions qui suivent, ne parle que de deux inflammations. ïl est pourtant évident que le malade en a éprouvé trois à peu près semblables : une vers le milieu de janvier, une autre le 5 février, et une autre le 28 du même mois. Peut-être est-ce parce qu'il n'a trouvé que deux
( «*« ) altérations; mais vous avez vu que plusieurs inflammations peuvent se succéder autour du noyau primitif, et ne donner lieu qu'à une seule tumeur : c'est même ce qui a lieu le plus ordinairement
M. Bouillaud a bien soin de faire remarquer que l'induration occupait le lobe antérieur, et qu'après la première maladie la parole avait été spécialement affectée. Mais d'abord l'induration n'occupait pas précisément le lobe antérieur. Il est dit dans l'observation : « Vers le tiers antérieur de l'hémisphère gauche, etc. » ce qui est bien différent, attendu que ce n'est pas en cet endroit que M. Bouillaud place le siège de l'organe de la parole. En second lieu , c'était plutôt l'intelligence que la parole qui était spécialement affectée , puisque le malade répétait automatiquement les dernières paroles des phrases qiion lui adressait. Enfin, le 5 février, survient une nouvelle attaque : « alors paralysie complète du mouvement , impossibilité d'articuler les sons. » Cette fois, plus d'incertitude; le malade a réellement perdu la faculté de parler. Mais l'auteur attribue cette nouvelle série de symptômes à l'inflammation du lobe moyen. Sous tous les rapports, cette observation est donc plutôt contraire que favorable à son opinion sur le siège de l'organe de la parole.
A cette occasion, je vous rappellerai que Pierre Aubert ( Voyez n°i) avait complètement perdu la parole lorsqu'on l'apporta à l'Hôtel-Dieu. « Les efforts qu'il faisait pour s'exprimer, indiquaient qu'il avait la
conscience de ce qui se passait autour de lui; son impuissance l'affligeait même au point qu'il versait des larmes quand on l'interrogeait. » Voilà qui est bien clair,* c'était la faculté de parler, et non l'intelli gence, qui manquait : cependant on ne trouva d'altérations que dans le lobe moyen de l'hémisphère gauche.
Fièvre, céphalalgie , strabisme; pendant un jour engourdissement du bras droit et de la joue, rétablissement, symptômes pectoraux , rechule , paralysie du coté droit. Mort dix- huit mois après la première encéphalite, sept jours après la dernière. — Adhérence de la dure-mère épaissie à la surface de l'hémisphère gauche ; endurcissement d'un rouge foncé de la substance corticale sous-jacente ; ramollissement grisâtre , etc. ; tubercules pulmonaires et pleurétiques. (Abercrombie, Palhol. and pract. Researches on disea?es of the brain and the spinal cord. C. XXIV, p. 76,)
Une demoiselle de vingt-deux ans tomba malade le 20 février 1817. Pendant la première semaine, la maladie eut l'apparence d'une fièvre continue* pendant la seconde, le pouls s'abattit* la langue devint nette et humide : alors céphalalgie violente et continue , avec sentiment de pesanteur; grands battemens dans la tète, air fort oppressé , quelques vomissemens. ( Saignées , purgatifs, applications froides. ) Soulagement partiel.
Le 5 mars, la douleur revint avec violence, accompagnée de grands battemens et d'un peu de strabisme. Les mêmes moyens procurèrent encore un soulagement partiel et momentané : la douleur ne disparut pas , mais elle fut moins vive que dans les violens paroxismes,- il y avait des battemens continuels dans la tête , et une apparence de grande oppression ; le pouls variait de 84 à 90. Le 1 1, il y eut un violent paroxisme de céphalalgie, suivi de convulsions : la malade fut encore soulagée par les saignées ; mais le 1 5 , elle perdit la mémoire , eut beaucoup de confusion dans les idées, de la difficulté à articuler, de V engourdissement dans le bras droit , et surtout dans le côté droit de la face , qui était insensible lorsqu'on le touchait : ces symptômes disparurent le jour suivant , mais la céphalalgie continua cependant à revenir par accès. Vers le 24, elle avait pris un caractère tellement périodique, que , sur l'avis d'un médecin très-renommé , elle fut combattue par l'arsenic; mais ce médicament ayant déterminé des nausées, fut abandonné au bout d'une semaine. Pendant quinze jours , même état à peu près; impossibilité de sortir du litj retour fréquent des douleurs , mais sans aucune attaque violente. Le 20 avril, la céphalalgie revient avec une grande violence, accompagnée de vomissemens, de douleur abdominale et de diplopie, pendant le paroxisme : le pouls était alors naturel.
Depuis le commencement de mai , la douleur diminua de violence. Le 20 , la malade fut en état de sortir T. IL !8
( 264 ) de son lit, et, dès ce moment, elle se rétablit graduellement.
Peu après la convalescence, un gonflement glandulaire considérable se montra au cou, et resta stationnaire pendant plusieurs mois. Pendant l'été et l'hiver suivans , la malade fut passablement bien, mais resta sujette à de la céphalalgie , à des battemens dans la tête , et fut obligée de se soumettre au régime le plus sévère. Au printemps de 1818, elle eut de violentes douleurs dans la poitrine. Quand elles passèrent , elle commença de nouveau à se plaindre de céphalalgie, accompagnée d'un sentiment de pesanteur dans la tête, et parfois d'élourdissemens. Dans le commencement de juin, elle eut plusieurs attaques qui ressemblaient à des syncopes, excepté que le pouls conservait sa force. Peu à peu elle perdit la mémoire, montra de l'incohérence dans ses idées. Ces symptômes furent suivis de tendance à la stupeur, qui fut diminuée momentanément par les purgatifs et les saignées répétées; le pouls offrait de quatre-vingt-seize à cent pulsations. Le facic*s était pâle et décharné. A mesure que ces symptômes se prononçaient, les douleurs de la poitrine diminuaient.
Après plusieurs retours des symptômes vers la tête, la malade fut trouvée sans voix dans la matinée du 3 juillet : elle avait les yeux ouverts , et paraissait reconnaître les objets : pouls de quatre-vingt-dix à cent, et faible; face pale. Même état pendant la journée du 4. Le 5, augmentation du coma ; perte de la déglutition,
( 265 ) paralysie du côté droit. Le 6, retour de la déglutition; pouls, cent trente; expression delà face annonçant l'intelligence; œil naturel, mais point de retour de la parole. Le y, même ëtat; la malade semble cueillir des fleurs avec la main gauche, et y prendre plaisir : côté droit toujours paralysé : constipation opiniâtre. Le 9, oppression plus considérable. Le 10, coma complet : pouls , cent trente. Mort dans la matinée.
Examen du cadavre. Vers le milieu de l'hémisphère gauche, près de la faux, la dure-mere adhérait intimement au cerveau dans une étendue égale à une demi-couronne, (la demi-couronne répond à notre écu de 3 fr.)Là, une portion de cerveau du volume d'une grosse noix était à [extérieur, d'une couleur rouge foncé : cette couleur paraissait également à la face supérieure , qui adhérait aux membranes et à \a face interne , qui était en contact avec la faux. En coupant sur cette portion , elle parut plus forme que la substance cérébrale dans l'état sain. Excepté -vers le centre, où elle était molle, comme si elle approchait de la suppuration, la circonférence externe de cette altération conservait une couleur rouge foncé dans l'étendue d'environ un demi-pouce. Les parties centrales étaient d'une couleur cendrée , avec des portions interposées d'un brun-rougeâtre foncé. A la surface supérieure, il y avait une fausse membrane de l'étendue de l'adhérence; la dure-inère, en cet endroit, était épaissie et spongieuse; les parois du sinus longitudinal parurent aussi épaissies à l'endroit où elles étaient en contact avec l'altération du cerveau. Il
n'y avait pas d'épanchement dans les ventricules , ni aucune maladie dans les autres parties du cerveau.
Les poumons étaient tuberculeux dans une grande étendue; et la* plèvre, qui tapisse le diaphragme du côte gauche, était rude et irrégulière, à cause de nombreuses excroissances petites et dures, semblables à des verrues qui s'étaient développées à sa surface.
§. I. Le docteur Abercrombie , dans le cours de son ouvrage, cite souvent cette observation comme un exemple & inflammation du cerveau sous la forme la plus 'chronique , et devenue mortelle sans être arrivée jusqu'à suppuration', c'est-à-dire que, selon lui, cette inflammation, après un an et demi, n'aurait encore produit que le ramollissement de la substance cérébrale, ou, en d'autres termes, qu'un ramollissement aurait persisté pendant dix-huit mois dans ile même état : assertion entièrement contraire à tout ce que nous savons. Voyons donc jusqu'à quel point elle est fondée.
Pendant les quinze premiers jours , rien de remarquable du coté de la tête; viennent ensuite des symptômes généraux de méningite; céphalalgie continue , puis intermittente, strabisme r convulsions, etc. Le i5 mars seulement , à la perte de la mémoire ,. au délire , se joint de la difficulté a articuler, de V engourdissement dans le bras droit, et surtout dans le coté droit de la Jace, qui devient insensible, ,\ c'est-à-dire qu'aux symptômes de méningite viennent se joindre ceux d'une encéphalite commençante; mais le lendemain > ces der-
( i6? ) niers ont déjà disparu. Les autres , après être devenus intermittens, cessent peu à peu. Que trouve-t-on à l'ouverture du corps? une adhérence de îa dure-mère épaissie à la surface de l'hémisphère gauche , avec altération des parois du sinus correspondant, et induration de la substance grise adhérente.
Pendant quinze à seize mois, état de santé trèsvariable; affection du cou, violentes douleurs dans la poitrine, etc. Enfin, à ces derniers symptômes viennent se joindre de nouveau ceux d'affection cérébrale: perte de la voix, de la déglutition, paralysie du côté droit. Et la malade succombe sept jours après.
Les symptômes d'encéphalite s'expliquent aussi facilement par le ramollissement d'une portion de la substance cérébrale, que ceux d'affection chronique de la poitrine par les tubercules pulmonaires, etc. Vous remarquerez que la paralysie a porté sur le même côté du corps qui, la première fois, avait été engourdi, insensible; et c'est justement sous l'induration des circonvolutions que la substance cérébrale était ramollie. S'il s'est écoulé seize mois entre les deux époques auxquelles on a observé des symptômes d'encéphalite, on a trouvé aussi deux altérations bien distinctes appartenant évidemment, par leurs caractères, à des époques différentes. Il est donc évident que l'induration superficie lie des circonvolutions a été la suite de l'inflammation qui a déterminé les symptômes légers et fugaces du 1 5 mars; que le ramollissement sous-jacent doit être entièrement attribué à la seconde inflamma-.
( 268 ) tion qui , seize mois après, a déterminé la mort en quelques jours. Cette explication simple et naturelle s'accorde parfaitement avec tout ce que nous savons des ramollissemens, avec tout ce que nous verrons touchant les indurations ; elle rend l'observation du docteur Abercrombie on ne peut pas plus claire : son opinion, au contraire, est en opposition avec tous les faits connus. §. IL L'induration avait son siège en partie à la surface convexe du cerveau, en partie à sa surface plane , c'est-à-dire dans la substance grise des circonvolutions : elle était d'un rouge foncé. La substance cérébrale , comprise entre ces deux plans, se trouvait, diton, dans un état voisin de la suppuration : ensuite on ajoute que ces mêmes parties centrales étaient d'une couleur cendrée, avec des portions interposées d'un brunrougejbncé. De quoi étaient composées ces parties qu'Abercrombie appelle centrales, c'est-à-dire, ces parties comprises entre les deux surfaces endurcies? delà substance blanche du centre ovale, qui se rend au bord supérieur et in terne du cerveau, et de la substance grise qui pénètre plus ou moins profondément dans la première avec les circonvolutions. ( Voyez les observations précédentes , surtout celle d'Aubert.)
Paralysie partielle à droite : rechute : perle de la déglutition , c( ma. Mort deux mois et demi après la première attaque , huit jours après la dernière. — Adhérence de la dure-mère à U hémisphère gauche, induration rouge de la surface cérébrale sous-jacente, autre altération semblable^ ramollissement de même couleur du corps strié. (Abercrombie , ouv. cité, C. XXV.)
« Je dois au docteur Hay l'observation d'une dame de soixante ans, qui eut, à la fin de septembre, une attaque d 'apoplexie avec paralysie partielle du côté droit. Elle fut soulagée par des saignées, et parut marcher heureusement vers son rétablissement jusqu'au 8 octobre, époque à laquelle elle eut une autre attaque. Cette fois elle ne perdit pas la sensibilité, mais elle se plaignit d'une forte pulsation dans le corps et principalement dans le côte droit , dont le bras et la jambe étaient de nouveau considérablement paralysés. Depuis lors elle perdit graduellement l'usage de ces parties , d'abord de la jambe, ensuite du bras. Elle eut par moment des retours de pulsation; souvent elle appliquait sa main sur le côté droit de la tête, où elle disait sentir dn malaise, et l'on observa qu'elle l'y portait surtout pendant le sommeil. Le traitement ordinaire fut employé par le docteur Hay de la manière la plus judicieuse, mais sans soulagement. Les forces dimi-
n aèrent graduellement, et la malade mourut le 26 décembre dans un état comateux, après avoir perdu , huit jours auparavant, la faculté d'avaler.
» Examen du cadavre. On trouva la dure-mère adhérente très-intimement au cerveau dans un point de l'hémisphère gauche, vers le centre et à la partie supérieure. La substance cérébrale sous-jacente sembla plus ferme que dans Vétat naturel; et , lorsqu'on la coupa, on la trouva d'un rouge vif. Cette portion avait environ un pouce et demi d'épaisseur et presque autant de surface. La substance cérébrale environnante était plus vasculaire que les autres parties du cerveau. Dans l'épaisseur de la substance cérébrale, on trouva une autre altération semblable , du volume d'une noisette , d'une teinte rouge plus foncée que la première. Le corps strié du même coté était d'un rouge foncé tirant sur le violet, mou, et présentait , lorsqu'il était divisé , de nombreux points vasculaires. L'hémisphère droit était sain. Il y avait une petite quantité de fluide dans les ventricules. Les deux plexus choroïdes étaient distendus par du sang, et contenaient des kystes nombreux, petits et d'une couleur bleuâtre. Les vaisseaux de la surface de l'hémisphère gauche et ceux qui pénètrent entre les circonvolutions, étaient très-gorgés de sang, et quelques-unes des circonvolutions les plus profondes présentaient une légère apparence ^ecchymoses. »
§. I. Le docteur Abercrombie cite cette observation aussi souvent que la précédente, comme exemple d'en-
ce pbalite éminemment chronique:* L'inflanimatioTrde la substance cérébrale (dit -il , page 1 16) se-: présente sous une forme chronique, dans laquelle les symptômes peuvent durer pendant plusieurs mois. La maladie devient mortelle par suppuration f ou sans avoir suppuré. Les observations XXIV et XXV nous offrent deux exemples remarquables de cette forme de la mâladie causant k mort sans suppuration. »
Vous avez vu ce qu'il fallait penser de cette prétendue forme chronique dans le cas précédent. Celui-ci n'est pas plus favorable à l'opinion du xtocteur Abercrombie. En effet, les symptômes et les altérations prouvent, dune manière également claire , que la malade a éprouvé trois inflammations aiguës bien distinctes, et non pas une seule inflammation chronique. La première eut lien en septembre avec la rapidité de l'hémorrhagie cérébrale ; la seconde un mois après. Les symptômes produits par la première avaient déjà disparu; ceux de la seconde purent se dessiner aussi nettement que si le côté malade n'avait jamais été paralysé. Mais, après cette seconde attaque, l'hémiplégie ayant persisté, une nouvelle inflammation du même hémisphère ne pouvait plus produire aucun symptôme du côté du corps déjà paralysé. C'est pourquoi la dernière rechute , qui précéda la mort de huit jours, ne se manifesta que par la perte de la déglutition et l'apparition du coma. Quant aux altérations , elles étaient toutes trois isolées Tune de l'autre. Il a donc existé trois inflammations dans le
( 272 ) même hémisphère ; elles ont eu lieu à des époques bien distinctes ; elles ont marché à la manière des inflammations aiguës. Les deux indurations correspondaient aux deux premières, et le ramollissement à la dernière. Celui-ci n'a donc aucun rapport avec les premiers symptômes, et cette observation ne peut être consi dérée comme l'histoire d'une seule maladie, d'une inflammation éminemment chronique, qui, au bout de trois mois, n'aurait encore produit que le ramollissement du cerveau. D'ailleurs, dans l'hypothèse du docteur Abercrombie, il faut faire abstraction des deux indurations; il est impossible de concevoir leur formation ; il faut admettre qu'elles n'ont eu aucune influence dans la production des symptômes. Sous tous les rapports, elle est donc inadmissible.
§. II. Le siège de l'une des indurations n'est pas indiqué ; quant à l'autre, elle était, comme dans les cas prccédens , adhérente aux méninges ; ce qui prouve tout à la fois qu'elle était due à une inflammation , et qu'elle occupait la substance grise des circonvolutions. Le ramollissement existait dans le corps strié, composé également de substance grise. Les indurations étaient d'un rouge vif; le ramollissement était d'un rouge foncé tirant sur le violet. Abstraction faite des considérations précédentes , ce rapprochement seul suffirait pour établir que ces diverses altérations ne différaient que par la date de leur apparition.
Deux attaques de paralysie , hémiplégie à gauche , etc. Mort le sixième jour. — Induration grisâtre , violacée , dune portion de la face plane des deux hémisphères , avec adhérence à la faux ; méningite et ramollissement à droite.
Charon (J.-B.), âgé de cinquante-huit ans, d'un tempérament sanguin , dune constitution musculaire , tomba dans la rue, sans cause connue, le Ier septembre 1819 , et fut aussitôt apporté à l'Hôtel-Dieu , salle Saint-Bernard, n° 70, dans l'état suivant : plaie légère à la partie latérale gauche du crâne produite par la chute, perte complète de connaissance, membres du côté gauche complètement privés de sensibilité et de mouvement, membres du côté droit exécutant quelques mouvemens quand on les pince, bouche déviée adroite , pas de réponse aux diverses questions, rien qui indique l'envie de parler , pouls faible, un peu fréquent. Saignée du pied, lavement purgatif.)
Le 1 , même état. (Saignée du pied).
Le 3, le malade paraît comprendre les questions qu'on lui adresse et désirer d'y répondre; mais sa langue s'y refuse, il ne rend que quelques sons mal articulés : quelquefois il répond par un signe de tète affirmatif ou négatif. C'est ainsi qu'on apprend que la tête est douloureuse , que l'abdomen ne l'est pas, etc.
( ;*74 ) Peau chaude assez sèche, pouls fréquent et mou. (Purgatif.) Dans la journée, salles abondantes.
Le 4, retour plus complet de l'intelligence : le malade paraît reconnaître sa femme, mais n'essaye pas de lui parler. Du reste , peu de changement dans l'état des membres; (Vingt sangsues derrière les oreilles.) :ALe 6, perte entière de connaissance, pommettes colorées, peau très-chaude et assez sèche, pouls fréquent et vif, mais faible, langue rouge et sèche, respiration râlante. Mort.
On a su j par les parens du malade , qu'il avait eu déjà deux attaques semblables, lune, trois mois, l'autre un mois auparavant ; mais on n'a pu obtenir aucun renseignement positif sur la nature des symptômes.
J\éc?'opsie.Tête. A un pouce de l'extrémité antérieure des hémisphères , et à quatre lignes de leur bord interne et supérieur, tumeur ovoïde d'un pouce d'épaisseur, logée de chaque côté dans les circonvolutions de la face plane des deux hémisphères, adhérente à la faux dans 1 étendue d'environ dix lignes et dépassant son bord libre. Cette tumeur, enveloppée d'une espèce de kyste cellulaire, est un peu inégale à sa surface , dune consistance considérable , fort injectée à l'intérieur, d'une couleur grisâtre mêlée d'une teinte violette. Il en part à droite un épaississement des membranes, qui sont rouges , opaques jusqu'au milieu de la face externe du lobe antérieur et dn lo(be moyen droit. Elles contiennent un peu de sérosité sanguinolente , et sont fort injectées. La substance cérébrale est assez.
ferme, cwcepté à la face extérieure du lobe rrwyem droit.
Poitrine. Membrane muqueuse de la trachée et des bronches violacée, tapissée , de mucosités ; .ventricule gauche du cœur; épais d'environ huit lignes dans sa partie la plus charnue. s , -
abdomen,. Membrane muqueuse des organes digesr tifs:phrynx, violacée. dans l'estomac,: pâle dans lesintestins grêles, d'un. rouge foncé dans les gros., Rien de remarquable dans lesautreS: organes»
J'ai trouvé cette observation . dans les cartons de M. le professeur Dupuytren. .
.§. I. Le malade a eu deux attaques semblables àcelle à laquelle il a succombé, l'une trois mois, l'autre deux mois auparavant. Chaque, hémisphère:, présentait , sur sa face plane, une altération des circonvolutions semblable à celles que nous avons examinées dans -les, observations précédentes : confondues .au-dessous, de da faux, elles adhéraient aussi, plus haut, aux deux faces de ce repli de la dure-mère : enfin, les symptômes ont été les mêmes : il est donc naturel de penser que la cause été semblable. D'après la description de la tumeur, il est probable que le sang n'a pas seul contribué à sa formation , et qu'elle avait envahi la substance grise et une partie de la substance blanche sous-jacente.
§. II. Au premier coup-d'œil, on ne s'explique pas facilement l'hémiplégie du côté gauche; mais remarquez qu'à partir de la tumeur, du côté droit, les membranes étaient rouges, opaques, fort injectées, conte-
( s76) liaient de la sérosité sanguinolente , el qu'enfin la face inférieure du lobe moyen droit était moins ferme que le reste de la substance cérébrale. Rappelez-vous aussi qu'en 1819, époque à laquelle cette observation a été recueillie, on connaissait à peine les inflammations cérébrales, et vous serez convaincu qu'il a existé du côté droit une méningite accompagnée d'encéphalite.
§. III. Quand le malade fut apporté à l'hôpital, il paraissait comprendre les questions qu'on lui adressait, et désirer d'y répondre; il y répondait même quelquefois par un signe de tête affirmatif ou négatif, mais il ne pouvait rendre que des sons inarticulés; cependant, l'altération la plus récente, celle qui correspondait à la dernière attaque , avait son siège à \aface inférieure du lobe moyen droit , bien loin par conséquent de l'endroit où M. Bouillaud place Forgane de la parole. ( Voyez l'observation première et les réflexions qui suivent la troisième. )
Coup, seize mois après maux de tête, de plus en plus fiéquens et violens , diminution de l'intelligence , faiblesse, paralysie du côté droit. Mort au bout de six mois. — Induration rouge grisâtre de la surface de l'hémisphère gauche du volume d}un œuf , adhê tente à la dure-mère rouge et épaissie ; léger ramollissement environnant. (Rochoux , Recherches sur l'apoplexie , Obs. 58 , p. i49-)
«Burdet (Jean-Baptiste), âgé de soixante-cinq ans, de Gessane ( Mont-Blanc ) , domestique , d'un tempérament sanguin , taille et embonpoint ordinaires , reçut, il y a deux ans, un violent coup à la tête, qui l'étourdit, sans cependant lui faire perdre connaissance. Il ne fit aucun remède et n'éprouva aucun accident pendant les quinze ou seize mois qui suivirent cet accident ; mais il y a environ six mois , il commença à éprouver des douleurs et des pesanteurs de tête, d'abord peu fortes et passagères, et à de longs intervalles de légers momens d'absence. Insensiblement ils deviennent, plus rapprochés et se prolongent davantage; La pesanteur de tête est presque habituelle, et le malade se sent graduellement affaiblir : selles ordinairement rares et difficiles.
» Le trouble des facultés intellectuelles continue à faire des progrès; la faiblesse augmente aussi, surtout du côté droit, et Burdet entre, à la Maison de santé ,
( =78 ) le iei août 1811, dans l'état suivant : Tête lourde et un peu douloureuse, faiblesse considérable plus marquée du côté droit, bouche un peu tournée à gauche, parole embarrassée , nulle suite dans les idées, pouls naturel, sommeil, appétit, ventre peu libre. (PU. aïôët. ij. , fol! nit. , dulc. orarig. )
«Progrès de symptômes :Etat complet d'imbécillité vers le ier. septembre. (Jul. nit., dulc. orang,, pil. aloét. , vésicat. nuq. )
». Le 18, il est plus faible encore; il ne parle presque plus , et garde continuellement le lit. Toujours bon apjpétit. ( J11L ( éther . , pran g. )
«Pas de changement sensible jusque vers le 1 5 octobre; le-16, il tombe dans l'assoupissement, ne paraît pjus entendre, ce qu'il avait fait jusque-là; aphonie, pouls,, cent. ( Jul. éther. ) Les jours suivans , il ne présente rien de remarquable, si ce n'est que les forces tombent peu à peu , et il meurt , ou plutôt il s'éteint tranquillement le 23.
» Ouverture du cadavre. Habit, extér. Maigreur peu prononcée.
>) Tête. La dure-mère adhérait beaucoup au crâne , surtout à sa partie antérieure.
» A la partie antérieure et externe de l'hémisphère gauche, se trouvait une tumeur grosse comme un œuf, arrondie , aplatie , remplie de sang , qui dans certains endroits paraissait y être contenu comme il l'est dans la rate ; dans d'autres était en petits grumeaux, d'une ligne au plus de diamètre, d'un tissu
( 279 ) celluleux et arèolaire , grisâtre , assez dense , et fort analogue, pour l'apparence extérieure, à la matière des tubercules. Du reste, l'ensemble de cette tumeur était d'un rouge brun et dune fermeté remarquable. En dehors, elle adhérait légèrement à la dure-mère, qui dans toute sa portion correspondante , était rouge et un peu épaissie. En dedans, elle s'était creusé dans l'hémisphère une dépression où elle était presque entièrement logée.
» En l'enlevant de cet endroit, elle amena avec elle la portion de substance corticale dont elle était entourée; mais il fut très difficile de l'en détacher, ainsi que la portion de pie-mère et d'arachnoïde correspondante , qui cependant lui envoyait de nombreux prolongemens celluleux ou vasculaires. La substance médullaire , en rapport avec elle, était jaunâtre, mollasse, dans l'épaisseur de quelques lignes. Le reste de la masse encéphalique, qui était d'un volume considérable, ne présentait aucune altération.
» Il y avait environ une once de sérosité limpide dans chaque ventricule latéral.
» Poitrine et abdomen. Les organes de ces cavités dans la plus grande intégrité possible. »
§. I. Cette tumeur est-elle due à l'organisation d'un ancien épanchement de sang, causé par le coup reçu à la tête? Je ne le pense pas; car le malade ne perdit même pas connaissance au moment de l'accident, et n'éprouva rien de remarquable pendant quinze à seize mois. Dans les cas précédens, et dans beaucoup d'autres, où T. II. t9
l'on a trouvé des altérations tout-à-fait semblables, il n'est pas question de contusion. Si le coup a été pour quelque chose dans la production de la tumeur, c'est en laissant à sa suite une première altération peu étendue, qui est devenue plus tard la cause de congestions inflammatoires, le noyau de nouvelles altérations. ( Voyez l'observation de Félix Plater, N°. 14.)
La nature et la marche des symptômes prouvent que c'est à d'autres causes qu'il faut attribuer le développement de la tumeur. En effet, c'est seulement au bout de seize mois que se manifestent les premiers symptômes d'affection cérébrale , et depuis lors, ils ne font que croître jusqu'au moment de la mort. Mais ici ils présentent un caractère nouveau : ce n'est plus comme dans les observations précédentes, une succession d'inflammations aiguës, à marche apoplectiforme , à périodes bien distinctes , séparées par des intervalles plus ou moins longs, pendant lesquels s'opère un rétablissement plus ou moins complet. C'est une progression toujours croissante, mais très lente; en sorte que les symptômes n'ont acquis leur plus haut degré d'intensité qu'au bout de six mois.
Cette différence dans la marche des symptômes n'a rien qui doive nous surprendre; je vous lai déjà signalée à l'occasion des ramollissemens : vous avez vu que si dans certains cas la paralysie frappait une moitié du corps aussi subitement que dans lhémorrhagie cérébrale, dans d'autres, ses progrès étaient très lents et
( »8i ) presque imperceptibles. Cette forme chronique est surtout bien remarquable dans les observations 3, 7, 9 et 12 de la première lettre, en ce que, dans ces différens cas, le ramollissement était accompagné d'infiltration , et même d'épanchement de sang, ce qui rend le rapprochement de ces faits avec celui qui nous occupe, encore plus direct et plus concluant.
Ce n'est pas que je prétende que l'inflammation a duré six mois sans interruption , que son cours a été uniforme et continu. Dans le principe, le malade n'éprouvait que des douleurs et des pesanteurs de tête, d'abord peu fortes, passagères, et, à de longs intervalles, de légers momens d'absence : dans le cours de l'observation diverses époques sont aussi indiquées , auxquelles les symptômes paraissent avoir pris plus d'accroissement, si les accidens ont été peu prononcés à chacune de ces époques, c'est que l'inflammation était peu intense, peu étendue : aussi, la substance médullaire en rapport avec la tumeur, n'était jaunâtre et mollasse que dans l'épaisseur de quelques lignes. »
L'organisation de cette tumeur ne présente rien que nous n'ayons eu occasion de remarquer dans les cas précédens ; ainsi je ne m'y arrêterai pas.
Voici une observation de Borsieri, dans laquelle il est question d'une altération de même nature que les précédentes; mais, faute de détails, elle présente beaucoup moins d'intérêt.
Paralysie à gauche, convulsions intérim' lentes. Mort an bout de quatie mois. — Induration ronge à dtoite. (Burseiius, înstit. med. pract. t. 3, dedolore ca; itis , p. i5.j
« J'ai vu chez un vieux postillon une tumeur rouge présentant l'aspect du steatome, presque du volume d'un œuf de pigeon, située dans l'hémisphère droit du cerveau, à sa partie antérieure et sous la substance corticale. Une fièvre quotidienne, qui s'arrêta par fois, mais qui revint souvent; une douleur de tête continuelle, se fesant sentir surtout du côté du vertex; la paralysie du côté opposé à la lésion; des monoemens compulsifs se manifestant à des intervalles variés, mais sans ordre ; des ulcérations dans les poumons. Telle est la série de maux à laquelle le malade succomba, après quatre mois de souffrances. »
§. I. Une observation aussi courte, et probablement rédigée de mémoire, ne permet pas de longues réflexions. Autant qu'on peut en juger, les symptômes, la nature de l'altération, son siège, et par conséquent sa cause, ont été les mêmes que dans les cas plus détaillés que je vous ai rapportés les premiers, pour servir de commentaire aux autres, et pour vous donner la clé des espèces d'énigmes qu'ils semblent présenter à celui qui les lit isolément.
La fièvre quotidienne dont parle Borsieri , ne doit pas être rapportée à l'affection cérébrale : je vous ai souvent fait remarquer qu'il fallait, dans tous les cas analogues, en rechercher la cause dans quelques complications; ici elle s'explique tout naturellement par la présence ctes ulcérations trouvées dans les poumons.
Il est probable que ce malade a succombé à une phihisie pulmonaire : il n'est donc pas élonnant que Borsieri ne fitsse mention d'aucune altération récente du cerveau.
Douleur dans la poitrine, paralysie de la langue, et du coté droit y perle de l'intelligence. — Pleurésie, péricardile , méningite chronique des ventricules , induration rt-uge à la surface du corps strié gauche , ramollissement environnant. (Morgagni, epist. XI , n° 11.)
«Un cultivateur d'environ quarante ans, couché à l'hôpital Sainte-Marie-de-la-Mort, à Bologne, avait éprouvé une douleur vague et comme pongitive de la poitrine , puis une paralysie incomplète de la langue et des membres du côté droit , de sorte qu'il pouvait exercer de légers mouvemens. Il avait conservé l'iritelligenee, et reconnaissait ses amis; mais bientôt il perdit connaissance. Le pouls était fort et fréquent, mais égal; la respiration ne fut embarrassée que dans les derniers momens.
» Après la mort , je trouvai la rate saine à l'intérieur, mais si volumineuse, que je n'en avais pas encore vu de semblable. Le bord inférieur du foie était livide ; les deux cavités du thorax contenaient une quantité médiocre de sérosité sanguinolente; les poumons étaient adhérens à la plèvre par leur face postérieure, et, dans cet endroit, rouges à l'intérieur, mais sans dureté. Le péricarde contenait un peu de sérosité, épaisse comme de l'eau dans laquelle on a récemment lavé des chairs ; le cœur flasque ainsi que les autres muscles, renfermait dans l'oreillette et le ventricule droit une grande concrétion poîypeuse.
» Lorsqu'on retira le cerveau du crâne , il s'écoula de la sérosité contenue entre les deux méninges : il y en avait aussi sous l'arachnoïde , à la surface du cerveau. Supérieurement les vaisseaux de l'arachnoïde étaient pleins de sang.
» La substance cérébrale était molle ; la glande pinéale se composait presque en entier d'une matière jaune, un peu dure et friable ; les éminences nates et testes avaient une couleur tirant sur le jaune. Il y avait dans les ventricules latéraux un peu d'eau, semblable à celle qui était contenue dans le péricarde, mais moins épaisse. La surface des deux ventricules était moins lisse que de coutume, mais il y avait , en outre, dans le gauche , une altération remarquable; le cordon médullaire qui se trouve entre le corps strié et la couche des nerfs optiques, était jaune , comme dif- Jluent. Ce même corps strié était beaucoup plus petit
que celui du côté droit , et déprimé comme à la suite dune maladie; de sa partie moyenne s'élevait un tubercule, de la forme et du volume d'une très grosse fève, d'une couleur rouge , semblable a celle quon voit sur la peau récemment meurtrie. Ce tubercule fendu ne présenta rien de remarquable à l'intérieur que sa couleur rouge , tandis que le reste du corps strié était partout jaune et d'une mollesse telle qu'il était presque liquide. »
§. I. La douleur vague et pongitive de la poitrine , s'explique assez parla double pleurésie, et la gêne de la respiration dans les derniers instans, par l'engouement des poumons.
Quant à l'affection cérébrale, nous retrouvons ici les mêmes symptômes que dans les cas précédens: hémiplégie ; la même altération ; tubercule d'une couleur rouge semblable a celle que Von -voit sur la peau récemment meurtrie; ayant également son siège dans la substance grise; corps strié gauche ; entourée des produits dune inflammation nouvelle , ramollissement jaune presque diffluent.
C'est à cette dernière inflammation qu'il faut en grande partie attribuer la perte de l'intelligence et la mort. Elle ne pouvait pas produire la paralysie , puisqu'elle existait déjà.
Ainsi, malgré le laconisme de Morgagni, dans la description des symptômes, cette observation, expliquée par les précédentes, ne peut donner lieu à aucune difficulté.
§. IL Ici se présente une complication que nous retrouverons dans presque tous les cas où les tumeurs, quelle que soit leur texture, avoisinent les ventricules; c'est une inflammation chronique de l'arachnoïde qui les tapisse; de même que quand les tumeurs ont leur siège à la surface des circonvolutions, il est rare, pour peu que la maladie se prolonge , qu'on ne trouve pas l'arachnoïde épaissie , etc., etc. Il est tout simple que la même cause produise les mêmes effets; mais jusqu'à présent on n'a attaché aucune importance à ces méningites chroniques consécutives : cependant il arrive souvent que , tôt ou tard , les symptômes produits par la complication effacent complètement ceux de l'affection primitive. L'observation de Morgagni n'est pas assez complète pour qu'on puisse essayer d'assigner la part que la méningite chronique a prise dans la production des symptômes, mais j'ai dû éveiller votre attention sur ce point important.