III. OBservATION
Une couturière, âgée de vingt-sept ‘ans, d'une constitution un peu délicate , accouchée héüreusement et à terme , depuis quinze jours, vint à l'hôpital de la Charité, le 8 mars 1825. Elle toussait et crachait depuis sept mois et demi sans en connaître la cause ; avait quelquefois des douleurs de côté. Des frissons , suivis de chaleurs et de sueurs , étaient survenus fins les derniers temps de la grossesse, el avaient cessé à la suite des couches. L’anorexie était complète , la soif assez vive depuis un mois; la diarrhée presque continue depuis trois, La malade-n’avait point eu d'hémoptysie, et nese rappelait | pas l ‘époque à laquelle l'amäigrissement avait commencé. !
. Le gmars, décoloration de toute. l'habitude. ‘du corps et,des:lèvres : séntiment de. faiblésse considé- rablé.; mouveméns pénibles , rares ‘et bornés. Décübitus élevé ; oppression assez forte ; toux peu fréquente ; quelques crachatsmuqueuxen partieopaques. . Poitrine sonore dans toute son étendue : gargouillementsous l’aisselle droite et en arrière dwmême côté, entre l'épaule «et la colonne vertébrale. Au-dessous et à gauche , dans lapartie correspondante, un peu de râle crépitant : ailleurs , la respiration était naturelle.
POUMONS. 4 20 Le poulsétait petit, faible, accéléré (cent-dixpulsations par minute), la chslei modérée ; la langue pâle et nette, la bouche pâteuse, l’anorexie complète, sans nausées. L’ épigastre , et surtout l’hypogastre, étaient douloureux : la douleur augmentait beaucoup par la pression. La malade n'avait perdu que fort peu de sang lors de ses couches. Au quatrième jour, l’écoulement était devenu blanchâtre ; il avait conservé le même caractère, et était très-peu considérable. ( Vio= lette édulcorée; potion gommeuse; lavemens de lin ; foment. émoll. à de LE RP lait de paie ) | # |
Jusqu'au 5 avril, jour de la mort, la soif fut modérée , plus forte la nuit que le jour : les crachats peu abondans, Cépages et pelotonnés dans les dernières vingt-quatre héures seulement. Il y eut dans la nuit du 25 au 26 mars, du côté gaüche de la poitrine , une douleur assez forte , qui céda promptement à l'application de yiliues sangsues. Dès-lors , la toux et l'oppression furent considérables. La percuüssion.et l’auscultation, pratiquées plusieurs fois jusqu’à cette époque, avaient toujours donné les mêmes résultats que le premier jour.
Le pouls fut constamment petit et faible, plus ou moins accéléré ; battait de cent huit à cent quinze fois. pèr minüte. La malade eut un frisson violent dans la nuit du 25 au 26 mars ; et à compter de cette époque, la chaleur générale fut seisiblement augmentée, Nous n'observâimes de sueurs dans aucun temps. |
La soif fut peu considérable, l'anorexie constante. Passé le 13 mars , il y eut des nausées et des vomissemens de matières vertes et amères, ou fades et blan-
châtres, soit pendant la toux, soit dans ses intervalles. Ces vomissemens étaient quelquefois suspendus um ou deux jours, quelquefois revenaient à plusieurs
reprises dans la journée. Les douleurs de ventre di-
minuèrent un peu. Il n’y eut de diarrhée:que:dans la ‘dernière semaine : elle fut considérable «et sans coliques, L’urine devint plus ou moins brûlante ; et ,du 28 mars au 2 avril, il y eut rétention ; ce qui obligea de recourir plusieurs fois au cathétérisme. L'écoulement qui: avait lieu par le vagin fut momentanément rouge, à deux reprises différentes.
L'affaissement diminua; la figure fut plus ou moins animée quatre jours après l'entrée de la malade à l'hôpital. Le 12 mars, nous observâämes un peu d'œdème aux membres inférieur et bientôt il devint considérable. Le 25, il y eut des ouleurs aux cuisses. Elles étaient très-vives, deux ] jou: savant la mort, à la partie interne et supérieure de celle du côté gauche, où l’on remarquait une faible nuance rose. Le délire fut continuel , et l'agitation générale pendant la dernière nuit. La ialoslé mourut à quatre heures du matin. 4 On ajouta aux premières boissons la tisane de chiendent avec le sirop des:cinq racines ; on:fit des fumigations aromatiques avec des baies de genièvre dans le lit. À l’époque de la diarrhée, on ordonna la
décoction blanche avec le sirop de coing, du dias-
cordium avec un grain d’opium , et enfin un.demi-
lavement opiacé. La malade prit, pour toute nourri:
ture , des laits de poule.
” POUMONS. tA a.
Ouverture du cadavre , sa vingt - huit brin “re læ mort: | |
État extérieur. lfltration: considérable des membres inférieurs ; quelques phlyctènes à la partie interne et supérieure des cuisses. Rougeur assez vive de la peau dans les mêmes points. — Les veines crurales, celles du côté gauche surtout , étaient distendues par des caillots de sang fibrineux , durs, d’un rouge plus ou moins pâle , hématite ou acajou, adhérens avec force à leurs parois. Leur membrane interne était nuancée de rose, un peu plus épaisse que celle d’un sujet du même âge que nous leur comparâmes. Les caillots se prolongeaient dans les veines collatérales et dans les iliaques, jusques dans la veine cave supérieure.
Tête. Infiltration assez considérable au-dessous de l’arachnoïide qui recouvre la convexité du cerveau. Un peu moins d'une cuillerée de sérosité claire dans chaque ventricule latéral ; une cuillerée et demie du même fluide dans les sers occipitales inférieures. Tout l’encéphale un peu mou.
Cou. Une des glandes lymphatiques du côté gauche avait le volume d’une amande verte, était ferme, rougeûtre , et. cime piquée de plusieurs petités masses jaunâtres, opaques, évidemment tuberculeuses. L’épiglotte, le larynx et la trachée-artère dans l’état naturel.
Poitrine. Il y avait environ deux pintes de sérosité claire et roussitre dans la cavité de la plèvre du côte gauche. Le poumon correspondant était réduit à un
34 ANATOMIE PATOI OGIQUE.
très-petit volume , et recouvert, comine la pe EOStale, par une futé membrane rouge ; médiocrement aber tel de moins d’un millimètre d'épaisseur. Son tissu était grisâtre , sain privé d'air; les bronches d’un rouge vif, sans épaississementmarqué. Le sg droit offrait quelques adhérences celluleuses rares, et à son sommet une excavation de moyenne dans deur , en partie occupée par un fluide trouble et vérdâtre , au milieu duquel se trouvait un corps légèrement grisâtre, rayé, comme le tissu pulmonaire ; de lignes noires ; oblong , un peu aplati , ayant seize lignes de long sur dix de alqul léger, mou, un peu élastique , faiblement nuancé de rose à Mnéiée#e en un mot, tout-à-fait semblable à un morceau de poumon de même étendue, qu'on aurait inis dans l’eau pendant quelque temps. Il n'avait point de mauvaise odeur , et n’offrait pas de pédicule à sa surface. L'excavation était tapissée par une fausse membrane d'une médiocre consistance , épaisse d’un quart de ligne , appliquée sur le parenchyme is ro er sain. Elle offrait, dans deux points opposés, deux saillies d'une ligne environ, formées par l'extrémité de deux rameaux bronchiques. Dans le reste de son étendue , le poumon était légèrement engoué, sans tuberculés, sans granulations grises, sans traces de lésions organiques de quelque ndlre que ce fût. Les bronches étaient pâles et minces. — Le cœur avaït à peîne Îles deux tiers de son volume ordinaire ; l'aorte était dans l’état naturel.
Abdomen. Œnviron une pinte de sérosité citrine et claire dans la cavité de l'abdomen. L'estomac ; était presque doublé de volume, occupait une partie