H' OBSERVATIONS
‘Un joueur d’orgues, âgé de vingt-neuf ans, d’une constitutionmédiocrement forte, d’unetaille moyenne, d’un caractère vif, fut admis à l'hôpital de la Charité le 94 avril 1824. Il était malade depuis vingt mois, ne travaillait pas depuis un an, avait gardé le lit par intervalles dans les trois dernières semaines , et attribuait sa maladie à un verre d’eau froide qu'il avait bue ayant très-chaud. Elle avait débuté par une toux sèche , accompagnée d’oppression ; les crachats ne s’étaient établis qu’au deuxièmemois, et, jusques dans les derniers huit jours, iln’yavait paseu d’hémoptysie. À cette époque était survenu, tout-à-coup, sans cause connue, au milieu d’une promenade paisible ;:sans accès de toux préalable ; un crachement de sang si abondant, que le malade assurait en avoir vomi six palettes en moins de vingt minutes ; après ‘quoi les crachats avaientseulement conservé une couleur rouge plus ou moins foncée. Les frissons, la chaleur et les sueurs s'étaient établis depuis neuf mois. L'appétit n’avait que fort peu diminué, bien qu assez fréquemment la toux excitât le vomissement.: Il n'y avait eu de diarrhée que de loin en loin, et pour quelques jours chaque fois. La maigreur s'était manifestée dès le début. |
Le 25 août, elle était considérable ; la couleur de la peau et celle de la figure surtout, un peu Jau- ; nâtre ; l'oppression modérée , la toux peu fréquente;
POUMONS. | 125 les crachats opaques, souillés de sang, ou bien couleur acajou. Le malade croyait les sentir se détacher du côté gauche de la poitrine, et à chaque secousse de toux, il éprouvait à la partie inférieure du même côté , une légère douleur qui existait depuis le début. La percussion ne rendait aucun sôn sous la clavicule droite , dans la hauteur de deux pouces; et à gauche à dans toute la partie correspondante au lobe supérieur. Dans lesmêmespoints, la pectoriloquie était évidente, la respiration trachéale , et accompagnée, du côté. gauche, de beaucoup de gargouillement. L’auscultation pratiquée entre les épaules donnait les mêmes résultats. Le pouls était un peu accéléré, petit et faible ; la chaleur plutôt au-dessous qu’au-dessus de son degré ituel; l'appétit médiocre ,. la soif dans l’état naturel, la digestion facile, le ventre soupleetindolent ; les selles quotidiennes et d’une bonne consistance. (Lis. pect. ; pot. gom. ; quart de port. sans vin.) De vtt, septembre , l'appétit avait augmenté : les douleurs du côté gauche étaient plus fortes et plus continues qu à l'ordinaire.
Le soir, elles avaient beaucoup diminué. Il en était survenu d'assez vives à l’hypogastre et à la gorge : l'oppression restait stationnaire ; les crachats n’avaient pas changé sensiblement. Le malade disait que tout son mal était du côté gauche de la poitrine. Sa voix n'était pas altérée ; il n'éprouvait aucune sensation pénible le long de la trachée-artère.
Dans la Journée du 11, l’étouffement devint considérable, et dans la nuit di 11 au 12 le malade fut obligé de se mettre à son séant, puis de quitter le Fit afin de diminuer l'oppression.
Le 12 au matin, il éprouvait , derrière la clavicule ‘gauche, une sensation extraordinaire qu’il comparait à à un:trou, La dypsnée était extrème ; l'appétit presque … nul, les selles régulières et d'une bots consistance. IL:se plaïgnait de vives douleurs de ventre, était hors du lit, placé-sur une chaise ; le corps fléchi en avant. dans une anxiété très-grande: | |
Les mêmes symptômes persistèrent ; la. respiration devint très-précipitée.;.les crachats conservèrent J'aspéet indiqué ; les douleurs de ventre furent plus ou moins fortes; et dans la nuit du 16 au 17, le maladé mourut sans avoir éprouvé le moindre délire.
‘A1 s'était encore levé dans la matinée du 16 pour dimihuer l'étouffement, Le même jour et la veille, nous avions cherché sans succès la ,pectori pquie sous la clavicule gauche ; et vingt-quatre heures ant, le malade it avoir entendu, dans:le mème gpoint, un râle effrayant.
Ouverturedu cadavre, trente-deux heures apres la mort.
Etat extérieur. Dernier degré de marasme. Rien autre chose de remarquable. al
Tête. Infiltration d’une médiocre épaisseur. au-dessous de l'arachnoïide qui recouvre la convexité du cerveau. Une cuillerée de sérosité claire dans chaque ventricule latéral ; autant à la base du crâne. La cloison demi-transparente ramollie et comme pulpeuse. à sa partie inférieure: le reste de l’encéphale parle itement sains 0! R { PTS
Cou. épi ti et fé larynx 6 tant dns. Vétat naturel. La membrane muqueuse de Ja Lrachée- shrtère
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POUMONS: 44 1, À 22 . d'un rouge tendre, patsemée, dans sa partie inférieure, d’un assez grand nombre d'ulcérations, dont les plus considérables répondaient à sa portion charnue:
- Poitrine: Le poumon gauche adhéraït’à-la plèvre <ostale: d’une manière intime à son sommet} ét ailleurs, au moyen de filamens celluleux:, entre desinchéun peu de sérosité. Son lobe supé- 2 ; trar sformé en une matière grise demirente, au milieu de laquelle s’en: trouvait une autre, parfaitement homogène , jaunâtre ; semblable , au premier aspect , à de la gelée , mais beaucoup plus ferme-et.ne-cédant qu'à une pression assez considétable, :Cà et là on voyait encore. quelques tubercules ramollis, plus ou moins complètement vidés ; et au sommet du lobe, une excavation capable de Lai ‘unetpomme de moyenne grosseur, remplie par une masse de fibrine. Celle-ci. était rougé , d’une bonne consistance, enveloppée par une fausse membrane . peu adhérente à celle de la cavité; blanche, un peu fragile, ét d'où partaient beaucoup de cloisons qui se réunissaientien un point central. Autour de l’excava- “tion, et au milieu de la substance grise ; se trouvaient des vaisseaux d’un millimètre, ou un peu moins, de diamètre. Nous les suivimes très-aisément au moyen d'un stylet délié, sans pouvoir trouver de communication entre eux et la cavité dont il s’agit. Une bride assez large , placée entre cette excavation et une autre bien moins considérable qui se trouvait enarrière , contenait encore un petit rameau vasculaire, aussi sans Communication: Le lobe inférieur offrait beaucoup de matière grise ,: de tubercules et de:granulations ; était perméable à l'air dans la moîïtié de son
étendue. Le poumon droit avait des adhérences universelles et celluleuses : on voyait, à son sommet, beaucoup de granulations grises, une exéavation d’un médiocre volume, et à sa base, quelques noyaux de tissu hépatisé. Dr cœur et l aorte étaient. RATÉ tementisains. La Abdomen. Foie d’un rouge obseur , plus foncé que dans l’état habituel, d’un a. RENE Bile de lavésicule d’unemé Bo consistance.—Lamiembrane muqueuse de l'estomac couverte d’un mucusvisqueux : sa couleur d’un rouge assez vif dans toute.son étendue ; son épaisseur et. sa consistance, convenables ; 3 son aspect velouté, — Duodénum dans l'état naturel. — La membrane muqueuse de l'intestin grêle comme sablée de suie, et, à cela près, parfaitement saine. — Celle du gros intestin un peu ramollie, et plus.ou moins rouge dans toute son étendue. Quatre ulcerations peu considérables dans le cœcum et dans le ‘colon droit, d’une couleur grisâtre due aw tissu cel- Julaire un. peu épaissi qui en formait le fond. Les matières fécales , d’un jaune obseur, d’un aspect sale, dans le, cæœcum:, étaient ailleurs d’un jaune clair et d'une bonne consistance. — Les autres viscères de l'abdomen dans l’état naturel. | Fe
29. À ne considérer que l’organisation apparente du caillot fibrineux de la grande excavation du poumon gauche ; on devrait peut-être en faire remonter l’existence à l’époque à laquelle le malade éprouva une abondante hémoptysie. Mais, si l'on tient compte
© POUMONS. | 25 des signes fournis par l’auscultation ; et des synptômes ébservés dans les derniers temps, la chose paraîtra fort douteuse. En ‘effet, quand nous vimés le malade pour la première fois ,; huit jours après le début de lhémoptysie, on entendait la pectoriloquie sous la clavicule gauche, c’est-à-dire vis-à-vis la cavité que nous trouvâmes remplie par un caillot fibrineux : et 1 ce symptôme fut constaté plusieurs j Jours de suite. La pectoriloquie fut vainement cherchée dansle même point, vingt-quatre et quarante-huit heures avant la mort. Dans l'hypothèse où le caillot fibrineux ne se serait formé que dans les derniers jours de la vie, tout s'explique aisément. La pectoriloquie devait exister sous la clavicule gauche, à l'époque de l'admission du malade à à l'hôpital; on ne pouvait plus la trouÿer dans les derniers jours de son existence. Dans la supposition contraire, tout est inexplicable ; et il faut admettre que la pectoriloquie existe et n'existe pas vis-à-vis une excayation entièrement oblitérée. Si à cette double considération nous ajoutons la subite apparition des autres symptômés locaux, la dyspnée, la sensation extraordinaire éprouvée derrière la clavicule gauche, quatre jours avant la mort, on conviendra, malgréla difficulté de se rendre compte de ces derniers accidens, qu'il est infiniment probable que le caillot fibrineux ne se sera formé que dans les derniers temps de l'existence du malade.
Relativement à la dyspnée , nous observerons que l’état de la membrane muqueuse de l'estomac et du colon , qui peut être considéré comme le produit d’une: inflammation aiguë, y aura, sans doute, eu
quelque part. (98 ; 341.)
30. Nous avons observé tout récemment un fait d'un autre genre, bien plus remarquable encore, toujours relatif à l’objet particulier qui nous pit et dont nous allons donner l’histoire. |