‹ Recherches anatomico-pathologiques sur la phthisieChapitre 105 sur 141 · XXX°. OBSERVATION · texte numérisé non relu

XXX°. OBSERVATION

Une femme , âgée de trente un ans, d’une constitution délicate, d’une sensibilité très-vive, ayant l’haleine courte depuis l'enfance, se plaignait d’é= ni - de fréquentes nds depuis plusieurs années. Elle assurait ne pas être sujette au rhume; “mais, en remontant aux premiers dérangemens de sa santé , nous apprîmes qu'elle crachait un peu tous les matins depuis sept ans, et qu’elle avait toussé d'une manière continue pendant les dix-huit premiers mois de cette époque. D'ailleurs, la toux avait été peu

incommode , s'était dissipée spontanément au milieu d'un voyage assez long, et pendant un séjour detrois mois sur les bords de Ja mer, sans que la malade eût "apporté le moindre bHa be de à ses habitudes. Be: puis, elle ne se rappelait pas avoir été enrhumée ; mais les brouillards et les odeurs fortes rappelaient ‘momentanément la toux. La dyspnée habituelle fut ‘ün peu plus considérable dans les trois dernières années. Au commencement de cette époque , les digesions dévinrent lentes, il y eut par intervalles de ja pesanteur et des picotemens dans l’ hypocondre \droit ; Ja peau prit une teinte un peu jaunâtre, on crut à une affection organique du foie, et pendant quatre ou cinq mois, la malade prit du mercure doux , de fréquens purgatifs, et observa une diète sé ver dira que : J'appétit fût à-peu-près le même que dans l'état na- +urel. Ce traitement n’eut aucun succès. Dans la suite, Jes digestions devinrent plus lentes encore, l'appétit se déprima , et les règles suspendues à différentes reprises trois ou quatre mois de suite, manquaient depuis sept mois quand la malade fut RATER a4 hôpital de la Charité le 2 janvier 1825. Elle avait été sujette Aux maux de gorge et aux palpitations, la soif avait été parfois considérable avant les trois dernières an- Dés: il my avait pas eu d’hémoptysie.

“es Le 2 janvier, couleur un peu jaunâtre de tout ie æorps, conjonctives dans l’état naturel , figure tachée par intervalles d’une légère teinte dé bistre ; senti- “nent de faiblesse assez considérable, fatigues dans bles membres , picotemens dans les jambes , le dos , ou * sur les côtés’de la poitrine; parole un peu brève, "mule oppression-dans le repos, essouflement dès que | où

la malade prend un peu d'exercice; ni toux ni crachats. La poitrine était sonore dans toute son étendue; le bruit respiratoire ne présentait rien de re marquable ; Si ce n'est sous l’omoplate droite, où il paraissait plus fort que du côté gauche, dans let point correspondant. Le pouls était un peu accéléré # la chaleur douce : la langue parfaitement nette, hu mide et d’un rose tendre ; l'appétit déprimé, la soif. nulle; la digestion facile, surtout celle des matières animales : on sentait une rénitence aplatie à la région de l'épigastre, les hypocondres étaient souples, les. selles rares, l urine abondante et facile. La malade ne se plaignait que de faiblesse et. d’un peu de douleur: à Ja nuque (tis. de sapon. miellée; ext. de gen. 3 } bis; quart de portion). AS OP

Elle resta neuf mois À FHépitals où elle. mourut le 28 septembre. Durant cette période nous l’obser- .vâmes tous les dix jours, beaucoup plus souvent le dernier mois, et nous fimes les remarques suivantes. Il y eut un peu de toux à la fin de février; puis, et jusqu’au mois de septembre, la malade nous assura fréquemment qu'elle ne toussait pas : sa respiration était fort accélérée au moindre mouvement, mais l'absence de la toux donnant à croire que. la dyspnée n'était que le résultat de la faiblesse, nous y fimes. peu d'attention, Dans les quinze der 00 Jours de septembre la toux fut assez forte , et nous. l’entendimes pour la première fois. Le 22, on observa quelques crachats pelotonnés qui firentsoupçonnerla phthisiez; mais. l’auscultation , pratiquée d’une manière imparfaite lemême Jour , ne donna aucun résultat décisif.

Le pouls fut toujours petit et faible; peu accéléré

PHTHISIE LATENTE. 589 dans Îles premiers six mois, il le devint ensuite tous les jours davantage. 11 y eut assez ordinairement un peu de chaleur dans la soirée , et dans le dernier mois seulement quelques frissons et des sueurs nocturnes à la poitrine et au cou.

L'appétit fut variable : dans les sept premiers mois la malade mangeait le quart ou le demi-quart de por- Hon , puis l’anorexie devint complète. Les digestions, presque constamment, pénibles, le furent un peu moins pendant une partie des quatrième et cinquième mois, quon ordonna des bols amers faits avec le fiel de bœuf. Il y eut quelques nausées dans les quarante derniers jours. Au commencement et dans le cours de cette dernière époque , la malade se plaignit d'éprouver des douleurs le long du cou et d’avoir la déglutition gènée , surtout quand les liquides ou le bol alimentaire étaient sur le point de franchir le cardia. La soif fut toujours assez vive dans la soirée.

À partir du cinquième mois, le foie dépassait les côtes , et lamalade sentait un poids tomber à droite ou ä gauche , suivant le côté sur lequel elle se couchait.

* La langue fut constamment le siége d’ardeur et de picotemens incommodes, et conserva sa couleur naturelle jusque dans les derniers jours d'août. Dès-lors elle se couvrit de petites plaques blanches, arrondies , plus ou moins épaisses, qui persistaient un ou deux jours, reparaissaient après le même temps, un peu plus tôt, un peu plus tard. Elle conserva encore sa couleur habituelle dans les premiers jours qui suivirent l’apparition des plaques, puis elle devint rouge. Une semblable exsudation eut lieu sur le palais, à l'intérieur des joues et à la face postérieure des lèvres.

Es SYMPTÔMES.

Les coliques furent fréquentes, quelquefois très= vives ; il y eut, par intervalles, un peu de diarrhée dans les six doraibrs mois. |

La nuance jaune de la peau persista , et vers la mijuillet les taches du MAS étaient d'une coûleur beaucoup plus foncée qu’à l'époque à laquelle nous observâmes la malade pour la première fois ; sa figuré semblait couverte d’un masque. Le bas des jambes fut œædémateux dans les derniers six mois. La faiblesse fit des progrès lents , etla malade ne garda le lit que dans les quinze « devtieté jours.

Ouverture du cadavre , trente- quatre heures après la mort.

Etut extérieur. Dernier degré de marashie ; iinfiltration légère au bas des jambes.

T'ête. Quelques granulations arachnoïdiennes le long de la scissure médiane; cerveau un peu jaunâtre à sa surface , son tissu ferme ; le reste de ARR parfaitement sain. ÿ

Cou. La base de la langue était un peu rouge et couverte de fausses ADR pultacées ; le larynx ét l'épiglotte dans l’état naturel ; la trachée-artère remplie de mucosités semblables à une écume blan= châtre, sa membrane muqueuse dans l'é état naturel.

… Poitriñe. Le poumon gauche était libre; le droit offrait de faibles adhérences à son sommet, vis-à-vis d’uné excavation tuberculeuse can er ble fapissée par une fausse membrane mince et appliquée dans presque toute sa surface sur le tissu pulmonaire sain, Beaucoup de petites excavations k comuwuniquant aveé

fe "+ PHTHISIE LATENTE. 591 celle-ci, étaient environnées d’un tissu légèrement infiltré ou endurci : les deux tiers inférieurs de ce poumon étaient engoués et d’un rouge pâle. L’engouement était moins considérable dans le gauche, qui avait à son sommet plusieurs cavités de peu d'étendue, enduites d’un détritus tuberculeux. De part et d'autre, les bronches qui communiquaient avec les excavations étaient d’un rose très-tendre et fort minces ; les autres étaient ti dans toutes, la membrane muqueuse avait ‘ne épaisseur et une consistance convenables. — Il y avait environ six onces de sérosité dans la plèvre gauche. — Le cœur était d’un médiocre volume ; la membrane interne du ventricule gauche et de l'aorte d’un rouge vif : cette couleur pénétrait assez profondément dans la tunique moyenne | de l'artère , qui n’offrait aucun changement d’é Lip ou de densité. | | Abdomen. La membrane muqueuse de l'æœsophage était pâle et couverte dans toute sa longueur par une fausse membrane pultacée, qui semblait n'être que juxta-posée. — L’estomac avait un petit volume; sa membrane muqueuse et celle de l’intestin grêle étaient parfaitement saines dans toute leur étendue, sous le rapport de la couleur, delaconsistance et del’épaisseur. Celle du colon était grisâtre et molle comme du mucus dans ses deux derniers tiers. — Les glandes mésentériques dans l’état naturel. —Le foie , sans avoir augmenté de volume, ‘dépassait les côtes de trois doigts, était d’un jaune foncé, gomme gutte , d'une consistance moyenne et gras. La bile de la vésicule roussâtre et épaisse. — Les reins pâles et un peu vo-

592 SYMPTÔMES. | lumineux ; les autres viscères de l'abdomen parfaite=

ment sains. | he] ‘S

384. Ici, la marche latente de la maladie est d’une évidence telle, que de longues réflexions à cet égard seraient tout-à-fait superflues. Pendant les neuf mois, qu'elle passa à l'hôpital, la malade n’eut en quelque: sorte point de toux, à part les quinze derniers jours de son existence, et personne , surement, ne voudra mettre en doute que les excavations tuberculeuses ne fussent de beaucoup antérieures à cette époque. La seule chose qui-puisse offrir quelque difficulté , c’est de savoir à quel temps il. faut placer le début de la maladie. Si, à l’ouverture du cadavre, les poumons eussent été les seuls viscères plus ou moins profondément altérés, que les autres organes eussent été sains, ou seulement le siége de-quelque lésion récente, nul. doute qu'on ne dût faire remonter le début de la phthisie à l'époque à laquelle la santé de la malade commença à être altérée; mais le foie offrait une lésion évidente, et probablement ancienne , on a long-temps pensé qu'il était le seul organe souffrant , et l’on serait peut-être porté à croire que la plupart des symptômes généraux, qui ont eu lieu plusieurs années avant la mort , doivent lui être rapportés. Néanmoins, si l’on réfléchit que trois ans avant l’altération de la couleur de la peau , la malade avait eu un catarrhe pulmonaire chronique, fort léger, ilest vrai, mais continu pendant dix-huit mois; qu'après

PHTHISIE LATENTE. 9299 sa disparition la toux se renouvelait par les moindres causes, les odeurs, les brouillards, etc. ; que la lésion du foie était une de celles qui paraissent propres à la phthisie (161), en dépendent , et lui sont par conséquent postérieures en date; on sera porté àcroire que l’existence des tubercules pulmonaires remontait à l'époque du catarrhe chronique , et on leur rapportera le mal-aise et tous les Symptômes éprouvés par la malade depuis ce moment jusqu’à sa mort, Ajoutons qu'il serait impossible de concevoir la faiblesse, et, pour ainsi dire , la bénignité des accidens, si la cause à laquelle on doit les rapporter n’eût agi avec lenteur, si le développement des tubercules n’eût été extrèmement chronique. :

989. Nous avons supposé que l’altération de la couleur de la peau était due au foie ; mais la chose peut paraître douteuse vu l’état de la conjonctive , et parce que , dans aucun des cas où la transformation graisseuse du foie existait, nous n'avons observé de changement analogue dans la couleur de la peau. Observons toutefois que la malade avait éprouvé des picotemens, et un sentiment de pesanteur dans l’hy- pocondre droit, ce dont les autres malades ne s'étaient jamais plaint , dans les mêmes circonstances. |

Il existait , tout le long de l’œsophage, une fausse membrane de même nature que celle qui avait été observée sur la langue et les parois de la bouche; pendant un mois, la déglutition œsophagienne fut plus ou moins pénible , il y eut des douleurs au cou; et comme la trachée-artère était saine, on doit être porté à croire que l’un et l’autre symptômes étaient

Tnt

dus à un état inflammatoire de la membrane mu+

queuse de l'æsophage, qui aura déterminé l’exsuda=. tion membraniforme indiquée. Cette opinion nous semble très-probable, bien que nous ayons rencon-. tré fréquemment une exsudation semblable à \ celle ; qui nous occupe, sans observer les Retro « La | viennent d’être. pappelés fin à 1]

386. Remarquons encore que’ malgré + variations fréquentes, la diminution , puis la perte complète de l'appétit , pendant un espace de temps assez considérable, la membrane muqueuse de l'estomac était délionietle safe on acte ‘A 4P

La structure des excavations here aussi quelque attention. La plus considérable d’entre elles était tapissée par une fausse membrane qui reposäit sur le tissu pulmonaire , presque parfaitement sain; les cas de cette espèce sont rares, et c’est seulement dans leurs analogues, quand il n’y a qu'un petit nombre de tubercules dans les poumons, qu'il est possiblé de concevoir la guérison de la phthisie par le rapprochement des parois des excavations. Enfin, à part une faible couleur rose dans là partie des bronches voisines des excavations, ces organes étaient parfaitement sains, et repoussaient, avec l’histoire des symptômes, toute idée de catarrhe pulmonaire chronique, comme cause des tubercules.

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XXXI°. OBsERvATION.

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