DIARRHÉE
force et à sa durée. Dans la hu elle avait débuté avec la phthisie , persisté jusqu’ ‘à la | mort , et duré de cinq à douze mois. Chez quelques individus qui n’ont suecombé qu'après quatre à cinq ans de maladie, elle a été en quelque sorte continue pendant ce longespace de temps. Chez le plus grand nombre, elle débutait dans la seconde moitié de l’affection ; chez d’autres, dans les derniers jours dela vie seulement ; de manière que nous pouvons l’envisager dans deux états principaux, c'est-à-dire quand elle n’avait lieu que dans les derniers temps de l’existence , et quand elle commençait à une époque plus ou moins éloignée du terme fatal (1).
263. Diarrhée des derniers jours. Nous plaçons dans cette division tous.les sujets chez lesquels le début de la diarrhée n’a eu lieu que du vingtième au cinquième jour qui précédait la mort. Ils formaient la quatrième partie des cas. Chez quelques-uns , ce dé. but s’accompagnait d’un léger excès de chaleur; de frissons inaccoutamés, de coliques plus où moins fortes. Le plus ordinairement, aucun de ces symptômes n'avait lieu. Les selles étaient généralement peu fréquentes. Dans les cas où nous avons pu examiner les matières fécales, elles étaient jaunâtres , pultacées, formaient ordinairement un liquide fort clair, dépourvu de mucus et de sang, au milieu duquel se trouvaient quelques parcelles de matière plus ou moins consistante. Leur odeur n’était pas très-fétide.
(1) L'analyse suivante ne porte que sur, les quatre-vingt quinze cas dans lesquels la membrane muqueuse de l’un et l’autre intestin a été examinée avec soin,
Dans'tous ces cadiffun. seul excepté; ; la membrane muqueuse de Jun et de l’autre intestin présentait k quelque lésion. Chez la moitié des individus, c'était des ulcérations dans l'intestin grèle ou ‘dans le colon, quelquefois dans tous les deux; mais, abstraction faite d’ün cas pour l’intestin grêle, et dé deb pour le colon, elles étaient petites et rares. Chez les quatre cinquièmes des sujets, la membrane muqueuse du gros intestin était molle comme du mucus , et sé que toujours plus ou moins rouge.
264. Il y avait une correspondance exacte entre les symptômes et les lésions auxquelles on pouvait les attribuer. Car, si la diarrhée ne datait que de quelques jours à la mort des sujets, les ulcérations et le ramollissement de la membrane muqueuse du colon ne -paraissaient pas plus anciens. En effet , pour ce qui est des ulcérations, elles étaient petites , le tissu: cellulaire qui en faisait le fond très-mince; et à raison de leur tendance continuelle à s'élargir et de celle du tissu qui en faisait le fond x s’épaissir, on ne pouvait. que les croire fort récentes. Par rapport au ramollissement avec ou sans rougeur de la membrane muqueuse du gros intestin, nous observerons qu'il existe au même degré sur des sujets qui succombent en deux ou trois semaines à une dysenterie exempte de toute complication : que le plus ordinairement il était le résultat évident’ d’une inflammation qui, chez plusieurs sujets, avait marqué son début par un léger mouvement fébrile , des douleurs plus ou moins vives jointes à des selles liquides ; ; et que dans les cas où la douleur et les symptômes fébriles ont manqué, le début de l'affection devait
DIARRHÉE. A | correspondre à à celui de la diarrhée, puisque autrement il faudrait admettre que la colite était presque toujours latente, ce qui est impossible. Tout indique donc que les petites ulcérations et-le ramollissement en question, ou l’inflammation à laquelle on. devait l’attribuer le plus. ordinairement, ‘étaient fort récens à la mort des sujets. |
S'il n’est pas possible de croire qu’une lésion aussi grave que le ramollissement pulpeux de la membrane muqueuse du gros intestin soit presque constamment latente ; on conçoit néanmoins qu’elle puisse présenter quelqueïoïs ce caractère, et nous en avons effectivement recueilli trois exemples. Au ramollissement se joignait, dans un des cas, une rougeur assez vive de la membrane muqueuse. Il n’y avait pas eu de douleur de ventre.
La diarrhée était moins considérable die les sujets où il y avait ulcération sans ramollissement de la membrane- muqueuse , que dans les cas où ce dernier existait. Résultat facile à HIpré voir d’ailleurs par la différence de gravité des deux espèces de lésions.
265. La diarrhée de long cours se présentait sous deux formes principales , était continue ou rémittente.
266. La durée de cette dernière variait de quinze mois à quarante-huit jours. Ses rémissions étaient plus ou moins longues, de huit, dix, quinze ou vingt jours ; lés selles généralément peu nombreuses, les coliques rares. Quinze de nos malades en offraient l'exemple.:— Dix d’entre eux avaient des ulcérations dans l'intestin grêle, six dans le colon ; et si l’on en excepte deux cas pour l’un et ‘pour l’autre intestin,
Ld
218 SYMPTÔMES, elles étaient petites. La membrane muqueuse du colon était extrêmement ramollie chez dix sujets, rouge et épaissie dans trois de ces cas; en sorte: que cette série de malades offrait les mêmes lésions, et à-peuprès au même degré que la série précédente ; dont la diarrhée n’avait débuté, pour ainsi dire, que quelques jours avant la mort. Il semble naturel, par cela même, de penser que-dans les cas dont il s’agit, les lésions apparentes n'étaient que la moindre cause de la diarrhée ; qu’elles ne dataient, comme chez les sujets de la première série, que des derniers jours de la vie, et qu’antérieurement à cette époque, la diarrhée était le résultat d’une simple altération de sécrétion, comme nous avons déjà dit hs cela pont avoir lieu pour les sueurs. at 267. La diarrhée longue et continue a daté d'un à douze mois, dura iriefnis même davantage. Elle était plus ou moins forte, ordinairement accompagnée de coliques. Dans un cas où elle s’est prolongée cinq mois (Obs. 4), il n'y avait pas moins de douze à quinze selles , et souvent copieuses , dans la journée. — Des quarante et un sujets qui l’avaient éprouvée, trente-cinq avaient des ulcérations dans V'intestin grêle , et trente et un dans le gros intestin. Douze fois les ulcérations de l'intestin grèle existaient dans toute sa longueur. Elles étaient consi érables, avaient un pouce, ou environ, de diamètre, chez treize sujets , soit qu'elles occupassent toute ou seuleient une partie de la longueur de l'organe. Il y avait dixneuf cas de grandes ulcérations du gros intestin , et trente de ramollissement de sa membrane muqueuse.
DIARRHÉE. 219 Cette dernière était rouge dans dix-sept d'entre eux. Ainsi, en général, diarrhée longue et continue, ulcérations intestinales vastes et nombreuses, c’est-à-dire, lésions semblables, mais beaucoup plus prononcéés et plus anciennes que dans les cas où la diarrhée avait été longue sans être continue. | 268. Les grandes ulcérations existaient dans l’un et l’autre intestin sur six sujets dont la diarrhée avait été forte et continue pendant deux, trois, cinq êt onze mois. Dans les autres cas, elles n'étaient considérables que dans l'intestin grêle ou le colon. Bornées à l'intestin grêle, la diarrhée n’en était ni moinslongue ni moins continue ; preuve manifeste qu'on ne saurait la considérer comme l'effet exclusif des lésions du gros intestin. Toutefois, on doit admettre que ce dernier en était le principal siége chez les phthisiques , vu que sa membrane muqueusé*était bien plus souvent ramollie et enflammée que celle de l'intestin grêle. Mais il serait d'autant plus singulier que les maladies du gros intestin fussent la cause unique de la diarrhée, que, dans les fièvres graves où ce symptôme est presque constant, la principale et assez souvent l'unique lésion du canal intestinal est dans l'intestin grêle.
269 outefois, pour annoncer avec quelque cer- titude l'existence d’ulcérations vastes et nombreuses, il faut non-seulement que la diarrhée ait été longue et continue , mais que les malades aient eu.des selles fréquentes; car, dans plusieurs cas où cette dernière circonstance manquait , bien que le dévoiement eût existé une ou plusieurs années sans interruption, les
220 * SYMPTÔOMES.
ulcérations étaient fort peu considérables (1). Mais nous n'avons pas recueilli d'exemple de diarrhée longue , continue ; et dans laquelle les évacuations | alvines étaient fréquentes, sans qu'il y eût de larges ulcérations FR L'examen des matières técales ajouterait encore à la certitude du diagnostic ; car , suivant ce qui a.été dit dans la première partie de cet ouvrage (143) , leur couleur était profondément altérée, et leur odeur semblable à celle des matières animales mises en macération depuis Eee LM 4 quand les ulcérations étaient plus ou moins vastes et . nombreuses, | |
270. Quand celles du rectum étaient petites , elles n'avaient point d'influence sur le caractère de la diarrhée. Dans le cas contraire, et surtout quand elles étaient placées près de l’anus, les évacuations alvines étaient extrèmementfréquentes, muqueuses , aCCOMpagnées d’épreintes, quelquefois sanguinolentes , et ordinairement involontaires.
Dans tous les cas, la perte des forces et l’ ainaïgrissement étaient nt Un EN au nombre et à la fréquence des selles.
271. L’amaigrissement débutait , chez jé: moitié des individus, avec ue premiers symptômes de affection, soitqu’elleatteignitrapidementouaveclenteurleterme fatal, dans l’espace de cinq mois à trois années, par exemple. Chez un petit nombre de sujets , il remontait à la même époque que le dévoiement ou la dimi- …
(1) Ces faits confirment ce que nous avons dit sur les vices de sécrétion comme cause probable de la diarrhée , dans beaucoup de cas.
| AMAIGRISSEMENT, | 221 nution de l'appétit, bien que dans plusieurs cas la membrane muqueuse de l'estomac fût parfaitement saine, ou que ses lésions fussent récentes à l’époque de la mort. Chez la troisième partie des malades il. ne commençait qu'avec la fièvre : en sorte que le plus ordinairement, on ne pouvait l’attribuer, à son début, ni à la fièvre, ni à la diarrhée, ni à la perte d’appétit , ni à un état morbide de la membrane muqueuse de l'estomac, et qu'il fallait ea chercher la première, cause dans l’altération plus ou moins profonde du parenchyme pulmonaire , qui s’opposait à la régularité de la nutrition. La diarrhée une fois établie, la maigreur faisait des progrès rapides. Le mauvais état de la membrane muqueuse de l'estomac
y prenait aussi beaucoup de part; et à moins que
quelque accident du côté du cerveau ou des poumons, une perforation, par exemple , n’abrégeût le cours de la maladie , les sujets mouraient dans le dernier degré de marasme. |
L’amaigrissement peut fournir au médecin des vues utiles sous le rapport du diagnostic dans les cas de phthisie latente, c’est-à-dite quand les malades, sans éprouver de symptômes locaux, sont tourmentés par une fièvre continue plus ou moins forte, déjà ancienne, accompagnée d’oppression et de la perte de l’'embonpoint. Il est rare , en effet, que dans ces circonstances les poumons ne soient pas la cause du désordre, et quil ne soit le résultat de l'affection tuberculeuse. C'est une raison , dans les cas analogues, de recourir à tous les moyens capables de faire connaître avec exactitude l’état des’poumons.