XI. OBsERvATION
Un gagne-demier ,âgé decinquante-neuf ans, d’une täille moyenne, d’üne constitution peu forte , avait dé la dyspnée depuis l'enfance , et bien davantage encore depuis le débüt d'un catarrhe pulmonaire ‘habituël qui rémontait à plus de ‘dix années. Ce catarrhe diminuait "Pendant l'été, était fort incommode en hivér , ét'alors la‘inaïgreur devenait considérable. La toux ét l'appétit avaient progressivement diminué depuis six mois. Dans les quatre dernières sebiiihes l’anorexie était devenüe complète, la toux plus considérable , la faiblesse plus marquée ; le malade avait cessé toute ‘espèce de travail, l wavait eu ni “douleur de poitrine ni hénroptvsie.
Le 30 novembre 1824, le lendemain de son admission à l'hôpital de la Charité, il était dans l'état sui-
vant : figure pâle, infiltration légère des membres
abdominaux, progression pénible et lente. Toux mo-
dérée ; crachats opaques, verdâtres, sans stries jau-
nâtres ; respiration presque parfaitement trachéale, sorte de gros râle crépitant sous la clavicule droite, et en arrière du même côté, à la même hauteur, Retentissement considérable de la voix, pectoriloquie imparfaite dans les mêmes points. Poitrine sonore dans toute son étendue. Pouls très-peu accéléré. Langue naturelle au pourtour, couleur café au lait au centre; soif assez vive; anorexie complète, ventre volumineux. On y trouvait une fluctuation obscure. Il y avait du dévoiement et des sueurs nocturnes depuis quinze jours. (Tis. de riz et de chiend. ; diasc. ; teinture de digitale en frictions; deux cr. de riz. ) Jusqu’au 19 novembre, jour de la mort, la faiblesse
fit des progrès continuels; la dyspnée devint succes-.
sivement plus considérable, et dans les derniers six jours les crachats ressemblaient à une purée verdâtre. Les résultats de l’auscultation du côté droit ne changèrent pas. Le 7 , on entendait sous la elavicule gauche un râle muqueux, mêlé de gargouillement ; en arrière , le bruit respiratoire était très-fort et le re-
Wa
tentissement de la voix assez considérable dans le point
corrèspondant. Il y eut un râle ronflanttrès-prononcé
4 >, PE dans toute l'étendue de la poitrine pendant les quatre
derniers jours. — Le pouls devint très-accéléré.
L'anorexie fut complète ; il y eut des nausées, puis:
des vomissemens , et bientôt la langue finit par se sécher, Les selles devinrent tout-à-coup très-fréquentes
DIAGNOSTIC. 237 le 10, et continuèrent au nombre de quinze à vingt dans la journée, jusqu’à la mort.
L’assoupissement fut presque continuel pendant les quatre derniers jours, et le malade mourut à sept heures du soir.
Ouverture du cadavre ; trente -sept heures apres la mort.
Étatiextérieur. OEdème peu considérable des memnbres abdominaux. .
Tête. Adhérence intime de la dure-mère à la suture sagittale. Infiltration sous-arachnoïdienne peu considérable. Substance corticale du cerveau un peu rosée. La médullaire comme piquée de sang , et d’une bonne consistance. Une cuillerée de sérosité limpide dans chacun des ventricules latéraux; un peu moins dans les fosses occipitales inférieures.
Cou. L'épiglotte et le larynx dans l'état naturel. La membrane muqueuse de la trachée-artère rouge dans toute son étendue, inférieurement surtout ; d’ailleurs parfaitement saine.
Poitrine. Les poumons adhéraient aux plèvres dans tout leur pourtour, au moyen d’un tissu cellulaire abondant. Le droit semblait transformé à son sommet, dans la hauteur de deux pouces , en un grand nombre de kystes du volume d’un pois à celui d’une grosse aveline. Ces kystes prétendus , qui n'étaient autre chose qu'une dilatation des bronches, contenaient un fluide muqueux , rougeâtre , ou une matière jaunâtre, opaque, et plus ou moins épaisse ; étaient adossés les uns aux autres, formés par une mem-
ane SYMPT ÔMES.
brane mince comme la meinbrane muqueuse dit Ÿ
colon , un peu rouge , très-ferme , et continue avec.
celle Que bronches, qui étaient parfaitement saines dans le reste de leur étendue. Quelques-uns d’entre eux offraient des espèces dc valvules. La mème lésion existait au sommet du poumon gauche, mais dans la hauteur d'un poucé et demi seulement , et la dilatation des bronches y était moins dansé Iln'y avait de tubercules ou de matière tuberculeuse dans aucun point. Le poumon droit était légèrement engoué, moins souple que le gauche, qui était parfaitement sain ; à part la dilatation indiquée. —: Le cœur avait un petit volume ; l'aorte offrait quelques plaques jaunâtres un peu saillantes dans UE sa longueur. | den À Abdomen. Environ trois pintes a6 sérosité ‘elairé dans la cavité abdominale. Estomac d'un petit volume. Samembrane muqueuse grisâtre près du pylore, ponctuée de rouge ailleurs, amincie dans quelques points ,.très-molle , si ee n’est dans sa portion grisâtre, en sorte qu'on ne pouvait en former des lambeaux de plus d’une à deux lignes de longueur. —L'intestin grêle étroit , doublé d'épaisseur, très-court ; sa membrane
no LR molle comme du mucus. Celle du colon
un peu épaissie dans toute son étendue, extrêmement ramollie dans l'S romaine, et seulement un peu moins conSistante ailleurs que " l'état ordinaire. — Le foie adhérait au diaphragme et son tissu était parfaitement sain. La vésicule biliaire , réduite à la grosseur d’une aveline, contenait deux concrétions noirâtres ; molles, inégales enveloppées de mucus. Ses parois avaient plus d’un millimètre d'épaisseur, ce qui était en grande
DIAGNOSTIC. 259 partie le résultat de l’épaississement de la membrane rnuqueuse. Le tissu cellulaire sous-muqueux était
fort dense ; le canal cystique dans l’état naturel.
282. Quand nous vimes le malade à son arrivée à l'hôpital, nous le crûmes atteint de quelque affection organique de l'abdomen , et d’une phthisie extrèmement chronique , qui n'aurait donné lieu qu’à un désordré très-borné. La parfaite sonoréité de la poitrine sous les clavicules nous laissa d’abord des doutes ; mais l’auseultation indiquant l'existence d'une exca- vation dans le même point , nous ne pûmes nous refuser à croire que celle-ci ne provint de la fonte de quelques tubercules ; ce que semblaient d’ailleurs confirmer la toux, la dyspnée, les erachats, et surtout la partie du poumon où se trouvait cette excavation. Nous nous sommes trompés ,:et nous nous tromperions peut-être encore aujourd'hui si pareil fait se présentait à notre observation. Toutefois, nous rémarquerons qu’il n'y avait eu ni hémoptysie, ni douleur ‘dé poitrine, ni crachats striés, et nous'en conclurons que la pectoriloquie dans un espace limité , chez un sujet atteint de catarrhe pulmonaire chronique, et dont les crachats sont opaques , verdâtres , püriformes êt arrondis, ne suffit pas pour annoncer aveé tühé certitudé absolue l'existence de la phthisie; que pour cela il faut réunir aux circonstances précédentes , soit l’hémoptysie , soit des douleurs de poitrine, ou une diminution de la résonnance du thorax autour des points où se trouve l’excavation,