XVII. OBSERVATION
Une femme, âgée de trente - cinq, ans, mère
de plusieurs enfans, d'une constitution peu forte, non sujette au rhume, vint à l'hôpital de la Charité le 13 juillet 1824. Elle était accouchée depuis dix mois, souffrait beaucoup du genou gauche depuis six, et présentait tous les symptômes rationnels d’une tumeur blanche de cette articulation. Elle en fut traitée dans une des salles de chirurgie. Onlui appliqua deux moxa , et bientôt la douleur disparut, le volume de l'articulation diminua, il y eut ankilose. Le 5 novembre la malade fut transférée dans le service de M. Chomel, etajoutaaux détails précédens, qu'elle avait” eu, au premier août, à la suite d’une commotion morale forte, des frissons entremèlés déféhaleurs, de la toux, des douleurs à l'épigastre, des nausées,
quelquefois des vomissemens; qu’à la même Ebébtie la soif avait un peu augmenté, qu’elle avait perdu l’appétit. À ces syinptômes, qui avaient persisté depuis leur début , s'étaient joints une chaleur forte dans Le
GASTRIQUES. 208 soirée , des sueurs nocturnes et des frissons par inter- D Pectoretion n'avait commencé qu’au mois d'octobre. Peu après, une douleurtrès-vives’était mani-
| Vi do dans le côté droit de la poitrine , ét avait dis-
paxu à la fin de la} première semaine, presque aussitôt après l'application d'un vésicatoire sur le point correspondant. Les selles étaient devenues fréquentes etliquides les trois derniers jours. L’amaigrissement avait commencé à l’époque des couches.
Le 5 novembre, la figure était un peu animée, Ja faiblesse considérable, la malade pouvait à peine faire le tour de son lit. La soif était médiocre, l’anorexie presque Complète , la langue dans l’état nature} ,
l'épigastre FORIQUeUX , sensible à la moindre pre sion ; les nausées fréquentes, parfois suivies de quel. ques gorgées de bile, principalement la nuit et après la toux ; le ventre généralement un peu endolori, les selles liquides , précédées de COIquES. La toux fréquente la nuit, beaucoup plus räre le jour, Des crachats légers, blancs et spumeurx, tatent sur une grande quantité, de liquide clair. La respiration était. médiocrement accélérée ; la poitrine un peu
moins sonore à droite latéralement et en arrière dans
sa moitié inférieure , que du côté opposé ; le bruit respiratoire plus fort sous la clavicules droite, où l'on entendait quelques craquemens, que sous la gauche. Le pouls était accéléré (cent quinze pulsa-
tions par minute) À petit et faible: la chaleur peu:con-
sidérable le jour et forte -la nuit, Il y avait eu des sueurs nocturnes et des frissons dans la soirée. La ma-
EX
beaucoup de mal-aise et une sorte d’ anxiété. (Sol. de
Jade rapportait l'oppression à l’épigastre , éprouvait
Det
nn SYMPTÔMES De sir.’ de goin. ; tis. de riz éd. et acid. avec le j jus de cit. ; pot. goim. avec un gr. d'op:) At 408
Les symptômes gastriques persistérent et se chaque jour plus intenses. Du 8 au 21 novembre si quarante-huit heures avant la mort, les vomissemens de bile furent nombreux, répétés plusieurs p.20! la journée , soit à la suite de la toux, soit dans ses intervalles ; le mal-aise et l'anxiété frént au comble ; l’étouffement était considérable , les douleurs très. vives à l’épigastre : la pression Ë plus légère y était insupportable. La malade avait du dégoût pour tout , le bouillon le plus léger causait üne pesanteur extrème à la région de l'estomac. Elle finit par vomir toùt ce qu’elle prenait, büvait très-peu à-la-fois, et les SRE prises à une température moyenne, Jui semblaient froides comme de la. glace" — La langue fut dans l’état naturel ou un peu‘pâle jusqu’au 18; | alors elle devint rouge , chaude, piquante, et se couaiques blinches couenneuses, qui se renouvelèrent à à plusieurs reprisés. Cette exudation , qui existait aussi sur les lèvres , la paroi interne des; joues et le voile du palais, commençait sous forme de grains comparables à ceux de lasemouille, lesquels, en sélarsissant, se réunissaierit et couvraient bientôt toute la surface de l« érgan’e où on les observait. © +
: Les selles farerit liquides, mais peu fréquentes, as qu'au 18 ; alôrs elles devinrent ‘tout-à-coup très-nombreuses', et dans les DO derniers. Jours elles étaient sétobiatti et pour dinsi diré, continuelles. En même temps il.‘v'eut dés douleurs par tout le ventre; surtout dans la fosse'iliaque du côté droit. 1101 É bc
La toux ne fit pas de progrès seu s les cra
# | | GASTRIQUES. Ar ñ : 205 chats furent rares et légers; les résultats de la percussion les mêmes que de premier jour. Le 19, la respiration était trachéale sous la clavicule droites di pectoriloquie n'existait pas. É Le pouls fut constamment petit, faible. et trèsaccéléré , si ce n’est dans les Guille derniers j jours, qu'il vit de cent quarante à cent are par minute. La malade était très-sensible au froid.
Elle ne savait quelle position tenir, et avait quel: quefoisde la peine à indiquer le siége de ses souflrances, tant elle é ‘prouvait d’ anxiété. Sa figure exprimait le malaisé et le dégoût. Elle mourut le 23 novembre à six heures du matin , sans avoir eu de délire.
Ouverture du cadavre , vingt-sii héures apres la mort. |
État extérieur. Dernier degré de marasme. Rien autre chose de remarquable.
Tête. Infiltration sous- arachnoïdienne très - peu considérable. Cerveau parfaitement sain. Deux petites cuillérées de sérosité dans le ventricule latéral du côté. droit ; un peu moins à gauche. Fe reste dans l’état naturel.
Cou. L’ épigiétteh le larynx et la trachée-artère
’offraient rien de remarqua le. a
Poitrine. Le poumon gauche était libre dans toute son étendue , présentait , arta partie moyenne. de son Jobe supérieur, une masse grisâtre et'blanchâtre, du volume d’un petit œuf de poule , composée d’une infinité de granulations tuberéuleuses, séparées dans plusieurs points par un tissu rougeâtre, légèrement
ok An | SYMPTÔMES | grenu. Ailleurs, on voyait des granulations grises , dont quelques-unes, immédiatement placées au-dessous des plèvres, faisaient saillie au dehors. Le poumon droit adhérait danstoute sa surface aux paroisenvironnantes, au moyen d’uné double fausse membrané dont les feuillets étaient étroitement unis entre eux. Elle était. beaucoup plus épaisse inférieurement que dans; sa moitié supérieure, et en très-grande partie transfor-! ‘mée en matière tuberculeuse. Il y avait nombre de granulaätions jaunâtres et grisâtres sous la plèvre pulmonaire , et principalement sous celle qui correspond aux scissures interlobulaires , dont les bords étaient convertis, dans l'épaisseur d’une ligne, en une matière ‘grise demi-transparente. On trouvait, au sommet du. lobe supérieür , ‘une excavation du volume d’une pomme d’api, contenant une médiocre quantité de pus, communiquant avec les bronches , et sans fausse: membrane distincte. Le tissu pulmonaire était seulement un peu plus ferme à son pourtour que partout. ailleurs. — Les bronches de ce côté étaient d’un rouge vif, autour de l’excavation seulement. — Le cœur était petit et sain, d’un tissu ferme ; l softs dans l'état naturel. | 4 Abdomen. L’estomac avait un AGAUOER volume 4 contenait une petite quantité de bile trouble. Sa membrane muqueuse était MégRisennEs jaune dans. moitié supérieuré, et jusqu’à à trois pouces du pylore (à part. quelques points pen étendus) , molle comme du mucus ; ei sorte qu’on l’enlevait avec le dos du scalpel, comme on enleverait du mucus un peu vis= queux. La partie ramollie était beaucoup plus mince que dans l’état naturel. Près du cardia et le long de la
| GASTRIQUES. 205 petite courbure , là où le ramollissement et l'amincissement étaient le moins marqués , la membrane muqueuse offrait quatre mamelons rougeûtres, plus fermes qu ‘elle-même, d’une ligne d'épaisseur et d’un peu moins de largeur. Les vaisseaux n'avaient rien de remarquable au-dessous de la portion amincie. —
La membrane muqueuse de l'intestin grêle était d’un rose. très-tendre , d'une épaisseur et We ms fermeté convenables. NN pr de ses dernières plaques présentaient de petites ulcérations. —Legros intestin contenait un peu de liquide trouble teintien “rose , peu épais. Sa membrane muqueuse était d’un rouge violet dans toute sa longueur, finement mamelonnée, un peu épaissie, molle comme du mucus. ‘On trouvait dans les colons ascendant et transverse trois ulcérations d’une ligne et demie de diamètre , au niveau desquellesla Ar had musculaire étaitànu.: Il w en avait d’autres plus petites encore à la partie moyenne du rectum, agglomérées, reposant surla membrane fon mRquense. Celle-ci était opaque, plus que triplée d'épaisseur dans toute son étendue. — Le foie était un peu volumineux , pâle, gras, dépassait le bord cartilagineux des côtes. La bile de la vésicule | HE eme et épaisse, couleur jus de pruneaux. — La rate avait ses dimension$'ordinaires , étaiten partie recouverte par une fausse membrane dans l’épaisseur de laquelle on trouvait beaucoup de matière tuberculeuse. Elle offrait à l’intérieur une soixantaine de granulations de même nature , de la grosseur d’un petit pois ; environnées d’un tissu sain. -—* Le mésocæcum et l’épiploon gastro-hépatique présentaient quelques
296 SYMPTOMES® Rod. ; petites sh dés tuberculeuses ,: dévetéppécs” au surface. — - Les autres viscèr es dans Vétat naturel. | 4 ; € ; RON du MORE 3, L5S + pe
5oï. Cette oHedrthdôn est digne d'intérêt ‘sous plusieurs rapports. Déjà le simplerécit des faits montre que l'affection tuberculeuse des poumons et la maladie de la membrane muqueuse de l'estomac ont débüté . en même temps, ce qui n’est pas ordinaire. Et tandis qué dans la plupart des cas où la complication qui nous occupe a lieu , la mort arrive Principalement pan les poumons , elle dci ici le résultat de la lésion ‘de la membrane muqueuse de l'estomac , bien per 1e de’ toute autre cause. | A
À raison de- la prédominance des symptômes & gas iriques , il eût été très-facile, comme nous l'avons déjà dit, de méconnaître la Shthise; La malade ne pensait qu’à son estomac, ne demandait de soulagement qu'aux douleurs dont il était le siége; il faHait en Hi | sorte lui faire violence pour obtenir quelques réponses relativement à l'état de sa poitrine. La marche du ramollissement ne fut pas très-rapide , et néanmoins nous n’avons jamais vu tant de mal-aise et d'anxiété , ni Ja figure exprimer la douleur d'ane manière si | énergique. Mais ce qu'il importé surtout d'observer 4 ici, c’est la gradation des symptômes, leur'peu d'inét té au début quand la lésion de la membrane : muqueuse n "Baie pas encore considérable, et leurs. progrès non interrompus dans la suite. D’ ihord' les” douleurs à l'épigastre sont légères, les nausées et es.