ANATOMIE COMPARÉE
On manque presque totalement de données sur l’anatomie comparée du poumon.
Les auteurs qui ont étudié l’appareïl respiratoire ont signalé à diverses reprises les différences que présentent les sacs aériens dans les différentes espèces. On trouve déjà à cet égard des renseignements importants dans le travail de NATALIS GuizLor (1846) et il existe dans la thèse de RocKHé (1891) des données encore plus nombreuses que nous pourrons utiliser en partie, notamment pour ce qui regarde les rapports des sacs diaphragmatiques avec la face ventrale du poumon, rapports qui varient dans de grandes limites et dont les variations sont étroitement liées à la structure pulmonaire. Mais sur la structure proprement dite du poumon, on ne trouve pas dans la bibliographie des renseignements permettant d'établir une étude comparative. Parmi les auteurs qui ont étudié cette structure, deux des meilleurs, SAPPEY (1847) et CAMPANA (1875), se sont limités strictement à une seule espèce. G. Fiscuer (1905) a examiné, il est vrai, un assez grand nombre d’espèces et a représenté les moulages des poumons de vingtneuf espèces d’Oiseaux, mais l’abondance de ses figures ne doit pas faire illusion sur la valeur des résultats qu’il a obtenus et qui est assez peu considérable. En effet, les moulages qu’il représente et qui ont été obtenus pour la plupart à l’aide de la photoxyline sont, quand on les examine d’un peu près, très défectueux ; beaucoup sont criblés de vacuoles qui défigurent le dessin des bronches superficielles, d’autres montrent une confluence de la masse à injection de plusieurs bronches voisines, enfin la plupart de ses figures se rapportent à la face
costale du poumon qui au point de vue de la structure est la
moins importante parce qu’elle ne donne point naissance aux sacs aériens dont le mode d’insertion sur le poumon varie beaucoup et constitue l’un des traits les plus importants de la structure comparée de cet organe. D’autre part sur les trois figures de la face ventrale du poumon représentées par G. FISCHER, les orifices des sacs aériens ne sont point indiqués, si bien que toutes ses figures ne peuvent servir qu’à représenter la disposition des bronches dorsales et leurs principales ramifications superficielles.
L’anatomie comparée des poumons des Oiseaux se heurte à un certain nombre de difficultés que les données antérieures sur la technique nécessitée par leur étude font suffisamment ressortir. Il faut absolument employer des moulages métalliques et des injections à l’alcool distendant l’appareil aérien. Or ces procédés sont coûteux et difficiles à appliquer, dans les espèces de très grande taille à cause des frais qu’elles entraînent, sur les espèces de très petite taille parce que les dissections sont très difficiles à cause de la délicatesse des parties ou que, après les injections métalliques, il est impossible de séparer les poumons des sacs aériens attachés à leur face ventrale. Aussi ne peut-on étudier cette face qui est pourtant, comme on le verra, celle dont la constitution varie le plus par le mode de distribution des sacs qui s’y attachent. Pour cette raison les résultats que je vais indiquer maintenant se rapportent seulement à un nombre limité d’espèces et n’ont aucunement la prétention de constituer une étude comparative du poumon des Oiseaux. Ils sont destinés simplement à montrer un certain nombre de dispositions particulières, faisant bien ressortir quelques-unes des différences susceptibles d’être présentées par le poumon et indiquant très nettement que la structure du poumon du Poulet n’est point du tout le type unique de cet organe, mais que ce dernier peut présenter des formes assez différentes dans le détail tout en conservant les caractères fondamentaux qui font de ce poumon un organe si spécial dans la série pulmonaire.
ForME pu POUMON. — Nous avons déjà signalé (p. 231) les variations que pouvait présenter la pente craniale dans son développement et son inclinaison et nous faisions remarquer à ce propos comment cette pente, faiblement inclinée et bien développée chez le Poulet adulte, était par contre très inclinée et très courte chez le Poulet à l’éclosion et chez certaines espèces. Ces variations sont nécessairement en rapport avec la forme générale du poumon qui peut se rapprocher soit d’un triangle dont le sommet serait représenté par l’extrémité craniale, les côtés par le bord latéral et par la face médiale, la base par le bord caudal, soit d’un parallélipipède rectangle court. J’ai essayé d'indiquer ces variations de forme en établissant d’après mes moulages métalliques les rapports de la longueur à la largeur maxima du poumon. Il est à remarquer tout d’abord que ce rapport est toujours supérieur à 1, c’est-à-dire que le poumon est toujours plus long que large, et ce rapport varie beaucoup soit dans le développement individuel à ses différentes périodes, soit à l’état adulte dans les différentes espèces.
Chez le petit Poulet à l’éclosion (fig. 12 a), la pente craniale. est très courte, le poumon est par ce fait coupé carrément à son sommet. Plus tard la pente craniale s’allonge et le poumon prend sa forme définitive (fig. 14 a). Aïnsi le rapport de la longueur à la largeur est de 1,11 à l’éclosion — 1,13 chez le Poulet de deux jours — 1,50 à quinze jours — 1,60 chez un jeune adulte, tandis que chez les individus âgés il atteint 1,83. Comme on le voit, l'augmentation est considérable puisqu'elle dépasse le 7/20 de la longueur totale. Si maintenant on examine l’adulte des différentes espèces étudiées, on trouve des poumons courts, de forme plus ou moins quadrilatérale comme celui du Poulet nouveau né, par exemple ceux de la Chevêche Noctua minor (Briss) 1,19, du Geai Garrulus glandarius (L.) 1,25, de la Mouette rieuse Larus ridibundus (L.), du Goéland L. fuscus (L.) et L. argentatus (L.) 1,23 à 1,25, du Traquet-Motteux Saxicola œnanthe (L.) 1,27, du Martinet Cypselus apus (L.) 1,37, de la
Perruche à collier Palaeornis torquata 1,45, du Bruant Emberza cirius (L.) 1,45. Viennent ensuite les poumons ayant à peu près les mêmes proportions que dans le Poulet jeune adulte ; ce sont le Verdier Ligurinus chloris (L.) 1,52, le Moineau Passer domesticus (L.) 1,61, le Pigeon Columba livia dom. (L.) 1,61, la Gallinule Gallinula chloropus (L.) 1,72. Le Canard se distingue par un allongement de son poumon tout à fait remarquable. Son indice dépasse de beaucoup les plus grands observés jusqu'ici : il est de 2,10 chez le Canard domestique. Le Canard sauvage Anas boschas (L) a, il est vrai, un poumon beaucoup plus court, 1,84. La Sarcelle Querquedula angustirostris (Menet), a un indice intermédiaire entre les deux précédents et qui est de 1,91.
BRONCHES. — La disposition des bronches chez les différents Oiseaux qui nous avons observés, rappelle dans ses traits principaux celle qui a été décrite chez le Poulet. La face ventrale est toujours pourvue de gros troncs entobronchiques au nombre de quatre, la surface dorsale présente des ectobronches au nombre de six environ et qui se distinguent plus ou moins nettement suivant la différence qu’il y a entre leur calibre et celui de leurs rameaux immédiats. Plus ces derniers sont fins, plus les ectobronches contrastent avec eux par leur taille et sont facilement distinguées.
Dans les poumons du type court, comme dans le Geai, la Chevêche, les ectobronches caudales l’emportent en diamètre sur les craniales. C’est le contraire pour les types allongés, comme le Canard où les ectobronches craniales sont très fortes.
Il serait avantageux pour les descriptions comparatives de pouvoir donner un nom propre à chacune des grosses bronches pulmonaires, entobronches et ectobronches. G. FISCHER (1905) a fait dans ce sens une tentative qui aurait pu être heureuse, mais qui ne peut pas être suivie comme nous l’avons fait remarquer p. 259. Il est en effet impossible d'admettre la nomenclature proposée par cet auteur puisqu'elle repose sur une détermination inexacte des rapports des sacs interclaviculaire et
diaphragmatique antérieur avec l’arbre bronchique, et que le procédé choisi pour dénommer les bronches n’est pas applicable au point de vue comparatif parce qu’un même sac, le sac interclaviculaire en particulier, ne se rattache pas toujours à la même entobronche et peut naître chez le Canard, par exemple, sur la première; tandis qu’il se rattache plus habituellement à la troisième. C’est pourquoi nous avons cru devoir garder la nomenclature exposée au début (p. 254) et qui a l’avantage de ne pas donner le mêmie nom à des formations différentes.