CHAPITRE PREMIER
RAPPORTS DES POUMONS Rapports des poumons avec le squelette
Le poumon des Oiseaux occupe la portion dorsale de la cage thoracique : il s’étend très peu du côté ventral de cette dernière et son bord latéral, qui descend le plus bas, n’atteint jamais l'articulation reliant la partie vertébrale avec la partie sternale des côtes. La forme particulière de cette portion de la cage thoracique exige quelques détails. En effet le corps des vertèbres thoraciques offre sur sa face ventrale une crête sagittale plus ou moins saillante, et qui atteint sa plus grande longueur sur les vertèbres moyennes. Cette crête est formée par les apophyses ventrales des deuxième, troisième et quatrième dorsales qui, chez le Poulet, sont réunies entre elles en une lame osseuse qui s’interpose entre les deux poumons. Cette lame interpulmonaire est percée d’un trou entre la troisième et la quatrième vertèbre dorsale. L’apophyse ventrale des cinquième et sixième vertèbres reste indépendante dans chacune d’elles et ne se continue point avec ses voisines.
La loge pulmonaire est constituée par les côtes et par la colonne vertébrale. On à vu que celle-ci forme dans sa partie ventrale une lame interpulmonaire qui sépare les deux poumons, mais elle contribue aussi à former la voûte de cette loge par l’intermédiaire d’une lame osseuse qui s’étend des vertèbres jusqu’au tubercule costal. Cette lame provient de l’ossification d’un ligament tendu entre les apophyses transverses des côtes. Elle forme, avec la lame résultant de la fusion des apophyses épineuses dorsales, une gouttière dans laquelle sont placés les muscles dorsaux.
Les côtes se divisent en fausses côtes qui ne se relient point au sternum et comprennent seulement une partie dorsale et en côtes vraies. Les fausses côtes, placées cranialement, sont au nombre de deux de chaque côté, chez le Poulet; la première très peu développée a la forme d’un simple stylet osseux , la seconde, plus longue, se rapproche par sa forme de la partie dorsale ou vertébrale des côtes suivantes, toutefois elle est encore peu développée, ses deux têtes sont peu séparées l’une de l’autre et son apophyse uncinée ne vient point s’appuyer sur la côte suivante comme elle le fait pour les troisième, quatrième et cinquième côtes.
Les côtes vraie$ ont une forme absolument caractéristique pour les Oiseaux : elles comprennent deux parties, l’une dorsale ou vertébrale qui s’attache à la colonne, l’autre ventrale ou sternale qui s’attache au sternum. Ces deux parties de la côte sont toujours osseuses et s’articulent entre elles en faisant un angle obtus ouvert en avant.
La portion dorsale de la côte, seule en rapport avec le poumon et même pas sur toute sa longueur, a la forme d’un quart de cercle et présente une extrémité proximale bifurquée en deux têtes. La tête dorsale ou tubercule s’articule avec l’apophyse transverse : elle se continue en dehors avec le corps de la côte qui est aplati dorso-ventralement. La tête ventrale, séparée de la dorsale par une vaste échancrure comblée pendant la vie par une lame fibreuse mince, s'articule avec le corps de la vertèbre qui présente, pour la recevoir, une légère saillie en forme de tubercule excavé à son sommet. Cette tête ventrale, contrairement à la précédente, est aplatie d'avant en arrière et se rattache au corps de la côte en formant une lame mince, perpendiculaire à la lame constituée par le corps, de telle sorte que sur une section perpendiculaire de la côte faite dans le voisinage de ses deux têtes, on observe la disposition connue sous le nom de fer àT.
Pendant la vie le poumon entoure complètement la tête ventrale de la côte qui est comme enfouie dans son épaisseur,
parce que les deux parties du poumon déprimées par la tête ventrale se rapprochent l’une de l’autre au-dessus de celle-ci, et viennent se toucher en se plaçant dans l’échancrure existant entre les deux têtes.
La lame saillante qui s'étend de la tête ventrale à la tête dorsale et sur le coté externe de la côte, s’imprime à la surface du poumon en formant un sillon qui s’atténue progressivement en allant de dedans en dehors.
Il y a chez le Poulet cinq côtes vraies (de la troisième à la septième incluse), dont les trois premières seules ont une apophyse uncinée ; les deux dernières dépourvues de cette apophyse sont en rapport, au voisinage de la colonne, avec lilion qui atteint jusqu’au bord caudal de la sixième, tandis qu’il recouvre totalement la septième. Le poumon s’étend chez le Poulet adulte depuis la deuxième côte dont il atteint le bord caudal jusqu’en arrière de la sixième. Quatre côtes s’impriment fortement sur lui: les troisième, quatrième, cinquième et sixième (voy. fig. IT et fig. 14b). Dans d’autres cas, et en particulier chez les Oiseaux à corps plus allongé, le Canard, le nombre des côtes en rapport avec le poumon est plus considérable et s'étend jusqu’à six (fig. 31); il n’est que de cinq chez le Pigeon (fig. 20 b). Mais ces différences importent peu dans la structure générale qui reste la même dans ses traits essentiels.
Forme des poumons
La forme du poumon des Oiseaux que l’on peut étudier surtout sur les moulages métalliques (fig. 11 a, b,c et pl. XVIII à XX), présente ce caractère général que le poumon est toujours plus épais du coté médial en rapport avec la colonne, tandis qu’il s’amincit graduellement en s’avançant vers le dehors.. Aussi, sur toutes les coupes transversales que l’on peut faire d'avant en arrière, le poumon présente-t-il toujours l’aspect d’une faux, dont la pointe est tournée en dehors, le
talon en dedans, le dos du côté dorsal et le tranchant du côté ventral. En d’autres termes, le poumon présente trois faces : une face dorsale convexe, une face médiale à peu près plane, une face ventrale concave. Il faut remarquer toutefois que dans sa partie craniale, très courte, le poumon n'offre point cet aspect sur les coupes : sa face ventrale n’est point ici concave, mais légèrement convexe. Cependant la brièveté de cette por-
Per.
Pcd.
a b C FIG. II. — Poumon de Poulet Gallus domesticus (L.) ; moulage métallique (Darcet), Gr. nat. — a., face ventrale (poumon droit) ; b., face médiale (poumon gauche); c., face dorsale (poumon droit); an, circuits médiaux; an. t. anastomose transverse entre deux
parabronches. B. bronche extra-pulmonaire ; P.cr. pente craniale; P.cd., pente caudale ; S. c., sillons costaux et trous costaux,
tion craniale, permet de conserver la description ci-dessus qui répond à la plus grande partie du poumon.
La FACE DORSALE (c, fig. 11) est marquée par les sillons costaux. La direction de ces sillons est, comme celle des côtes, oblique de dedans en dehors et d'avant en arrière. Leur nombre varie naturellement avec celui des côtes rencontrées par les poumons.
La FACE MÉDIALE (b, fig. 11) est verticale, en rapport avec la colonne vertébrale et la lame osseuse interpulmonaire dont nous avons parlé. Chez les types à poumon court, comme le Poulet par exemple, cette face est à peu près quadrilatérale à angles mousses, c’est-à-dire que son épaisseur est sensible-
ment la même à ses extrémités qu’en son milieu. Dans les poumons plus allongés, comme celui du Canard, l'épaisseur va s’atténuant graduellement, depuis le milieu jusqu'aux extrémités craniale et caudale de cette face. Elle est occupée par des bronches verticales, de direction dorso-ventrale, toutes parallèles entre elles, et présente des trous arrondis, répondant aux têtes ventrales des côtes et circonscrits par les bronches verticales dont il a été parlé, ces bronches s’écartent au niveau des côtes pour les former, puis se rapprochent en dessus et en dessous d’eux, de façon à enfouir la tête costale dans le tissu pulmonaire.
La FACE VENTRALE du poumon (a fig. 11), bien qu’elle soit d’une manière générale concave par rapport à la face dorsale, est en réalité assez compliquée et forme une pyramide triangulaire dont le sommet répond à l’entrée de la bronche dans le poumon : un des pans est formé par la face cranio-latérale du poumon un autre par une face médio-ventrale s’étendant de la bronche extra-pulmonaire à la face médiale ci-dessus décrite, le dernier enfin par la face caudale. Mais comme la face médiale de cette pyramide est très courte et que, au point de vue des rapports, tout ce qui est en avant de la bronche se comporte bien différemment de tout ce qui est situé caudalement à elle, on peut, pour plus de simplicité, diviser cette face en deux parties seulement : l’une craniale ou prébronchique, l’autre caudale ou postbronchique. Comme d’une manière générale aussi, le point de pénétration de la bronche dans le poumon répond à la partie la plus saillante de cette face ventrale et qu’à partir de lui toute la partie craniale du poumon est inclinée d’arrière en avant, et du ventre au dos tandis que la portion postbronchique est inclinée en sens inverse, on peut décrire simplement dans la face ventrale deux pentes, l’une craniale située en avant de la bronche, l’autre caudale placée derrière celle-ci. Ces deux parties, très visibles sur la fig. 14 a, sont d’autant plus légitimement distinguées que leurs rapports sont, comme on le verra plus loin, tout à fait
différents. Pour le moment on dira simplement que la pente craniale du poumon à une étendue assez variable dans les différents types. Elle est courte et presque verticale dans les poumons courts, comme celui du Geai (fig. 23 a). Elle est au contraire allongée et faiblement inclinée, comme dans le poumon très étendu du Canard (fig. 30 et 32). Elle peut du reste offrir une disposition un peu différente chez l’oiseau qui vient d’éclore et chez l’adulte. Ainsi, chez le petit Poulet à la naissance (fig. 12 a), elle est courte et verticale comme chez le Geai. Chez l’adulte, elle est faiblement inclinée et assez longue, ce qui est en accord avec le mode d’accroissement du poumon, qui paraît après la naissance s'étendre surtout du côté cranial, suivant le changement de forme de l’ensemble du tronc, qui, d’abord très ramassé, s’allonge ensuite comme on sait (fig. 11 a - fig. 14 a). J’ai déjà signalé cette forme de la face ventrale du poumon des Oiseaux, (A. JUILLET, 1911. b).
Diaphragme ornithique et plèvre
Il importe de bien préciser les rapports des poumons avec les parties qui les entourent, afin de fixer dès maintenant certains points très intéressants pour la physiologie de ces organes. Les poumons sont logés exclusivement, comme on - la vu, dans la portion dorsale de la cavité thoracique et ne s’avancent que très peu sur les côtés de celle-ci. On a vu aussi que les côtes s’enfonçaient profondément dans le tissu pulmonaire puisque leurs têtes ventrales sont entièrement enfouies dans ce dernier. Cette disposition, la présence des sillons costaux profonds et bien marqués, permettent déjà de penser que les poumons ne jouent point dans la cage thoracique comme ils le font chez les Mammifères et conduit à envisager la constitution des plèvres ornithiques.
Cette constitution a été comprise de manières bien différentes par les divers auteurs qui ont traité ce sujet et dont les conceptions se ressentent forcément de l’état de la science au moment où ils ont écrit; Nous ne referons pas l’historique de ces différentes
opinions qui à été déjà fait par BERTELLI (1905) et qui est sans intérêt, étant donné l’état très précaire des connaissances embryologiques à l’époque où toutes ces opinions contradictoires ont été émises. Aujourd’hui, grâce aux connaissances acquises sur le développement de la région thoracique, il est aisé de faire disparaître toutes ces contradictions et d’avoir une idée claire de la manière dont les choses, partant d’un état initial très voisin de celui que l’on observe chez les autres Amniotes où les poumons sont libres dans des cavités pleurales, sont arrivées à l’état qu’elles montrent chez les Oiseaux où les poumons sont plus ou moins soudés à la cage thoraciqne.
Nous suivrons pour faire cet exposé, le résumé qu’en a donné M. VIALLETON (1910, p. 122) et qui permet de comprendre la disposition des principaux sacs aériens, telle qu’elle est aujourd'hui admise.
« Chez l'embryon de huit jours, les poumons se sont déjà développés et chacun d’eux, bourgeonnant surtout du côté dorsal du méso latéral qui le renferme, présente une surface dorsale convexe et une surface plane tournée du côté ventral. Cette dernière est occupée par une épaisse lame mésodermique dérivée du méso latéral et qui vient se souder aux parois latérales du corps, soit directement, soit par l’intermédiaire des plis des reins primitifs ou du septum transverse suivant les points. Les poumons sont donc placés maintenant de chaque côté de la ligne médiane dans une cavité limitée en dedans par le mésentère dorsal, latéralement par les parois du corps, ventralement par la lame mésodermique épaisse dont on vient de parler et qui, continue en avant avec la paroi dorsale du péricarde, est libre en arrière où elle s’arrête tout d’abord. Cette lame laisse ainsi pendant un certain temps un orifice étroit qui fait communiquer la cavité renfermant le poumon avec celle qui contient les viscères abdominaux. On peut la comparer au septum décrit plus haut chez les Tortues. Elle se continue plus tard en arrière, de manière à fermer complètement la cavité réservée au poumon.
Elle a reçu de BERTELLI le nom de diaphragme primaire.
« Bientôt la disposition des parties change profondément par le développement des sacs aériens. Ces derniers sont des diverticules pulmonaires qui, comme l’a montré BERTEL, se développent à partir des bronches dans l'épaisseur du diaphragme primaire entraînant au-devant d’eux la face ventrale de ce dernier recouverte par le péritoine, tandis que sa face dorsale, en contact avec le poumon, continue à former un septum horizontal ayant les mêmes dispositions que le diaphragme primaire et qui constitue le diaphragme définitif. Ce dernier s’étend de la ligne médiane à la paroi latérale du corps de chaque côté, séparant complètement les poumons, logés en dessus de lui, du reste de la cavité du tronc. Ce septum présente sur ses bords réunis à la paroi thoracique de petits faisceaux musculaires capables de l’abaisser légèrement ; il a reçu de SAPPEY le nom de diaphragme pulmonaire, BERTELLI le nomme diaphragme ornithique.
« Les sacs aériens s'étendent, d’une part, entre le diaphragme définitif contre lequel ils s’appliquent étroitement par leur face dorsale qui se confond avec lui et que leur épithélium tapisse, d'autre part ils s’accolent aux parois du-corps ou à celles de différents viscères, comme on va le voir.
« Les sacs aériens sont au nombre de cinq de chaque côté. On peut les diviser (BERTELLI) en trois groupes ; un groupe supérieur, comprenant deux sacs placés dans la partie craniale de la cavité du tronc (sacs supérieurs) ; un groupe moyen, composé également de deux sacs, et un groupe inférieur comprenant un seul sac.
« Les sacs du groupe supérieur sont placés l’un dorsalement, l’autre ventralement. Le sac dorsal, petit, se glisse en avant et, dépassant la clavicule, vient se placer à la base du cou. Les deux sacs droit et gauche de cette paire constituent les sacs cervicaux de Sappey. Les deux sacs supérieurs ventraux prennent un grand développement et occupent le côté ventral de la partie antérieure ou craniale du thorax. Ils se moulent
sur les viscères contenus dans cette cavité, les entourent et les écartent des parties dont ils étaient primitivement voisins. Ils se réunissent sur la ligne médiane en s’accolant l’un à l’autre, et la lame formée à ce niveau par leurs parois fusionnées se résorbe, de telle sorte que leurs cavités se confondent en une seule, le réservoir interclariculaire de SAPPEY (considéré par lui comme un sac aérien impair). La trachée, les gros vaisseaux traversent librement cette cavité dans laquelle ils sont comme suspendus pour la raison indiquée plus haut. Le réservoir interclaviculaire émet un diverticule important, qui franchit la paroi latérale du thorax et vient s’épanouir entre elle et le muscle grand pectoral. On verra plus loin son rôle dans la respiration pendant le vol.
« Les sacs moyens de BERTELLI, appelés aussi sacs diaphragmatiques (SAPPEY), sont au nombre de deux de chaque côté. Le sac moyen supérieur (diaphragmatique antérieur) forme une petite loge quadrangulaire sur les coupes frontales, et qui est placée entre la paroi du corps et le péricarde. Le sac moyen inférieur (diaphragmatique postérieur) plus allongé, le suit en arrière et s’étend assez loin au delà du bord du sternum. Les parois médiales de ces deux sacs sont situées exactement dans le prolongement l’une de l’autre et forment de chaque côté une lame verticale qui s'étend obliquement de la partie moyenne du péricarde en avant jusque vers l'extrémité postérieure du corps. Les viscères abdominaux sont donc refoulés sur la ligne médiane entre ces deux lames qui les séparent en même temps du diaphragme définitif et qui complètent avec ce dernier la paroi de la cavité péritonéale du côté cranial. A cause de cela on considère ces deux lames comme faisant partie de l’appareil cloisonnant du cœlome et on les a comparées au diaphragme. Ce dernier était alors formé chez les Oiseaux de deux parties, l’une pleurale répondant au diaphragme pulmonaire, l’autre abdominable représentée par la paroi médiale des deux sacs moyens et qui a reçu le nom de diaphragme thoraco-abdominal, Cette dénomination explique
l’épithète de « diaphragmatiques » donnée aux ‘sacs moyens qui contribuent par leur paroi médiale à former cette cloison.
«Le sac inférieur forme de chaque côté une poche très allongée qui dépasse encore en arrière les sacs moyens postérieurs, et atteint jusqu'aux vertèbres caudales. Il se place à la face ventrale des reins définitifs qu’il sépare des viscères intestinaux sous-jacents.
«Les parois de ces différents sacs forment donc des cloisons
qui subdivisent d’une manière compliquée la cavité du tronc. Celles des sacs interclaviculaires et moyens antérieurs accolées limitent en arrière la cavité thoracique craniale dans laquelle sont placés la trachée, les gros vaisseaux et la base du péricarde. Les sacs moyens limitent de leur côté deux grandes cavités latérales droite et gauche dont chacune est cloisonnée par une lame formée par l’accolement de la paroi caudale du sac moyen antérieur avec la paroi craniale du sac moyen postérieur et une loge médiane dans laquelle sont renfermés les viscères abdominaux. Par conséquent, les parties antérieure et dorsale de la cavité du tronc des Oiseaux sont entièrement remplies d’air provenant soit des sacs supérieurs, soit des poumons et des cavités aériennes également ménagées sur les côtés (sacs moyens) et sur la paroi dorsale (sacs inférieurs) de la cavité viscérale de telle façon que le poids des viscères abdominaux est entièrement réparti sur la ligne médiane et du côté ventral. »
Au début, la face médiale et la face dorsale du poumon embryonnaire sont absolument libres et indépendantes de la paroi thoracique qui les environne. Il existe une véritable cavité pleurale, mais celle-ci est située tout entière du côté dorsal du diaphragme primaire.
Au fur et à mesure que l'oiseau se développe, cette cavité pleurale s’atrophie peu à peu; des points de contact nombreux apparaissent entre la face dorsale des poumons et la paroi thoracique ; des adhérences s’établissent et l’endothélium pleural disparaît sur la plus grande partie de son étendue
pour ne persister qu’en de rares points où la fusion des deux parois viscérale et thoracique n’a pas été complète.
BEerTELLI (1905 p. 827) donne pour les plèvres la description suivante :
«Les poumons sont adhérents et unis plus ou moins étroitement aux parois de ces cavités (cavités pleurales). La plèvre pariétale comprend deux portions, costale et médiastinique; et il n’y a pas de plèvre diaphragmatique à cause de la fusion du poumon et du diaphragme.
Les surfaces dorsales et médiastinales des poumons sont adossées et unies aux parois de la cavité thoracique. L’adossement se rencontre sur toute la surface, l’union s’effectue ou bien par des lamelles et des filaments conjonctifs qui laissent entre eux des surfaces libres des feuillets pleuraux ou par une fusion plus étendue de ces feuillets.
Chez les Gallinacées la surface dorsale est unie au thorax par des lamelles ou filaments peu nombreux qui laissent de grandes surfaces libres de la cavité pleurale. Au voisinage du bord latéral du poumon les deux plèvres se fusionnent. En dehors des points ainsi fondus tout le reste de la plèvre est libre, revêtu d’épithélium.
Dans les oiseaux où l’adhérence des plèvres se fait par fusion celle-ci, très étendue, est variable. Chez N'umenius arcuata la surface des poumons est lâchement unie à l’extrémité supérieure des côtes où elle est lisse et largement revêtue d’épithélium. Il y a aussi des aires d’épithélium chez la Pie. Chez le Pigeon, la surface dorsale est fusionnée : il existe des aires épithéliales abondantes dans les sillons costaux, très rares ailleurs.
Dans d’autres Oiseaux, la fusion est étendue et on ne peut mettre en évidence que de rares aires épithéliales (Anas boschas, Passer Ttaliæ, Hirundo rustica). La couche connective qui unit les poumons au thorax est bien développée dans Buteo vulgaris et encore mieux dans le Cygne.
Chez tous les individus la partie sillonnée par les côtes est unie moins intimement.
Sur le médiastin, c’est la même chose. »
La partie de la cavité pleurale appelée par BERTELLI « médiastine » répond à notre face médiale. Il importe de faire remarquer les différences qu’elle présente avec la partie médiastinale du poumon des Mammifères, et qui sont dues à la constitution spéciale du squelette thoracique.
En effet, tandis que chez les Mammifères les poumons dépassent largement du côté ventral la colonne vertébrale au devant de laquelle se placent l’aorte et l’œsophage avec lesquels ïls entrent plus ou moins en rapport, chez les Oiseaux, à cause de la crête osseuse ventrale placée sur le corps des vertèbres thoraciques, les organes qui étaient en rapport chez les Mammifères avec ces corps de vertèbres sont fortement repoussés du côté ventral. Comme la face ventrale des poumons ne dépasse point le bord de cette crête osseuse, il en résulte que l’aorte et l’œsophage au lieu d’être logés entre les deux poumons sont placés tout à fait ventralement par rapport à ceux-ci, et n’ont rien à faire avec leur face médiale qui est absolument contiguë avec celle du poumon opposé dont elle n’est séparée que par les crêtes osseuses.
Ainsi sont déterminés les rapports des faces dorsales et médiales des poumons. Ceux de leur face ventrale sont beaucoup plus compliqués à cause du nombre des viscères avec lesquels elles entrent en contact.
Rapports de la face ventrale des poumons
Pour étudier convenablement les rapports de la face ventrale des poumons, il faut employer la méthode indiquée p. 216, c’est-à-dire, se servir d’un animal préalablement injecté à l'alcool et durci par un séjour d’au moins quarante huit heures dans ce réactif. Les muscles des ailes et le bréchet ayant été enlevés avec soin, on ouvre le thorax en détachant avec beaucoup de précautions le plastron sternal, sciant avec une scie d’horloger les parties dures, de façon à suivre très exactement
la face profonde du sternum et à ne point déchirer les cloisons séparatives des sacs qui viennent s’y attacher. Il est bon d'enlever d’abord seulement la partie caudale du sternum, en laissant intacte sa partie craniale en rapport avec les côtes et les coracoïdes ; puis on désarticule ces derniers et on les enlève en même temps que l’omoplate. Les viscères sont alors suffisamment dégagés pour que l’on ne risque point de déchirer leurs enveloppes ou leurs ligaments lorsqu'on achèvera l’ouverture du thorax, ce qui se fait en enlevant à la scie d’horloger le reste du sternum (1).
On voit alors le péricarde qui est à peine ouvert sur sa face ventrale si l’opération à été bien conduite, puis, en avant du péricarde on découvre une sorte de cavité qui s’étend de chaque côté de la base du cœur, jusque sur les côtés du cou et qui répond au sac interclaviculaire. De chaque côté du péricarde on distingue deux lames qui s’insèrent sur lui à peu près au niveau de la base des ventricules et se dirigent de là, d’avant en arrière et de dedans en dehors. Ce sont les diaphragmes thoraco-abdominaux qui limitent en dedans les sacs diaphragmatiques antérieurs et postérieurs qui ne se distinguent tout d’abord pas l’un de l’autre parce qu’ils ne sont point ouverts.
Entre le diaphragme thoraco-abdominal de chaque côté et le péricarde, se loge le lobe correspondant du foie qui remonte ainsi très loin du côté du cœur dont la pointe est entourée par les lobes hépatiques. Cette disposition mérite d’être signalée comme un trait reptilien de la topographie viscérale des Oiseaux En effet, elle ne se rencontre jamais chez les Mammifères où le cœur est toujours nettement séparé du foie par le diaphragme et n’est point entouré de tissu hépatique.
Pour poursuivre l’étude des rapports, il faut maintenant enlever la plus grande partie du cœur et du foie puis ouvrir
(1) Pour suivre cette description, il est bon de’s’aider de la figure de STRASSER, reproduite par WIEDERSHEIM (fig. 297, 1906) et par VIALLETON (fig. 76, 1911) ou encore de la figure 3, pl. IV de SAPPEY (1847). N’ayant pu mieux faire que ces auteurs, dont les dessins ne sont d’ailleurs pas parfaits à cause des difficultés résultant des reliefs et de la transparence de certaines parties, comme a paroi dorsale du sac interclaviculaire, j'ai renoncé à donner une figure personnelle,
les sacs diaphragmatiques. Mais comme il importe avant tout de ne point déchirer les fines membranes qui celoisonnent la cavité viscérale, il faut enlever les organes avec beaucoup de précautions et le meilleur moyen d'opérer consiste à morceler les viscères en petits fragments que l’on enlève à la pince. On écarte ainsi les ventricules tout entiers, en gardant les gros troncs aortiques et pulmonaires dans leur trajet intrapéricardique et en conservant les oreillettes avec leurs orifices veineux. Le sang coagulé qui les remplit est enlevé par fragments à la pince et de cette façon les embouchures des gros troncs vasculaires restent parfaitement en place, tandis que le péricarde transparent laisse voir les parties placées sur son côté dorsal. Les lobes droit et gauche du foie sont enlevés de même par morcellement. Enfin les sacs diaphragmatiques sont ouverts. On voit dès lors que, en dehors du péricarde, les parties en rapport avec la face ventrale des poumons sont avant tout les sacs aériens avec les viscères qui les traversent comme c’est le cas pour le sac interclaviculaire.
SAC INTERCLAVICULAIRE. — Le sac interclaviculaire, formé comme on sait par la réunion sur la ligne médiane de deux sacs primitivement distincts, occupe toute la partie ventrale de la cavité thoracique comprise entre la base du péricarde d’une part, et la clavicule de l’autre. Il se prolonge un peu latéralement du côté caudal, de chaque côté de la base du péricarde ou du cœur qu’il entoure jusque vers sa partie moyenne ; il envoie aussi en dehors du thorax un prolongement très important, le sac sous-pectoral, mais nous n’avons pas à nous occuper de ce dernier. |
Il est limité en arrière dans sa partie médiale par le péricarde, dans ses parties latérales par une cloison formée par l’accolement de sa paroi avec celle du sac diaphragmatique antérieur. Sa voûte ou son toit, que l’on voit de face sur l’animal couché sur le dos, est à peu près plane, mais est parcourue par divers organes plus ou moins saillants sur elle et qui lui sont rattachés par des mésos complets ou fenêtrés.
AROH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — 5€ SÉRIE. — ©, IX. — (Ill). 16
Sur la ligne médiane, on trouve d’abord la trachée fortement saillante et accolée à l’œæsophage et aux muscles du cou que recouvre la paroi du sac interclaviculaire. Puis vient la bifurcation de la trachée en ses deux bronches extrapulmonaires qui, elles, passent librement sur la paroi dorsale du sac sans contracter adhérence avec lui. Avant la bifurcation de la trachée, on voit s’insérer sur elle deux muscles obliques de dedans en dehors et d'avant en arrière, qui traversent librement la cavité du sac interclaviculaire pour venir s’insérer sur la paroi latérale de la cage thoracique. Ce sont les muscles du syrinx. Ils constituent les organes les plus ventraux contenus dans la cavité du sac et se placent ventralement au tronc de l’artère axillaire. En dehors de la trachée et de ses muscles, la cavité du sac est encore traversée par les deux troncs artériels brachiocéphaliques qui font saillie en dedans d’elle jusque vers leur bifurcation en artère carotide et artère axillaire, les carotides se confondent peu à peu avec la paroi dorsale du sac. Plus dorsalement se trouvent les troncs droit et gauche des veines caves supérieures, qui font moins saillie dans la cavité du sac et sont plus intimement soudés à sa paroi dorsale. En avant, sur le toit, se trouve la glande thyroïde recouverte par la paroi dorsale du sac mais facile à reconnaître cependant à la saillie ovalaire qu’elle forme entre la veine jugulaire et la carotide.
Toute la partie de la paroï dorsale du sac interclaviculaire, située en avant du tronc artériel brachio-céphalique n’est point en rapport avec le poumon ; elle est tendue ventralement à la cavité des sacs cervicaux qui occupent la portion dorsale et craniale de la cage thoracique. Le sac interclaviculaire n’est en rapport avec le poumon que sur une partie très limitée de ce dernier, à savoir au niveau du cul-de-sac latéral qu’il forme de chaque côté de la base du péricarde. Là, sur une très courte étendue comprise entre la paroi postérieure du sac interclaviculaire et la veine cave supérieure continuée par la veine axillaire, le toit du sac interclaviculaire s’applique sur la partie de la pente craniale qui confine immédiatement à l’arête
la séparant de la pente caudale. Mais ce contact est limité à une faible portion du poumon, la plus grande partie de la pente craniale étant en rapport immédiat avec le sac cervical du même côté, ce qui nous conduit à étudier la disposition des SACS CETVICAUX.
SAC CERVICAL. — Il est facile d’apercevoir à travers la mince paroi dorsale du sac interclaviculaire la cavité des sacs cervicaux situés de chaque côté de la base du cou. Pour étudier ces sacs, on introduit d’abord dans leur cavité une sonde cannelée, que l’on y fait pénétrer par l’orifice créé dans ces sacs par la section transversale du cou, faite un peu en avant du thorax. On fait saillir la paroi du sac cervical avec l’extrémité mousse de la sonde et l’on se rend compte ainsi de l’étendue de chaque sac cervical, puis on coupe sur la sonde Cannelée la membrane qui sépare les deux sacs interclaviculaire et cervical l’un de l’autre, et de chaque côté apparaît alors la cavité du sac cervical. Les rapports des sacs cervicaux sont un peu différents à droite et à gauche : à droite, le sac recouvre la plus grande partie de la pente craniale du poumon, puis s’étend entre la base du cou et l’extrémité de la cage thoracique par laquelle il passe dans le cou. Il est limité en dehors par la partie craniale de la cage thoracique, en dedans par l’œsophage rattaché aux muscles prévertébraux par un court méso. En arrière il présente un petit cul-de-sac latéral court qui s’applique contre la convexité de la crosse aortique et revêt la face dorsale de la veine cave supérieure droite ; en dedans il se prolonge beaucoup en arrière sous la forme d’un conduit cylindrique large qui s'enfonce entre la face médio-ventrale du poumon droit et l’'œsophage (voir fig. III). À gauche, la portion craniale du sac est en rapport avec le bord gauche de l’œsophage rejeté plus fortement à droite, le sac paraît moins volumineux et présente comme le sac correspondant deux culs-de-sac postérieurs, l’un latéral plus petit, s'étendant dorsalement au tronc de la veine cave supérieure gauche, l’autre en forme de conduit, glissant sur le côté de l’œsophage et terminé en
eul-de-sac comme son homologue du côté opposé. Ce conduit est séparé du conduit droit par le méso œsophagien dont il'a été question. Mais par suite de la situation plus à droite de l’œsophage, le méso s’insère sur le côté gauche de cette portion du tube digestif, de ‘sorte que la paroi ventrale de ce cul-de-sac est moins nettement formée par l’œsophage qu’elle ne l’est du côté droit.
Les deux sacs cervicaux peuvent communiquer entre eux sur la ligne médiane, dorsalement à l’œsophage, comme la déjà dit CAMPANA (1875).
Cette situation du sac cervical sur le côté dorsal du sac intérclaviculaire est très importante et doit être bien retenue pour comprendre exactement les rapports de la plus grande partie de la pente cranïale du poumon. Cette disposition tout à fait dorsale du sac cervical est bien exprimée par le nom même imposé à ce sac par BERTELLI qui l’a appelé « sac supérieur dorsal » mais qui néanmoins l’a méconnu dans sa figure I Tav. LXXIX qui représente le diaphragme ornithique. NATALIS GUILLOT (1846) seul à bien représenté ce point important de la disposition des sacs, lorsque dans sa figure 2, PI. TV, de beaucoup la plus exacte que nous possédions du toit du sac interclaviculaire, il montre, en incisant ce dernier du côté gauche, la cavité du sac cervical qui lui est sous jacent.
La pente craniale du poumon est assez courte, elle ne s’étend pas au delà du tronc de l’artère axillaire qui forme sa limite antérieure, sa surface n’est point concave et lisse comme celle de la pente caudale, mais elle présente une saillie médiane formée par la bronche qui donne naissance au sac cervical antérieur. De plus, sur le poumon droit, elle présente à son bord médial l’empreinte très marquée de la crosse aortique.
- SAC DIAPHRAGMATIQUE ANTÉRIEUR. — Sur les coupes frontales qui ouvrent largement la cavité du sac diaphragmatique antérieur, ce dernier à la forme d’un rhomboèdre présentant un bord cranial et un bord caudal obliques de dedans en dehors
et d'avant en arrière, puis deux bords, latéral et médial, parallèles entre eux. Ce’sont la paroi latérale du thorax d’une part, le diaphragme thoraco-abdominal d’autre part. Le sac diaphragmatique antérieur recouvre à peu près toute la pente caudale du poumon, le sac diaphragmatique postérieur n’étant en rapport avec elle que par une partie très étroite, sur le bord latéral et caudal de cette face, comme on peut le voir sur la fig. TIT qui représente schématiquement les rapports des sacs avec la face ventrale. Le toit de la cavité du sac diaphragmatique antérieur a donc la forme d’une voûte à concavité tournée ventralement et qui répond à la pente caudale du poumon. Cette pente est en rapport avec la face dorsale des lobes hépatiques immédiatement sous-jacents aux sacs et qui, lorsque ceux-ci ne sont pas distendus d’une manière forcée, doit se mouler en quelque sorte sur le poumon dont elle n’est séparée que par une mince lame d'air. OWwEx (1835 et 1866) avait signalé ce rapport des sacs diaphragmatiques en l’exprimant par le terme de « sacs hépatiques » à l’aide duquel il les désignait.
La paroi craniale des sacs diaphragmatiques antérieurs mérite d'attirer l’attention premièrement parce qu’elle est en rapport très intime avec la crête qui sépare les deux pentes pulmonaires l’une de l’autre, et a par conséquent une relation topographique très importante avec la configuration générale du poumon, en second lieu, parce que dans sa partie dorsale et médiane, elle donne passage au conduit aérien du sac interclaviculaire.
On peut lui décrire deux parties. L’une latérale qui s’étend de la paroi thoracique au péricarde, et qui répond au bord cranial oblique du rhomboèdre, formé par la coupe frontale du sac diaphragmatique antérieur, l’autre dorso-médiale, comprise entre les vaisseaux pulmonaires et le péricarde, et qui donne précisément passage au conduit aérien sus-nommé. La partie latérale formée par l’adossement de la paroi caudale du sac interclaviculaire et de la paroi craniale du sac diaphragmatique” antérieur ne nécessite pas de description spéciale,
C’est une lame oblique simple. Mais il n’en est plus de même de la paroi dorso-médiale qui est extrêmement compliquée. Elle est formée en effet par le paquet vasculaire qui s’étend du
Cranial
Latéral Ra
Rda.