PRINCIPALES VOIES AÉRIENNES INTRAPULMONAIRES
Étude macroscopique
Lorsqu'on isole un poumon sur un animal injecté à l’alcool selon le procédé indiqué p. 210, il forme un organe spongieux de consistance faible, revêtu sur toute sa surface d’une mince couche conjonctive lisse et continue, sauf au niveau des orifices des sacs aériens dont on parlera plus tard. A travers cette mince paroi conjonctive, on aperçoit sur toute la surface du poumon et particulièrement sur la face ventrale, un dessin formé par les conduits aériens vides et par le parenchyme pulmonaire de couleur jaunâtre qui leur est interposé. Sur la pente craniale, les voies aériennes forment des conduits disposés en éventail. Sur la pente caudale au contraire, ces conduits très flexueux s’ouvrent les uns dans les autres en formant un véritable labyrinthe de voies aériennes séparées par des bandes également flexueuses et entrelacées de parenchyme pulmonaire. Cet aspect si particulier, si différent de celui des autres poumons qui mon-
trent toujours une tendance à la formation de lobules polygonaux, si nets chez les Mammifères, est encore augmentée par le fait que plusieurs gros troncs bronchiques se distinguent aisément sur la face ventrale et montrent des caractères tout à fait particuliers. En effet, immédiatement sous-jacents à la membrane connective, ils n’offrent du côté ventral qu’une paroi très mince, absolument dépourvue de canalicules aérifères (parenchyme pulmonaire). A travers cette paroi, on aperçoit facilement de nombreux orifices, très visibles à l’œil nu, qui criblent leur face dorsale et conduisent dans le parenchyme pulmonaire qui la revêt.
Ainsi un premier trait caractéristique du poumon des Oiseaux consiste dans la position très superficielle des grosses bronches, et dans la présence de bronches ou de conduits aériens tout à fait périphériques, de calibre assez développé cependant pour être suivis à l’œil nu et pouvoir être rattachés à leurs troncs originels sans autre préparation. La minceur de la paroi connective qui recouvre à la surface du poumon ces voies aériennes de différents calibres, et la facilité avec laquelle on les déchire, permettent de saisir tout d’abord un caractère très particulier du poumon des Oiseaux, à savoir que ce poumon est perforé par une série de conduits grossiers qui viennent jusqu’auprès de sa surface et que par le fait, son parenchyme est beaucoup plus perméable que celui des poumons des Mammifères.
Mais les préparations simplement fixées à l’alcool, selon le procédé indiqué, sont insuffisantes pour permettre d'étudier l’anatomie de ces voies aériennes. Elles ne peuvent être employées que pour l’étude des gros troncs qui font immédiatement suite à la bronche extra-pulmonaire lorsqu’elle est entrée dans le poumon.
Si on ouvre le poumon sur une sonde cannelée enfoncée dans la bronche intra-pulmonaire, on distingue facilement les gros troncs qui naissent sur cette dernière, et l’on voit aussi que ces troncs se dirigent immédiatement vers la périphérie
où ils s’étalent, tandis que dans le centre du poumon il en existe un seul qui continue à peu près la direction de la bronche extra-pulmonaire et forme la bronche souche ou «mésobronche » des auteurs.
La bronche extra-pulmonaire est dirigée de dedans ‘en dehors. Dès qu’elle est entrée dans le poumon elle est remplacée par le vestibule.
VEsTIBULE. — Le vestibule est un conduit court, dirigé ventro-dorsalement et cranio-caudalement, qui ne continue pas tout à fait la direction de la bronche extra-pulmonaire, mais se rapproche un peu plus de la ligne médiane, formant avec la bronche un angle très obtus pour se rapprocher de la partie médiale du poumon, dont il s’écarterait s’il continuait à cheminer dans le même sens. Pour certains auteurs il constitue un léger renflement ovalaire : chez le Poulet il ne se distingue point ainsi par un changement de calibre, mais seulement par la constitution histologique de ses parois, comme on le verra. Il répond à la partie du tronc aérien intrapulmonaire où naissent les entobronches (fig. 1). Le vestibule se termine au bord cranial de la première ectobronche, et se distingue très bien des autres voies aériennes parce que dans toute son étendue, mesurant chez le Poulet sept millimètres environ, sa surface interne est parfaitement lisse et continue, et ne présente pas d’autres trous que ceux des entobronches. Il est muni du côté dorsal d’un certain nombre d’anneaux cartilagineux comparables à ceux de la bronche extra-pulmonaire. Sur son bord médial, le vestibule porte d’habitude quatre gros orifices bronchiques disposés d'avant en arrière et séparés l’un de l’autre seulement par un éperon vertical qui ne fait point saillie dans la lumière du vestibule : ce sont les orifices des entobronches.
MÉsoBRONCHE. — Le vestibule est continué par la mésobronche, laquelle située dans la profondeur du poumon, beaucoup plus près du côté dorsal que du côté ventral, se porte vers le bord caudal du poumon en décrivant une ligne
légèrement courbe et vient se terminer sur ce bord au niveau de l’orifice du sac abdominal (ostium posterius.)
La mésobronche se distingue du vestibule non seulement par son calibre régulièrement décroissant, mais par sa paroi interne, non plus lisse et continue comme celle du vestibule, mais criblée d’orifices plus ou moins larges formés par les parabronches. D’autres orifices plus importants se trouvent encore sur le bord médio-dorsal de la mésobronche : ce sont les orifices des ectobronches, au nombre de six à huit chez le Poulet (fig. 3). Ces orifices se succèdent dans l’ordre suivant : le premier, à partir du côté cranial est large, arrondi et placé bien exactement sur la face dorsale de la mésobronche : deux autres conduits à peu près du même diamètre le suivent, séparés l’un de l’autre par une bande étroite qui ne fait pas saillie dans la lumière de la mésobronche. Ces orifices ne sont pas placés exactement sur la même ligne droite que le précédent, mais se détachent en dedans de cette ligne, se rapprochant ainsi du bord médial de la mésobronche, et cette disposition se poursuit jusqu’au cinquième orifice qui est placé tout à fait sur le bord médial. La quatrième ectobronche est séparée de la troisième par un intervalle plus large que celui qui est compris entre les premières ectobronches. L’intervalle situé entre les quatrième et cinquième est encore plus développé. Après la cinquième ectobronche on distingue encore deux ou trois orifices de grosseur intermédiaire entre ceux des ectobronches précédentes et les orifices des parabronches qui criblent le reste de la mésobronche. Ces orifices appartiennent à la sixième ectobronche et à quelques bronches dorsales qui se distinguent mal des parabronches avoisinantes. Elles deviendront peut-être, chez les espèces à poumon plus allongé, des troncs bien distincts à ajouter aux six premières ectobronches.
Les faces ventrales et latérales pe la mésobronche qui sont en dehors de l’insertion des grosses bronches dont il vient d’être question, se montrent criblées d’une série de trous de diamètre
inférieur à celui des ectobronches, ce sont les orifices de parabronches dont on parlera plus loin. Sur le bord externe de la mésobronche on distingue, parmi ces orifices, quelques-uns plus volumineux et de dimensions intermédiaires entre celles des orifices ectobronchiques et des orifices parabronchiques ordinaires. Ils appartiennent à un petit nombre de bronches dirigées vers le bord latéral du poumon et qui forment pour CAMPANA (1875) un groupe bronchique particulier auquel il a donné le nom de « bronches secondaires externes ». A cause de leurs faibles dimensions, ces bronches sont difficiles à distinguer chez l’adulte, au milieu des bronches qui les environnent ou qui en partent, mais elles ont évidemment une importance particulière parce qu’elles apparaissent de bonne heure chez l’embryon, sur la face externe de la mésobronche : on en reparlera plus loin. L’une d’entre elles forme le canal direct du sac diaphragmatique postérieur.
Ce canal est caractérisé par ce fait que son calibre croît d'avant en arrière, si bien que l’on pourrait considérer sa portion distale comme une partie du sac diaphragmatique postérieur enfermée dans le poumon et cela pour deux raisons, premièrement à cause de sa largeur qui contraste vivement avec celle des grosses bronches qu’elle dépasse beaucoup lorsqu’elle arrive vers le diaphragme pulmonaire, et secondement parce que ses dimensions sont en quelque sorte inverses de celles des grosses bronches, puisqu'elles vont en croissant à mesure que ce canal s'éloigne de son point d’origine. Nous reviendrons plus loin sur ce canal.
L’injection à l’alcool permet de suivre l’origine des troncs bronchiques, mais ceux-ci ont une paroi trop faible, lorsqu'ils touchent la périphérie et une individualité trop peu accusée, par suite de l’absence d’anneaux cartilagineux, pour qu’il soit possible de les suivre dans leur trajet ultérieur. Il faut absolument recourir à un artifice de technique pour en obtenir des préparations exactes et permanentes. Le meilleur moyen consiste certainement dans les injections métalliques dont il a été
question. Grâce à celles-ci, on peut étudier en détail toutes les voies aériennes intra-pulmonaires et en donner une description
exacte.