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DE LA POULE

Sur des coupes faites par les procédés indiqués précédemment, mais après décalcification complète des plaques osseuses intra-sclérales, on voit qu'il existe chez la poule (fig. 7) un espace cilio-scléral se prolongeant en arrière plus loin que chez les mammifères. Cet espace est traversé par un système de trabécules grêles, allongées, étendues de la face interne de la scié-

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rotique à la face antérieure du corps ciliaire et de l'iris lui-même. Ces trabécules correspondent au ligament pectine des mammifères. Le canal de Schlemm frappe par son volume considérable et la minceur de sa paroi interne. Sa largeur atteint et dépasse 1 millimètre, on le distingue facilement à l'œil nu sur les coupes. Il est situé à la face interne de la sclérotique, immédiatement en arrière du bord delà membrane de Descemet. Sa forme sur les coupes est celle d'un ovoïde irrégulier à petite extrémité postérieure. Sa face externe est limitée par des couches de tissu conjonctif denses, disposées parallèlement et qui font partie de l'épaisseur de la sclérotique. Elles se recourbent à la partie antérieure du canal pour le limiter en ce point par une sorte de bourrelet fibreux creusé en gouttière. Dans l'épaisseur de ce bourrelet, le tissu fibreux subit une modification curieuse : ses faisceaux s'écartent pour constituer en un point un petit îlot de tissu réticulé d'aspect analogue au système trabéculaire scléro-cornéen du porc.

L'extrémité postérieure étroite du canal ne paraît présenter d'autre couche propre que sa membrane endothéliale qui s'appuie sur un fin réseau conjonctif très lâche à fibrilles fines et à cellules nombreuses.

Quant à la paroi interne, elle nous apparaît comme l'objet d'étude par excellence pour ce point si controversé d'anatomie. Sa minceur, son isolement des parties voisines (elle donne seulement insertion à quelques trabécules du ligament pectiné) font immédiatement naître l'idée que l'on pourra l'arracher, l'étudier à plat et voir si elle présente, ou non des orifices faisant communiquer le canal de Schlemm avec la chambre antérieure. Sur les coupes elle apparaît comme constituée par une mince membrane, d'épaisseur un peu inégale suivant les points,

colorée en rose par le picro-carmin, montrant un très grand nombre de fibres élastiques volumineuses sectionnées transversalement et des noyaux conjonctifs semés entre ces fibres. Vers sa face ciliaire, cette mince lame de tissu présente une sorte de dissociation de ses éléments constituants qui ébauchent un réseau au lieu de rester tassés en membrane compacte. Nous reconnaissons alors dans les travées du réseau un ensemble histologiqne déjà connu de nous et qui nous paraît caractéristique du système trabéculaire scléro-cornéen. Il consiste en un petit faisceau de tissu conjonctif dense, recouvert de fibres élastiques ici particulièrement volumineuses., le tout engainé par une plaque endothéliale dont le noyau fait saillie de distance en distance sur les trabécules.

La face interne, cavitaire, de cette paroi au lieu de présenter une sorte de désagrégation de ses éléments constituants est, au contraire, régulière, lisse, et recouverte d'endothélium.

Pour étudier à plat cette paroi interne du canal de Schlemm il faut, sur la tranche d'un secteur d'œil de poule durci dans le liquide de Mùller, rechercher l'orifice du canal de Schlemm, en s'aidant au besoin d'une loupe. Quand on l'aura reconnu, on se débarrassera par arrachement du corps ciliaire. On parviendra alors, et plus facilement que l'on ne pourrait le croire à priori, à pincer la paroi interne du canal de Schlemm en introduisant l'un des mors d'une pince fine dans sa cavité. Cette paroi ainsi saisie s'arrachera facilement et d'ordinaire dans toute sa largeur. On l'examinera alors après coloration, sa face cavitaire tournée en haut. Elle paraîtra constituée par un très riche réseau de grosses fibres élastiques dont les interstices présentent un très grand nombre de noyaux conjonctifs. Mais la membrane

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paraît absolument continue et il est impossible d'y découvrir aucun orifice.

Résultats obtenus chez la poule par la méthode des injections. — Les injections de bleu de Prusse par la carotide remplissent parfaitement le canal de Scblemm, et permettent de constater facilement la présence d'un système de veinules qui s'abouchent au niveau de son extrémité antérieure et le font communiquer avec les veines épisclérales. La masse bleue reste enfermée dans le Cctnal et ne pénètre pas dans la chambre antérieure.

Les injections faites par la chambre antérieure, bien que nous ayons utilisé des yeux absolument frais tantôt énucléés, tantôt encore contenus dans l'orbite, ont montré le passage de la masse bleue dans les veines épisclérales. Mais l'examen des yeux injectés nous a fait voir une série de déchirures au niveau des divers tissus de l'espace cilio-scléral, principalement au niveau de l'extrémité postérieure du canaJ de Schlemm. Cette constatation nous porte à admettre que l'injection de liquides non diffusibles dans la chambre antérieure, cavité fermée, est une mauvaise méthode. Gomme il n'y a pas de voie de sortie pour ce genre de liquide, dès que la pression dépasse la limite d'élasticité des tissus il se produit des ruptures multiples. Il est loin d'être inadmissible que la paroi interne du canal de Schlemm soit en quelque sorte un point faible au niveau duquel les ruptures se produisent de préférence.

Les grandes dimensions du canal de Schlemm chez la poule nous permettent du reste de faire la contre- épreuve de l'expérience précédente en cherchant si les injections poussées dans le canal lui-même pénètrent ou non dans la chambre antérieure. Nous nous sommes servi dans cebut d'une aiguille de Pravaz dont l'extrémité antérieure,

après résection du biseau terminal, avait été amincie et

sur l'œil frais. Démonstration que ce canal communique avec le système veineux intrascléral mais non avec la chambre antérieure.

a, le canal de Schlemm, très grand chez la poule et rempli de bleu de Prusse additionné de gélatine. — b, veinule établissant la communication entre ce canal et le plexus veineux ciliaire j. — c, la paroi postérieure du canal de Schlemm, formant une barrière continue entre ce canal et la chambre antérieure. — rf, le ligament pcctiné. — k, la membrane de Descemet. — l'iris. — h, les fibres striées du muscle ciliaire. — g, les plaques osseuses de la sclérotique.

polie de manière à pouvoir pénétrer dans le canal de Schlemm. Sur la surface de section d'un œil frais divisé

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suivant un méridien, on recherche à la loupe l'orifice du canal de Schlemm. Il n'est pas alors très difficile d'y introduire l'extrémité de l'aiguille de Pravaz montée sur la seringue pleine de bleu de Prusse. Du reste, si l'aiguille est bien dans le canal on voit celui-ci s'injecter aussitôt et l'injection sortir par l'autre extrémité sectionnée sans jamais passer dans la chambre antérieure.

Le segment d'œil ainsi injecté ayant été durci et inclus dans la celloïdine, on y pratique des coupes qui montrent de très beaux résultats (fig. 7). Du canal de Schlemm parfaitement rempli par le bleu on voit partir des veinules qui se dégagent au niveau de son extrémité antérieure, se dirigent d'abord en haut et en avant, au-devant de l'extrémité antérieure du muscle de Donders. Elles constituent souvent en ce point, par leurs anastomoses, une veine volumineuse, puis elles se portent en arrière pour devenir bientôt épisclérales.

La paroi interne, si mince et si nette, n'est jamais traversée par le bleu malgré la réplétion parfaite du canal. Si cependant il existait à ce niveau des communications ouvertes avec la chambre antérieure, la masse à injection aurait dû pénétrer dans celle-ci.

En effet, la pression s'est élevée dans le canal assez haut pour que le bleu de Prusse eût tendance à en sortir puisqu'il a fusé dans les veines épisclérales. S'il n'a pas fait de même du côté de la chambre antérieure, c'est sans doute qu'il n'a trouvé de ce côté aucun orifice de sortie et que le canal n'a pas de communications ouvertes avec la chambre antérieure.

Résumé.

L'angle de la chambre antérieure de l'homme, c'està-dire l'espace qui a pour paroi antérieure la zone corn-

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prise entre la pointe du muscle ciliaire et l'origine de la membrane de Descemet, est l'homologue de ce que nous avons appelé espace cilio-scléral chez les mammifères et qui correspond aux espaces de Fontana.

Cette assimilation s'appuie sur l'anatomie comparée et l'embryologie. L'angle de la chambre antérieure du fœtus humain est en effet rempli par un fin réseau conjonctif équivalant exactement aux trabécules cilio-scléral es (ligament pectiné) des mammifères et destiné à se résorber chez l'adulte.

Nous avons montré, par l'anatomie comparée, l'histologie et l'embryologie, que l'espace cilio-scléral renferme deux systèmes différents de réseaux trabéculaires : le système cilio-scléral (ligament pectiné de Hùeck) et le système scléro-cornéen ; ce dernier a seul des rapports constants avec le canal de Schlemm et persiste seul en général chez l'homme adulte et le singe. Il appartient à la sclérotique et représente en quelque sorte une région dissociée de cette membrane.

Le canal de Schlemm communique certainement avec le système veineux et en fait partie. Par sa structure, il se rapproche des sinus de la dure-mère et pourrait porter le nom de sinus scierai.

Du côté de la chambre antérieure, il est recouvert par un système de trabécules à structure caractéristique, sorte de grillage ayant pour utilité de protéger la surface absorbante du canal contre les dépôts d'éléments figurés qui peuvent passer dans la chambre antérieure. Mais ce grillage ne constitue pas sa paroi interne proprement dite, qui est formée par une membrane continue, ainsi que le démontre l'étude de l'œil de la poule.

Nous ne croyons donc pas à des communications ouvertes entre la chambre antérieure et le canal de Schlemm, et sur-

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tout nous n'admettons pas avec Schwalbe qu'il soit l'équivalent de l'une des lacunes du réticulum scléro-cornéen.

La délicate question des rapports du canal de Schlemm avec la chambre antérieure a été reprise en 1895 par Gutmann (Arch. f. ophtalm., vol. XLI). Ayant pu injecter sur des yeux de cadavre humain le canal de Schlemm et les veines ciliaires antérieures par la chambre antérieure, il a pensé, comme autrefois Schwalbe, que cela démontrait jusqu'à l'évidence des communications directes entre la chambre antérieure et le système lacunaire de la paroi interne du canal de Schlemm (chose indiscutable) et, avec ce canal lui-même, ce qui est le point difficile de la question.

Leber, au sujet du travail de Gutmann, qui remettait tout en question, a institué avec Bentzen, une série de recherches nouvelles qui ont paru dans le même fascicule des Archives de de Grsefe, que celles de l'auteur précité.

Leber n'avait jusqu'ici obtenu l'injection des veines ciliaires antérieures par la chambre antérieure, du moins quand il employait le bleu de Prusse ou l'encre de Chine, que d'une façon exceptionnelle, contrairement à la plupart des expérimentateurs et à nous-même. Il a recherché à quoi pouvaient tenir ces résultats contradictoires et s'est convaincu que l'injection au bleu de Prusse réussissait, c'est-à-dire passait dans les veines, quand on vidait préalablement la chambre antérieure, ce qu'il n'avait pas fait dans ses premières expériences. A ce sujet, parlant des résultats positifs que nous avions presque constamment obtenus, il regrette que nous n'ayons pas indiqué exactement notre manière de procéder. Nous devons ici réparer cet oubli. Dans le but de ne pas avoir à développer une pression excessive pour obtenir l'injection des veines ciliaires antérieures, nous introduisions à

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travers la cornée, sur des yeux de porcs très frais, ou des yeux de chien ou de lapin encore dans l'orbite de l'animal tué tout exprès, une aiguille de Pravaz par laquelle s'écoulait une grande partie de l'humeur aqueuse. Plaçant alors sur l'aiguille la seringue chargée de bleu de Prusse, nous faisions l'injection avec une très grande lenteur tandis qu'un aide expérimenté palpait le globe oculaire de manière à nous permettre d'éviter d'atteindre à la tension glau comateuse. Avec ce procédé, qui malgré sa simplicité est certainement susceptible d'une assez grande précision, on obtient presque toujours l'injection des veines ciliaires antérieures, mais non pas constamment et c'est en cela que les injections par la chambre antérieure diffèrent des injections par les vaisseaux.

L'explication que donne Leber de la non-réussite de l'injection quand l'humeur aqueuse n'a pas été évacuée est la suivante : le bleu de Prusse se précipite au contact de l'humeur aqueuse et dès lors ne peut plus pénétrer dans les vaisseaux. Quand au contraire il y pénètre, c'est ou bien qu'il ne s'est pas précipité du tout ou bien qu'il s'est précipité en grains tellement fins qu'il peut, comme l'encre de Chine, passer à travers les lacunes de Pendothélium cellulaire. C'est là ce qui arrive, d'après Leber, quand il n'y a pas ou très peu d'humeur aqueuse, agent de la précipitation du bleu.

La preuve que le bleu ou les grains d'encre de Chine passent bien entre les cellules endothéliales, c'est que Leber a pu, sur des coupes, en constater la présence en ce point.

En somme il s'agit là d'un phénomène analogue au passage de corpuscules très fins à travers un filtre, et non de communications ouvertes entre le canal de Schlemm et la chambre antérieure. Leber n'admet les déchirures qu'à titre d'exception rare.

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