EXAMEN MICROSCOPIQUE
Dimensions antéro-postérieures des coupes (durcissement par le liquide de Baumgarten): 22 millimètres.
Dimensions transversales: 21 millimètres.
Cornée. — Epithélium desquamé au centre. Membranes vitreuses normales. Léger empiétement vasculaire du limbe.
Le derme cornéen est normal dans ses couches profondes. Au centre de la membrane, il l'est même dans toute son épaisseur. Mais, sauf en cette dernière région, les deux tiers superficiels de la cornée présentent une abondance de cellules beaucoup plus grande qu'à l'état normal.
Il ne s'agit pas ici d'une immigration de leucocytes dans la cornée, mais bien d'une multiplication des cellules fixes. Chaque loge cellulaire au lieu de contenir un élément en renferme une colonie. Il mexiste pas d'éléments engagés dans l'épaisseur des lames ou cheminant dans les canaux nerveux avec une forme et un mode de coloration spéciaux comme c'est le cas pour les leucocytes immigrés. Il y a donc là une réaction spéciale des éléments cellulaires propres de la cornée.
Sclérotique. — Elle est normale dans toute son étendue.
GLIOMES
Chambre antérieure. — Sa profondeur est conservée,
Fig. 35. — Gliome probablement exophytique avec état glaucomateux et luxation du cri?tallin, mais sans envahissement de la choroïde, ni du nerf optique. Guérison constatée plus de quatre ans après l'énucléation (obs. III). On voit facilement que la masse néoplasique part de la papille et représente la rétine dégénérée. Les parties d'aspect marbré représentent le gliome, les parties grisâtres des exsudats albumineux coagulés par les réactifs. Il existe une soudure de Knies.
A, groupe de cellules gliomateuses avec gros noyau granuleux et corps réduit à un simple liséré protoplasmique. — 6, c, cellules en voie de dégénérescence colloïde.
mais ses parties déclives sont remplies par des dépôts
de là rétine. 365
cellulaires d'aspect ptiriforme, constitués par des cellules gliomateuses, d'abondants globules rouges et des conglomérats assez volumineux de grains pigmentaires bruns. Le reste de la chambre antérieure est rempli par un coagulum granuleux ne renfermant que des éléments cellulaires très discrets.
Iris. — Des deux côtés de la coupe existe une soudure de Knies ayant la largeur de l'espace trabéculaire ; celui-ci se reconnaît encore, tassé, légèrement infiltré de cellules et de globules rouges. Çà et là, le canal de Schlemm, bien reconnaissable, renferme du sang. L'iris est plus ou moins atrophié, suivant les points, au niveau de la soudure.
La partie libre de l'iris est très épaissie ; une forte néomembrane antérieure a déterminé, par rétraction, un début d'ectropion du bord pupillaire. L'uvée est éraillée, dépigmentée. Le tissu irien renferme beaucoup de cellules incolores, polynucléées, sans doute des leucocy tes ; ce sont probablement des cellules émigrées des vaisseaux, non des proliférations des cellules pigmentaires du stroma, car celles-ci sont très bien conservées. Les vaisseaux sont gorgés de sang.
L'iris, par suite de sarétraction, n'a presque plus aucun rapport avec le cristallin.
Corps ciliaire. — Le muscle ciliaire est atrophié. Des franges ciliaires, les unes sont atrophiées ; les autres, congestionnées, présentent des hémorragies interstitielles.
Choroïde. — Tout son système veineux est gorgé et distendu par le sang ; de nombreuses ruptures vasculaires ont dû se produire, car une grande étendue de la membrane est envahie par des hémorragies en nappes qui ont infiltré la lamina fusca, décollant la choroïde proprement dite de la sclérotique. Les vaisseaux de la chorio-capillaire sont bourrés de leucocytes à noyau multilobé, et
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cette altération de leur contenu s'étend à toute la choroïde. Partout la lame vitrée est intacte et nulle part les cellules gliomateuses n'ont envahi la choroïde. Dans une grande étendue celle-ci est même séparée des masses gliomateuses par des exsudats granuleux qui proviennent sans doute des vaisseaux si fortement congestionnés, et même rompus, de la membrane vasculaire. L'intégrité de la lame vitrée de la choroïde est un fait qui affirme une fois de plus l'indifférence de ces membranes vitreuses aux phénomènes cellulaires évoluant à leur contact, et par suite leur résistance à tout ce qui n'est pas action mécanique. Elles ont en quelque sorte perdu toute propriété vitale, pour ne plus conserver que des propriétés purement physiques.
Rétine. — On reconnaît parfaitement encore le siège rétinien de la tumeur. Elle présente en effet un pédicule papillaire se continuant avec le nerf optique, et part de là pour remplir toute la chambre vitréenne par des lobes et des circonvolutions, ne laissant de libre, vers la région rétro-cristallinienne, que quelques fentes où l'on retrouve des restes tassés et fîbrillaires du vitré.
La structure normale de la rétine a partout disparu, cependant quelques-uns des plis les plus antérieurs sont encore tapissés par la limitante interne. C'est donc du côté externe de la rétine que la tumeur parait avoir proliféré; elle serait donc exophytique.
Ce gliome est extraordinairement vasculaire. La surface de coupe est absolument criblée d'orifices de vaisseaux néoformés, tous gorgés de sang et ayant donné naissance en plusieurs points à d'assez abondantes hémorragies interstitielles.
L'ouverture de l'œil à l'état frais avait du reste montré dans la bouillie néoplasique qui remplissait le bulbe,
un lacis vasculaire tout à fait comparable au chevelu de certaines racines végétales. En certains points le microscope montre des glomérules vasculaires d'une extrême richesse, formés de gros capillaires pelotonnés sur euxmêmes.
L'examen à un fort grossissement montre les lobes de la tumeur uniquement constitués par les petites cellules classiques du gliome, toutes uniformes, à noyau arrondi et granuleux, ne pouvant être confondu avec le noyau multiple ou multilobé des leucocytes. Ces cellules sont soit intimement accolées sans interposition d'aucune fibre, soit plus ou moins dissociées par des hémorragies interstitielles d'âges divers (globules intacts ou ayant subi une dégénérescence granuleuse).
La disposition des cellules en zones périvasculaires existe, mais pas en général avec une grande netteté. Cela est dû en partie à ce que les vaisseaux sont en beaucoup de points tellement rapprochés les uns des autres, que les manchons périvasculaires se touchent, aucune zone claire de cellules en voie de nécrose ne venant les différencier les uns des autres. Mais, là où ils s'écartent davantage, chacun d'eux apparaît engainé d'un épais fourreau cellulaire fortement coloré, ainsi qu'on peut le distinguer même avec le faible grossissement de la figure 35.
Cependant il paraît y avoir, du moins dans ce cas, une certaine indépendance entre la formation des vaisseaux néoplasiques et celle des éléments cellulaires de la tumeur : les gaines périvasculaires n'apparaissent pas d'emblée. De la surface externe, bourgeonnante, de la rétine décollée on peut voir se diriger vers la choroïde des anses nombreuses de gros capillaires gorgés de sang, à parois parfaitement nettes, formées d'une simple gaine
GLIOMES
endothéliale et qui cheminent parmi les petites cellules gliomateuses dissociées, errantes et nullement ordonnées en un amas compact autour des vaisseaux.
Dans ce gliome à choroïde intacte, ily a beaucoup de gros amas de pigment noir qui proviennent d'une désagrégation et migration des cellules pigmentaires de la rétine.
La tumeur envahissant la papille atteint par conséquent le niveau de la lame criblée, mais nulle part elle ne traverse ou même n'entame celle-ci, et le nerf optique est parfaitement indemne.
Le cristallin est augmenté de volume, son épaisseur est de 6 millimètres. La cristalloïde est intacte ; son épithélium antérieur se colore très mal et se trouve en plusieurs points décollé de la membrane vitreuse par un exsudât finement granuleux.
Les couches sous-corticales antérieures et postérieures ont subi une dégénéra tion en boules hyalines.
Observation IV.
Gliome endophyte. Guérison constatée 2 ans après V énucléation .
Marguerite G..., 4 mois. — Dès la naissance de l'enfant, sa mère remarque une « petite tache blanche » dans l'œil droit. Elle grossit lentement sans aucune réaction objective ou subjective, jusqu'au mois de septembre 1895, époque à laquelle l'enfant est conduite à l'Hôtel-Dieu.
État actuel (15 septembre 1895). — Tonus augmenté. Pupille large, chambre antérieure diminuée de profondeur, cornée saine. Masse blanchâtre encastrant le cristallin, et parsemée de petits points plus blancs d'aspect crayeux.
Diagnostic : gliome de la rétine. Énucléation le 17 septembre 1895 avec résection d'environ 1 centimètre de nerf optique. Suites aussi simples que possible. Nous avons revu l'enfant, pour une conjonctivite, en septembre 1897. Elle reste encore parfaitement guérie, cette guérison date donc actuellement de deux ans et quelques mois.