EXAMEN MICROSCOPIQUE
La cornée, la chambre antérieure, l'angle irien, l'iris, les procès ciliaires et le cristallin ne présentent aucune lésion histologique. Seulement la chambre antérieure
Fig. -36. — Coupe du segment postérieur d'un œil (obs. IV) rempli par un gliome endophyte. Guérison constatée au bout de deux ans.
B, la région nasale de la réline restée en place, mais doublée par une couche (cg) de tissu gliomateux. — V, l'espace vitréen réduit à une mince fente entre la rétine M et la masse m du gliome. — p. r., un lambeau de la région juxta-papillaire de la rétine temporale décollée et détruite par le néoplasme. — r, les couches externes de la rétine recouvrant la surface choroïdienne de la tumeur et montrant que ce gliome est d'une façon générale endophyte, exception faite cependant de ses rapports avec la portion p. r., de rétine décollée. — sel, la sclérotique. — ch., la choroïde, normale. — d, îlots calcifiés du gliome.
est diminuée de profondeur, la base de l'iris est soulevée circulairement de manière à rétrécir la rigole péricornéenne sans cependant l'oblitérer.
La forme et le volume du cristallin sont conservés.
La tumeur occupe toute la cavité du globe oculaire. Elle représente une masse sphéroïdale développée dans la rétine temporale à partir de la papille qu'elle envahit
Panas et Rociion-Duvigneaud. 24
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et uniquement aux dépens des couches rétiniennes profondes. En effet les cônes et les bâtonnets se retrouvent à la surface choroïdienne de la masse gliomateuse ; ils ont donc conservé leurs rapports physiologiques et les couches profondes de la rétine ont seules bourgeonné dans l'intérieur de l'œil pour en remplir la cavité. Quant à la rétine nasale, bien qu'un peu épaissie, elle est restée en place, conserve son individualité, et reste séparée de la masse hémisphérique de la tumeur par une étroite fente. En avant, la tumeur se termine en enchâssant le cristallin, la rétine nasale toujours libre et en place, la temporale toujours adhérente par sa surface interne à la masse néoplasique. Il s'agit donc du plus typique des gliomes endophytes.
Structure de la tumeur. — Elle se compose de manchons cellulaires périvasculaires contournés et anastomosés entre eux, séparés par des amas cellulaires dégénérés et d'aspect variable suivant les points.
Les manchons du centre de la tumeur se colorent moins bien et les espaces intertubulaires renferment des amas cellulaires atteints de dégénérescence hyaline, d'autres infiltrés de sels minéraux faisant sable sous le rasoir.
Au centre des manchons cellulaires on peut distinguer un vaisseau presque toujours petit, un gros capillaire à parois minces. Autour du vaisseau, même dans les manchons périvasculaires les plus nets, on ne trouve pas de disposition particulière des cellules. Toutes sont rondes et tassées sans ordre apparent. En aucun point on ne voit rien qui indique que les gaines cellulaires périvasculaires soient une descendance des parois du vaisseau. Il semble, au contraire, que vaisseau et cellules gliomateuses appartiennent à deux tissus bien distincts.
A la périphérie du manchon cellulaire s'établit brus-
quement une zone d'éléments décolorés, granuleux, dont la plupart se fondent en une espèce de magma où l'on ne peut généralement plus distinguer les limites cellulaires.
Vers les parties centrales de la tumeur, presque toujours au milieu des espaces intertubulaires dégénérés, mais quelquefois aussi dans les amas de cellules vivantes, on trouve des groupes de cellules dégénérées d'une façon spéciale, prenant très fortement le carmin et l'hématoxyline de manière à former sur les coupes de petites taches fortement colorées visibles à l'œil nu. Dans chacun de ces îlots cellulaires les cellules sont tellement tassées ou fusionnées, qu'on ne voit plus qu'une masse homogène. Mais sur le bord de l'îlot on les distingue : elles sont augmentées de volume, anguleuses, déformées, d'aspect hyalin ou colloïde. Nulle part de cristaux appréciables dans ces petites masses qui faisaient sable sous le rasoir.
Nous ne trouvons pas de vaisseaux dégénérés dans cette tumeur. Quelques-uns d'entre eux renferment, il est vrai, un îlot sanguin entouré d'une masse hyaline, mais qui nous paraît bien être du sérum coagulé et non des cellules endothéliales dégénérées.
On remarque çà et là de curieuses ligures : des anneaux irréguliers à épaisses parois d'apparence hyaline et à contenu non pas sanguin, mais cellulaire. On ne peut admettre qu'il s'agisse là de vaisseaux dégénérés, la nature du contenu et l'absence de toute trace de paroi vasculaire ne permettent pas de supposer que ces singulières dégénérescences locales du tissu gliomateux aient un vaisseau pour origine.
Rétine. — Nous avons dit que la rétine nasale était conservée, tandis que la rétine temporale avait donné
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naissance à la masse néoplasique remplissant le globe oculaire.
La rétine nasale ne présente d'autre lésion macroscopique qu'un peu d'épaississement et un aspect blanchâtre. Sur les coupes, elle montre dans toute son étendue deux ordres de lésions ou plutôt deux localisations différentes de l'infiltration néoplasique :
1° Dans toute son étendue, de la papille à l'ora serrata, elle est doublée par une couche de tissu gliomateux à petites cellules, limité du côté de la rétine par la limitante interne très nette, et du côté du vitré, semble-t-il, par l'hyaloïde. Cette mince couche gliomateuse conserve partout, de la papille à l'ora serrata, une épaisseur à peu près constante, environ celle de la rétine normale.
2° La rétine présente un grand nombre de petits nodules gliomateux arrondis de tailles différentes, mais ne dépassant pas quelques dixièmes de millimètre d'épaisseur. Les plus gros refoulent en dedans la limitante interne et se manifestent sur les coupes par un feston de cette membrane. Ces nodules proviennent des couches internes de la rétine (et jamais des grains externes), ils viennent donc, soit des cellules nerveuses (ce qui est peu probable), soit des cellules unipolaires et bipolaires (grains internes), soit des cellules névrogliques que contiennent ces couches. Quand l'amas néoplasique est assez gros, il refoule le plexus basai, l'infiltré de cellules, refoule et aplatit également la couche des grains externes, qui est toujours amincie au niveau du nodule, et par conséquent non envahie, mais plutôt atrophiée.
Toutes les couches de la rétine sont parfaitement conservées en dehors des nodules gliomateux et ne pré-
sentent aucune altération appréciable. Même au niveau des nodules les plus saillants, la couche des cônes et bâtonnets est parfaitement intacte. Quant à la couche gliomateuse qui double la rétine, elle est formée de petites cellules toutes semblables entre elles et à celles des nodules gliomateux ; sa parfaite limitation, entre la limitante interne intacte et une fine cuticule paraissant être l'hyaloïde, nous porte à admettre qu'il s'agit là d une prolifération néoplasique qui, partie de la masse principale de la tumeur aux environs de la papille, s'est insinuée entre l'hyaloïde et la limitante interne, et a été maintenue dans une forme lamellaire par la résistance relative de ces deux membranes.
La papille est envahie, mais la lame criblée est intacte.; au côté temporal de la papille le gliome est en train de franchir l'éperon rétinien et attaquerait bientôt par là la choroïde qui est encore saine, même en ce point.
Quant à tout le reste de la choroïde, on comprend d'autant mieux qu'il ne présente aucune lésion, que la couche des cônes et des bâtonnets et l'épithélium rétinien encore intacts la séparent de la masse du gliome.
Le nerf optique (coupes transversales) est absolument sain, entant que gaines, substance nerveuse et vaisseaux. Il ne présente pas trace d'atrophie.
Observation V.
Gliome double. Mort.
Enfant de quinze mois atteint du côté droit d'un gliome à la première période. La tension de l'œil n'est pas augmentée et l'aspect extérieur du globe est parfaitement normal. Mais à travers la pupille dilatée, on voit derrière le cristallin parfaitement transparent la rétine décollée dont les plis antérieurs touchent la lentille ; l'arbre vasculaire rétinien est parfaite-
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ment visible et d'apparence normale. Aucun vaisseau de nouvelle formation. Mais la rétine est marbrée de taches blanchâtres ou blanc jaunâtre plus brillantes que le tissu rétinien normal, invasculaires, et qui représentent évidemment des foyers gliomateux.
Enucléation avec résection d'un demi-centimètre de nerf optique. Celui-ci parait légèrement diminué de volume.
Mort 6 mois plus tard à la suite d'un gliome de l'œil gauche qui ne fut pas opéré.
Nous ne pouvons donner que l'examen histolog^ique du segment antérieur et du nerf optique. Le segment postérieur a été tout entier employé à des préparations suivant la méthode de Golgi.
Cornée. — Entièrement saine. Pas de prolifération des cellules fixes.
Chambre antérieure. — Extrêmement diminuée de profondeur, l'iris refoulé par le cristallin touchant presque la cornée. Sur l'œil vivant, cet aplatissement de la chambre antérieure était moins prononcé. Elle contient quelques précipités granuleux, mais pas d'éléments cellulaires migrateurs.
Angle irien. — Ne présente pas de lésions histologiques, mais se montre partout rétréci et, en quelques points, complètement oblitéré par la racine de l'iris qui est plus ou moins refoulée contre le tissu de filtration.
L'iris et les procès ciliaires, le muscle ciliaire, sont intacts comme tissu, de même que le tissu réticulé se montre normal, là où il n'est pas tassé; mais les procès ciliaires étaient refoulés en avant par les replis de la rétine décollée et dégénérée.
La choroïde elle-même (examinée seulement dans les parties antérieures) est normale. Mais entre les lames de la lamina fusca, qui est dissociée, et dans quelques-uns des capillaires qui la traversent, on trouve quelques amas cellulaires qui, par leur disposition et l'aspect de leurs éléments, ressemblent davantage à de petits foyers de cellules gliomateuses qu'à des amas leucocytiques.
Cristallin. — Il est un peu augmenté de volume, son épaisseur est de 6 millimètres sur les coupes, son diamètre de 7mill,5. L'épithélium sous-capsulaire paraît aplati, se colore mal, du
reste n'a pas proliféré. Les parties centrales du cristallin sont normales, de même sa région équatoriale. Mais sous les deux cristalloïdes, aussi bien en avant qu'en arrière, il existe une couche d'environ 1 millimètre d'épaisseur au niveau de laquelle la substance du cristallin a subi un commencement de liquéfaction, se traduisant par la formation de vacuoles dans les fibres et de cavités entre les fibres dissociées et dans lesquelles on remarque des amas granuleux irréguliers.
Tumeur. — Dans toutes les parties où la rétine est suflisamment conservée on voit très nettement que ce gliome est exophytique, bourgeonne du côté des couches externes, les couches internes restant non altérées.
Au niveau des plus petits nodules on remarque que le développement de la tumeur se fait à la fois dans la couche des grains internes (couche des cellules uni-bipolaires de Ranvier) et dans celle des grains externes (couche des noyaux des cônes et bâtonnets), les deux couches paraissent prises simultanément. Dans les nodules gliomateux, le plexus basai qui les sépare est détruit, mais le plexus cérébral sur lequel reposent les grains internes est parfaitement intact, de même que les couches sous-jacentes.
Les parties plus développées de la tumeur, dans lesquelles la rétine n'est pas reconnaissable, sont constituées par des amas cellulaires (les petites cellules classiques du gliome) de densités différentes, ici très serrées, plus loin dissociées. En plusieurs points on trouve des amas cellulaires particuliers, formés par une rangée unique de cellules un peu allongées, disposées radiairement autour d'un centre, et simulant tout à fait un follicule de de Graaf embryonnaire, moins l'ovule central (1).
En d'autres régions on observe la disposition classique en manchons périvascul aires. Il existe enfin des îlots cellulaires dégénérés, tassés en amas compacts et résistants, prenant fortement le carmin et situés en général à la limite des manchons périvasculaires bien nourris.
Le nerf optique est envahi. Sur les coupes transversales, la. zone d'envahissement forme un noyau bien limité. Dans ce
(1) Ce sont là les formations que le Dr H. Wintersteiner a désignées sous le nom de rowttes, rosettenartige Gebilde.
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noyau, les faisceaux de fibres nerveuses sont très augmentés de volume, transformés en amas gliomateux qui distendent les cloisons connectives interfasciculaires. Celles-ci ne sont pas altérées, sinon au point de vue de leur distension.
Le reste du nerf, non envahi par la dégénérescence gliomateuse, a subi un commencement d'atrophie.