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II. HOMOLOGIE QUI EXISTE ENTRE L1 ANGLE DE LA CHAMBRE

ANTÉRIEURE DE l'hOxMME ET L'ESPACE CILIO SCLÉRAL DES QUADRUPÈDES.

L'angle irien de l'homme tel que nous l'avons décrit dans le précédent chapitre est l'équivalent de l'espace cilio-scléral (espace de Fontana) des mammifères.

La chambre antérieure des quadrupèdes étant divisée par le ligament pectiné en deux cavités secondaires, le problème qui se pose est de savoir si celle de l'homme équivaut à l'ensemble des deux cavités ou seulement à la principale. En d'autres termes notre angle irien correspond-il à l'insertion du ligament pectiné des quadrupèdes sur la membrane de Descemet, ou bien à la limite postérieure de leur espace cilio-scléral ?

La présence accidentelle d'une travée pigmentaire dessinant exactement chez l'homme un espace cilio-scléral constitué comme celui des quadrupèdes nous indique déjà dans quel sens il faut trancher la question.

A côté de cet argument fourni par une anomalie, il en est d'autres que nous donne l'analyse anatomique de la région, et d'autres encore offerts par l'embryologie.

La paroi antérieure de l'angle irien humain comprise entre la pointe du muscle ciliaire et l'origine de la membrane de Descemet, correspond exactement par cette limitation à la même paroi de l'espace cilio-scléral des

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quadrupèdes. Comme celle-ci également, elle est occupée par la bandelette réticulée ou système trabéculaire sclérocornéen. Si la limite périphérique peut sembler différente dans les deux catégories d'yeux, c'est simplement que le muscle ciliaire de l'homme adhère par toute sa face interne aux procès ciliaires, tandis que celui beaucoup moins développé du porc est en quelque sorte décollé de la face externe des procès. Il en résulte que l'angle de la chambre antérieure se prolonge en arrière ici plus que chez l'homme. Mais cette différence n'a rien d'essentiel.

La paroi postérieure de l'espace cilio-scléral est formée chez les quadrupèdes par la face antérieure des procès. Chez l'homme s'il peut en être de même en certains cas ainsi que le représentent nos figures, on trouve un plus grand nombre d'yeux où la paroi postérieure de l'angle irien est formée par l'iris lui-même et non par les procès. Ces différences ne sauraient être attribuées à une certaine direction des coupes : il y a là des différences individuelles ; les procès ciliaires descendent plus ou moins sur la face postérieure de l'iris suivant les individus. Des différences analogues se montrent entre les diverses espèces animales. Ainsi chez le bœuf l'angle cilio-irien formé par la rencontre de la dernière frange ciliaire avec l'iris, se trouve, par rapport au centre de la cornée, en dedans du bord de la membrane de Descemet, tandis que chez le porc il est situé en regard de ce bord.

Les anomalies et l'anatomie comparée établissent donc l'homologie qui existe entre l'angle irien de l'homme tel que nous l'avons défini et l'espace cilio-scléral des quadrupèdes.

Nous allons en donner une preuve d'un autre ordre en montrant que le fœtus humain possède un ligament pec-

line tout à fait analogue à celui des quadrupèdes, et, par conséquent, un espace cilio-scléral identique au leur.

V angle irien chez le fœtus. — 1° Fœtus âgé d'un peu plus de trois mois. La description qui suit se rapporte à des coupes faites après inclusion dans la celloïdine (fig. 3).

La chambre antérieure est bien formée et profonde. L'ora serrata de la rétine correspond à peu près au tiers antérieur du muscle ciliaire déjà parfaitement net. Presque immédiatement au-devant de cette ora serrata les deux couches épithéliales de la pars ciliaris retins forment des plis profonds, origine évidente des procès ciliaires. Quant à la partie de cette double couche épithéliale qui constituera l'iris, elle est encore extrêmement courte, de telle sorte que l'iris ne figure encore qu'un étroit liséré limitant une pupille presque aussi large que la chambre antérieure. La membrane de Descemet est représentée par une cuticule mince revêtue d'une belle couche endothéliale. L'espace compris entre son origine et la pointe d'insertion sclérale du muscle ciliaire, au lieu d'être vide comme chez l'adulte, est rempli par un tissu conjonctif embryonnaire formé de cellules étoilées. Ce réseau cellulaire représente évidemment en ce point le système trabéculaire du ligament pectiné des quadrupèdes. Du côté de la rétine irienne it se répand à la surface de cette double couche épithéliale pour figurer l'ébauche de la membrane conjonctive de l'iris ; en dedans de son bord libre il se continue à la surface de la cristalloïde pour rejoindre l'autre bord pupillaire. La même membrane de tissu conjonctif embryonnaire constitue donc successivement le système trabéculaire cilio-scléral (ligament pectiné), la trame conjonctive de l'iris et la membrane pupillaire. La partie irienne est seule destinée à persister chez l'homme.

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Le profil qui sur les coupes limite ce tissu dans l'angle

Fig. 3. — Angle irien d'un, fœtus humain âgé d'un peu plus de trois mois. Gomme chez les animaux il existe un ligament pectiné et un réticulum scléro-cornéen. Le canal de Schlemm n'est pas encore apparent.

a, la pointe du muscle ciliaire. — 0, zone nucléée qui occupe l'espace compris enlre la pointe du muscle ciliaire, a, et l'origine de la membrane de Descemet, d, et représente, à n'en pas douter, le futur système trabéculairc scléro-cornéen. — c, réseau conjonctif compris enlre cette zone nucléée et le corps ciliaire, ayant par conséquent la situation exacte du ligament pectiné des quadrupèdes, dont elle est l'équivalent chez le fœtus humain. — d, membrane de Descemet. — /", lame conjonctive de l'iris embryonnaire, se continuant avec la membrane pupillaire. — g, le bord pupillaire. — h, la rétine. — e, la chambre antérieure.

de la chambre antérieure dessine une arcade régulière allant du bord de la membrane de Descemet à la face

antérieure de l'iris, et formant la limite apparente de cette cavité. Le tissu remplissant l'espace cilio-scléral est en effet assez dense à cette époque de la vie fœtale pour que l'espace qu'il occupe ne paraisse pas être une dépendance cloisonnée de la chambre antérieure.

2° Chez le fœtus de six mois (fig. 4) l'iris a le même aspect général que chez l'adulte; il est.bien développé et l'on peut par suite constater avec la plus grande facilité un état de l'angle irien tout à fait comparable à ce qu'il est chez la plupart des quadrupèdes domestiques. Sur la figure 4 on voit que le bord adhérent de l'iris est loin de la pointe du muscle ciliaire et presque en regard du bord de la membrane de Descemet. Les procès ciliaires constituent la limite postérieure d'un espace cilio-scléral que remplit un système trabéculaire à larges mailles. Mais ici les trabécules sont formées par un axe conjonctif, revêtu d'une gaine cellulaire, et ne consistent plus uniquement en un réseau de cellules étoilées.

Ce système trabéculaire s'attache d'une part à la face antérieure des procès ciliaires, et aux faisceaux les plus profonds du muscle ciliaire, pour aller se fixer en avant à la face postérieure de la sclérotique dans l'espace compris entre la pointe du muscle et la membrane de Descemet.

A cette époque, chez l'homme, son aspect correspond, à peu de chose près, à ce que l'on observe chez le chien et le chat adultes.

Ces données embryologiques sont un exemple de plus d'un organe ancestral destiné à disparaître chez l'adulte, fait très général sur lequel nous n'avons pas à insister

Le ligament pectiné du fœtus explique les vestiges qui peuvent en persister chez l'adulte et n'en diffèrent que

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Fig. 4. — Angle de la chambre antérieure chez un fœtus humain de six mois. La région est facilement comparable à celle de l'adulte. Elle diffère seulement par la présence du ligament, pectiué S qui établit de la façon la plus claire et la moins discutable l'existence de deux systèmes trabéculaires différents dans la région de l'angle irien, l'un destiné à disparaître chez l'homme adulte, l'autre persistant au contraire. Le réseau qui disparaît étant évidemment équivalent au ligament pectiné des quadrupèdes (cf. la fig. de l'œil de porc), celui qui reste ne peut donc garder ce nom et mérite par sa situation le nom de réticulum scléro-cornéen.

S, le ligament pectiné, destiné à disparaître. — p, le réliculum scléro-cornéen. — d, le canal de Schlemm, rempli de sang. — b, veinule intra-scléralc. — a, la pointe du muscle ciliaire. — h, la membrane de Descemet. — m, n, l'iris. — k, la sclérotique.

par une organisation conjonctive plus avancée et la pigmentation.

Mais faisons remarquer surtout qu'à l'époque de la vie fœtale où l'angle irien de l'homme est rempli par des trabécules cilio-sclérales, il ne diffère aucunement de l'espace cilio-scléral des quadrupèdes. L'homologie des deux régions nous paraît définitivement établie par ce fait.

Les mêmes préparations d'yeux de fœtus nous montrent la différenciation qui s'établit de très bonne heure entre le système trabéculaire scléro-cornéen, et le système cilio-scléral. Malgré leur continuité anatomique, ces deux systèmes nous paraissent différer l'un de l'autre à partir d'un moment donné, comme la lamina fusca diffère de la sclérotique.

Chez ]e fœtus de six mois, entre l'insertion sclérale du muscle ciliaire et la membrane de Descemet, les couches internes de la sclérotique ont commencé à se différencier en système trabéculaire scléro-cornéen. Ce petit système chez le fœtus n'a pas encore pris l'aspect lacunaire caractéristique qui le distinguera nettement du tissu compact de la sclérotique, mais il présente déjà les fines fibrilles élastiques qui le caractérisent histologiquernent, et ses lacunes, encore peu développées, commencent à devenir manifestes. Le canal de Schlemm, surtout quand il est rempli de sang, se reconnait parfaitement entre le tissu scléral compact et le système réticulé.

Nous pouvons maintenant faire remarquer que chez le fœtus de 3 mois, entre les deux points assignés comme limite au système trabéculaire scléro-cornéen, on peut également constater dans les couches internes de la sclérotique une zone plus fortement colorée que les tis-

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sus environnants, coloration due à une agglomération particulièrement dense de noyaux conjonctifs en ce point (1). Cette zone nucléaire est certainement l'origine première du réticulum scléro-cornéen. L'importance de cette remarque consiste selon nous en ce qu'elle permet d'affirmer que le système trabéculaire scléro-cornéen fait partie de la coque fibreuse de l'œil et constitue une modification spéciale d'une étroite zone de sa surface interne. Au contraire, le système du ligament pectine, système cilio-scléral, se développe dans la même membrane conjonctive que l'iris et la membrane pupillaire. Les deux systèmes trabéculaires contenus dans l'espace cilio-scléral sont donc distincts de par l'embryologie. Il est bien entendu qu'il s'agit là d'une différenciation à partir d'un moment donné ; il ne saurait être question d'une distinction originelle entre deux tissus de nature conjonctive.

L'un et l'autre proviennent des lames céphaliques, mais ils représentent des produits de différenciations secondaires de ces lames céphaliques, absolument au même titre que la sclérotique et la choroïde.

En résumé, chez les quadrupèdes et le fœtus humain l'angle irien contient deux systèmes trabéculaires différents :

1° L'un d'eux, inclus dans la sclérotique, dont il représente une bandelette dissociée, formé de fines mailles qui séparent le canal de Schlemm de la chambre antérieure, mérite le nom de réticulum scléro-cornéen. (Nous le désignons aussi sous les noms de triangle réticulé, tissu, système trabéculaire, etc., tout cela pour ne pas l'appeler ligament pectine qui est une dénomination inexacte.)

(1) Kg. 3, b.

Panas et Rochon-Duvigneaud.

iS ANATOMIE DESCRIPTIVE

2° Le second, réseau à larges mailles que circonscrivent de volumineuses travées pigmentaires émanées de l'iris (Irisfortsàtze des Allemands) et comblant l'angle irien, n'est autre chose que le ligament pectiné vu par Hùeck sur l'œil du bœuf. Par sa position entre la région ciliaire de l'iris et la sclérotique, il mérite le nom de rêticulum cilio-scléral. L'angle de la chambre antérieure occupé par ses mailles représente un récessus particulier assez différent de la chambre antérieure cornéenne pour qu'il y ait intérêt à lui donner un nom particulier, celui & espace cilio-scléral, correspondant aux anciens espaces de Fontana.

Chez l'homme après la naissance, le rêticulum cilioscléral ou ligament pectiné disparaît peu à peu, l'angle de la chambre antérieure (espace cilio-scléral) devient un espace libre.

Le rêticulum scléro-cornéen, celui qui est inclus dans la sclérotique (dans ce que Schwalbe appelle la rainure sclérale), persiste au contraire comme organe essentiel,, véritable grille d'égoût destinée à protéger la paroi postérieure du canal de Schlemm. C'est à lui que l'on donne à tort chez l'homme le nom de ligament pectiné, bien qu'il ne représente pas chez l'homme ce que Hiieck avait appelé ligament pectiné chez les quadrupèdes.

Laissant de côté maintenant ces considérations d'anatomie comparée, qui étaient cependant nécessaires pour la compréhension exacte de la région, nous allons nous occuper exclusivement de la structure fine chez l'homme du tissu trabéculaire et du canal de Schlemm, et des rapports de ce dernier avec la chambre antérieure et le système vasculaire.

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