‹ Recherches anatomiques et considérations physiologiques sur la circulation veineuse du pied et de la jambeChapitre 10 sur 12 · I.E DEN I U · texte numérisé non relu

I.E DEN I U

est piirtaitenient. juste et ne clemaiide (ju’à ôtre conriplétée sur (pielijues poinls.

D’abord elle semble dire rpie, toutes les fois que la contraclioii survient, la tension augmente assez dans les veines pour que les valvules s’abaissent; elle présente ce dernier phénomène comme une condition indispensable de la progression du sang, oubliant qu’au moment où les muscles de la région postérieure de la jambe, par exemple, entrent en jeu, le sang sur lequel ils vont exercer leur force est déjà animé d’une impulsion rapide due à l’action du pied. Aussi, je crois, pour mon compte, que, pendant la marche, les valvules jouent un rôle trèssecondaire; que presque toujours elles sont relevées et flottent dans le liquide en mouvement, et que la pression qui s’exerce à la base de la colonne de liquide contenu dans le vaisseau se maintenant égale pencknt un certain ; temps, les muscles de la jambe ne font qu’accélérer la : vitesse, sans qu’une partie de la force produite pai- leur t contraction soit consacrée à rabattre les valvules.

D’ailleurs, j’ai peine à croire que des membranes d’une pareille délicatesse pussent résister longtempsà de pareilles violences, aussi fréquemment répétées. ;

Il ne faut pas oublier non plus que l’action des muscles ne peut s’exercer que dans certaines limites, grâce aux j aponévroses de contention qui les séparent des vaisseaux, j L’artère et les veines tibiales antérieures ont leur gaine 1

propre, qui les maintient dans un canal que ses adhérences ■

avec les parties fibreuses voisines mettent à Tabri de pressions trop violentes. Les vaisseaux pédieux sont dans le même cas.

Les vaisseaux péroniers sont recouverts par une lame fibreuse (pii forme une véritable areade à sa [lartie supé-

— en —

rieure et souvent inférieure, et qui, perdant de son épaisseur vei's son milieu, permet dans ce point seul l’application directe des fibres du fléchisseur propre du gros orteil sur les veines.

Les veines et l’artère tibiale postérieures sont séparées du soléaire par une lame d’une épaisseur assez peu considérable en général, qui les -applique intimement dans l’interstice d U jambier postérieur et du fléchisseur commun des orteils. Enfin, l’aponévrose profonde du soléaire remplit aussi un rôle protecteur, en maintenant ce muscle écarté des vaisseaux profonds. Toutes ces disjositions n’ont-elles pas pour but de limiter l’action musculaire et de s’opposer à ce que des contractions brusques ne jettent ' tout tà coup un grand trouble dans les conditions statiques du sang, en augmentant sans ménagement la tension de ce liquide? Ce qu’il faut avant tout à la circulation veineuse, c’est une impulsion partie de ses origines et soutenue jusqu’à sa terminaison, c’est une force d’accéléi'ation suffisante pour augmenter la vitesse sans violenter les parois veineuses par des changements brusques d'équilibre, et s’exerçant sans secousses et sans ébranlement. Quelle est celle de ces conditions où le jeu des valvules ti'ouve son application? N’est-il pas plus rationnel et plus vraisemblable d’admettia; que leur intervention dans les phénomènes circulatoires, loin d’être indispensable, est plutôt une exception relative.

Il n’en sera plus de même si la circulation vient à se ralentir ou même à s’arrêter. Une contraction musculaire

-survenant dans ces conditions, aura infailliblement pourrésultat d’abaisser les valvules, et, pour peu que ce phénonrène se repi'oduise souvent, ces cloisons membraneuses

finiront par se fatiguer-, par se relâcher-; crue iTine d’elles

cède à la leiulaiice au relliix, la valvule iiil'érieurc subira l’cnbil d’une coloiiiie de liquide deux Ibis plus étendue; elle cédera à sou tour et il en arrivera de même aux autres. En meme temps, le tronc de la veine se dilatera, deviendra vari(|ueux; les anastomoses avec les veines siqierlîciellesf n’étant plus protégées par leurs valvules, se laissei'ont distendre à leur tour, et cela d’autant plus lacilement qu’elles n’opposeront qu’une l'aible résistance à la contraction des muscles, n’étant pas soutenues et protégées, comme les troncs protbnds, par ces muscles eux-mêmes ou par des lames aponévroti({ues.

N’est-ce pas justement la série de phénomènes qui se réalise chez un individu qui reste debout pendant plusieurs heures de suite? IN’est-ce pas lù, en un mot ainsi (jue l’admet M. Verneuil, le mécanisme qui préside au développement des varices? Je vais essayer de le prouj-er; mais, auparavant, il laut bien s’entendre sur la valeur d’un terme que j’ai déjà eu l’occasion d’employer; je veux parler de la tension dans les vaisseaux,

§ V. De la tension dans les veines de la jambe . — J^a tension d’un liquide contenu dans un vase est l’effort exercé par ses molécules les unes sur les autres ou contre les parois du vase; elle se traduit par une pression latérale, qui, dans le cas où le vase est un tube élastique, produit une dilalation plus ou moins considérable, limitée par le degré d’élasticité de la paroi.

L’action de la pesanteur se traduit aussi par des pressions latérales sur les parois d’un tube vertical, d’autant plus fortes qu’on envisage un point plus éloigné du niveau supérieur du litpiide; mais il y a cette gi'ande différence entre la tension et les effets de cette dernière force, que

ceux-ci varient simplement suivant la hauteur de la colonne de liquide, depuis le niveau supérieur jusqu’à des points quelconques pris sur la paroi, tandis que la tension varie beaucoup suivant que le liquide est ou non en mouvement, et, dans le premier cas, suivant que la vitesse de l’écoulement est faible ou intense. Une accélération considérable produit une diminution de tension ; un ralentissement amène l’effet inverse; mais cela n’est vrai que d’une manière très-générale; car si, en môme temps que la vitesse augmente, la force impulsive, qui détermine cette accélération, augmente proportionnellement plus que la facilité de l'écoulement, au lieu d’une diminution de tension il y aura une exagération. Qu’on suppose que ces conditions se réalisent dans un tube élastique, la tension produira une dilatation d’autant plus grande qu’elle se traduira par de plus fortes pressions; si dans un tube pareil vertical, l'accélération de la vitesse est due à une exagération de la force impulsive, sans qu’en même temps les résistances diminuent à l’orifice supérieur, ce tube se laissera plus facilement dilater dans le cas d’écoulement rapide de son contenu que dans celui d’écoulement lent.

Tout ce qui précède n’est ([ue la reproduction des conclusions de Poiseuille, de Marey (1), sur les modifications de tension des liquides en mouvement dans des tubes.

Cela posé, que se passe-t-il chez un homme debout? Dans cette attitude, l’impulsion du pied manque, la circulation languit. Si des contractions musculaires surviennent alors, au heu de pousser simplement le sang vers l’extrémité supérieure des veines, elles déterminent

(1) Journal de physiologie de Brown-Sequard, 1S59, p. /i3ü.

une aucfrnon talion subite de tension ; et comme au-dessous de la jambe, celle-ci est faible, récoulernent a de la tendance a se taire dans les deux sens; les valvules se rabattent, elles sont violentées. Que ces phénomènes se reproduisent souvent, leur affaiblissement et leur insuffisance surviendront rapidement. C’est justement ce qui a lieu chez tous ceux qui sont prédestinés aux varices. Ils restent longtemps debout, se meuvent sur place, piétinent, contractent les muscles de la jambe plus énergiquement que ceux du pied. L’impulsion, au lieu de partii* de CO segment du membre, part de plus haut; elle devient défavorable par le mécanisme que je viens d’exposer.

§ VI. Circulation mtra-rtmsculaire. — .l’ai abandonné le courant sanguin contenu dans les voies anastomotiques, au moment où celles-ci le conduisent dans l’épaisseur des muscles. Il est bien évident, d’après ce que j’ai dit de la direction de ces canaux, de la disposition de leurs valvules et des rapports des vaisseaux de passage avec le tissu musculaire, que le sang ne prend cette voie que pour détourner à son profit une partie de la force déployée par les muscles. Et en effet, à peine le contenu des veines superficielles a-t-il reçu l’impulsion venue du pied, les muscles du mollet se contractent énergiiiuement. Comment agissent-ils sur les vaisseaux qui les traversent Comment le sang triomphe-t il de la résistance que ne peuvent manquer de lui opposer les fibres qui entourent les veines à leur émergence? C’est ce qu’il nous faut examiner maintenant.

l’ant que le muscle est relâché, il se laisse aisément pihiétrer par le sang apporté par les branches anastomotiques; mais dès que la contraction survient, ces der-

niers canaux, qui pénètrent en général très-obliquement au milieu des fibres musculaires, sont oblitérés, et le reflux est impossible; en môme temps, le sang déjà arrivé dans les veines iuira-musculaires est soumis tout à coup à une pression tellement forte, que la tension augmente considérablement, et le liquide triomphe de la résistance de l’anneau musculaire situé autour des vaisseaux à leur sortie; il est lancé violemment dans la veine profonde. Un phénomène semblable se 'passe dans les petits vaisseaux qui prennent naissance dans le muscle lui-même, de sorte qu’au moment d’une contraction brusque, le sang est comme exprimé et s’échappe avec une vitesse considérable.

A la contraction succède le relâchement ; le muscle reprend sa forme normale-, H s’allonge, son diamètre transverse diminue; peut-être même par l’effet de son élasticité propre, y a-t-il une aspiration exercée sur les veines superficielles par le retour des veines aplaties à leur calibre ordinaire. Quoi qu’il en soit, les anastomoses recouvrent leurs fonctions et le courant s’établit de nouveau, jusqu’à ce qu’une nouvelle contraction vienne encore l’interrompre.

Telle est la manière dont je comprends l’action de la contraction musculaire sur les grands canaux qui traversent les jumeaux et le soléaire d’un bout à l’autre. Ce mécanisme diffère donc peu, comme on le voit, de celui qui fait progresser le sang dans les veines intermusculaires; l’applicatioi] des muscles sur les vaisseaux est plus intime, voilà tout.

A partir du creux poplité, le sang rencontre-t-il encore dans les muscles de la cuisse des auxiliaires aussi utiles que ceux de la jambe? La chose n’est pas douteuvse.

Lorsque la veine poplitée se bifurque au-dessus de l’anneau du ^rand adducteur, sa branche poslén<?ure se place en arrière de ce muscle et constitue une des origines des veines fémorales profondes. Un deuxième courant, situé encore entre les muscles, représente les origines des veines ischiatiques. Enfin le courant principal, celui qui parcourt les veines fémorales, suit l’interstice du vaste interne et du couturier; ce dernier s’applique contre les vaisseaux dans une grande partie de sa longueur et ne peut manquer d’agir sur le sang qu’ils renferment,

■ Ainsi, dans toute la hauteur du membre inférieur, les muscles sont disposés pour exercer une influence favorable sur la vitesse de lacirculation ; mais ce qu’il faut mettre en relief, c'est que cette intluence ne doit pas être simultanée dans toute la hauteur du membre; les actions musculaires doivent se succéder dans un ordre bien déterminé. Pendant la marche, c’est d’en bas que vient la première impulsion ; puis le sang est comme repris d’étage en étage par des contractions qui se suivent de près, et qui, elles aussi, commencent par en bas. C’est le pied qui ouvre la série ; puis les muscles postérieurs de la jambe se mettent en activité et sont suivis par ceux de la cuisse. Alors le pied quitte le sol, la jambe oscille, le muscle pédieux et le groupe de la région antérieure de la jambe entrent en action, et compriment les vaisseaux pédieux et tibiaux antérieurs, à un moment où l’évacuation de leur contenu dans les veines postérieures trouve une circonstance favorable dans le relâchement des muscles.

On peut donc dire que l’alternative des contractions, pour les muscles antagonistes d’un même segment du membre, la succession d’action de bas en haut pour les

muscles appartenant à des segments superposés, constituent les conditions qui font de l’influence musculaire la cause d^accélération la plus puissante de la circulation veineuse; c’est là que réside pour moi le nœud de la question. Aussi, pour mieux attirer l’attention sur l’importance des considérations qui précèdent, je crois bon de les formuler en lois générales ainsi conçues :

I. — Pendant la marche, les muscles appliqués sur des veines situées dans leur épaisseur ou non, ne se contractent que quand leurs antagonistes ou ceux de l’étage supérieur du membre sont relâchés. La succession de leurs actions est bien manifeste, quoique rapide.

II. — Toutes les fois que le sang est chassé d’un vaisseau parla contraction d’un muscle, il rencontre dans la colonne liquide située au-dessus de lui, une tension moindre que celle de son contenu.

Cette seconde propositidn est un corollaire de la première; mais au fond elle a plus d’importance encore, car elle résume la condition sine qiiâ non de l’écoulement du sang de bas en haut.

Là s’arrêtent les considérations qui s’appliquent à la circulation veineuse pendant la marche. Mais dans les autres attitudes, pendant la station et surtout la station prolongée, qu’y a-t-il de changé dans ses conditions qui l»uisse expliquer l’apparition d^s varices?

J’en trouve la raison, ainsi que je l’ai dit à propos des veines intermusculaires, en dehors de l’action des orifices fibreux, que je ne puis admettre, et dans la contraction

rniisciilairo clle-môme. (7csl, pour ainsi dire, une arme A double tranchant 5 favorable h la circulation veineuse, (juand elle s exerce franchement, énergiipiemenl et avec des intermittences bien rhythmées, elle devient un danger lors(ju’elle devient faible, pres([ue continue, et (|ue la succession des mouvements, dont j’ai indi(pié l’importance, fait place à la simultanéité des contractions dans toute la hauteur du membre. Or, n’est-ce pas précisément ce qui a lieu pendant la station? Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’intervention de la contraction musculaire, pour maintenir l’équilibre du corps pendant cette attitude, est beaucoup moins limitée que ne l’admettent généralement les auteurs. L’homme debout, qui .sert de type aux descriptions, a la tète droite, le trône redressé en arrière, les deux hanches dans le même plan vertical ou horizontal ; les genoux sont dans un état d’extension forcée, ce qui permettrait aux ligaments de maintenir à eux seuls l’extension ; les muscles de la jambe seraient seuls contractés, parce que les dispositions de l’articulation du cou-de-pied ne se prêtent pas aussi bien qu’au genou à un rôle efficace dans la station. Mais est-ce ainsi que se passent les choses? L’homme debout n’est pas condamné à cette immobilité; les moindres déplacements du tronc mettent le corps en équilibre instable; les muscles interviennent alors forcément, non pas seulement ceux du membre inférieur, mais tous ceux du tronc, à cause de la grande solidarité qui unit tous les points du système musculaire. Aussi l’homme qui travaille quelque temps ou longtemps debout, éprouve-t-il, s’il u’y est pas habitué, une lassitude extrême; peu à peu, il arrive instinctivement à' ne plus dépenser que tout juste la force

de contraction nécessaire aux mouvements peu étendus qu’il exécute; mais ses muscles n’en sont pas moins dans un état de contraction presque permanente. La plus grande fréquence du pouls pendant la station que dans la position horizontale, corrobore cette conclusion.

Particulièrement pour ce qui a trait au membre inférieur, les conditions où les place la station ainsi comprise, peuvent se résumer ainsi :

1. — Pendant la station, les muscles appliqués sur des veines situées ou non dans leur épaisseur, sont contractés

en même temps que leurs antagonistes et que ceux de l’étage supérieur du membre.

Une deuxième proposition relative à la tension découle tout naturellement de la première :

IL — Le sang qui monte dans les veines rencontre dans la colonne de liquide située au-dessus une tension au moins égale, sinon supérieure à la sienne.

11 y a donc équilibration de la tension dans tout l’arbre veineux et par suite suppre.ssion d’une des causes d’accélération les plus puissantes.

Voilà pourquoi le sang a de la peine à sortir de l’épaisseur des muscles; mais ce n’est pas le seul obstacle qu’il rencontre.

Si ces organes se contractaient dans cette attitude avec un peu d’énergie, ils trouveraient en eux-mêmes une force plus que suffisante pour triompher de cette résistance ; mais leur état peuddiit la station tient le, milieu entre ce grand déploiement de puissance et la tonicité, qui n’est autre que la contraction à son minimum d’intensité. Ils compriment les branches anastomotiques et suppriment l’impulsion, quelque faible qu’elle soit, qui anime le sang provenant des veines superficielles; ils

comprirnenl (‘galemeiil, l’orifice do sorlio des vaisseaux, par les fibres (pii entourent leur terminaison, (^omme, d autre part, cette compression n’est pas assez forte pour empôclier l’entrée du sang artériel, il se produit dans clia- (pie muscle une accumulation de sang rpii augmente l:i tension, ainsi qu’il arrive dans les veines du bras pendant la saignée ; le sang veineux refoule alors les parois des vaisseaux contre les fibres musculaires, qui ne les soutiennent plus; les valvules cèdent à la longue, deviennent insuffisantes ; la dilatation gagne les branches inférieures et les anastomoses, et les veines superficielles, obligées d’admettre ce courant rétrograde dont la tension est évidemment supérieure à celle de leur contenu, cèdent à leur tour. A partir de ce moment les varices superficielles marchent vite, parce que la force impulsive des muscles se partage entre les veines profondes et les sous-cutanées ; les contractions énergiques qui ont lieu pendant la marche deviennent alors plus funestes que les contractions faibles; aussi les individus qui sont atteints de varices considérables souffrent-ils souvent plus après des marches un peu prolongées que pendant la station.

Ce qui se passe dans les casd’anévrysmes'astérioso-veineux fournit un argument en faveur de ce qui pnkède. N’est-ce pas, en effet, incontestablement la différence énorme de tension du sang artériel et du sang veineux, (jui amène toujours, comme conséquence de la communication de ces deux ordres de vaisseaux, la production de varices au-dessous du point où elle siège?

Quant à ce qui regarde l’action des muscles, ce n’est pas une simple hypothèse ; mes déductions résultent de l’observation d’une particularité que j’ai rencontrée il n’y a pas longtemps sur les veines^d’un soléaii’c.

— Tl —

Elles étaient atteintes d’un commencement de dilatation, et, chose remarquable, celle-ci était très-marquée vers le milieu de ces vaisseaux, tandis que leurs deux extrémités avaient des dimensions bien inférieures. Or, |3armi les lois qui président à rinfluence des pressions internes sur les parois des tubes élastiques, la. mécanique nous enseigne, que quand un tube de cette nature est soumis de dedans en dehors à une pression considéLiable, il tend toujours à prendre la forme sphérique, et en attendant qu’il arrive à cet extrême, il devient fusiforme. M’appuyant sur ce principe, et me trouvant sutfisam ment autorisé par la nature des parois veineuses, à les assimiler entièrement à celles des tubes en question, je ne puis m’enqjêcher de voir dans la disposition fusiforme que j’ai observée, le résultat d’une pression exercée de dedans en dehors par le sang accumulé; et comme, d’autre part, le milieu de la dilatation fusiforme correspondait à la partie moyenne du soléaire, je suis naturellement amené à placer dans le muscle lui -même la cause principale de l’accuniulation du sang, et à attribuer le premier rôle dans celle action commune aux fdjres qui embrassent les veines à leur entrée et à leur sortie. Si les vaisseaux se dilatent d’abord au milieu de l’intervalle de ces deux points extrêmes, c’est que ceux-ci sont certainement le siège des résistances les plus énergiques à l’écoulement du sang.

En résumé, d’après ce qui précède, le phénomène qui présidé a la production des varices profondes, consiste essentiellement dans raugrnentation de latension veineuse simultanément dans toute la hauteur du membre, due ellc-iu(‘me a la contraction simiil lamie, presque permanente et peu énergiipie de tous les muscles. Celle-ci agissant a son loiir sur des vaisseaux où la circulation laimuit.

et dont les parois subissent des pressions considérables, devient une cause de dilatation en retenant le sang dans les vaisseaux el en fatiguant les valvules.- Il y a là un cercle vicieux; mais c’est la contraction musculaire, dans les conditions ou la place la station , qui commence la série de ces phénomènes.

Cette théorie emprunte à celle de M. Verneuil le fait anatomique qui en est la base, c’est-à-dire (jue tout se résume, dans la production des varices, en une insulfisance valvulaire; de plus, elle fournit des arguments en sa faveur, car aucune des causes invoquées plus haut n’agit sur la circulation des veines superficielles. Celles-ci n’ont jamais le bénéfice du voisinage des muscles, mais elles n’en encourent pas les dangers; leur élasticité et la vaste étendue de leur distribution leur permettent de donner place au sang que les anastomoses ne peuvent pas admettre, sans qu’il s’ensuive une grande augmentation de tension ; enfin, à l’embouchure de la saphène interne, la contraction musculaire n’agit plus, et les résistances à l’écoulement sont très-réduites.

Sans doute, pendant la station, l’impulsion venue du pied manque aussi bien pour elles que pour les veines profondes, mais il n’en peut résulter qu’une diminution de vitesse. Toute la question se résume donc à celle-ci :

La diminution de la vitesse dans les veines superficielles est-elle capable à elle seule d’amener leur dilatation ?

L’étude de l’influence réelle de la pesanteur va me permettre d’y répondre.

§ VII. Influence réelle de la pesanteur. — -(fiiez un homme placé dans la position horizontale, l’action de la pesanteur sur la circulation est nulle; dans la position

verticale, elle agit puissamment, mais d’une manière inverse, au-dessus ou au-dessous du cœur. Au-dessus, elle favorise la circulation veineuse et s’oppose à la circulation artérielle; au-dessous, c’est la circulation veineuse qu’elle entrave. Il est assez remarquable, ceci soit dit en passant, que l’anévrysme cirsoïde se montre surtout à la tête, là où la tension dans les artères est augmentée par l’antagonisme de la pesanteur et de l’impulsion cardiaque ; cela ne prouve-t-il pas que les dilatations vasculaires en général se rattachent directement à l’exagération de la tension du sang, (ju’il s’agisse des artères ou des veines?

Or, dans une veine du membre inférieur , l’action de la pesanteur ou la pression qui en résulte sur un point quelconque de la paroi est représentée par le poids d’une colonne de sang ayant pour base la surface observée, et pour hauteur la distance de son centre.au cœur. Quelle que soit la vitesse de la circulation, cette distance reste la même, et les effets de la pesanteur ne peuvent être moindres, si cette vitesse est grande, que si elle est faible.

Mais, d’un autre côté, si la vitesse de l’écoulement augmente, c’est parce que l’impulsion venue d’en bas est plus énergique, la résistance au point de sortie étant la même; il doit donc se produire, dans les vaisseaux superficiels, une exagération de tension quand la vitesse est plus rapide, ce qui revient à dire que la tendance à la dilatation est plus grande dans ce cas.

Le tait est prouvé, d’une manière irrécusable, par les expériences de Magendie (1), de Mogk (2), de Bernard (5),

(1) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie. 1837 t.ni, p. 15Zj. ' ’

(2) Zeitschrift fur rationelle medicine. 18Z|5, l. III.

(3) A. Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, 1. 1, p. 287.

t'I par la ililatatioii fjue l’on constate chez les ouvriers qui travaillent beaucoup des bras; pourquoi n’en serait-il pas., de môme a la jambe, puisque c’est principalement la conti’action des muscles du pied, (jui soulève la colonne (le sang jusqu’à l’embouchure des saphènes?

Ainsi, soit (pie l’on (Hudie spécialement ce qui se passe dans les membres inférieurs, soit que l’on ait recours à l’analogie, tout concourt à confirmer la conclusion émise I)lus haut, à savoir, que l’augmentation de la tension est la cause primitive du développement des varices, pourvu toutefois que la contraction musculaire, dans certaines conditions que j’ai cherché à déterminer, vienne y joindre ses effets, et que, si la même cause ii’agit pas sur les veines superficielles, c’est justement parce qu’elles sont soustraites à l’influence directe des muscles. Il ne faut pas oublier cependant ([ue les influences purement mécaniques ne sont pas seules à agir dans la pathogénie de cette maladie des veines. Une constriction permanente peut sans doute suffire pour amener la dilatation des vaisseaux situés au-dessous, toujours par l’augmentation de la tension ; mais, dans le plus grand nombre des cas, lorsque la phlébectasie naît spontanément, c’est sous l’influence d’une prédisposition, dont la nature exacte fait encore partie des inconnues de l’anatomie pathologique; alors, les influences mécaniques n’agissent que comme causes déterminantes. Les mots de dyscrasie, de diathèse variqueuse, répondent à cette notion clinique ; mais comme il est prouvé ([ue les lésions

trouvées dansles veines variqueuses sont consécutives a leur

dilatation, on en est encore à se demander par quelle modification de texture sc traduit cette prédisposition mystérieuse. Ce serait sortir de mes limites (pie de m’étendre sur cette grande question, qui touche à la pathologie gé-

iiémle. Je m’eu liens, plutôt que de ui’aveuturer dans le domaine de l’iiypotlièse, aux interprétations lormulées .dans ce travail, parce qu’elles sont nées de l’observation anatomique et procèdent de l’application directe à la circulation toute spéciale du membre inférieur, deslois physiques et physiologiques les plus vulgaires.

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