‹ Recherches anatomiques et expérimentales sur la métamorphose des amphibiensChapitre 29 sur 45 · UNIVERSITÉ DB LYON. — II. A · texte numérisé non relu

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Celles restées en expérience sont toujours au même point, et ne semblent pas disposées à évoluer. Il s'agit du reste ici de faim plutôt que de jeûne à proprement parler. Les larves en question avaient, dans Tintestin, des algues susceptibles d'une multiplication très active. Elles ne vivent, en somme, depuis dix-huit mois, que de leurs excréments : ajoutons que, tous les huit jours, les algues qui commencent à s'amasser dans les vases, sont éliminées, de façon à remettre Fanimal dans les conditions primitives.

Des larves de tout âge, qui ne présentaient pas les conditions particulières des précédentes, privées totalement de nourriture en plein été, s'étiolaient graduellement et au bout d'un temps plus ou moins long finissaient par mourir, sans que l'évolution fût le moins du monde accélérée, et sans qu'il fût possible de constater de phénomènes histolytiques comme ceux que nous avons décrits.

Il semble résulter de ces expériences :

1* Que, jusqu'à la métamorphose proprement dite, qui commence à partir du développement complet des membres postérieurs, l'évolution n'est pas accélérée par le jeûne.

2" Qu'il est, au contraire, possible, en réduisant en quelque sorte l'alimentation à son minimum, de fixer la larve pendant un temps considérable (et dont nous ne pouvons donner les limites) à un stade déterminé.

3' Que, dans le jeûne expérimental pratiqué sur les têtards euxmêmes, l'autophagie se présente avec des caractères tout différents de ceux qu'elle offre dans la métamorphose

Nous avons, songé également à pratiquer l'alimentation artificielle pendant cette période. Au moyen d'une pipette, on introduisait dans la bouche des têtards de la viande broyée. Au bout de deux ou trois jours, l'animal, dont l'évolution n'avait pas été le moins du monde gênée par ce régime substantiel, refusait de déglutir, etrejetait les parcelles alimentaires avec l'eau d'expiration; probablement parce que son tube digestif en voie de transformation ne pouvait plus rien recevoir. Cette expérience avait été entreprise précisément en vue d'entraver, si possible, la métamorphose de l'intestin. Le résultat a répondu par la négative; mais ce fait

semble s'ajouter à tous les autres pour prouver que, si le jeûné ne peut en rien accélérer l'évolution, l'alimentation forcée est aussi incapable de l'enrayer.

Loos, faisant ressortir l'insuffisance du principe de Weissmann, remarque que, chez les Urodèles, « qui subissent à peu près la même métamorphose d'animaux aquatiques en animaux terrestres », la queue persiste. C'est alors qu'il fait intervenir le principe accélérateur de Barfurth, la faim; et il faut bien reconnaître qu'il lui donne une certaine apparence de valeur comme cause déterminante, lorsqu'il remarque qu'elle est la conséquence d'un jeûne forcé. Malheureusement, le savant allemand aurait pu se poser tout aussi bien l'objection des Urodèles, après avoir introduit son second principe. Ceux-ci ont à subir la même transformation de Tappareil buccal : il résulte même des observations de Marie von Chauvin (14) qu'ils ne mangent pas à ce moment, ce qui complète l'identité des deux cas au point de vue du rôle possible de l'alimentation. Pourquoi la queue des Urodèles persiste-t-elle ?

La queue peut être considérée comme un organe devenu inutile par suite du développement des membres. Mais, le jeûne n'expliquant rien, on se demandera avec Loos « pourquoi un organe aussi important dégénère rapidement et ne subit pas, comme cela se voit ordinairement, une régression graduelle et lente à travers une série ininterrompue de générations ». Les faits qui nous occupent rentreraient alors dans la catégorie des questions actuellement insolubles, auxquelles on ne peut répondre que par les mots : hérédité, répétition des stades ontogéniques, etc.. Cependant, pour qu'un être remplace, par d'autres, des conditions d'existence dont il s'était jusque-là fort bien trouvé, il doit y avoir des causes déterminantes actuelles dont la connaissance, difficile à atteindre (il faut en convenir) pourrait bien jeter quelque jour sur les conditions mêmes du développement phylogénique.

Or, nous nous trouvons justement, chez les Anoures, en face d'une de ces déviations dans l'évolution, déviation des mieux caractérisées et particulièrement favorable à l'étude, puisqu'elle se présente dans un développement larvaire et que l'animar libre se

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prête àrexpérimentation. Et nous pensons que, s'il est impossible de répondre au dernier pourquoi suscité par ces phénomènes obscurs d'évolution, des séries de phénomènes indissolublement liés comme ceux que nous allons décrire sont de nature à préciser les idées d'adaptation et d'hérédité, en faisant ressortir le déterminisme physiologique rigoureux qui doit présider à l'évolution ontogénique.

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