‹ Recherches anatomiques et histologiques sur le Cyclostoma elegansChapitre 12 sur 29 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

dans les tubes, tout l’espace resté libre entre les concrétions. Quel ne fut pas mon étonnement, en constatant que cette masse grise était uniquement composée de bacilles, immobiles par euxmêmes, mais agités de mouvements browniens. Ce fait n'a pu naturellement être constaté par Claparède ; mais, tout récemment, Barfurth, dans une note publiée dans le Zoologischer Anzeiger du 1er septembre 1884, n’en dit pas un mot.

Ces bacilles (fig. 25) ont une longueur de 3 à À uw et une épaisseur de 1 &; mais on en voit souvent d’un peu plus grands et d’autres beaucoup plus petits. Ils se présentent avec des aspects assez divers, ainsi qu'on le voit dans la figure; mais on peut se rendre compte. par la présence de formes de transition, qu’il n’y a en réalité qu’une seule espèce de bacilles. Les uns sont à peu près droits, mais légèrement étranglés dans leur partie moyenne; ‘d’autres sont un peu recourbés; d’autres enfin, très nombreux, ont une forme virgulaire. Ils sont souvent unis deux à deux; et alors ils peuvent se trouver dans le prolongement l’un de l’autre, ou bien former un angle plus ou moins ouvert. On voit souvent, à l’extrémité des bacilles, un rerflement qui est peut-être une spore. On voit aussi dans le liquide, de nombreuses granulations qui sont peut-être des spores devenues libres; mais je ne pourrais être absolument affirmatif à ce sujet.

La présence constante et normale de bacilles dans une cavité close, fait sans analogue aujourd'hui (à ma connaissance du moins), excita au plus haut point mon étonnement; j’ai vérifié le fait à maintes reprises et je puis affirmer qu’il est constant et véritablement physiologique. Ayant reçu d'Algérie une cinquantaine d'échantillons du Cyctostoma costulatum, dans tous ceux qui ont été examinés j’ai pu constater que, comme chez le Cyclostoma elegans, les follicules de la glande à concrétions étaient littéralement bourrés de bacilles. J'ai montré des préparations faites extemporanément à diverses personnes à qui le fait semblait invraisemblable, et j'ai facilement réussi à entraîner leur conviction. Cette découverte pourra d’ailleurs être vérifiée par tous ceux qui voudront bien employer le procédé d'examen très simple que j'ai indiqué plus haut. Ces observations nous conduiront à quelques hypothèses sur le rôle de la glande à concrétions qui seront exposées plus loin. Mais pour qu'une étude physiolo-

gique sérieuse de la glande pût être entreprise avec fruit, il serait nécessaire que l'existence normale de bacilles dans un organe elos fût expliquée. Or, seule, l’embryologie, qui nous ferait assister au premier développement de la glande, pourrait expliquer comment il se fait que l’on trouve des microbes dans un organe qui, chez l'adulte, paraît dépourvu de toute communication avec l'extérieur.

La glande à concrétions, je l’ai déjà dit plus haut, se montre tintôt comme une masse très blanche et très développée autour des circonvolutions intestinales qu’elle cache complètement; tantôt comme une masse grise beaucoup moins considérable, au milieu de laquelle apparaît nettement le tube digestif. Sa couleur est due aux concrétions, qui sont très nombreuses dans le premier cas, très rares dans le second. Il y a donc une relation entre l’état de développement de la glande et le nombre de concrétions qu’elle contient. C’est-à-dire que lorsque les follicules sont très nombreux, les concrétions qu'ils renferment sont très abondantes, tandis qu’elles sont en petit nombre, dans une glande faiblement développée.

On trouve, dans le mémoire de Claparède, une description à peu près suffisante des concrétions arrivées au terme de leur développement: mais cet auteur ne dit rien sur leur mode de formation. Ce sont des granules de taille très diverse. Les plus gros, qui peuvent atteindre 0,2 à 0,3 mill., se trouvent ordinairement placés à l'extrémité des follicules (fig. 21). Ils sont absolument opaques à la lumière transmise, mais d’un blanc éclatant à la lumière réfléchie (fig. 22). La forme des grains les plus gros est, comme on le voit dans ce dessin, presque sphérique; mais on peut déjà distinguer à leur surface de légers sillons qui révèlent à l’extérieur la complexité de leur structure interne. Pour bien les étudier, il faut les traiter par une solution alcaline trés étendue, qui les rend, au bout d’un certain temps, tout à fait transparents. On peut en rencontrer quelques-uns, qui se trouvent naturellement en cet état. Ce fait, qui parait exceptionnel chez le Cyclostoma elegans, serait, d’après Claparède, normal chez le Cyclostoma costulatum. La figure 23 représente une concrétion naturellement transparente. On voit qu’elle est entourée d’une couche épaisse formée de stries concentriques ; sa surface

MST: ne montre l'indication de sillons, dont nous allons expliquer la. présence.

Les concrétions sont loin d’avoir une constitution simple. On voit, dans la coupe optique 23, trois centres de formation, entourés chacun par un système de stries particulier, soudés les uns aux autres et revêtus d’une enveloppe commune. Chacun de ces centres montre encore une structure fort complexe. Ils renferment, en effet, des globules réfring'ents, placés dans des espaces où les stries concentriques sont peu accusées. Ces globules paraissent avoir servi de point de départ à la forma-. tion du système. Il peut arriver qu'on n’en voie qu’un seul, souvent au contraire ils se rencontrent en grand nombre. Ils sont généralement entourés de stries un peu vagues, qui semblent indiquer dans chacun d’eux, une tendance à s’entourer d’un système propre de stries, sans qu’ils aient pu y réussir complètement.

Nous sommes déjà en mesure, d’après cette étude d’une concrétion entièrement développée, de retracer la plus grande partie de son histoire. De petits globules ont pu former, autour d'eux, un système de lamelles concentriques: d’aûtres, moins heureux, se sont réunis, en nombre plus ou moins grand, pour former des centres comparables aux premiers, auxquels on les trouve souvent accolés; ce sont là les centres primaires. Ces centres, à leur tour, peuvent rester isolés, ou bien, se réunir au nombre de deux à cinq, et se revêtir alors d’une enveloppe plus ou moins épaisse, qui entoure ces groupes de façon à former des centres secondaires, séparés par des sillons profonds. L'enveloppe générale se dépose alors, comble les sillons, dont on voit seulement l'indication à sa surface. Les limites externes de ces diverses séries de couches sont plus réfringentes, et marquent un temps d'arrêt dans le développement de la concrétion. On aperçoit encore, dans les concrétions naturellement transparentes, des stries rayonnantes très peu marquées.

Les figures 21 et 22 représentent des concrétions arrivées à cette phase de leur développement. Je dois ajouter que les petites concrétions, ne possédant encore que leurs centres primaires, présentent une transparence qui disparaît bientôt, au fur et à mesure que se font de nouveaux dépôts.

I] nous reste à étudier l’origine première des concrétions,

pie c'est-à-dire le mode de formation des centres primaires. Lorsqu’on a préparé les follicules par l'acide osmique et le picro-carmin, on voit, par transparence, de petites cellules placées sous la membrane anhiste de la glande. Mais on peut faire des observations bien plus profitables, en expulsant le contenu du follicule, par le procédé indiqué plus haut et en étudiant ce contenu, soit dans le sang de l’animal, soit dans le sérum de Kronecker. On n’est pas ainsi gêné par les œlobules sanguins, que l’on ne peut cependant confondre avec aucun autre élément anatomique. On voit alors des paquets de petits éléments cellulaires sphériques, représentés dans la figurc 24, d, . Ces cellules présentent un noyau qui se colore en rose vif par le picro-carmin, tandis que le protoplasma reste rose pâle. Les rapports qu’affectent ces cellules entre elles sembleraient indiquer qu’elles proviennent d’une mulplication endogène ou d’un bourgeonnement (fig. 24, f). Souvent on rencontre des groupes de quatre cellules qui semblent, au contraire, indiquer une segmentation répétée. Mais, à côté de ces groupes cellulaires, facilement colorables par les réactifs, on en voit d’autres (fig. /, f”) qui ne se colorent plus. Une granulation réfringente, qui ressemble beaucoup aux granules centraux des concrétions développées, se voit dans ces cellules, entourée de stries concentriques, vaguement indiquées. Cet état se voit nettement dans la figure 24, g.

Nous avons été naturellement porté à considérer ces amas cellulaires et le globule réfringent, contenu dans chaque élément, comme représentant les premiers stades du développement des concrétions. Mais deux difficultés assez graves sont venues à l'encontre de cette manière de voir, sans pouvoir cependant la bannir entièrement de notre esprit.

On voit quelquefois (fig. 24, g) de nombreux petits globules réfringents, ressemblant à ceux que renferment les cellules, mais ne paraissant avoir avec elles aucun rapport. Ces globules se seraient-ils formés librement, ou bien auraient-ils perdu de très bonne heure leurs rapports avec les cellules formatrices? On trouve aussi, dans les follicules, des concrétions très jeunes, ne possédant encore que leurs centres primaires; elles sont faciles à étudier lorsqu'elles sont en petit nombre. Il peut arriver que ces centres ne présentent déjà plus aucune apparence cellulaire.

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On comprend que ces faits aient pu jeter quelque hésitation ‘dans mon esprit, sur l’origine intra-ou extra-cellulaire des concrétions.

On trouve, en outre, dans les follicules de la glande à concrétions, de grosses sphères, qui adhèrent encore moins à la membrane que les groupes cellulaires décrits plus haut. Elles sont constituées par une enveloppe protoplasmique finement granuleuse, dans laquelle se voit une grande vésicule claire, excentriquement placée (fig. 24, a, b). La première enveloppe crève facilement, dès que les sphères ont été expulsées dans le liquide de la préparation. Ce phénomène s'opère immédiatement dans l’eau, plus lentement dans le sang, le sérum ou la salive. La compression produit le même résultat. La vacuole interne, devenue libre, nage un certain temps dans le liquide, mais ne tarde pas à éclater à son tour. Une ou deux taches grises sont accolées à sa paroi (fig. 24, a). Quelquefois, on trouve six à sept masses peu distinctes, plongées dans une substance grisâtre.

Dans le début de mes recherches, l’idée me vint que ces éléments étaient des cellules formatrices dans lesquelles se développait une vacuole, où se déposaient les concrétions, comme cela se voit dans la glande de Bojanus et dans la glande digestive. En effet, ces éléments se trouvaient en grand nombre dans des glandes peu développées, où les concrétions n'étaient pas très abondantes (1). Mais je dus bientôt rejeter cette opinion pour les raisons suivantes. En effet, ce ne sont pas là des cellules; j'ai longtemps cherché sans succès à y constater l’existence d’un noyau. De plus, la découverte des petits amas cellulaires que j'ai déjà décrits, montre quelle est la véritable origine des concrétions. L'absence de transitions entre les états représentés (fig. 24, a, b) et des états plus avancés du développement de ces corpuscules, ne peut plus permettre de supposer qu’ils se développent dans les éléments sphériques. Mais comme on trouve ces sphères en grand nombre dans les glandes où ces concrétions sont très rares, on ne peut évidemment les considérer que comme des formes de régression de ces concrétions, en train de

(Ï) Il est difficile d'apprécier exactement le nombre des follicules de la glande; il paraît bien y en avoir un plus grand nombre lorsqu'ils sont bourrés de concrétions, mais c’est justement là, la raison qui les fait paraître plus nombreux.

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se résorber. Reste encore une difficulté très grave, c’est que je n'ai pu rencontrer de concrétion aux premiers stades de la résOrption; je n’ai jamais vu que les états extrêmes représentés (fig. 24 a, b); je considère néanmoins la vésicule claire, avec ses petits centres peu distincts, comme le résidu des centres secondaires, et. la vésicule externe, comme représentant les restes de l’enveloppe générale des concrétions, après sa résorption.

Ces données anatomiques sur le développement et la résorption des concrétions, ont, au point de vue physiologique, une importance de premier ordre, car elles serviront de base, en même temps que l’embryogénie, à toute hypothèse sur le rôle physioiogique de la glande à concrétions.

Nous avons dû rechercher la composition chimique des concré: tions. L’acide chlorhydrique n’a pas d'effet immédiat sur elles, mais il les dissout lentement. L’acide sulfurique pur les dissout entièrement et instantanément, mais sans effervescence. Ces deux réactions prouvent que, contrairement à l'opinion des anciens auteurs, les concrétions ne sont pas formées de carbonate de Chaux. Elles en contiennent cependant de faibles quantités, ainsi que du phosphate de chaux. L’acide azotique dissout les concrétions avec une vive effervescence; les solutions d’ammoniaque, de potasse, de soude, rendent les concrétions transparentes et montrent admirablement leur structure. Si on traite les concrétions par l’eau bouillante, elles se dissolvent partiellement ;

le liquide filtré se trouble en se refroidissant, et abandonne par évaporation une poudre blanche, qui se dissout sans effervescence dans l’acide sulfurique et donne par l'acide azotique un dégagement gazeux très abondant. Si on fait dissoudre la poudre ou les concrétions entières par l'acide azotique, et qu’on traite après avoir évaporé, par l’ammoniaque, on obtient une coloration roug'e qui passe au violet par l’action d’une lessive de potasse ou de soude.

Le simple rapprochement de ces diverses réactions prouve que les concrétions sont presque entièrement composées d’acide urique. Je dois dire cependant que lorsqu'on traite les concrétions ou la poudre qu’on en retire, par l’acide azotique, l’ammoniaque et la soude, pour obtenir les réactions de la murexide, les résultats ne sont pas tout à fait les mêmes qu'avec l’acide urique pur.

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