PROS
Les organes génitaux femelles.
Les organes génitaux femelles du C'yclostoma elegans ont été décrits et figurés par Moquin-Tandon: mais sa description et son dessin ne méritent guère d’être cités que pour mémoire. Le travail de Claparède est infiniment supérieur; mais, tout en mettant de côté l'étude histologique, qu'il n’a fait qu’effleurer, nous pouvons lui reprocher un certain nombre d’erreurs anatomiques qu'il eût pu éviter.
Nous allons faire tout d’abord une étude macroscopique des organes génitaux; nous reprendrons ensuite avec plus de fruit leur étude méthodique complète. L’ovaire (fig. 57, a) est un tube de 4 à 5 millimètres de longueur, sur 0,3 à 0,4 millimètres d'épaisseur. Ce tube peut être simple ou présenter de petits culsde-sac latéraux, au nombre de 5 à 6, rarement davantage, et se termine ordinairement par une extrémité bilobée. Sa couleur varie entre le jaune orangé, le brun roux et le jaune verdâtre. Il commence à la fin du premier tour de l’animal, et se termine un peu au-dessus du cul-de-sac de l’estomac. Dans tout ce trajet, il reste parallèle au canal excréteur principal de la glande digestive, dont il n’est séparé que par une mince couche de tissu conjonctif lâche. Il reste placé sur la face columellaire ou ventrale de l’animal, et subit le même mouvement de torsion que le tortillon dans lequel il est logé. De plus, il adhère à un gros vaisseau, branche de l’artère aorte postérieure. L’ovaire se rétrécit assez brusquement et se continue avec l’oviducte (fig. 57, 4) qui, dans sa première portion, est très grêle, et présente une coloration à peu près semblable, mais d'une teinte un peu plus foncée. Dans sa seconde portion, qui est d’un blanc très mat, l'oviducte se renfle progressivement, pour se rétrécir ensuite, avant de pénétrer dans la poche copulatrice. On peut voir, à la surface de cette partie du canal, l'indication des plis que présente sa membrane. L’oviducte se replie souvent sur lui-même, surtout dans sa dernière portion, qui est plongée entre les lobules
de la glande à concrétions, tandis que la première est logée entre la peau et la face concave de l'estomac.
La poche copulatrice (fig. 57, a) est un sac pyriforme appliqué sur la concavité de l’utérus. Elle peut être considérée comme une dilatation de l’oviducte, avec lequel elle se continue en bas par son extrémité renflée, et qui se termine en haut par un tube conique, dont l'étude ne peut être faite sans l’aide des coupes en série. Cette poche est quelquefois très gonflée et d'une couleur très blanche; d’autres fois, au contraire, elle est ratatinée, et sa surface est couverte de rides transversales bien marquées; elle possède alors une coloration brune, et ressemble beaucoup au diverticule des Hélices et des Bulimes.
Il nous reste encore à décrire une dernière partie, que nous appellerons provisoirement avec les auteurs, matrice où utérus. C’est un organe tubulaire terminé inférieurement en cul-de-sac et présentant latéralement une large fente, la vulve (fig. 57). La matrice est constituée par un tissu glandulaire d’une blancheur éclatante; elle est accolée au manteau et logée dans la partie droite de la cavité palléale. Son développement est extrêmement variable suivant les individus. On y peut distinguer nettement deux parties : la partie supérieure, très blanche, montre à sa surface l’indication de volumineux replis glandulaires transversaux, saillants dans sa cavité, et que l’on aperçoit directement par l’orifice vulvaire. Lorsqu'on dissèque un animal vivant, la contraction des membranes qui enveloppent l'utérus et surtout de celle qui, constituant le fond de la cavité palléale, passe en sautoir sur sa partie moyenne, lui font prendre un aspect réniforme, et la vulve béante laisse les replis glandulaires saillir au dehors. La partie inférieure de l'utérus, à laquelle est accolée la poche copulatrice, est une poche en cul-de-sac d’un blanc grisâtre, dont les parois très épaisses sont tapissées de la même facon par des replis glandulaires, et dont la cavité paraît, dans les dissections, se continuer avec celle de la portion supérieure. Elle est accolée à la peau par sa face externe, et se trouve en rapport de l’autre côté avec la glande à concrétions. Le rectum longe la face dorsale de l'utérus, et s'ouvre un peu au-dessus de son extrémité supérieure. |
L'étude du contenu de l’ovaire, pour être complète, doit se faire par des procédés très divers. Si on dissocie l'ovaire dans le
sang de l'animal, on peut voir nager dans le liquide de la préparation un nombre immense de petites cellules sphériques, à noyau très net, qui contiennent un petit nombre de fines granulations jaunes. On voit encore d’autres cellules, peu nombreuses relativement, mais dont le noyau et le nucléole ont pris un très grand développement proportionnel. Les granulations qu’elles contiennent sont plus volumineuses et plus nombreuses. Ces cellules sont de jeunes œufs en voie de développement. On trouve, entre elles et les œufs complètement développés, toutes les formes de transition désirables, au point de vue de la taille et du développement. Ces derniers, qui ont un volume énorme par rapport aux éléments qui leur ont donné naïssance, s’affaissent ordinairement dans le liquide sanguin, et les nombreux granules qu’ils renferment s’échappent de toutes parts. Je puis affirmer, après une étude consciencieuse, que, dans l'œuf ovarien, la couche de protoplasma péri-ovulaire, ne possède pas la signification d’une membrane différenciée.
Il vaut beaucoup mieux étudier l’œuf dans une solution d'acide osmique à 1/500, ou bien d'acide acétique à 2/100. On peut aussi lui faire subir une courte macération de quelques instants, dans les réactifs acéto-osmique ou chromo-acéto-osmique; puis on colore par le picro-carmin, après avoir soigneusement lavé. L'œuf se présente alors avec des formes très diverses, dues à la compression qu'il subit dans l’ovaire, mais qui sont sans importance. Sa structure est toujours, en définitive, celle qui est représentée dans la figure 58. Les parties périphériques sont constituées par nne mince couche claire, ne renfermant pas de granules deutolécithiques, et qui se colore très faiblement en rose par le picro-carmin. Au pôle apical, cette couche s’épaissit en un véritable disque, dans lequel le noyau se trouve contenu, et qui ne renferme qu’un très petit nombre de grains de deutolécithe, dont le nombre augmente rapidement dans les parties plus profondes, et dont le reste de l’œuf est entièrement bourré.
Le noyau ou vésicule germinative doit être étudié hors de l'œuf. La petite manœuvre à faire pour l’énucléer est très simple et très facile : on dilacère un ovaire dans le réactif chromo-acétoosmique, et, par cette simple opération, de nombreuses vésicules germinatives se trouvent libres dans le liquide de la préparation. On peut les étudier, après coloration au picro-carmin, dans la
glycérine formiquée fortement étendue d’eau, après avoir mis une cale en papier sous le couvre-objet. Mais cette précaution ne sert guère qu'à éviter la déformation, car ces noyaux, dont la taille est cependant considérable, ne s’écrasent pas lorsqu'on fait glisser le couvre-objet, alors même que le liquide est en quantité très faible. Ce phénomène est dû à la résistance de la membrane très élastique qui entoure le noyau, membrane qu'il est facile de mettre en évidence, en faisant pénétrer sous la lamelle un liquide renfermant une quantité suffisante de glycérine. On voit bientôt le noyau se contracter, perdre sa sphéricité, et présenter des plis à sa surface. On peut encore constater facilement, sur les coupes, cette membrane, grâce à la réfringence considérable dont elle est douée. On y voit très facilement un double contour.
La vésicule germinative, étudiée dans ces conditions, est finement granuleuse, homogène, dans les œufs jeunes, mais présentant, chez les plus gros, un fin réseau, renfermant un nombre très considérable de petites vacuoles remplies de liquide. Ce réticulum, fixé et coloré par les procédés indiqués ci-dessus, présente ordinairement, dans les gros œufs, l'aspect de la figure 59, c'est-à-dire qu'il existe un amas principal, fortement excentrique, qui renferme le nucléole, et d’où partent les travées limitant les vacuoles. Celles-ci sont d'autant plus nombreuses qu'on se rapproche davantage de la périphérie. Cette disposition du protoplasma de la vésicule germinative ou nucléoplasma, rappelle celle qui a été décrite pour la première fois par Van Beneden et depuis par d’autres observateurs, Flemming, Hertwig, Carnoy, etc., chez divers animaux.
Le nucléole, ou tache germinative, est placé très excentriquement dans le noyau (fig. 58 et 59). Il est constitué, dans les jeunes œufs, par une vésicule à peu près sphérique, qui, dans les œufs plus âgés, présente une bosse plus ou moins saillante, qui peut être aussi développée que celle que Flemming a figurée dans l’Anodonta complanata. Cette partie du nucléole se colore beaucoup plus énergiquement que le reste, par les réactifs colorants. On peut constater dans la figure 58, qui représente l’état le plus ordinaire, que la tache germinative occupe la partie du noyau la plus rapprochée du disque protoplasmique apical, et que sa bosse colorable est aussi tournée de ce côté, En observant le nucléole
dans le sang, immédiatement après sa sortie de l'œuf, j'ai vu quelquefois se former à sa surface de légères saillies, qui m'ont fait supposer qu'il s'y produisait des mouvements amiboïdes. Ces mouvements, difficiles ordinairement à constater, ont été vus par d'excellents observateurs, non seulement dans le nucléole des œufs, mais encore dans celui des cellules les plus diverses : par Lavalette Saint-Georges dans l’œuf d’une Libellule; Metchnikoff, dans les cellules des glandes salivaires des larves de Fourmis; Brandt, dans les œufs de Periplanela orientalis ; Hertwig dans les œufs de Polystomum, chez les Grégarines, etc. Faut-il voir là des phénomènes physiologiques, ou bien des signes avant-coureurs d’une mort prochaine, c'estce que je ne saurais décider.
La dissociation suffit à mettre en évidence les résultats qui précèdent; la méthode des coupes fournit des renseignements aussi nombreux qu'intéressants sur la structure de l'ovaire. Le procédé qui m’a donné les meilleurs résultats est le suivant : on prend un animal entier, on le plonge pendant une demi-heure dans un liquide composé d’alcool absolu, 2 parties; acide osmique à 1°}, 1 partie. La coloration ne se fait plus, mais elle est inutile, car, sur les coupes minces, tous les détails de structure sont d’une grande netteté.
Je me suis aussi servi, comme liquide fixateur, de la liqueur chromo-acéto-osmique, qui donne de très bons résultats. J’ai employé concurremment le liquide picro-sulfurique, qui ne produit pas, tant s’en faut, une fixation aussi parfaite des éléments anatomiques, mais qui permet d'employer avec plein succès tous les procédés de coloration.
L'examen des œufs complètement développés (fig. 60) ne nous apprend rien de bien nouveau. L’indécision des contours nous confirme l’absence d’une membrane vitelline, tandis que nous trouvons un argument nouveau en faveur de l'existence de la membrane nucléaire, dans la réfringence et la netteté de la paroi du noyau qui, examinée à l’aide d’un grossissement suffisant, montre un double contour. On peut constater encore que le noyau est complètement entouré de protopläsma formatif, qui pénètre même, comme un coin irrégulier, jusque dans les parties centrales de l’œuf, et que le disque protoplasmique et
le noyau sont toujours tournés du côté de la lumière du canal.
Les cellules qui tapissent la paroi du canal ovarien peuvent être étudiées avec avantage sur des coupes d'objets préparés par l’acide osmique et l’alcool, ou par le réactif chromo-acéto-osmique. Dans ces conditions, leur corps protoplasmique se voit avec une très grande netteté. Ces éléments, qui étaient sphériques dans les dissociations, sont ici cylindriqnes par pression réciproque.
C’est au milieu d'eux, mais seulement auprès de la paroi, que l’on rencontre des cellules un peu plus volumineuses, dont le noyau est proportionnellement très développé, aussi bien que le nucléole. Bientôt les granulations se montrent en grand nombre au milieu de leur protoplasma, et l’on a des œufs en miniature, se rattachant aux œufs complètement développés par de nombreuses formes intermédiaires, qu’il est facile de rencontrer. Il arrive quelquefois, dans ces œufs jeunes, que le noyau n’est pas toujours excentrique; mais cet état ne persiste pas, et la disposition normale se produit avant que l’œuf n'ait atteint une taille considérable. Les œufs sont quelquefois étirés en forme de larme, et se trouvent pendant un certain temps en rapport avec la paroi par un pédicule grêle, qui disparaît bientôt. Tous les œufs sont alors séparés de la membrane par une couche en général unique de cellules, dans laquelle on ne voit pas ordinairement se former de jeunes œufs; ces derniers se trouvent toujours placés dans l'intervalle des œufs bien développés. Il semble qu’au point où le jeune œuf se développe, les cellules sœurs deviennent capables de proliférer plus activement. Il se forme là d'ordinaire un épais bourgeon qui l'entoure complètement. La calotte cellulaire qui le recouvre du côté du canal s’amincit progressivement et finit par disparaitre.
L’œuf ovarien est donc entouré d’une enveloppe cellulaire souvent incomplète, dont nous venons d'étudier l’origine, et qui ne provient pas de l’œuf lui-même, comme cela se passerait, d’après M. Sabatier, chez les Chitons, les Ascidies et chez bien d’autres animaux. Les cellules de ce follicule, qui dérivent comme l'œuf de la couche germinative, se modifient au fur et à mesure qu’elles s'éloignent de leur point d’origine; leur noyau devient plus pâle, leurs limites confuses ; elles prennent les caractères de cellules en dégénérescence granuleuse et forment un véritable syncitium à la surface de l’œuf, qui les absorbe probable-
ment par une sorte d’osmose, mais ne les déglutit jamais par un procédé semblable à celui qu’emploient les amibes, et même certains œufs, ceux de quelques Hydraires, par exemple, et, d’après Ray-Lankester, ceux de la Sepia. Toutes les parties de l'ovaire peuvent donner naissance à des œufs, qui se développent sur place, jusqu’à ce que leur enveloppe cellulaire se rompe ou bien soit complètement résorbée; ils tombent alors dans le canal central.
Il importe, à mon avis, avant de quitter cette question de l’origine et du développement de l’œuf, d’être fixé sur la nature des éléments aux dépens desquels il prend naissance. Quelques auteurs ont donné aux cellules parmi lesquelles se développe l’œuf, le nom d’épifthélium germinatif. Ce terme a été interprété de façons diverses : les uns n’ont vu dans ces cellules que des éléments embryonnaires restés dans l'ovaire et se perpétuant sous cette forme, auxquels ils n’ont donné le nom d’épithélium que parce qu'ils tapissent une membrane; les autres ont pu penser que 1’on avait affaire à de véritables épithéliums difrérenciés, qui pouvaient revenir en arrière, reprendre les caractères embryonnaires et devenir des œufs. Cette opinion qui n’est-guère philosophique, a de plus le désavantage d’être contraire aux faits, C’est ce que Weismann établit dans son magnifique travail sur les Hydraires; les fonds des gaînes ovigères des Insectes en donnent une preuve encore plus démonstrative. Chez le Cyclostome enfin, nos propres observations ne nous permettent pas de considérer comme épithéliales les cellules qui tapissent l’ovaire. Elles n’ont ni forme bien définie, ni membrane bien arrêtée; ce sont, en un mot, des éléments embryonnaires et non des épithéliums. Si la discussion se réduit à une question de mot. il est facile de s'entendre. Mais si l’on attache au terme épéthélium le sens précis qu’il doit avoir, nous ne pouvons considérer l’œuf comme dérivé d’un tissu déjà différencié. C’est là une opinion que nous avons entendu maintes fois soutenir par notre savant maître M. Pérez, et que nous acceptons sans réserves.
Je n’ai jamais pu constater aucune influence des saisons sur le contenu de l’ovaire. Je n'ai jamais pu trouver dans cet organe aucune modification qui m'annonçât une ponte prochaine. Jamais
non plus, je n’ai pu rencontrer les œufs dans les autres parties des organes génitaux.
La membrane propre de l'ovaire, qui est indiquée dans la figure 60, d’une facon un peu schématique, est composée d’éléments musculaires et conjonctifs. Son épaisseur est très peu considérable. Elle est entièrement dépourvue de pigment, et c’est uniquement aux granulations de deutolécithe contenues dans les œufs, que l'ovaire doit sa coloration jaune.
La première portion de l’oviducte possède une membrane musculo-conjonctive, un peu plus épaisse que celle de l’ovaire, revêtue d’une couche unique d’épithélium cylindrique. Les cellules qui la composent ne possèdent pas de cils vibratiles, et contiennent des granulations brunes (fig. 64). Elles limitent un canal de calibre très petit.
Il est extrêmement rare de rencontrer des spermatozoïdes dans cette partie des organes génitaux femelles; et lorsqu'ils s’y rencontrent, c’est toujours en très petit nombre. Peu à peu l’oviducte s’élargit (fig. 61, 4), ses parois deviennent plus épaisses, et prennent une coloration blanche. On voit à leur surface l'indication des plis longitudinaux qu’elles présentent. Sur les coupes, on retrouve ces plis, qui sont très nets. La couche externe musculo-conjonctive, qui renferme aussi des éléments élastiques, possède une puissance considérable. Elle est revêtue d’un épithélium cylindrique, formé de cellules dépourvues de cils vibratiles, contenant, les unes de fines granulations, les autres de gros globules réfringents, tels que nous en rencontrerons plus loin dans les cellules qui tapissent les replis de l’utérus. La coloration blanche que possèdent ces organes est due, dans les deux cas, aux cellules que nous venons d'indiquer. Cette partie de l’oviducte est constamment remplie de spermatozoïdes, qui paraissent toujours en très bon état.
La poche copulatrice, dont nous avons plus haut fait la description, est simplement accolée à l’utérus, dont elle n’est séparée que par une fine lame de tissu conjonctif (fig.61). Elle se continue en bas avec l’oviducte et en haut avec un canal qui se rétrécit progressivement, mais qui s'ouvre avant d'arriver à la fente vulvaire, de façon à former une gouttière, dont les bords se continuent avec ceux de cet orifice. Le point le plus inférieur de cette fente se trouve au niveau du trait d’unior des
deux portions de la matrice, à l’endroit où se réfléchit le feuillet antérieur du manteau, poux constituer le fond de la cavité respiratoire.
Je crois qu’il est absolument impossible, en raison de la petitesse des organes et de la mollesse des tissus, de se rendre compte, sans coupes, de ces dispositions anatomiques, que je puis, grâce à cette méthode, décrire, sans qu'il me reste le moindre doute dans l'esprit.
La couleur blanche de la poche copulatrice et de son canal est due à l’épithélium cilié qui revêt leurs parois. Cet épithélium est composé de cellules remplies, les unes, de granulations très ærosses, comme celles des cellules de l'utérus, les autres, de granulations beaucoup plus fines. La poche copulatrice contient souvent des paquets de spermatozoïdes, mais en petite quantité, tandis que le renflement fusiforme de l’oviducte parait être leur séjour d'élection ; on y trouve constamment, en effet, un nombre énorme de spermatozoïdes réunis en gros faisceaux, agglutinés vraisemblablement par les produits de la sécrétion des cellules de la paroi. Ces spermatozoïdes et la matière qui les unit absorbent énergiquement les matières colorantes et forment, dans les coupes, des taches violemment colorées par les divers carmins (fig. 61, a). Je suis heureux de me trouver entièrement d'accord sur tous ces points avec M. Pérez qui était arrivé à la suite de ses observations sur le Cyclostome, à des conclusions tout à fait semblables (1).
La portion supérieure de l'utérus ou portion blanche, est tapissée par des bourrelets transversaux, que nous avons déjà indiqués en faisant l'étude microscopique des organes génitaux. On doit, pour se faire une idée exacte de cette région, l’étudier par les dissociations et par les coupes. Lorsqu'on emploie ce dernier procédé, on ne doit pas arriver jusqu’à l'alcool absolu, car l’objet deviendrait trop cassant, et il serait impossible de faire des sections de l’utérus tout entier. Il ne faut donc pas dépasser l’alcool à 90°. On peut faire les dissociations après l’action de l’alcool à 1/4, ou bien on fait agir, sur des fragments de petit volume, une solution à l°/, d'acide osmique pendant une
(1) Pérez. — Recherches sur la génération des Mollusques Gastéropodes. Mém. Soc. des se, phys. et nat. de Bordeaux, 1868.
demi-heure et on les laisse ensuite dans l’eau distillée pendant 16 heures environ. J’ai obtenu de bons résultats par l'emploi du carmin osmique, tel que l’a indiqué Delage dans un travail tout récent.
On isole facilement, par ces divers procédés, les éléments cellulaires qui tapissent les bourrelets de l'utérus. Les formes les plus nombreuses et qui frappent surtout les yeux dansun premier examen, peuvent toutes se ramener au type représenté dans la figure 63. Ce sont des cellules de grande taille, à peu près cylindriques, mais un peu effilées dans leur partie basale, qui contient un tout petit noyau. Leur corps est bourré de gros globules réfringents, très distincts, séparés les uns des autres par un réseau protoplasmique. Ce réseau se colore seul en rose, ainsi que le noyau, lorsqu'on fait agir le picrocarmin pendant un temps très court sur ces cellules; si l’action se prolonge, les globules finissent eux aussi par se colorer.
Chez les cellules vivantes étudiées dans le sang, ou dissociées après l’action de l’acide osmique, les globules sont aussi nets et aussi distincts que dans mon dessin. Mais dans les préparations à l'alcool faible, les globules, dans la plupart des cellules, se gonflent, s'étalent, perdent leur réfringence et leur individualité. Ce phénomène s'achève rapidement, lorsqu'on porte les fragments dans l’eau pure. Toutes ces cellules possèdent sur leur plateau des cils vibratiles courts, mais très actifs, dont on peut facilement constater l’existence sur le vivant. Dans les dissociations à l'alcool faible, on ne retrouve plus d'ordinaire ni le plateau, ni les cils tandis qu'ils sont toujours très distincts et parfaitement conservés dans les préparations à l’acide osmique. Les globules ont été observés par Claparède, qui a constaté qu'ils se dissolvaient rapidement dans les solutions alcalines, et qu'ils se gonflaient dans l’eau et les solutions d’acide acétique, où ils finissent par se fondre.
On trouve encore d’autres éléments anatomiques, représentés dans la figure 63, :. Ce sont des cellules dont la partie inférieure est très grêle, mais qui s'élargissent très rapidement vers le haut et présentent un plateau de très grande dimension, d’où partent des prolongements échancrés, qui s’insinuent entre les éléments voisins. Ces cellules sont remplies d’un protoplasma granuleux, et recouvertes de cils vibratiles. Lorsqu'on examine les lames
AD
blanches qui font saillie dans l'utérus, on y voit des champs polygonaux obscurs, correspondant aux plateaux de ces cellules, vus de face. Leur noyau peut se trouver placé dans toutes les régions de la cellule. Leur pied est ordinairement simple, mais peut être constitué par deux ou trois pédicules très grêles, présentant quelques petites varicosités qui pourraient, au premier abord, les faire prendre pour des cellules terminales nerveuses. Malgré cette apparence, il reste encore dans mon esprit des doutes sur leur véritable nature et leurs fonctions. Mais j'espère arriver, par l’histogénèse, à résoudre cette difficulté. Quant aux cellules de la première forme, leur rôle est évidemment de fabriquer les globules qui sortent de la cellule, alors réduite à sa membrane et à ses travées protoplasmiques en partie résorbées. La figure 63,2 représente une cellule en cet état. Tout ce que nous avons dit p'us haut de ces globules, montre bien qu’ils sont composés d’albumine pure.
Si on dissocie dans le sang de l’animal un lambeau de la portion inférieure grise de l’utérus, on rencontre un très grand nombre de globules libres ressemblant aux globules du sang de la grenouille, auxquels les compare Claparède. On voit aussi, au milieu du liquide de la préparation, des travées, formant un réticulum informe, qui tombe bientôt, ainsi que les corpuscules eux-mêmes. en déliquium. Si on fait des coupes minces dans cette région, on voit qu’elle est constituée par des replis tapissés d’éléments contenant un petit noyau, qui absorbe plus vivement les réactifs colorants que le reste de la cellule, toujours cependant coloré, lorsque le séjour dans le carmin a une durée suffisante.
En employant les procédés de dissociation indiqués plus haut, on isole des cellules dont le diamètre transversal est très considérable, proportionnellement à leur hauteur. Ces cellules mon- - trent un très petit noyau, contenu dans leur partie inférieure,
et des cils vibratiles à leur surface. Dans leur intérieur, on voit un réseau protoplasmique emprisonnant les globules, polyédriques par pression réciproque. La diffluence des globules et des squelettes cellulaires dans cette région, beaucoup plus grande que celle des éléments de la portion supérieure, avait fait supposer à Claparède, que les globules nageaient au miliieu d'un liquide remplissant la portion grise de l'utérus. Il lui eût