‹ Recherches anatomiques et histologiques sur le Cyclostoma elegansChapitre 26 sur 29 · Tome XL] Q · texte numérisé non relu

Tome XL] Q

été facile, en observant avec soin des animaux plongés dans l’eau bouillante, procédé dont il s’est cependant servi, d'éviter cette erreur. J'ai vu dans cette région des cellules cylindriques, chez lesquelles les globules n'étaient pas bien développés; mais je n’ai jamais retrouvé d'éléments semblables à ceux que jai décrits dans la portion supérieure de l’utérus et qui ont été représentés fig. 64, 3.

Je ne puis rien indiquer de bien certain sur le rôle de chacune des portions de l'utérus; je ne puis même définir exactement les fonctions de cet organe, n'ayant jamais pu, pas plus du reste que les observateurs qui m'ont précédé, observer la ponte du Cyclostome. Il paraît probable que le rôle des corpuscules sécrétés est de fournir à l’œuf ses enveloppes d’albumine, si le Cyclostome est ovipare, et s’il est ovovivipare de nourrir les embryons.

L'accouplement n’a pas, sur la ponte du Cyclostome, la même influence que chez les Gastéropodes pulmonés. J'ai pu recueillir souvent, à diverses époques de l’année, des Cyclostomes accouplés; je les ai séquestrés dans des conditions convenables, et je n'ai jamais pu recueillir des œufs. J'ai disséqué soigneusement des femelles à toutes les époques de l’année, et je n'ai jamais rencontré d'œufs en dehors du tube ovarien. Il est donc extrêmement probable que, comme chez les Bithynia, avec lesquelles les Cyclostomes présentent tant de rapports, le passage dans les organes génitaux des œufs sortis de l'ovaire est très rapide, et qu'ils sont pondus immédiatement. Le nom d'utérus, que j'ai conservé jusqu'ici, n'aurait donc plus sa raison d’être, et on pourrait le remplacer par celui d'organe feuilleté, qui a l’avantage de ne rien préjuger sur la fonction de cet organe glandulaire.

Les relations anatomiques entre les deux portions de l'organe feuilleté sont assez compliquées, et ne peuvent guère être étudiées que par la méthode des coupes.

Dans les deux figures 61 et 62, tout ce qui appartient à la partie grise est teinté en violet foncé, et tout ce qui dépend de la partie blanche, en violet clair. On voit dans la figure 61, qui représente une coupe faite au niveau de la région inférieure de l'utérus, que la partie grise forme cette région tout entière. Cette partie grise constitue ainsi une poche simple, dans laquelle font

saillie les replis de la paroi épithéliale, qui s’adosse à elle-même pour les former. On trouve, au centre de ces replis, des fentes lacunaires qui communiquent avec un sinus placé entre la lame épithéliale et la paroi conjonctive entourant l'organe tout entier. Des coupes faites à un niveau plus élevé montrent que la poche formée par la substance grise se divise en deux tubes : l’un, plus court et plus étroit (fig. 62, c), débouche à gauche au niveau où la gouttière du canal de la poche copulatrice se continue avec la vulve proprement dite; l’autre, plus long et plus considérable, descend plus bas et s'ouvre à droite dans la portion supérieure de la cavité utérine. On peut voir, dans la figure 62, que la portion blanche se prolonge en un bourgeon creux, complètement entouré de tissu conjonctif, et paraissant fermé à son extrémité. Entre les deux tubes de la substance grise, ce bourgeon se trouve, à son sommet, plus rapproché de la paroi antérieure; ce n’est que progressivement et beaucoup plus haut, que les feuillets blancs se rapprochent de la paroi postérieure (fig. 57).

Il n’est pas rare de rencontrer des animaux accouplés, mais il est difficile de constater exactement ce qui se passe dans l’accouplement. Je n'ai pu arriver à tuer instantanément les conjoints. Je me vois donc réduit à faire des suppositions, d’après la structure et la disposition des organes sexuels. La verge doit glisser à plat dans le fourreau constitué par les deux lèvres de la vulve et son extrémité pointue, doit s’insinuer dans la gouttière du tube qui aboutit à la poche copulatrice. Les spermatozoïdes doivent progresser dans ce réservoir, en vertu de leurs mouvements propres et de l’action des cils vibratiles, jusqu’à la région de l’oviducte, où ils auront à séjourner. L'éjaculation est probablement causée par les titillations voluptueuses produites sur les nombreux plis de la verge, par le contact des lèvres de la vulve et de l’anneau du manteau.

Organes génitaux mâles.

Les organes génitaux mâles du Cyclostoma elegans ont été décrits par Lister, Prévost, Moquin-Tandon et Claparède; je n'ai pu me procurer à temps les travaux des deux premiers auteurs; mais je suppose que, vu l’époque à laquelle ils ont été écrits, je ne pourrais y trouver des documents utilisables sur la structure intime de ces organes. .

Ils se composent du testicule, du canal efférent, de la poche glandulaire, du canal déférent et du pénis.

Le testicule n’a pas été vu par Lister, qui prenait la poche glandulaire pour un testicule. Moquin-Tandon est très bref dans sa description; il le décrit comme une petite grappe irrégulière, jaune, cachée au milieu du foie, dans les premiers tours du tortillon. C’est tout ce qu’il nous dit de cet organe, rien sur sa structure, rien sur les spermatozoïdes. La figure qu’il donne est tout à fait insuffisante. Claparède a étudié le testicule avec beaucoup plus de soin que ses prédécesseurs. Il décrit plus exactement sa situation.

À l’époque de l’année où le testicule est bien développé, il occupe les deux premiers tours du tortillon; les canaux plus ou moins ramifiés et terminés en cul-de-sac qui le composent, sont mêlés aux follicules de la glande digestive, dont on peut les séparer facilement (fig. 65). Les dimensions des deux organes sont inverses. suivant l’époque à laquelle on les observe, En hiver, le testicule, peu développé, n'apparaît que par places à la surface de l'extrémité postérieure du corps, alors extrêmement . grêle; mais vers les mois de mai ou de juin, la glande digestive est réduite à de petites taches brunes, clairsemées au milieu de la masse jaune clair ou orangée du testicule. La partie postérieure du corps est alors devenue très volumineuse. Claparède a dessiné (pl. 11, fig. 17) un animal en cet état. Cette règle posée par Claparède souffre bien des exceptions : j’ai vu en plein hiver de nombreux animaux, chez lesquels la glande digestive disparaissait presque complètement sous les masses orangées du tes-

ticule, qui cependant était à l’état de repos; tandis que l’on rencontre, au mois de juin, des animaux chez lesquels les tubes testiculaires, aussi peu nombreux qu’ils le sont au mois de janvier, contiennent des quantités innombrables de spermatozoïdes en voie de développement. Les follicules testicuiaires, restent plongés au milieu du foie, et rien ne trahit au dehors l’activité dont ils sont le siège. La partie supérieure du testicule, chez un animal où il est bien développé, embrasse l’extrémité inférieure du cul-de-sac stomacal, et à ce niveau, s’isole le canal efférent, qui fait suite au canal propre du testicule. La distinction entre ces deux canaux peut sembler arbitraire; cependant ils se distinguent nettement l’un de l’autre par leur structure comme nous le verrons plus loin, et par leur coloration : le canal propre du testicule est jaune, le canal efférent est blanc.

Les follicules testiculaires (fig. 66), dont la couleur jaune se présente avec des nuances variées, sont revêtus d’une membrane anhiste, tapissée intérieurement par des cellules contenant des granules pigmentaires (fig. 67), qui donnent à l’organe sa coloration. Ces cellules deviennent parfaitement sphériques dans les dissociations. Leur noyau est caché au milieu de granulations qui ressemblent aux granules deutolécithiques de l'œuf femelle, et qui se colorent comme eux en noir, par l’action de l'acide osmique. On trouve des granulations semblables dans les spermatogonies renfermant plusieurs noyaux. Du fait de leur situation, et encore pour d’autres raisons qui seront exposées plus loin, je conclurai que ces cellules sont de véritables œufs mâles, constituant la couche g'erminative du testicule, et qui seront le point de départ des phénomènes complexes qui doivent se terminer par la formation du spermatozoïde.

Nous ne suivrons pas Claparède dans son étude sur la spermatogénèse. Ses observations sont très incomplètes; il reproduit l'erreur universellement acceptée de son temps, qui consiste à considérer comme se développant dans l’intérieur d’une cellule mère, des spermatozoïdes qui avaient été enrvulés sur euxmêmes par l’action de l’eau. Mais nous croyons devoir jeter un rapide coup d'œil sur les travaux des auteurs qui se sont

occupés de la spermatogénèse, ainsi que sur les théories qui ont été émises sur la valeur morphologique de l'élément fécondant. |

Lorsqu'on étudie la spermatogénèse chez les invertébrés, on est ordinairement frappé par la présence de nombreux amas de cellules, fixées sur un corps granuleux qui renferme ordinairement un ou plusieurs noyaux, mais qui peut en être complètement dépourvu. Nous adopterons dans notre étude, pour désigner ces diverses parties, la terminologie de Lavalette Saint- Georges. La masse centrale est le cyfophore, entouré par les spermatocytes qui se développent aux dépens d’une cellule mère, spermatogonie, qu'on peut aussi appeler ovule mâle. L’ensemble des spermatocytes et du cytophore est le spermatogemme. : :

H. Meckel(l), considère chez l’Aelix pomatia, le corps central comme une cellule épithéliale, sur laquelle auraient bourgeonné les spermatocytes. Kôlliker(2), en 1847, à la suite d'observations faites sur la même espèce, affirme que le cytophore n’est pas une cellule, mais une masse granuleuse sans membrane et sans noyau. La véritable cellule mère engendre des spermatocytes par division endogène, et le cytophore n’est autre chose que le résidu de la division de la cellule mère. Semper (3) cependant arrive aux mêmes conclusions que Meckel. La même opinion est encore soutenue avec réserves par Keferstein(4) et Balbiani(5).

Plus récemment, Mathias Duval(6) a défendu la même théorie dans deux mémoires sur lesquels nous allons donner quelques dé-

(1) H. Meckel. — Ueber den Geschlechtsapparat einiger hermaphroditischen Thiere dans Müller’s Archiv. 1844). |

(2) Kôlliker. — Die Bildung der Samenfaden in Blaschen, als allgemernes Enthoickelungsgeselz, dans Denkschriften der schweizer. naturf. Gesellsch. Bd VIII, 1846.

(3) Semper.- Beitr. Z. Anat.u. Phys. der Pulmonaten, dans Zeits. f, wiss. Zool. 1857.

(4) Keferstein. — Dans Bronn's Thierreich.

(5) Balbiani.— Mémoire sur la génération des Aphides. Ann. Sciences nat. Denb'sér. XIe

(6) Mathias Duval. — Recherches sur la spermatogénèse chez l'Hélix, la Paludine, la Grenouille. Revue des sciences naturelles de Montpellier.

tails. Dans ses observations sur l’Æelix, faites au mois de janvier, époque à laquelle les phénomènes initiaux du développement sont plus faciles à observer, à cause de la vacuité du testicule, Duval a vu le noyau des ovules mâles devenir ovale et granuleux ; dans le protoplasma se montrent bientôt de petits noyaux ; plus tard, chacun de ces noyaux passe dans un bourgeôn protoplasmique porté sur la cellule mère, puis ces bourgeons augmentent en nombre et en volume et forment des masses énormes de spermatoblastes (spermatocytes). On voit encore à ce moment le noyau mère, noyau principal. Duval a vu la multiplication des spermatocytes par division endogène; le protoplasma de la cellule mère diminue et le spermatocyte reste en rapport avec son noyau. Dans la Paludina vivipara, animal voisin du Cyclostome, la production des spermatozoïdes se fait pendant toute l’année. Une cellule mère, dont le gros noyau (noyau principal) persiste, donnerait naissance à un grand nombre de noyaux qui, en bourgeonnant à la surface de l’énorme cellule mère, forment les spermatoblastes. Dans son travail sur la spermatogénèse chez la Grenouille, Duval revient sur ses anciennes opinions, sans avoir cependant repris ses observations. Il croit que le noyau principal appartient à un nouvel ovule en train de se développer, et indépendant des spermatoblastes qui l'entourent. C’est à cette opinion que m'ont conduit mes recherches sur le Cyclostome ainsi que des observations sur l’Æelix qui seront publiées ultérieurement. On ne peut dès lors considérer le corps cytophoral de l’Aelir comme le résidu de la cellule mère. Nous allons voir ce qu'en dit Bloomfield.

Bloomfield (1) à publié en 1880 deux mémoires importants, dans lesquels il apporte un nouveau renfort aux idées de Kôülliker, ébranlées par Duval. Chez le Lombric, le contenu de la cellule mère s'étant incomplètement divisé, le cytophore n’est autre chose que le résidu du protoplasma de la spermatog'onie. Chez l’'Hélice, le cytophore contient un noyau plus gros que ceux des spermatocytes, mais plus petit que celui des spermatogonies; ce serait une des cellules provenant de la division de ces dernières,

(1) Bloomfield. — The development of the spermatosoa. Lumbricus. Helix. Rana. Quart. Journ. of micr, se., 1880,

qui subirait la dégénérescence granuleuse, et servirait de support aux spermatocytes. Bloomfield. croit qu'ici comme ailleurs le cytophore peut jouer un rôle physiologique, mais qu'il n’a aucune signification morphologique. Jensen (1) dans son excellent travail sur la spermatogénèse, est arrivé aux mêmes résultats.

M. Sabatier est arrivé, à la suite de travaux considérables, à des conclusions qu'il est difficile d'analyser, et que l’on me saura peut-être gré de reproduire ici, telles qu’il les a formulées :

« 1” Un élément cellulaire, appartenant au tissu de la prétendue glande mâle (et non d’une manière spéciale une cellule épitheliale), grossit et acquiert une zone plus épaisse de protoplasma ; cette première différenciation constitue la cellule reproductrice primitive;

» 2° Cette cellule se multiplie par division du noyau et du protoplasma ;

» 3° Il résulte de là une agglomération, un groupe de cellules, qui forment les tubes de Pflüger mâles ou nids d’ovules mâles primitifs ou polyblastes ;

» 4° Cette première génération de cellules, ou protospermoblastes, devenues plus ou moins indépendantes, peut donner naissance à son tour à une ou plusieurs générations successives de protospermoblastes. De là résultent des polyblastes, ou nids d'ovules mâles, dans lesquels le volume des éléments cellulaires du même nid décroît, à mesure que leur nombre augmente;

» 5° Ensuite chacun de ces éléments cellulaires, qui sont les ovules mâles définitifs, acquiert une atmosphère plus épaisse de protoplasma, et dans la zone qui est en contact immédiat avec Le noyau, naissent, par voie de concentration et de différenciation, c'est-à-dire par voie de genèse vraie, des corpuscules homogènes, hyalins, qui se différencient progressivement, et peuvent se multiplier par division simpie. Ces corpuscules une fois formés, prennent une direction centrifuge et se portent à la périphérie de l’ovule, pour faire saillie et s'organiser en spermatozoïdes. Par

(1) Jensen. — Recherches sur la spermatogénèse. Arch. de biologie t. VI. 2) Sabatier. — La spermalogénèse chez les Annélides el les Vertébres. Comptes-rendus, 1882, p. 172 et 1097.

là, est formé le polyblaste terminal ou deutopolyhlaste, constitué par l’ovule mâle, à la surface duquel se sont éliminés les deutospermoblastes. Ces derniers s'organisent en spermatozoïdes et trouvent pour cela des éléments de nutrition dans le noyau et le protoplasma de l’ovule mâle. Quand ils auront atteint leur développement complet, ils se détacheront, deviendront libres, et seront susceptibles de jouer le rôle d'éléments fécondateurs. Le noyau de l’ovule, épuisé et dépouillé d'éléments nutritifs, a pâli, s’est amoindri et aplati, et tend à se désagréger entièrement dans le liquide spermatique, où ses débris peuvent encore servir d'éléments de nutrition. »

Il nous reste encore à citer un passage extrait d’un autre travail du savant professeur de Montpellier, qui contient l'exposé de ses idées sur la signification morphologique de ces phénomènes et du spermatozoïde lui-même, qui en est le dernier résultat : |

« Dans tout élément cellulaire il y a antagonisme ou polarité différente, entre les portions centrales, composées du noyau et de la couche de protoplasma qui le recouvre directement d’une part, et les couches périphériques du protoplasma d’autre part.

» Ces polarités sont de nature sexuelle, la polarité centrale correspondant à l'élément femelle et la polarité périphérique à l’élément mâle. Ces deux polarités de nom contraire ont de l’attraction l’une pour l’autre; toute cellule dans laquelle les deux polarités sont maintenues en équilibre, est une cellule neutre. C’est un élément complet, dans lequel rien ne fait défaut, et qui est capable de se reproduire, pourvu qu'il soit assez jeune et ait une provision suffisante de principes nutritifs. Mais toute cellule dans laquelle, par suite de la disparition partielle ou totale de l’un des éléments polaires, l'équilibre est rompu, acquiert une polarité prédominante, et devient par cela même sexuée. Il suffit pour cela d’une modification de sa nutrition et de son développement, qui subordonne un des éléments polaires à l’autre, mette en évidence et en activité une polarité sexuelle, que neutralisent la polarité sexuelle opposée.

» Il résulte de là, que toute cellule dans laquelle l’élément central se désagrège et disparaît, devient par cela même un élément sexué mâle, et que toute cellule dans laquelle l’élément central devient prédominant, et dans laquelle l’élément péri-

phérique est détruit ou rejeté, devient un élément sexuel femelle. »

Les conclusions de Sabatier peuvent s'appuyer aussi bien sur ses observations propres, que sur celles de Mathias Duval. De même que ce dernier, Sabatier peut être considéré comme se rattachant aux idées de Meckel. Mais il les a si bien développées, l'étendue et la portée de ses considérations et de ses recherches est si considérable, qu’il est beaucoup plus juste, à notre avis, de le considérer comme un initiateur, que comme un continuateur de ceux que nous avons nommés plus haut. Nous sommes loin cependant de nous ranger à son avis sur l'interprétation des phénomènes de la spermatogénèse. Nous acceptons la manière de voir de Külliker, renouvelée par Jensen, dans un travail fort remarquable déjà cité, qui établit l'identité des processus dans tous les groupes animaux. Ce travail a été dernièrement confirmé par celui de Swaen et Masquelin (1), qui a rectifié les erreurs de Semper. Nous croyons, d’après nos recherches sur les phénomènes de la spermatogénèse chez le Cyelostome et d’après d’autres observations faites sur divers animaux, que le spermatozoïde provient de la segmentation répétée des spermatogonies ou ovules mâles; que le cytophore, dont l’existence n’est pas constante et dont l’origine est variable, n’est autre chose, quand il n’est pas nucléé, que le résidu du protoplasma de la spermatogonie, tandis que, lorsqu'il possède un noyau, il provient des cellules centrales du spermatogemme qui, à cause de leur situation, ne peuvent se développer, subissent la dégénérescence granulo-graisseuse, et servent à nourrir les spermatocytes. Le spermatogemme peut donc être * considéré comme une morula mâle plus ou moins modifiée. Le spermatozoïde peut alors être regardé comme une sphère de segmentation de l’œuf mâle. C’est à cette idée, déjà ancienne, mais fortement battue en brèche par Meckel, Duval, Sabatier, que les faits observés chez le Cyclostoma elegqans nons ont conduit. | ù

Pour arriver à faire une étude complète du développement des spermatozoïdes, il est nécessaire d'employer concurremment la

1) Swaen et Masquelin. — Étude sur la spermalogénèse. Arch. de biolo- | p 9 3 CAEN UE

méthode des dissociations et celle des coupes. Les dissociations peuvent être faites sur des organes frais, dans le sang: de l’animal, dans la salive, ou dans le sérum de Kronecker, et surtout en laissant des fragments de testicule dans ‘une solution d’acide osmique à 1 °/, pendant douze heures, puis dans l’eau distillée pendant douze autres heures. Les éléments durcis, mais cependant très bien fixés, se dissocient facilement par ce procédé, qui est très supérieur à tous les autres. Il est possible d'arriver à toute la perfection désirable, sans aucune contraction ni déformation des objets, en les étudiant sur des coupes à la paraffine, pourvu que la méthode d'inclusion soit appliquée avec la plus grande rigueur. Dans ces conditions, si les fragments sont très petits, l'excellent microtome de Rivet fournit des coupes qui ont + ou - de division, c’est-à-dire de = à de millimètre. Après de nombreux tâtonnements, j'ai obtenu les meilleurs résultats, pour la fixation des objets, avec un mélange à parties égales d'acide osmique à 1/100 et d'alcool absolu. Les petits fragments de testicule doivent séjourner dans ce liquide J0 minutes environ (1). On trouve dans ces préparations les follicules tout à fait extérieurs trop noirs, d’autres au centre mal fixés ; entre ces deux extrêmes, quelques culs-de-sac sont exactement au point désiré. Il faut encore, pour éviter toute contraction et toute déformation, que les transitions soient bien ménagées entre le liquide fixateur et l'alcool absolu, entre ce dernier et Le chloroforme, et que l’on arrive à la paraffine fusible à 60°, qui permet de faire des coupes très minces, en employant trois paraffines de moins en moins fusibles.

Il est nécessaire aussi d'étudier le testicule aux différentes époques de l’année. Cet organe ne se trouve jamais vide pendant l'hiver, mais son fonctionnement paraît, en cette saison, sinon suspendu, au moins très atténué. Dès le mois de mars, les phénomènes de développement reprennent avec une nouvelle intensité. Nous supposerons que notre étude débute à ce moment.

Des la fin de février, on voit apparaître, dans la couche des cel-

(1) Dans ces derniers temps, j'ai obtenu, dans des testicules de Mollusques, des résultats très supérieurs, quant à l'étude du noyau, par l'emploi de l'acide azotique à 3 1/2 0/0 et la coloration à l’hématoxyline,

‘jules pigmentées de la paroi, une activité qui ne fera que s’accroître jusqu'au mois de juin et de juillet, pour diminuer ensuite.

On trouve, il est vrai, dès le printemps, dans les parties centrales des tubes folliculaires, des spermatozoïdes complètement développés, ou bien arrivés aux dernières phases de leurs transformations. Mais il n’y a aucune transition entre ces derniers et les premières formes dérivées immédiatement de la spermatogonie. Ou doit conclure de ces faits, que les spermatozoïdes qui ont passé l'hiver dans le testicule, proviennent de la poussée germinative de l’année précédente. Surpris par les conditions nouvelles dans lesquelles les plaçait la mauvaise saison et l’'hibernation de l'animal, ils ont terminé, plus ou moins lentement, leur évolution vers leur forme définitive, que quelques-uns ne sont même pas parvenus à atteindre avant la fin de l'hiver. Du côté des ovules mâles, rien ne s’est produit; et. jusqu'à la fin de l'hiver, ils ne renferment, au milieu de leur protoplasma bourré de granulations deutolécithiques, qu’un ou deux, rarement quatre noyaux. Mais, dès lors, de nombreux phénomènes, nettement indiqués sur les coupes, se passeront dans le testicule.

La couche germinative est composée de petites cellules à un seul noyau, avec des granulations jaunes très fines dans le protoplasma (fig. 67, 69). En se développant, elles donnent naissance aux grosses cellules multinucléées, dont nous avons déjà parlé. On les trouve dans les dissociations sur le frais; mais il faut se servir des dissociations à l'acide osmique, et des coupes, si on veut se faire une idée exacte de leur forme et de leur situation. Ces cellules, que nous appellerons désormais les spermatog'onies, peuvent être polyédriques et disposées sur plusieurs couches (fig. 69); mais un certain nombre d’entre elles peuvent être entrainées dans la cavité du follicule, où elles subiront les phases ultérieures de leur développement et revêtiront des formes très diverses (fig. 68, 70). Quant à celles qui restent près de la paroi, elles deviennent claviformes, avec un pied souvent très grêle et très allongé. J'ai réuni, dans la figure 71. des formes de spermatogonies très diverses. On voit que toutes possèdent un protoplasma granuleux, contenant souvent de nombreux granules de deutolécithe, d’autres n’en contenant plus du tout, Ces

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