‹ Recherches anatomiques et histologiques sur le Zonites algirus ... Observations sur quelques épidermes végétauxChapitre 11 sur 40 · TACT · texte numérisé non relu

TACT

Le sens du tact a pour siége toute la surface cutanée, et de plus des organes spéciaux.

La peau, douée d’une assez grande sensibilité, est pourvue de nerfs qui se ramifient dans son épaisseur, ainsi que nous l'avons vu quand nous nous sommes occupé de sa structure. Il serait sans doute très-intéressant de reconnaître le mode de termipaison de ces filets nerveux ; mais cette observation présente de grandes difficultés que nous n'avons pu parvenir à résoudre.

On considère comme organes particuliers affectés au fact quatre tentacules portés par l'extrémité céphalique, et deux lobes ou replis cutanés placés sur les parties latérales de loritice buccal. Le mufle sert également aux Hélices pour l'exercice du toucher. Nous verrons plus loin que les grands tentacules portent l'organe de la vue, et aussi, selon certains malacologistes, celui de l'odorat. Quoique doués d’une très-grande sensibilité, ils ne seraient pas, d’après ces mêmes auteurs, des gents de toucher actif (X). Quoi qu'ilen soit, nous devons les décrire, tout en faisant d’abord cette réserve sur la nature de leurs fonctions.

Les tentacules se présentent sous forme de prolongenients eylindro-coniques, à sommet obtus et renflé ; ils forment un tube musculaire creux, dont la partie terminale est désignée sous le nom de bouton ; leur couleur est d’un gris sombre, ardoisé. Les deux plus longs sont placés sur la tête au-dessus des autres, et sont appelés pour cette raison grands tentacules où tentacules supérieurs, tandis que les autres portent le nom de petits tentacules ou tentacules inférieurs.

Ces organes sont révractiles, c'est-à-dire qu'ils peuvent se reürer en dedans à la manière d’un doigt de gant qu'on retourne. Nous avons vu comment agissaient, pour la production de ce mouvement de retrait, les muscles dits rétracteurs des tentacules.

(4) Moquin-Tandon, Loc. cit., t. 1, p. 120.

Quand le teniacule est déployé, une portion du muscle rétracteur est renfermée dans sa cavité, et nous savons que le muscle lui-même enveloppe un nerf qui se porte à l'extrémité du tentacule. Nous aurons à étudier ce nerf et son mode de distribution ; nous devons nous occuper d'abord de la structure du cylindre tentaculaire.

Cette structure est analogue à celle de la peau, dont les tentacules ne sont pour ainsi dire que des prolongements. On y trouve à la surface une couche épidermique composée de cellules prismatiques, et en dessous une couche dermique de tissu conjonctif. Vient ensuite un tissu de fibres musculaires, dont les unes sont disposées longitudinalement et les autres circulairement.

Le nerf qui occupe le centre du tentacule reçoit généralement le nom de nerf tentaculaire ; mais il faut noter tout d'abord que, pour le grand tentacule, ce nerf n’est pas unique. A côté de lui, dans le Zonites algirus, et soudé avec lui dans une certaine étendue chez d’autres espèces, chemine un filet nerveux beaucoup plus grêle, qui n’est autre que le nerf optique, lequel aboutit à l’œil placé au voisinage de l'extrémité tentaculaire. Certains auteurs, considérant le nerf tentaculaire comme affecté au sens de l’odorat, lui donnent le nom de #erf olfactif. Voyons quel est son mode de distribution et de terminaison dans le bouton terminal.

M. le docteur Jobert à récemment étudié avee beaucoup de soin la structure des appareils tactiles chez différents animaux, entre autres dans les Hélicines, et il a éclairé de ses recherches ce point délicat d'anatomie microscopique. C’est l'Helir Pomalia, commune aux environs de Paris, qui à été l’objet de ses investigations. Il a constaté que les rameaux nerveux qui partent du ganglion tentaculaire, et qui vont à la périphérie, se résolvent en fibrilles présentant des varicosités. « Ces fibrilles réunies, dit-il, traversent le derme, et vont se perdre dans l’épiderme, entre les grandes cellules épithéliales, sous la forme de filaments renflés à leur extrémité (1). » (Conclusion 3.)

(4) Jobert, Loc, cit,, p. 612.

31 Bi. SICARD.

Dans le Zonites algirus, comme dans les Æ/elir en général, le nerf tentaculaire aboutit vers l'extrémité du tentacule à un renflement ganglionnaire assez volumineux ; son diamètre est quatre fois environ celui du nerf. De ce ganglion partent trois troncs nerveux qui se ramifient dichotomiquement, et envoient leurs dernières divisions à la périphérie du bouton terminal (1).

Le ganglion présente dans sa partie centrale une structure fibrillaire, et à la circonférence une couche corticale de cellules ganglionnaires. Les troncs nerveux qui partent du ganglion sont composés de fibrilles ; leurs dernières divisions semblent se perdre dans une masse cellulaire, mais se terminent en réalité au milieu de l’épiderme par des extrémités renflées, suivant l'opinion de F. Boll et de Flemming, que les recherches de M. Jobert sont venues confirmer, comme nous l'avons vu plus haut. Les cellules qui composent cette masse cellulaire, dans laquelle paraissent se perdre les extrémités nerveuses, ont été regardées par Leydig comme des éléments nerveux formant le lieu de terminaison des fibrilles du nerf. I dit en effet, à ce sujet : « La masse cellulaire dans laquelle viennent se perdre les dernières divisions se com pose, comme on le reconnait par l'emploi de certaines réactions, de petits corpuscules ganglionnaires dits multipolaires. Le noyau de ces cellules est clair avec quelques nucléeles ; la substance cellulaire sans enveloppe, qui ne forme qu'une zone étroite par rapport au noyau, paraîl en plusieurs endroits s’étirer en prolongements ; je n'ai pas pu reconnaitre de rapport entre ceux-ci et les cellules épithéliales ; mais il y a une ligne de démarcation évidente entre la couche de corpuscules ganglionnaires et ces cellules épithéliales (2). »

Cette description des « corpuscules ganglionnaires » de Leydig nous semble concorder parfaitement avec celle que M. Jobert à donnée des éléments nerveux qui composent cette même masse cellulaire. « Après s'être divisés trois où quatre fois, dit-il, les faisceaux nerveux paraissent se perdre dans une masse cellulaire dont la description doit nous arrêter un instant. Ces éléments

(4) Voy. fig. 26.

(2) Leydig, Zur Anatomie und Physiologie, ctc., p. 53, ARTICLE N° 3.

offrent l'apparence de cellules bipolaires; leur noyau est presque aussi volumineux que l'organe lui-même ; il est semé de granulations réfractant très-fortement la lumière. Ces cellules sont munies de deux prolongements le plus souvent; mais sur des préparations heureuses et du reste fort faciles à répéter, on peut constater qu’à côté des éléments bipolaires, on en rencontre possédant trois prolongements; quelquefois un des prolongements se bifurque (4). »

Il n’y a désaccord entre ces deux observateurs que sur la terminaison réelle des divisions nerveuses qui ne vont pas au delà de la masse cellulaire, d'après Leydig, et qui vont au contraire jusque dans l’épiderme, d’après Jobert ; mais sur la constitution de cette masse cellulaire, nous ne voyons entre eux aucune diversence. Comment donc se fait-il que M. Jobert ait pensé que les corpuscules ganglionnaires de Leydig n'étaient autre chose que des cellules glandulaires prises par lui pour des éléments nerveux ? Les détails descriptifs rapportés plus haut ne sauraient en aucune façon s'appliquer à-ces dernières, et le naturaliste allemand n'a pas commis la confusion que lui attribue M. Jobert.

L'étude anatomique de l’organe que nous venons de décrire ne permet pas d'en déterminer avec certitude la fonction, car on ne trouve rien dans sa structure de caractéristique qui puisse, comme pour les organes de la vue et de l’ouie, faire connaître la nature des impressions qu'il est destiné à recueillir. Les éléments nerveux qui se terminent à la surface du bouton tentaculaire peuvent également être considérés comme servant au tact ou à l’olfaction. L'expérience physiologique semble donc nécessaire pour résoudre le problème, du moins dans l’état actuel de nos connaissances histologiques. Il est pourtant des considérations d'ordre anatomique qu’on pourrait avec assez de raison invoquer en faveur de l'opinion qui voit dans le bouton tentaculaire un organe olfactif. Le nerf en effet tire son origine du même lobule que les nerfs optique et auditif, et de plus le ganglion tentaculaire qui se rencontre sur son trajet avant sa division en branches

(4) Jobert, loc. cit., p. 622.

terminales, constitue là une particularité qui est sans doute en rapport avec la spécialisation de la fonction.

Les tentacules inférieurs n’offrent aucune particularité anatomique importante, et hormis la présence du nerf optique et de l’organe de la vue, ils présentent une analogie de structure complète avec les tentacules supérieurs. Quand nous nous sommes occupé du système nerveux, nous avons fait connaître le trajet de la branche nerveuse qui pénètre dans la cavité de ces tentacules. Cette branche va se terminer à leur extrémité, et s'y distribue suivant une disposition semblable à celle qui a été indiquée pour le tentacule supérieur.

On considère encore comme organes du tact les lobes cutanés qui sont placés latéralement au-dessous de l'orifice buecal, à l'entrée de cette cavité où vient déboucher le canal excréteur de la glande pédieuse. Ce sont de petits replis triangulaires, à sommet mousse, qui offrent dans leur structure des dispositions analogues à celles des extrémités tentaculaires. On y retrouve les mêmes éléments nerveux interépithéliaux. Ces organes sont innervés par le nerf qui se rend au tentacule inférieur, et dont une branche va se distribuer par des ramifications nombreuses dans ces lobes cutanés (1).

A la base de ces lobes et formant un demi-cercle autour de la masse buccale, dans l’intérieur de la cavité générale, M. Carl Semper à signalé, chez les Gastéropodes pulmonés, un organe composé de plusieurs lobules symétriquement placés, dont le plus volumineux et le plus postérieur correspondent justement à la base de ces replis cutanés. Nous n'avons rien trouvé de semblable chez le Zontes algirus.

L'organe indiqué par M. Semper serait peut-être, d’après lui, le siége du sens de l'olfaction. « Je vais donner, dit-il, la description d'un organe qui n’a été décrit nulle part, que je sache, et qui malheureusement ne m'est fpas encore bien connu, tant sous le rapport de sa structure interne que de son rôle physiologique. Cependant je le considère comme assez important

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pour donner une description détaillée de sa position et de ses rapports anatomiques, autant du moins que J'ai pu les étudier. Sa position immédiatement au-dessous de l’épiderme, dans cette cavité qui se trouve sous la bouche , sa présence constante chez tous les Pulmonés que j'ai examinés (Limax, Arion, Helix, Limneus), et par-dessus tout sa richesse extraordinaire en nerfs, sugoèrent la pensée que nous avons affaire 101 à l'organe de l’olfaction. Pourtant (ajoute prudemment l'auteur) ce n’est là qu’une probabilité (1)... » Nous n'insisterons pas sur cette hypothèse qui tombe d'elle-même, dans le cas qui nous occupe, par l'absence de l'organe sur lequel elle repose.

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