CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET HISTORIQUES
Le Zonites algirus, Zonite peson, appartient à la classe des Gastéropodes, à l’ordre des Pulmonés, à la section des Inoperculés, à la famille des Hélicidés. Ce genre à été distingué du genre Helix par Denys de Montfort (1), qui l'avait établi d’après la forme de la coquille déprimée, planorbique, plus ou moins larsement ombiliquée, à bords tranchants. Certains auteurs donnent à ce groupe le nom d’Æelicella, Lam., et le regardent comme formant seulement un sous-genre (2). Moquin-Tandon admet le genre Zonites et fait de l'espèce qui nous occupe un sous-genre, qu'il appelle Vertcllus (3).
Le Zonites alqirus est une espèce de grande taille qui appartient à la région méditerranéenne, et qui est commune à Montpellier, où on l'appelle vulgairement Bertel. Sa coquille a été minutieusement décrite par les conchyliologistes, mais l’anatomie de l'animal n’a été qu'imparfaitement étudiée. Le seul travail spécial qui lui ait été consacré consiste dans un mémoire de Van Beneden publié en 1836 (4). Erdl a fait une étude partieuhère de son système circulatoire, mais nous n'avons pu nous procurer ce travail quia pour litre : Déssert. inaug. de Helicis algiræ vasis sanguiferis(1840, Munich). Nous ne le connaissons que par
(4) Denys de Montfort, Couch. syst., t. Il, p. 283. Paris, 1810.
(2) Woodward, Manuel de conchyliologie, trad. par A. Humbert, p. 300. Paris,
(3) Moquin-Tandon, Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fluviatiles de France, t, IL, p. 91. Paris, 1855,
(4) Van Beneden, Mémoire sur l'anatomie de l'Heli ajgira (Ann, se; nat., 2 série, tV;, 1278);
RLCHLRCHES SUR LE ZONITES ALGIRUS. à la mention qu'en font Siebold et Stannius dans leur Anatomie comparée (1). On voit que les recherches de Erdl n’ont porté que sur un point de l’anatomie de l'Helir algira, sur le système . circulatoire.
Dans son Æstoire naturelle des Mollusques terrestres et fluviahiles de France, Moquin-Tandon, en faisant l'anatomie des animaux de cette classe, donne quelques détails sur le Zonites algirus ; mais dans une étude générale comme la sienne, il ne pouvait s'en occuper quincidemment, et s'il a indiqué quelques particularités de sa structure, il y en à bon nombre parmi les plus intéressantes dont il ne fait pas mention. De même dans les traités généraux relatifs à cette branche de la zoologie, on ne trouve au sujet du Z. peson que des renseignements épars, empruntés presque toujours au mémoire que nous avons cité de Van Beneden. Ce mémoire à lui seul forme pour ainsi dire toute la bibliographie de la question, et nous devons nous y arrêter un moment.
L'étude que l’éminent zoologiste belge a faite du Zonites algirus est très-sommaire ; il passe rapidement en revue les différents systèmes nerveux, musculaire, digestif, circulatoire, générateur, mais 1] s'arrête seulement aux traits principaux que présente leur structure. C'est ainsi qu'en parlant de la masse ganglionnaire sous-æsophagienne par exemple, il mentionne qu'elle est composée de quatre ganglions, ce qui n’est pas exact, et 1l signale l'existence des nombreux filets qui en partent pour se rendre, soit dans les principaux viscères, soit dans les muscles, mais sans entrer dans aucun détail descriptif.
Dans les mémoires de l’immortel Cuvier sur l'anatomie de Mollusques (2), celui qui traite de la Limace et du Colimaçon a fait connaître l'organisation de ces Gastéropodes dans ce qu’elle a d’essentiel, et les recherches du grand naturaliste ayant porté sur l'espèce connue sous le nom de Pomatia, on comprend que .
(1) De Siebold et H; Stannius, Andtomtie comparée, trad, par Spring et Lacor d'aire t, T, p: 322, note 2, et p. 325, note 4.
(2) Cuvier, Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des Mollusques. Paris,
h H. SICARD.
Van Beneden ait eu principalement en vue de montrer les différences que lui avait offertes l'anatomie de l’a/géra. C'est à cela, en effet, que tend son mémoire, qu'il termine par une comparaison de l’Æ. Pomatia avec l'H. alçira, et ces différences sont résumées par lui dans les termes suivants :
«A°11 y a deux ganglions représentantle cerveau dans l'Helir algira et quatre ganglions inférieurement ; 11 n°y a qu'un anneau nerveux sans ganglions distinets, si ce n’est le supérieur et l'inférieur dans l’'Helixr Pomatia.
» 2° Le nombre véritable de filets nerveux sortant de l'anneau nerveux est beaucoup plus considérable et les filets plus ténus dans l'Helix Pomatia que dans l’Helir algira.
» 8° Les glandes salivaires entourent l'æsophage dans l'algera et l'estomac dans lex Pomata.
» 4° L'appendice de la verge est beaucoup pluslong, de même que le conduit de la vessie du pourpre dans l’Helix Pomatia.
» 5° [n’y a point de dard dans l'afgira, et la poche qui le contient sert de conduit dans l’algira aux organes femelles.
» 6° Les vésicules multifides sont représentées par un corps glandulaire sans aucun appendice dans l'Aelix algira.
» 7° La bourse du pourpre est libre et flottante au bout de son canal dans l’'Helix Pomatia et adhérente à l’oviduete dans l'Helix algira (4). »
Plusieurs des données sur lesquelles reposent ces propositions sont inexactes, comme on le verra par la suite ; cependant les différences signalées par Van Beneden entre les deux espèces existent en réalité, et sont seulement plus profondes qu'il ne le croyait. Pour les diverses parties de l'appareil générateur, ce naturaliste a employé les dénominations de Cuvier; mais remarquons que ce n'est pas sans faire quelques réserves. I dit en effet, en parlant des organes sécréteurs des œufs et du sperme : « Je n'ai point jusqu'à présent la conviction que telle est la détermination précise qu'on doit donner des uns et des autres (2). » Ces réserves étaient justes, car on sait que depuis lors, à la suite
(1) Loc. cit., p. 287.
(2) Loc. cit., p. 283.
RECHERCHES SUR LE ZONITES ALGIRUS, dy
des travaux de Laurent, de Meckel, de Gratiolet, de Baudelot, le véritable rôle de chaque organe à été reconnu. La glande que Cuvier croyait être un ovaire à été appelée glande hermaphrodite, parce qu'elle produit à la fois des ovules et des spermatozoïdes; ce qui était pour lui un testicule est devenu la glande de l'albumine ; la vessie a pris le nom de poche copulatrice, etc.
Postérieurement au mémoire de Van Beneden, en 1847, M. Dumas, aujourd'hui professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, envoya à l’Académie des sciences un travail sur l'anatomie de l'Æelir algira. Ce travail ne nous est connu que par une courte analyse des commissaires : Flourens, Milne Edsards et Valenciennes, chargés de l’examiner (1). L'auteur, en vue d'appliquer à la classification les données fournies par l’appareil générateur, a étudié la structure de cet appareil dans l'Helix algira. Les principales particularités observées par lui sont :
Pour les organes mâles : le renflement du canal déférent ; l'absence du prolongement flabelliforme, de la bourse à dard et de son produit ; la présence sur toute la surface de la muqueuse pénienne des papilles cornées décrites par Draparnaud.
Pour les organes femelles : l'absence des vésicules multifides et celle de la vessie copulatrice.
Cette dernière assertion constitue une erreur. La poche copulatrice existe en effet dans l'Æelix algira : c’est l'organe que Van Beneden appelle bourse du pourpre. Elle est adhérente à l’oviducte, comme l'a indiqué cet auteur, et présente en outre une configuration tout à fait particulière.
De son étude, M. Dumas conclut à la formation d’un genre nouveau, pour lequel il propose le nom d’ÆHélicode.
Récemment, M. Ernest Dubrueil, dans un travail qui traite de l'appareil générateur du genre Helix (2), s’est occupé de ces organes dans le Zonites algirus, et il en a indiqué avec som les particularités anatomiques. Il a montré que dans cette espèce dépourvue de flagellum, le spermatophore était sécrété par la
(4) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 4847, t. XV, p. 113. (2) E. Dubrueil, Étude anatomique et histologique sur l'appareil générateur du genre Helix. Montpellier, 4871.
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portion inférieure et plus large du canal déférent, et il a décrit avec détail ce spermatophore.
La bibliographie ne nous fournit done qu'un petit nombre de travaux consacrés spécialement au Zonites algirus ; mais nous avons trouvé de précieuses indications en rapport avec l’objet de nos recherches dans les études qui ont été publiées sur l'anatomie des Gastéropodes, et en particulier des espèces d’Hex voisines de l'agira. Parmi celles-ci figure au premier rang le célèbre mémoire de Cuvier sur la Limace et le Colimaçon (1), qui forme comme la base de nos connaissances sur l’organisation de ces animaux. Sans compter les traités généraux, nous avons eu souvent recours aux ouvrages spéciaux s'occupant de tels ou tels organes ou systèmes d'organes des Gastéropodes, et nous aurons à citer les noms de Lamarck, de Blainville, Carus, Meckel, Siebold, Milne Edwards, Leydig, Lacaze-Dathiers, Troschel, Gratiolet, Carl Semper, Baudelot, ete. Nous ne saurions ici les passer en revue, ni même indiquer les points afférents à notre sujet qu’ils ont mis en lumière; nous les mentionrerons donc au fur et à mesure que l’occasion s’en présentera dans le cours de ce travail.