‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur l'innervation du corps thyro"ideChapitre 6 sur 11 · HISTOLOGIE · texte numérisé non relu

HISTOLOGIE

Pour l’anatomie microscopique des nerfs du corps thyroïde, comme nous l’avons dit au début du chapitre, nous avons trouvé des données beaucoup plus complètes et plus nettes que pour l’anatomie macroscopique. Nous avons pu de plus, grâce à Charles Bonne, et sous la direction du professeur Renaut, contrôler, par des préparations personnelles, les assertions des auteurs.

Nous écartons d’emblée la description de Poincarré ', basée sur l’emploi du chlorure d’or, la plus ancienne en date. Antérieure aux méthodes actuelles elle ne laisse rien prévoir des découvertes qu’elles ont permis de faire ; les résultats et les conclusions qu’elle présente ne concordent aucunement avec les notions d’anatomie générale en cours aujourd’hui, et à en juger par les figures jointes au mémoire, semblent fondées sur une interprétation erronée de fibres conjonctives imprégnées par la réduction .

Le mémoire d’Anderson, le plus récent et le plus complet, nous paraît devoir donner la meilleure idée d’ensemble sur la question, d’autant plus qu’il constitue une

1 Sur l’innervation de la glande thyroïde (Journal de Robin, p. 477,1875).

excellente critique des travaux de quelque valeur qui l’ont précédé L

Anderson donne des détails de technique qui peuvent se résumer ainsi : c’est la méthode de Ramon y Gajal qui lui a fourni les meilleurs résultats, et c’est la glande thyroïde du chien qui offre le plus de commodité pour l’étude. Il a cependant employé le Golgi, la méthode d’Ehrlich et celle de Dogiel (bleu de méthylène). Il a étudié les thyroïdes du chat, du rat, du lapin; un goitre colloïde d’homme récemment extirpé ; une thyroïde de supplicié qui malheureusement commençait à devenir colloïde.

Ses recherches ont porté sur le corps thyroïde adulte (qu’il importe alors de laisser pendant cinq ou six jours dans le liquide osmio -bichromatique) et le corps thyroïde en évolution. Nous nous étendrons davantage sur la première partie de son travail; c’est celle qui importe plus à noire sujet.

La substance thyroïdienne tout entière est parcourue par un plexus de nerfs plus ou moins fins. Les gros troncs (comme Peremeschko et Zeiss l’avaient vu) suivent sans exception les vaisseaux; ils donnent des nerfs vasculaires et glandulaires. Leur disposition générale est donc la même que dans les glandes salivaires.

Nerfs vasculaires. — Des prolongements plus ou moins volumineux se détachent continuellement des troncs qui accompagnent les artères. Ces prolongements, par échange de fibres, forment un riche plexus péri— artériel situé dans le tissu conjonctif péri-vasculaire et dans l’ad-

1 Anderson, Arcli. f. Anat. und Physiol., 1894. — Anat. Ablheil., p. 179.

ventice. Il en part des branches terminales qu’on peut suivre dans l’adventice et même dans la tunique moyenne; elles s’y résolvent soit en bouquet, soit en deux terminaisons divergeantes en T. Quels sont les rapports de ces terminaisons avec la tunique interne? Anderson ne peut rien conclure à ce sujet.

Dans les petites artères où la tunique moyenne perd de son importance, et dans les capillaires, ce plexus est moins serré. On ne voit que quelques rameaux variqueux qui courent le long des vaisseaux en se divisant de temps en temps et en cessant après un trajet plus ou moins long.

L’innervation des veines est beaucoup plus simple que celle des artères. Les petits tronc nerveux qui les abordent forment un plexus pauvre autour d’elles et se résolvent en fines varicosités terminales.

Nerfs sécréteurs. — Ils forment le plus souvent des petits troncs assez délicats qui courent dans le stroma conjonctif périfolliculaire et constituent par échange de fibres et division de rameaux un plexus intriqué de fins rameaux variqueux. Dans le plexus périfolliculaire on ne peut trouver aucune délimitation pour chaque follicule en particulier, aucun plexus primaire ou secondaire. On ne [voit daus les lobules de la glande qu’un plexus diffus, étendu, dans lequel les follicules semblent comme couchés. On a souvent dans le plexus l’impression que des rameaux échangent des fibres entre eux, mais de plus forts grossissements, surtout de 1000 diamètres, montrent qu’il ne s’agit que de croisement ou de juxtaposition des fibres. Il n’y a donc pas d’anastomoses.

Des plexus périfolliculaires, qui sont, du reste, très

compacts autour des parois folliculaires, partent de fines fibrilles terminales qui se terminent le plus souvent en boutons renflés, à la face externe des follicules en les embrassant d’une épaisse couronne mais sans jamais les pénétrer. Elles s’arrêtent à la face basale des cellules. Cela, les distingue des terminaisons nerveuses des glandes salivaires et du pancréas décrites par Retzius et Ramon y Cajal. Sur des « centaines de coupes » bien imprégnées, l’auteur n’a pu trouver de pénétration intra-épithéliale des nerfs. Mais cela n’enlève rien à leur nature de nerfs sécréteurs , car en aucun point ils ne suivent les capillaires et ne s’y terminent.

Anderson a recherché avec soin les cellules décrites par Crisafulli, cellules décelables d’après lui par la méthode de Golgi, sur le trajet des gros troncs nerveux. Ces cellules seraient analogues à celles qui existent dans les glandes salivaires et à celles qife Ramon y Cajal et Sala ont décrites dans le pancréas sous le nom de corpuscules ganglionnaires sympathiques viscéraux.

Anderson, dans ses recherches spéciales, a, il est vrai, obtenu des figures qui, au premier abord, pourraient être prises pour des cellules. Aux points de division des nerfs dans les plexus péri- folliculaires on trouve assez souvent de grosses varicosités triangulaires; au niveau des ramuscules terminaux on en rencontre d’autres très analogues aux massues décrites par Riese en 1891 dans l’épithélium ovarien (fig. 4).

Ce sont pour Anderson des artifices de préparation de causes diverses. Dans quelques cas il s’agit de lymphatiques contenant un précipité d’argent; souvent dans des troncs nerveux volumineux le précipité prend la forme

d’une longue cellule. 11 n’est pas possible de rien aftirraer au point de vue de leur nature cellulaire.

Les deux thyroïdes humaines examinées par l’auteur (elles n’étaient ni l’une ni l’autre absolument normales)

Fig. 4. — Figures pouvant'être prises pour des cellules, d'après le mémoire d’Anderson,

ont présenté les mêmes éléments que les organes des animaux. Les plexus péri-folliculaires lui ont semblé plus pauvres, sans qu’il lui soit possible d’établir si ce fait est dû à une coloration incomplète ou à la dégénérescence colloïde.

Dans ces mêmes organes, Anderson a vu, disséminées entre les cellules épithéliales, des cellules qui deviennent entièrement noires par la méthode de Golgi, laissant leur

noyau en négatif clair. Elles sont particulièrement frappantes dans les épithéliums cylindriques liants. Eu les comparant avec des préparations colorées autrement, on voit que les corps cellulaires qui sont colorés en ce noir intense par l’imprégnation représentent des cellules qui prennent avec la même avidité les principes colorants. Elles contiennent des granulations graisseuses et ont assez souvent un noyau chromatolyptique. On peut sans doute considérer ces images comme des dégénérescences et les identifier avec les cellules colloïdes de Langendorff.

Anderson a également étudié le système nerveux du tissu thyroïdien en voie de développement. On rencontre ce tissu soit en îlots dans la glande adulte elle-même... (Babes a en effet montré que chez les animaux adultes la thyroïde peut ne pas avoir atteint un plein développement histologique), soit dans les glandules parathyroïdiennes.

Le tissu parathyroïdien est formé de cellules polyédriques épithéliales très serrées les unes contre les autres, divisées par des travées conjonctives, en amas ou en cordons plus ou moins volumineux.

Chez le rat, les premiers ramuscules courent le long des vaisseaux et abandonnent des branches qui forment des plexus pour leur innervation.

D’autre part, ils donnent aussi des branches qui pénètrent dans le tissu glandulaire et courent entre les cellules épithéliales après plusieurs dichotomies; ils se terminent manifestement en pointe ou en massue. Aussi loin qu’il put les suivre, Anderson trouva de véritables terminaisons intra-épithéliales. De quelle façon peut-on inter prétrer ces différents modes de terminaisons nerveuses dans le tissu épithélial thyroïdien et parathyroïdien ? On

peut dire (Anderson) que pendant le développement ontogénique de la glande les nerfs croissent et pénètrent plus vite que le tissu conjonctif dans le tissu épithélial et préforment pour ainsi dire la division des follicules. Il n’a pas été possible à l’auteur d’en juger d’après ses préparations de thyroïde d’embryon: chez les chats nouveau- nés dont les follicules sont déjà formés, les nerfs se comportent tout à fait comme chez les animaux adultes.

Antérieurs à Anderson, nous trouvons les travaux de Crisafulli, de Berkley, de Sacerdotti1 et la thèse deTrautmann2. Leurs méthodes, moins rigoureuses que celles du dernier auteur, leur ont cependant permis de décrire les plexus périvasculaires intrathyroïdiens. Mais ils ne parlent point des plexus glandulaires et signalent tous des cellules ganglionnaires isolées, réunies entre elles par de fins prolongements. Nous avons vu que, pour Anderson, il ne s’agit que de réductions irrégulières de chromate d’argent se faisant soit sur les gros troncs, soit sur les lymphatiques voisins.

Ch. Bonne3 a eu l’occasion d’étudier les nerfs thyroïdiens dans un cas de maladie de Basedow. Il a vu sur ses préparations des nerfs analogues à ceux décrits par Anderson, avec la même inégalité dans la production des points de réduction. Il signale et reproduit, dans les figures an-

Sacerdotti, Journ. internat . d'anat. et de physiologie, 1894.

'Irautmann (th. de Halle Wittenberg, 1895), Sur les nerfs de la thyroïde.

3 G h. Bonne, Examen par la méthode de Golgi des nerfs intrathyroïdiens dans un cas de goitre exophtalmique (Revue Neurologique, 1897).

nexées à son travail, des terminaisons nerveuses sur la paroi des vésicules thyroïdiennes, telles que les décrit Anderson (tig. 5) .

Un nouvel examen de nos préparations nous porte à penser que Ton ne saurait être trop circonspect dans la

Fig. 5. — Préparation de nerfs thyroïdiens du [chien (Reichert,

obj. 6, oc. 2).

description des filets nerveux; c’est ainsi que les terminaisons de forme bizarre décrites par Berkley pour les nerfs du cœur relèvent soit de l’imprégnation de la striation transversale des filets musculaires (terminaison en peigne), soit de la présence de précipités de chromate d’argent dans le voisinage de la fibrille nerveuse terminale ; lorsque ces précipités manquent totalement, on ne retrouve plus ces

filets terminaux moniliformes et on les voit le plus souvent s’effiler progressivement jusqu’à disparaître; de telle sorte qu’on est porté à considérer, non pas comme des terminaisons vraies, mais comme des cassures les extrémités fibrillaires dont l’imprégnation cesse brusquement en cylindre ou en sphérule plus ou moins pédiculée ; l’imprégnation directe au bleu de méthylène pourrait seule, nous semble-t-il, permettre d’affirmer qu’on est en présence d’une véritable terminaison nerveuse.

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