‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 11 sur 65 · Savans étrangers · texte numérisé non relu

Savans étrangers

d’une pulpe alimentaire sanguine. Vient ensuite un tube grêle intestiniforme, flexueux ou reployé, qui, avant l'insertion des vaisseaux hépatiques ; fait une circonvolution sur lui-même. Dans ce trajet il présente quelques légers renflemens très variables; mais on ne retrouve plus ce sac ellipsoïdal, cette seconde poche gastrique qui s’observe constamment dans les Pentaiomes, les Corées et les genres voisins. La portion du canal digestif destinée au séjour des matières excrémentitielles est remarquable par son ampleur; c’est un sac pyriforme plus ou moins distendu par une pâte stercorale d’un brun sanguin. À son origine il recoit un peu latéralement le ventricule chylifique, et il se rétrécit en arrière en un tube fort court qui s'ouvre à l'anus.

Les vaisseaux hépatiques s’insèrent par quatre bouts isolés et bien distincts tout-à-fait à l'extrémité postérieure du ventricule chylifique. J'ai déjà dit plus haut qu'ils ont la plus grande analogie avec ceux des Capses. Tous mes efforts , toute ma patience, ont échoué pour déployer sans les rompre ces fragiles canaux sécréteurs et conducteurs de la bile. N'y en a-t-il que deux en forme d’arcs entortillés , dont les deux bouts rapprochés vont s'implanter au canal digestif, ou sont-ils au nombre de quatre, dont une extrémité est libre, fermée et flottante? c'est ce que l'observation directe ne m'a pas encore démontré. Quoi qu'il en soit, ces vaisseaux ont une capillarité beaucoup moins fine que ceux de la plupart des insectes de cette taille; ils sont blanchâtres, et ne m'ont point paru variqueux. Il n’y a point de vésicule biliaire.

GENRE XIL — REDUVIUS, RÉDUVE.

Les Réduves sont organisés de manière à vivre de rapine : ils font la chasse à d’autres insectes qu'ils sucent.

Ils ont , à cet effet, un bec court, conique, très piquant; des pattes assez robustes, terminées par des ongles crochus, et dont les antérieures ont souvent des organes par ticuliers de préhension, sous la forme de pelottes spongieuges.

Espèce 1. REDUVIUS STRIDULUS. Fabr., 1. c., p. 268. — Encycl. méth., pl. 373, fig. 37-40.

Ater, nitidus, subvoillosus ; thoracis lobo antico lineola dorsali impressa; hemelytrorum corio rubro, margine interno maculis duabus atris , membrana nigro-fumosa basi macula magna aterrima; abdomine rubro, ano nigro; tibüs anticis apice incrassatis subtus subspongiosis.

Hab. in agris subque plantis exsiccatis in sylvis. Long. 5 lin.

Lobe antérieur du corselet offrant dans les individus récemment métamorphosés quatre raies dorsales, glabres, noires sur un fond grisätre, dont les latérales sont bifides. Écusson largement triangulaire, pointu, avec un relief en forme d’Y. Ailes enfumées, avec les nervures costales rougeâtres. Cuisses antérieures renflées, cambrées.

Les tibias antérieurs de cet insecte ont une conformation et une structure qui méritent une description particulière; ils paraissent avoir une grande ressemblance avec ceux du À. guttula Fabr., à en juger par la fig. 21 du fascicule 1or de Panzer. Je ne connais pas ce dernier Hémiptère , que M. Latreille rapporte à son genre /Vabis. Ce tibia, dans notre Réduve , se renfle insensiblement d’arrière en avant. Quand on l’examine en-dessus avec une forte loupe, on voit que son extrémité antérieure présente un lobe arrondi , légèrement déprimé , c’est-àdire placé un peu au-dessous du niveau du corps du tibia. Ce lobe, qu’un examen peu scrupuleux croirait distinct du tibia par une articulation, donne insertion dans le milieu de son disque au tarse. Le dessous de l’extrémité

renflée du tibia présente une véritable paume ou pelotte, qui , au microscope, est revêtue d’un duvet serré, disposé comime les crins d’une brosse ou bien plutôt comme le tissu d’un velours. Cette texture, qui à la simple loupe semble spongieuse, est très favorable à l'acte préh@psif; elle s’observe aussi aux tibias intermédiaires, inais d’une manière beaucoup moins prononcée. Les tarses antérieurs de notre Réduve ne semblent composés que de deux articles; sil en existe un troisième, ce que la plus. forte loupe ne démontre pas, il a une petitesse rudimentaire. Les antennes du Réduve stridulant présentent une structure singulière, sur laquelle les entomologistes ont gardé le silence, à l'exception de M. Latreille, qui en a dit quelque chose. Cette structure se rencontre aussi, mais d'une manière moins prononcée , dans d’autres espèces de ce même genre. Le troisième article offre à son insertion avec le second un renflement sphéroïdal aminci en avant et en arrière, et parfaitement glabre, tandis que le reste de l'antenne est velu. Cette espèce de rotule ou de condyle pourrait être facilement prise, par un œil peu attentif ou peu sévère, pour un article distinct; mais une forte loupe, et surtout le microscope, font reconnaître évidemment que son col antérieur n’est qu’une continuation de la troisième pièce de l’anteane. Le second et le quatrième articles ont aussi à leur base un renflement glabre, mais infiniment moins prononcé. L'existence de ces condyles, qu'il faut regarder sans doute comme un perfectionnement de l’organisation, a pour but essentiel de favoriser la variété des mouvemens de antenne, et de se prêter ainsi à l'exercice plus étendu de ses fonctions comme organe tentaculateur.

Lorsqu'on saisit ce Réduve, il fait entendre un cri particulier, une stridulation qui lui a valu son épithète

nominative. Ce bruit est produit par le froissement répété du cou contre l'ouverture correspondante du corselet.

Le tube alimentaire de cet insecte présente une grande analogie de configuration et de structure avec celui de la Punaise des lits, et confirme ainsi l'identité qu'il y a entre ces deux Géocorises, sous le rapport de leur genre:de vie. On sait qu’ils se nourrissent l’un et l’autre en sucant les animaux. La longueur de ce tube n'excède pas plus de trois fois celle de son corps. L’œsophage se renfle en un jabot conoïde souvent peu prononcé. L’estomac est une dilatation oblongue, boursouflée, remplie d’une pâte alimentaire blanchatre ou jaunätre; il est suivi d’un conduit filiforme , replié sur lui-même, et sans aucune trace d’une seconde poche gastrique. Après l'insertion des vaisseaux hépatiques , on voit une valvule annulaire marquée extérieurement par une coarctation; puis vient la poche des excrémens, qui est ample, conoïde, et rétrécie en arrière pour aboutir à l’anus.

Les vaisseaux biliaires sont moins longs et un peu plus gros que ceux de la plupart des autres Géocorises ; ils sont diaphanes, peu ou point variqueux, et au nombre de deux seulement, s’abouchant par quatre implantations distinctes autour de l'extrémité postérieure du ventricule chylifique, immédiatement avant la valvule qui sépare ce dernier de lintestin proprement dit.

“spèce 2. REDUF. PERSONATUS. Fabr., |, c., p. 267. — Panz., fasc. 28, fig. 22.

La Ponaise-Moucur. Geoffr., 1. c., 1, p. 436, pl. o, fig. 5. Fusco-nigricans villosus ; scutello acutissimo ; hemelytris homogeneis s. totis coriaceo-membranaceis.

Hab. sæpius in domibus. Long. 7-8 lin.

Cet insecte, quoique mentionné dans presque tous les

ouvrages d’Entomologie, est peu commun et assez mal

décrit. Il est surprenant que les auteurs de notre époque n'aient point signalé un trait organique fort remarquable, fourni par la texture de ses hémélytres, et qui n'avait point échappé à Geoffroy. La portion membraneuse de ces étuis, malgré l’assertion contraire de Rodhe (x) et la figure de Panzer, est tout-à-fait nulle, et leur consistance est homogène dans toute leur étendue.

L'organisation du canal digestif et de l'appareil biliaire du Réduve masqué ressemble à celle de l'espèce précédente, et mes observations sur ce point confirment celles de Ramdohr, qui a décrit et figuré ces organes (2). Je ferai seulement la remarque que, dans le petit nombre d'individus que j'ai disséqués , l’œsophage était capillaire jusqu'à l’origine du ventricule chylifique, c’est-à-dire qu'il n’y avait pas de jabot.

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