GENRE XII. — NABIS, NABKIS
Ce genre, fondé par M. Latreille sur un démembrement des Réduves, diffère de ces derniers par l'insertion des antennes, qui est plus essentiellement latérale ; par la longueur du bec, qui atteint la troisième paire des pattes ; par l’absence de cou à la tête, enfin parce que le corselet n’est pas bilobé.
Les Nabis vivent de rapine ainsi que les Réduves.
Espèce 1. NABIS DORSALIS. Nob., fig. 55.
Testaceo-rufescens , glabra , oblonga ; alis nullis ; hemelytris concoloribus abdominis longitudine ; abdomine supra atro; femoribus anticis crassioribus ; tibüis anterioribus subtus minutissime biserrulatis.
Hab. in granunosis haud infrequens ( Saint-Sever ). Long. 2 1/2-3 lin.| Espèce nouvelle, essentiellement distincte du ÆVabis
(DEL NC.
(2) L: c:, p. 193, tab. XXII, fig. 5.
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cendré d'Olivier (Encycl., n° 2). Sa couleur est d’un roux pâle, testacé, à l’exception des yeux et de la région dorsale de l'abdomen , qui sont noirs. La tête a un peu de noir sur le vertex , et deux petites lignes enfoncées qui partent d’entre les yeux, lisses. Yeux très saillans, arrondis. Bec roussätre, grêle, dépassant un peu l’origine des dernières pattes. Antennes très lines, presque de la longueur du corps. Corselet cylindroïde, mais un peu dilaté dans son tiers postérieur, marqué d’une ligne médiane noirâtre. Écusson triangulaire parfois d’une teinte obscure. Hémélytres avec des nervures assez prononcées et une cellule bien marquée; leur portion membraneuse courte, avec des nervures simples. Ailes absolument nulles. Dos de l'abdomen noir luisant , avec les bords roussatres. Segment anal conico-triangulaire , débordant les hémélytres, et un peu velu. Pattes d’un roux pale. Cuisses antérieures plus grosses, conoïdes, légèrement comprimées, garnies à leur bord inférieur d’un duvet très fin, serré, moelleux, sensible à une forte loupe. Tibia antérieur armé en-dessous d’une double rangée de petites dents microscopiques brunâtres. Tarses de trois articles distincts, velus endessous. Deux ongles simples, noirs, sans pelotte. Une petite pointe sternale bien saillante entre les origines des pattes antérieures.
Le tube alimentaire du ÂVabis dorsal diffère peu de celui des Réduves. Le jabot est à peine sensible : une valvule annulaire le sépare de l’estomac; celui-ci est allongé, boursouflé. La portion tubuleuse qui le suit est moins étendue que dans le genre précédent. Les vaisseaux hépatiques sont semi diaphanes , très variqueux, fort entortillés. La poche stercorale est fort grosse, et avant de se terminer à l’anus dégénére en un conduit tubuleux.
GENRE XIV. — PELOGONUS.
M. Latreille fonda, il y a plus de vingt-cinq ans, le genre Pelogonus sur un hémiptère découvert aux environs de Bordeaux, par M. Dargelas , aujourd’hui directeur du Jardin botanique de cette dernière ville. Malgré l'ancienneté de cette date et la description parfaite qu’en a donnée le savant professeur de Paris, cet insecte est peu connu de la plupart des entomologistes , et la science réclamait qu'on en donnât une figure exacte. J'ai cherché à remplir cette lacune.
Dans son Histoire naturelle des crust. et des ins. (1805), M. Latreille rangea cet hémiptère dans la famille des Cimicides et le comprit dans le genre Æcanthia, qui correspond aux S'alda de Fabricius. Mais, dans son Genera (1807), il le placa, non sans doute sans quelque hésitation, en tête de la famille des Hydrocorises, sous le nom générique qu'il porte aujourd’hui. Enfin, dans son dernier ouvrage, publié en 1829, et faisant partie de la seconde édition du Règne animal, par Cuvier, il a cru devoir exclure le Pelogone de la famille des Hydrocorises ; et revenant à la première inspiration de son tact entomologique , il a de nouveau replacé ce genre dans sa trop immense famille des Géocorises.
Si l’on soumet à une étude attentive la structure extérieure , l’organisation viscérale, et les habitudes des genres Leptopus, acanthia et Pelogonus, on verra que ce petit groupe d’hémiptères riverains doit constituer une famille propre, dont la place naturelle est à la fin de la tribu des Géocorises, et à laquelle on pourrait peut-être adjoindre le genre exotique Galgulus.
Les caractères génériques exprimés dans le Genera de M. Latreille (tome IIT, page 142), sont parfaitement
conformes à ceux que j'ai moi-même observés, à l’exception d'un seul trait relatif à la longueur des tarses. Je dois redresser ici une erreur qui n’est peut-être qu’une inadvertance , mais qui est répétée par tous les entomologistes. Contre l’assertion de mon illustre ami, les tarses des pattes intermédiaires ne ressemblent point à ceux des pattes postérieures; ils présentent au contraire la plus grande conformité de structure avec les tarses antérieurs. Ainsi, les tarses antérieurs et intermédiaires sont beaucoup plus courts que les postérieurs, et des deux articles qui les composent , le premier ou le basilaire est d’une extrême briéveté. Ces nièmes articles, dans les pattes de derrière, sont grêles, longs comparativemeut aux précédens, bien distincts et presque égaux entre eux. Les figures grossies que je donne des trois pattes mettent en évidence ces caractères et dissiperont toutes les incertitudes.
Le Pélogone diffère surtout de ses congénères l’Æcanthia et le Leptopus, par la longueur de son bec, qui dépasse les insertions des pattes postérieures , et par ses antennes plus courtes que la tête, insérées et abritées sous les yeux.
Espèce 1. PELOGONUS MARGINATUS. Lat., fig. 58.
Ovatus, obtusus, supra nigro-fuscus opacus, subtus cinereoplumbeus subsericeus; capite æneo transversim subtiliter striato; thoracis lateribus antice marginato-subreflexis lutescenti subpellucidis, margine postico macullulis tribus, elytrorumque margine externo basilari tenuiter lutescentibus ; elytris homogeneis cinereo-albicante macullulatis; pedibus testaceo rufis, Jemoribus obscurioribus.
Hab. ripas herbosas Galliæ meridionalis et Hispanie. Long. 2 lin.
Le Pélogone est essentiellement riverain, et Je suis
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porté à croire qu'il se nourrit en suçant des animalcules. Il court assez vite et se dérobe en sautant, à la main qui veut le saisir. Il commence à paraître en avril, et on le trouve encore en novembre. Il exhale, quand on l’irrite, l’odeur spéciale des punaises. Considéré sous le rapport de la géographie entomologique, c’est un insecte qui habite la zone méridionale et subméridionale de l'Europe, ou en d’autres termes, la zone de l'olivier et celle du maïs. Comme je lai déjà dit, M. Dargelas le découvrit le premier aux environs de Bordeaux; M. Latreille l'indique à Brive, qui est déjà moins méridional que Bordeaux ; je le trouvai assez abondamment, en 1806, sur les bords du Gardon, tout près du pont du Gard (Hérault ) ; il n’est pas rare sur les rives de lAdour et des ruisseaux marécageux de Saint-Sever ( Landes) ; et je l’ai rencontré en Espagne, soit sur les bords de l’'Ebre en Arragon, soit sur ceux du Francoli en Catalogne. Enfin, je ne serais pas surpris, vu qu'il Cohabite fréquemment avec le Tridactylus variegatus, qu’on le découvrit aux environs de Lyon, où M. Foudras a observé ce dernier orthopière, sur l’histoire duquel il a publié des détails pleins d'intérêt.
La larve du Pélogone, un peu moins grande et plus arrondie que l’insecte parfait, a la même structure générale que ce dernier, aux élytres et aux ailes près, dont il n'existe aucun vestige. Elle habite sous le sable humide, au milieu des racines, mais on la force à paraître à la surface du sol, en pressant celui-ci avec les pieds, comme pour lHétérocère et le Dryops. Elle ne saute point; sa couleur est noirâtre, mais fréquemment salie par le sable ou la terre. Je n’apercois aucune trace des ocelles, et les yeux n'offrent point l’échancrure qui caractérise ceux de l’insecte ailé. Le bord antérieur de la tête, un peu
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en forme de museau , a des cils raides , un peu réfléchis en haut, formant un véritable râteau. Ce trait, exclusivement propre à la larve, annoncerait, si l’observation directe ne me l’avait pas déjà appris, qu’elle a l’habitude de se terrer ou de vivre dans des clapiers. Les bords du thorax sont Jaunâtres, dilatés, planes et non réfléchis. Les tarses des pattes postérieures ne sont ni aussi grêles ni aussi longs que ceux de linsecte parvenu à sa dernière métamorphose; ils sont aussi gros et à peine un peu plus longs que ceux des autres pattes.
Par son appareil digestif, le Pélogone présente quelques traits qui rappellent celui des Amphibicorises et des Hydrocorises; mais il en offre de plus nombreux et de plus essentiels qui lui revendiquent une place dans les Géocorises.
Son tube alimentaire a une longueur qui égale un peu plus de deux fois celle du corps de l’insecte. L’œsophage, d’une ténuité capillaire, traverse les deux premières parties du thorax. Le ventricule chylifique, brusquement distinct de l’œsophage, débute dans le métathorax par un renflement oblong, d’une configuration variable suivant son degré de plénitude , tantôt en forme de calebasse, tantôt plus ou moins boursouflé, Bientôt après qu'il est parvenu dans la cavité abdominale, il dégénère en un conduit filiforme reployé en anse ou flexueux; et avant sa terminaison , indiquée par l'intersection des vaisseaux hépatiques , il offre constamment une petite dilatation ovalaire. J'ai toujours rencontré dans ce ventricule une pulpe alimentaire blonde, homogène, et ses parois, observées à la loupe, présentent un pointillement particulier plus ou moins apparent, suivant quelques conditions digestives qu'il est diflicile de préciser. Ce pointillement semble produit par des glandules ou des cryptes nichés au-dessous
de la tunique externe de l'organe. Les vaisseaux hépatiques, blanchätres, très déliés, variqueux, ou plutôt très finement flexueux, forment deux grandes anses diversement reployées, implantées par quatre insertions distinctes autour du bourrelet, souventeflacé, qui termine en arrière le ventricule chylifique. La premiére portion ou la portion grêle de l'intestin est courte, et s’insère, ainsi que dans les Notonectes, sur le côté d’un cæcum plus ou moins dilaté. Ce dernier s’atténue insensiblement pour se terminer à l'anus.