‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 13 sur 65 · FAMILLE SECONDE. LES AMPHIBICORISES · texte numérisé non relu

FAMILLE SECONDE. LES AMPHIBICORISES

Les Hydromètres de Fabricius, qui renferment les genres Aydrometra , Velia et Gerris de M. Latreille, démentent par leur genre de vie aquatique ou du moins amphibie , le nom de Géocorises imposé à la famille dans laquelle notre célèbre entomologiste les a compris. Leur physionomie, la forme ailongée de leur corps, qui est raide, formé de tégumens durs et fragiles, leurs pattes longues et fort grêles, qui leur servent de rames , leurs habitudes et surtout leur organisation intérieure ou viscérale, me semblent réclamer en leur faveur l'établissement d’une famille particulière qui, comme je l'ai déjà dit, se trouverait intermédiaire entre les Géocorises et les Hydrocorises. Cette famille avait d’abord été créée en 1804 par M. Latreille, sous le nom de Plotères (Rameurs), dans son Histoire naturelle des Crustacés et des Insectes. Plus tard, dans son Genera (1807), cet auteur se contenta de placer ces ‘insectes dans une section de sa famille des Cimicides. Enfin, tout récemment (1829), il leur a assigné un rang à la fin de la nombreuse famille des Géocorises.

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GENRE XV. — GERRIS, GERRIS.

Aux traits caractéristiques assignés à ce genre par M. Latreille, j'en ajouterai un assez remarquable , fourni par la structure des antennes , et dont J'ai déjà produit un exemple à peu près semblable en parlant du Reduvius stridulus. Avec le secours de la loupe, on aperçoit entre la seconde et la troisième pièce de l'antenne, un article supplémentaire fort petit, mais bien distinct, qui, soumis au microscope, paraît turbiné et glabre, tandis que le reste de l’antenne, sous le même verre amplifiant , est velu. Un semblable article, mais à peine apparent et rudimentaire, s’observe aussi entre la troisième et la dernière pièce de l’antenne. Les figures qui accompagnent mon travail complètent ma description.

Les Gerris nageant sans cesse à la surface des eaux, saisissent, au moyen de leurs pattes antérieures, les petits insectes, et sont ainsi carnassiers : les males sont plus petits que les femelles souvent d’un tiers. MM. Lepelletier et Serville ont avancé une assertion contraire à l’article Gerris de l'Encyclopédie méthodique (tome X, p. 266). Lorsque j’exposerai mes recherches sur les organes génitaux de ces insectes, Je prouverai par des faits anatomiques que ces entomologistes ont été induits en erreur.

Espèce 1. GERRIS CANALIUM. Nob., fig. 50.

CIMEX NAJAX, Var. ÆPTERA. Deg. (ex Latreille).

Omnino aptera (adulta); supra fusco-olivacea, oculo armato æneo-pubescens , antennis pedibusque concoloribus ; subtus sericeo-argentea ; abdominis apice in dentem validum acutissimum utrinque producto.

In rivulis, canalibus (Saint-Sever). Long. 5-6 1/2 lin.

Il n'est mentionné ni dans Fabricius ni dans la plupart des ouvrages d’Entomologie ; il est plus grand que le

G. paludum. C'est peut-être de cette espèce que Geoffroy a entendu parler lorsqu’à la suite du G:. lacustris il a dit: « Ge qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il s’'accouple » souvent avant que d’être parfait , n'ayant encore ni ailes » ni étuis. » (Mist. Ins. Par., I, p. 463.) La dissection de cet insecte prouve, comme on le verra, qu’il est complètement aptère dans toutes les époques de sa vie.

Le tube alimentaire du Gerris des canaux présente, lorsqu'il est étendu, une longueur triple de celle de tout son corps, et ses flexuosités sont maintenues en place au moyen de brides trachéennes fort déliées. L’œæsophage, d’abord capillaire, se renfle insensiblement en un jabot conoïde peu prononcé. Le ventricule chylifique a des parois assez épaisses , et lorsqu'on les déchire, les lambeaux se recoquillent comme dans les tissus qui jouissent d’une certaine élasticité. Il débute, ainsi que dans la plupart des Hémiptères précédens, par un estomac boursouflé, en grande partie logé dans le thorax, et rempli tantôt d’une pulpe alimentaire d’un rouge marqué, comme si cet insecte se nourrissait de sang, tantôt d’une pâte d’un jaune pâle ou cannelle. En pénétrant dans la cavité abdominale, l'estomac dégénère en un tube filiforme et lisse, qui rétrograde pour former une anse constante. Une seconde poche gastrique ovale-oblongue termine , comme dans les Pentatomes et genres voisins , la portion tubuleuse du ventricule chylifique dont elle est séparée par un petit étranglement. L’intestin proprement dit est une poche oblongue et conoïde.

L'appareil hépatique des Amphibicorises ressemble , par la présence d’une vésicule biliaire bien distincte, à celui des premiers genres de la famille des Géocorises. Les vaisseaux sécréteurs de la bile sont au nombre de deux, diaphanes , assez gros, le plus.souvent lisses, parfois un

peu variqueux ; ils forment chacun une anse à nombreux replis, les uns s’avançant jusqu'à l’estomac, les autres s’'agglomérant autour de l'intestin. Ils s'implantent par quatre bouts distincts, un peu rétrécis , les uns au-dessus, les autres au-dessous d’une vésicule biliaire, globuleuse, sessile, pellucide, qui semble comme interposée entre la LUE poche gastrique et l'intestin, et que l’on croirait un renflement de l’une ou de te de ces portions du tube digestif.

Espèce 2. GERRIS PALUDUM. Latr., Gen., III, p. 183.

G. LACUSTRIS ejusd., ib.

Supra fusco - olivacea , subtus sericeo-cinerea ; thorace utrinque in tuberculum prominente ; abdominis margine elevato rufescente; segmento dorsali ultimo utrinque in dentem producto ; pedibus nigro-piceis ; hemelytris nigro-fumosis , nervis prominulis fusco -olivaceis , metathorace subtus unituberculato.

Hab. in rivulis, fossis , lacubus. Long. 5 lin.

Indépendamment des traits énoncés dans ce signalement, le Gerris des marais offre à la partie antérieure du corselet une petite ligne médiane roussätre parfois presque effacée. Le bord externe du thorax présente aussi à la loupe un peu de cette dernière couleur; mais c'est un caractère fort peu saillant. Dans nos individus, les pattes, surtout les cuisses, ont une couleur livide, et l’anus n'est point roussatre.

J’ai apporté dans les investigations anatomiques relatives à cette DCE les mêmes soins que pour la précédente, et je n'ai pu trouver dans son appareil digestif qu'une légère différence dans la glande salivaire , dont je parlerai ailleurs. Ainsi tout ce que J'ai dit sur le tube alimentaire et les vaisseaux hépatiques du G. des canaux

est applicable sans restriction à ces mêmes organes dans le G. des marais.

Ramdohr a aussi décrit et figuré le canal du G. lacus- {ris ( L)3 il ressemble parfaitement à celui des deux espèces que J'ai disséquées. Il a seulement représenté l’estomac sans aucune trace de boursouflures; il le dit très lisse, ce qui sans doute est accidentel, et il donne le nom de pilore à ce que j'appelle vésicule biliaire.

GENRE XVI — VELIA, VÉLIE.

C’est M. Latreille qui a institué ce genre, parfaitement naturel, aux dépens de quelques espèces d'Hydromètres de Fabricius. Les J’élies , au lieu de nager par saccades à la manière des Gerris , marchent ou courent sur la surface des eaux tranquilles ombragées , et se nourrissent, comme ces derniers , en sucant de petits insectes. La composition de leurs antennes a aussi beaucoup d’analogie avec celle de ces mêmes organes dans les Gerris ; car avec le secours de la loupe on reconnaît un petit article supplémentaire entre la seconde et la troisième pièce, ainsi qu’on peut le voir dans les figures que je donne de cet insecte.

Les tarses des Vélies sont de trois articles distincts, garnis en dessous d’un duvet trés fin, serré, disposé comme celui du velours, et imperméable ; ce qui donne à ces insectes la faculté de se tenir et de courir sur l’eau sans se mouiller.

(1) L. c., p. 195, tab. XXIII, fig. 1

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Espèce 1. Ÿ/ELIA CURRENS. Fig. 65. — Latr., Gen. Cr. , II, p. 133.

HyprOMETRA CuRRENS. Fabr., 1. c., p. 259. — Coqueb., [lust. ; tab. x1x, fig. 1 1 (mediocr. ).

Aptera, nigro-subænea ; thorace maculis duabus anticis sericeo-argenteis ; abdominis marginibus fulvis nigro-punctatis ; ventre fulvo ; maris femoribus posticis incrassatis bidentatis serrulatisque.

Hab. in fontibus umbrosis (Saint-Sever). Long. 4 lin.

Tête offrant à la loupe une légère rainure médiane, Corselet marqué de points enfoncés, dont quelques-uns forment une série transversale tout près de son bord antérieur. Base dorsale de l'abdomen avec quelques reliefs, dont un médian, bien plus prononcé dans la femelle que dans le male, semble représenter un écusson. Abdomen en gouttière, offrant dans les individus mâles bien conservés une tache oblongue, d’un blanc nacré, sur le bord latéral de chaque segment : ces taches ne paraissent point dans la femelle , parce que les rebords tranchans de l’abdomen s’inclinent l’un vers l’autre ; ce qui rend la région dorsale bien moins large dans ce sexe que dans l’autre. Bords de l’abdomen roussätres , avec une petite tache triangulaire noire à l'angle de chaque segment : ces bords se terminent en arrière en pointe. Dans l’échancrure limitée par ces deux pointes est placée une pièce dépendante de l'appareil génital, et plus grande, plus saillante dans le mâle que dans la femelle. Ventre fauve, avec une bordure noire. Pattes assez robustes, d’un fauve plus ou moins obscur. Cuisses postérieures du male grandes, renflées , armées en-dessous de deux dents pointues, sursaillantes, et de très petites dentelures ou aspérités sensibles à la loupe; celles de la femelle simples et sans dents. Jambes postérieures du mâle garnies vers leur extrémité

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