‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 15 sur 65 · FAMILLE TROISIÈME. LES HYDROCORISES · texte numérisé non relu

FAMILLE TROISIÈME. LES HYDROCORISES

M. Latreille, dans ses derniers ouvrages , a restreint à une seule et même famille les Hémiptères qui:vivent

habituellement dans le sein des eaux, soit à l’état de larves, soit à celui d'insectes parfaits, et il leur a donné la dénomination significative d’Aydrocorises où Punaises d'eau. En étudiant, d’après les principes de la méthode naturelle, les formes, les habitudes et organisation des genres compris dans ce groupe, on se convaincra, Je pense, de la nécessité de le convertir en tribu ou en section , et de revenir à la première idée de l’illustre fondateur des familles des insectes, qui , dans son Précis des caractères génériques, en 1795, avait réparti ces Hémipteères dans deux familles séparées, l’une composée des genres Ranatra et Nepa; Vautre renfermant les Vaucoris, Notonecta et Corixa. Cette même distribution a été adoptée en 1814, sans qu’on en ait indiqué la source primitive, par Rodhe (/. c., p. 14), qui a désigné la première famille sous le nom d’Æydrocorides , et la seconde sous celui de Vaucorides. M. Latreille, dans la nouvelle édition du Æiègne animal, en 1859, a saisi bien mieux encore la filiation naturelle des Hémiptères aquatiques. Il a régénéré, sans les circonscrire définitivement, deux familles qui ne sauraient manquer d’être regardées comme légitimes : l’une, les Népines, comprendra les genres Galgulus, Naucoris, Belostoma, Nepa et Ranatra ; l’autre, les Nocroxecrines , sera formée des 'Corixa , Notonecta et Plea.

GENRE XVIL — VNAUCORIS, NAUCORE.

Les Naucores , par leur structure extérieure, leurs habitudes et leur organisation viscérale, forment un genre intermédiaire entre les Nèpes et les Corises, et sembleraient justifier la fusion de ces divers genres en une seule famille; cependant le plus grand nombre des traits entomologiques leur revendiquent plus légitimement une

place à à la tête des Néprines. Ces Hémiptères aquatiques , munis d’un bec très piquant et de pattes antérieures ravisseuses, sont insectivores; ils sont plus voraces que la plupart des autres Hétéroptères cohabitans de Peau , et ils paraissent être supérieurs à ceux-ci en courage et en force. J'ai souvent remarqué que placés dans un même bocal avec des Notonectes, des Corises et diverses larves, ils finissaient par les dévorer toutes. Ils supportent facilement la captivité pendant plusieurs mois. On les voit rarement à la surface de l’eau , comme les Corises et les Notonectes, et ils ne rampent point dans la vase, comme les Nèpes et les Ranatres. Ils se tiennent au éilieu des charagues , des conferves et autres plantes touffues, pour y chasser leur proie. Les espèces ailées quittent Ur enD le soir leur demeure aquatique et s’envolent, soit pour poursuivre

les petits insectes dans les airs, soit plutôt pour rechercher une localité plus appropriée.

Les pattes antérieures des Naucores offrent une structure fort singulière, et c’est leur trait anatomique extérieur le plus caractéristique. Qu'il me soit permis d'en offrir 1ci une figure et une courte description (fig. 75). Ces pattes ne sont ni natatoires ni ambulatoires; elles ont par leur configuration une ressemblance frappante avec les mandi-

‘bules de quelques Arachnides, notamment des Mygales, ou avec les pieds-mächoires des Crustacés , et elles doivent avoir les mêmes fonctions, c’est-à-dire servir à saisir, à déchirer leur proie, à la broyer en quelque sorte pour la rendre plus propre à être dévorée par la succion. Elles manquent absolument de tibia et de tarse proprement dits, et se composent 1° d'une hanche conoïde, bien moins grosse que celle des autres pattes, articulée ou plutôt implantée par son sommet sur la base de la cuisse, de manière que celle-ci peut exercer des mouvemens

SUR LES HEMIPTÈRES. 20h

d'opposition vague et de circumduction ; 2° d’une cuisse large , ovalaire, comprimée d'avant en arrière, dépourvue de cette pièce intermédiaire qu'on désigne ordinairement sous le nom de trochanter, et dont le bord inférieur, un peu tranchant, est garni d’un duvet fort court, disposé en brosse; 3° enfin d’un ongle corné très simple, aussi long que la cuisse, légèrement arqué, assez robuste, susceptible d’une opposition bornée, c’est-à-dire du seul mouvement de flexion et d’extension, et destiné, en se couchant sur la crête duvetée de la cuisse, à former pince avec celle-ci, pour exercer la préhension. Je renvoie à l'explication des planches ce qui concerne les autres pattes des Naucores.

Esrèce 1. N'AUCORIS APTERA. Nob.

N. Macurara. Fab., 1. c., p. 110.

La Naucore. Geoffr., Ins. Par. , 1, p. 474, pl. 1x, fig. 5.

Aptera livido-virescens capite punctis macululisque fuscis ; thorace maculis quatuor longitudinalibus aliaque antica dorsali subbiloba , fuscis ; hemelytris homogeneis abrupte in apicem obtusum attenuatis.

Hab. in aquis stagnantibus. Long. 4 lin.

Geoffroy a évidemment confondu cette espèce avec la suivante, et quoique dans l’exposition des traits génériques il ait parlé de l'existence des ailes, je pense avec M. Latreille que la Naucore qu'il a décrite et figurée est notre NV. aptère. Celle-ci ne diffère pas seulement de la N. cimicoïde par l'absence des ailes, les cinq taches du corselet et une plus petite taille , elle s’en distingue encore par la texture et la forme de ses hémélytres. Ces dernières sont dans la ÆV. aptère , homogènes dans toute leur éten- : due , et terminées en pointe arrondie, tandis que dans Vespèce suivante elles sont membraneuses dans leur tiers

postérieur , et largement tronquées à leur extrémité. La vue: comparative des figures qui représentent les hémélytres de ces deux espèces, suppléera à d’autres détails descriptifs. »

Le canal digestif de la N. aptère a une longueur triple de celle de tout le corps de l’insecte, et des brides trachéennes nombreuses, fort déliées, le maintiennent en place. L'œsophage se renfle à peine vers sa terminaison. L’estomac est oblong , boursouflé, variable pour sa forme, rempli d’une pulpe alimentaire blanchätre, et logé dans la cavité thoracique. Il est suivi d’un tube filiforme, reployé en une anse constante qui se termine par une seconde poche gastrique ellipsoïdale. Les parois de ces diverses parties du ventricule chylifique sont assez épaisses, et présentent à la loupe un pointillé particulier, plus ou moins prononcé suivant certaines conditions. Ces points , soumis à ure forte lentille du microscope , font naître l’idée de cryptes logés au-dessous de la tunique extérieure de l’organe ; ils sont parfois d’une couleur brunâtre, mais souvent aussi incolores. Une portion assez gréle d’intestin succède à l’insertion des vaisseaux hépatiques , et est suivie d’une poche turbinée très dilatable, tantôt brunâtre, tantôt diaphane, suivant qu'elle renferme ou non des excrémens. Cette poche, comparable au cæcum, est fort remarquable par l’existence, à sa base, de deux oreillettes ou espèces de caroncules que j'ai toujours rencontrées dans un état d'affaissement , ridées, ratatinées, et terminées par un filet presque imperceptible, qui est peut-être un ligament. Il n’est pas improbable que ces oreiliettes se gonflent par des gaz au gré ou suivant les besoins de l'animal, et font l’oflice de vessies natatotires.

Les vaisseaux hépatiques de la Naucore sont capillaires,

blanchätres ou diaphanes, entortillés autour de l'intestin, et d’une texture très fragile. Je les ai cependant déroulés dans leur intégrité, et je me suis convaineu qu’il n’y en a que deux; mais ils s'implantent par quatre bouts distincts autour de l’extrémité postérieure du ventricule chylifique. D’après cela on voit qu’ils ont la forme d’un arc diversement replié. Il ‘ny a aucune trace de vésicule biliaire. 6 EsrÈce 2. N'AUC. CIMICOIDES. Fabr., 1. c., p, 110. — Latr.,

Gen. Cr., IL, p. 146. — Panz., fase. 95, fig. 16.

Alata livido-virescens ; thorace maculis duabus magnis transverso-quadratis epunctis minimis fuscis; hemelytrorum membrana late truncata ; alis magnis albo-lacteis.

In aquis stagnantibus. Long. 6 lin.

Le tube alimentaire de cette espèce n’a offert à mes investigations aucune différence essentielle avec celui de la précédente ; J'ai seulement reconnu que la première poche du ventricule chylifique, ou l’estomac, au lieu d’être simplement boursouflée à son origine , présente des étranglemens nombreux et irréguliers qui lui donnent un aspect bizarre. Les dessins qui représentent l'appareil digestif des deux espèces rendent superflue toute description.

GENRE XVII. — RANATRA, RANATRE.

Esrèce 1. RAN. LINEARIS. Fabr., 1. c., p. 119. — Panz.,

fase, 09", fig. 15.

LE ScorPION AQUATIQUE A cORPS ALLONGÉ, Geoffr., Î. c., I, p. 480, tab: xxfiesnx:

C’est la seule espèce de ce genre qui existe en Europe, et elle est trop connue pour insister sur sa description.

Elle rampe au fond des eaux, dans la vase ou au milieu des plantes aquatiques ; elle est carnassière, et se nourrit de petits insectes qu’elle suce après les avoir saisis avec les tenailles de ses pattes antérieures.

J'ai publié en 1820 (Ann. gén. des Sciences phys. de Bruxelles, 7° vol.) lAnatomie , avec figures, de la Ranatre et de la Népe. Je vais la reproduire ici, mais avec des additions et des changemens importans qui résultent des nouvelles dissections auxquelles je me suis livré depuis cette publication.

Le tube alimentaire de ces deux Népides a deux fois la longueur de leur corps. L’æsophage grèle , lisse et d’une texture musculo-membraneuse, est tout d’une venue. Il est parfois jaune orangé, ou même d’un rouge sanguin bien prononcé; ce qui déperd du liquide alimentaire qu'il renferme. Le ventricule chylifique est brusquement distinct de l’œsophage et par sa grosseur et par sa texture. Tantôt dilaté dès son origine en un renflement sphéroïdal, ainsi que Je l'ai souvent observé dans la Nèpe; tantôt cylindroïde, il dégénère insensiblement en un long tube filiforme reployé ou flexueux. Cet organe, dont la longueur surpasse deux fois celle de tout le reste du canal digestif, est remarquable par laspect pointillé ou granuleux de ses parois. Celles-ci semblent, à l’œil nu, comme finement réticulées; mais avec le secours des verres amplifians, on reconnaît que ces points saillans sont des glandules ou des cryptes nichés dans leur épaisseur. Cette texture glandulaire m'a paru plus prononcée et plus uniformément répandue dans la Ranatre que dans la Nèpe. Ce dernier insecte a aussi plus habituellement le ventricule chylifique terminé par un léger renflement ovalaire. L’intestin se distingue surtout du ventricule précédent par la texture de ses tuniques, qui sont lisses ,

cet Me sourrtes de cryptes glanduleux. Sa première portion est droite , assez courte, cylindroïde ou rarement bosselée au dehors, parfois d’une teinte jaunâtre. Elle s’'abouche latéralement dans un cæcum très dilatable, destiné à remplir les fonctions de vessie natatoire , comme dans le Dytique, Y Hydrophile et autres insectes aquatiques. Ce cæcum, que l’on pourrait aussi bien appeler un rectum, Varie pour sa forme et son développement : il s'atténue un peu en arrière pour se terminer à l’anus. Il m'a présenté dans la Népe des différences fort remarquables de couleur, dont je ne saurais m'expliquer la véritable cause. Tantôt je l’ai rencontré très ample et plein d’un liquide incolore; tantôt dans un état de vacuité, il était d’un rouge briqueté très foncé; enfin, à diverses reprises, J'ai trouvé cette vessie d’un noir de charbon profond avec de très légères stries transversales. La figure que j'en donne exprime ce trait.

Les vaisseaux hépatiques des Népides sont au nombre de deux seulement, implantés par quatre insertions distinctes autour de la terminaison du ventricule chylifique, immédiatement avant la valvule annulaire qui sépare celui-ci de l’intestin. Chacun d’eux forme donc une grande anse dont les flexuosités, lâächement enchevêtrées avec les ramifications trachéennes , s’enlacent autour du canal digestif. Ils sont lisses, c’est-à-dire non variqueux , tantôt blancs , tantôt diaphanes et d’une texture délicate.

GENRE XIX. — NEPA, NÈPE.

Espèce 1. N. CINEREA. Lin. — Fabr., 1. c., p. 107. — Panz., fasc. 05, fig. 14.

LE SCORPION AQUATIQUE À corps OVALE Geoffr., |. c., 1, p.481.

Il serait encore superflu de décrire cet insecte qui

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