Savans étrangers. AT
humeur sébacée spéciale, destinée. lors de la ponte, à enduire les œufs d’un vernis qui en durcit la coque et les prémunit ainsi contre les outrages du temps. Dans mon travail sur lanatomie de l’Aippobosque (Annal. des Sc. nat., 1825, t. VI), j'ai combattu avantageusement, ie pense, l'opinion qui tendait à faire considérer cet organe comme une poche simplement copulatrice. La position de cet appareil, qui dans ce Diptère pupipare est placé tout-à-fait en avant de la matrice, par conséquent hors de la portée du pénis du male, est un argument sans réplique. Les Hémiptères vont nous en offrir un autre tout aussi solide; car dans les Pucerons, qui sont décidément vivipares, et chez lesquels, par conséquent , un appareil organique propre à sécréter un vernis pour les œufs eût été superflu , la glande sébifique manque absolument.
Je comprends sous la dénomination générique de pièces vulvaires un ensemble de plaques ou d’écailles plus ou moins étroitement articulées au voisinage de la vulve, extérieures, ou susceptibles de se produire au dehors au sré de l’insecte. Les unes forment la vulve proprement dite; d’autres consistent en de simples crochets qui favorisent l’acte copulatif; enfin il en est qui constituent un instrument assez compliqué, destiné à introduire les œufs dans un milieu plus ou moins résistant , et on a désigné cet instrument sous le nom d’ovrscapte. Ces pièces établissent, par la diversité de leur configuration et de leur développement , des différences saillantes dans les familles et les genres des Hémiptères.
Les produits de la génération sont bien plus diversifiés pour leur nature et leur configuration dans les Hémiptères que dans aucun autre ordre d'insectes, et il nous reste encore beaucoup à acquérir sous ce rapport. Dans la plupart ces produits sont des œufs, mais les Pucerons, comme
SUR LES HÉMIPTÈRES. 323 rs on sait , sont vivipares dans toute la valeur de ce terme,
et la Dorthésie, comparable en quelque sorte à la Sarigue, porte dans un sac attaché à son corps sa progéniture, jusqu’à ce que celle-ci soit en état de pourvoir d’elle-même à sa subsistance. Cet insecte semble donc intermédiaire aux ovipares et aux vivipares. Quant aux œufs, ils ont des formes extrêmement variées et parfois élégantes. Ainsi il en est de ronds, d’ovales , d’allongés, de peintus, de tronqués; quelques-uns ont a un de leurs bouts des soies dont le nombre est déterminé; plusieurs s’ouvrent par des opercules réguliers , tantôt en segment de sphère, tantôt plats ; il y en a de glabres et de velus, de jaunes, de bronzés , d’irisés , etc. Mais n’anticipons point sur des détails qui concernent les espèces.
Par les mêmes motifs que J'ai exposés à l’article des organes males de la reproduction, je vais décrire, à l’occasion de chaque espèce, l’ensemble des parties qui constituent l'appareil génital femelle.
GÉOCORISES.
Scutellera nigro - lineata. = La région anale de la femelle, vue en-dessous, présente un espace non stigmatifère formé exclusivement par l’ensemble des pièces vulvaires. Cet espace est arrondi et bombé en avant, déprimé, tronqué et un peu dilaté en arrière. Îl se compose de sept écailles étroitement appliquées les unes contre les autres, comme une mosaïque, douées d’un mouvement peu étendu, mais bien sensible sur l’insecte vivant. De ces pièces, deux sont en avant, deux en arrière, et trois intermédiaires. Les pièces antérieures forment par leur réunion la portion bombée dont je viens de parler. Ce sont deux espèces de panneaux, larges, semblables entre eux , contigus à la ligne médiane du corps, dans l’état de repos,
et susceptibles, lors du coït ou de la‘ponte, de s’entr'ouvrir et de présenter une fente plus où moins béante. Voilà une véritable vulve dont les panneaux représentent exactement les grandes lèvres. On observe même dans cette espèce une villosité bien marquée en dehors de celles-ci, une sorte de mont de Vénus. Les deux pièces postérieures, aussi d’une configuration uniforme, sont triangulaires, pointues, placées à droite et à gauche de Vanus. Je les crois destinées à favoriser, par la saillie facultative de leur pointe acérée, l’acte copulatif. Quant aux pièces intermédiaires, un examen peu scrupuleux les regarderait comme ne formant qu’une seule plaque dont le bord postérieur présente dans son milieu une échancrure assez profonde qui correspond à l’anus. Les angles de cette échancrure sont obtus, à peine recourbés en crochet, et une bonne loupe y aperçoit des aspérités. Ces angles sont les bouts, l'extrémité des pièces latérales, et le sinus correspond à une plaque médiane dont le bout libre est noir et rude comme les angles. Cette plaque médiane m'a paru formée de deux articles habituellement contigus. Ces pièces jouent sans doute un rôle actif dans la copulation; mais, sans forcer les rapprochemens, ne trouvons-nous pas dans cette portion tégumentaire qui sépare lanus de la vulve, l’analogue du périnée des Mammifères? Qu'il me soit perinis de rappeler à cette occasion, le principe de l'unité de composition organique si savamment discuté par M. Geoffroi de Saint- Hilaire.
Si je suis entré dans quelques détails sur la structure curieuse de l’appareil vulvaire de la $c. rayée, c’est que j'ai voulu, pour abréger mon texte, que cette description servit de type pour les espèces et les genres analogues ; en sorte que je n'aurai plus, en abordant ce même article
dans ces derniers, qu’à signaler les modifications ou les différences.
Les ovaires de notre Scutellère consistent en deux faisceaux conoïdes , composés chacun de sept gafnes ovigères, assez courtes, colon lorsqu'on É étudie de un état de gestation avancée. Les ovulaires sont allongés, cylindroïdes ou légèrement renflés en massue. Les sept Higamens suspenseurs des gaînes ovigères, parfaitement distincts les uns des autres, convergent en un seul lien commun qui va s'implanter, avec son congénère, dans le thorax de l’insecte. L’oviducte est court et cylindroïde. La glande sébifique se compose, 1° d’un organe essentiellement sécréteur en forme de tête arrondie blanchâtre, munie d’une espèce de col fort court qui en est le conduit efférent;
° d’un réservoir ovale-oblong, pareillement blanchätre, d’une texture charnue, d’une consistance comme calleuse ; 3° enfin d’un canal excréteur grêle qui sert de pédicelle au réservoir , et qui s’insère sur le trajet de l’oviducte. J’exposerai plus bas, à l’article de la Pentatome grise, ce qui est relatif à la structure intime , à la disposition intérieure de toutes ces parties.
Se. maura.— L'appareil vulvaire de cette espèce est fait absolument sur le même plan que celui de la précédente, et se compose du même nombre de parties. J’observe seulement que les lèvres ou panneaux de la vulve sont bea ucoup moins bombés et presque glabres; que les pointes des pièces postérieur es se croisent un peu réciproquement , et que la plaque médiane des pièces intermédiaires est entièrement cachée par les latérales.
Les ovaires et le nombre des gaïnes ovigères sont les mêmes que dans la $c. rayée; mais nous allons trouver dans quelques dépendances de l'appareil génital femelle, des traits anatomiques qui établissent entre ces deux Géo-
corises des différences non-seulement spécifiques, mais peut-être génériques , comme Je l'ai déjà insinué en parlant des organes mâles de la génération. L’oviducte est court, dilaté, et de chaque côté de son origine, ou plutôt à la terminaison de chacun des cols des ovaires, il y a une espèce de collerette ou de manchette formée par de nombreux petits tubes courts, blanchätres ou semi diaphanes, la plupart simples, disposés en franges. Ces vaisseaux tubuleux, d’une petitesse qui ne permet point d'en saisir les connexions , sont sans doute chargés d’une sécrétion particulière lors de la ponte. Peut-être aussi ne sont-ils là que come vestiges d’un organe qui peut exister mieux conditionné dans d’autres genres d'Hémiptères voisins de notre Scutellère. Au lieu d’une glande sébifique, conformée comme celle de la Scutellère rayée, on observe ici, de chaque côté de l’oviducte ; une poche vésiculaire, arrondie ou ovalaire, suivant son degré de plénitude, fixée au moyen d’un col fort court, et remplie d’une humeur limpide. On rencontre quelquefois ces poches vésiculaires vides, affaissées, déformées; elles ressemblent alors à des caroncules ou oreillettes , et prennent une teinte blonde. Sur le disque même de l’oviducte, on observe un organe pyriforme blanchâtre, qui dégénère en arrière en un col bien distinct, au moyen duquel se fait son insertion. Cet organe correspond au réservoir de la glande sébifique de la précédente espèce, et, étudié à la loupe par sa face inférieure, on reconnaît dans son intérieur , à travers son enveloppe , un corps globuleux d’une nuance obscure, vraisemblablement une espèce de sac interne, dont le canal excréteur aurait , dés son orféine, deux petites dilatations.
Les œufs de la Sc. maure sont globuleux, glabres, ransés en séries contigués, sur le support où ils ont été pondus, et ils sont proportionnellement plus gros que ceux deslà
Sc. rayée. Is ont, soit quand ils sont encore renfermés dans les gaînes ovigères, soit quand ils viennent d'être pondus, une couleur vert-émeraude. [ls s'ouvrent par un opercule en forme de calotte sacerdotale, et la circonscription de celle-ci est marquée’ par une rangée circulaire de très petits points blancs qu'une bonne loupe découvre facilement. Les petites Scutellères, quand elles viennent d’éclore, sont d’un noir bronzé obscur.
Pentatoma grisea. — Les pièces vulvaires sont aussi au nombre de sept, mais sensiblement plus développées, moins serrées entre elles, plus distinctes que dans le genre précédent. Les lèvres de la vulve sont velues, déprimées plutôt que convexes. Les pièces postérieures ou celles qui flanquent l'anus, nullement inclinées lune vers l’autre et bien plus grandes que dans les Scutellères, sont carénées dans le milieu et se terminent par une pointeen épine, velue, qui fait saillie au-delà du dernier segment dorsal de l’abdomen. Les plaques latérales des pièces intermédiaires sont bien, moins obliques que dans les Géocorises précédens, et leur extrémité dépasse , sous la forme d’une dent velue’, le bout de l'abdomen. La plaque médiane est bien distincte eten carré long. On reconnaît visiblement qu’elle est formée de deux articles, dont le basilaire, plus large, est en partie caché par les lèvres de la vulve.
Chacun des ovaires de notre Pentatome se compose, ainsi que celui de la plupart des espèces de ce genre soumises à mes investigations anatomiques, de sept gaines ovigères bi ou triloculaires , dont la forme, la texture et la disposition sont les mêmes que dans les Scutellères. Les ovulaires sont ovoides-pointus. Les cols des ovaires se terminent par une collerette frangée , semblable à celle de la S'cutellire maure, mais un peu plus développée. L’oviducte est dilaté, ovalaire. La glande sébifique se compose des mêmes parties
essentielles que celle de la Scutellère rayée, et je vais, comme Je lai promis, me livrer à l'examen de sa texture intime.
Avant d'exposer celle-ci, il est bon de se rappeler que la Pentatome grise, ainsi que la plupart des espèces de ce genre et des genres voisins, en pondant ses œufs, non-seulement les fixe, au moyen d’une colle ou d’une gomme noire, sur le support , mais qu'elle les enduit d’un vernis imperméable, gris de perle, irisé ou métallique. Ce vernis n’existe point dans les œufs renfermés dans l’ovaire, quoique parvenus à terme. Ceux-ci sont alors Jaunätres et paraissent plus grands qu'après avoir été pondus.
La collerette frangée serait-elle l'organe qui sécrète spécialement la gomme noire qui colle les œufs sur leur support, et la glande sébifique serait-elle celui qui fournit les vernis qui les enduit? C’est une double question que Je w’oserais pas résoudre définitivement, quoique j'incline pour l’aflirmative.
Quoi qu'il en puisse être, l’organe , qui dans l'appareil sébifique paraît plus essentiellement sécréteur, se présente sous la forme extérieure d’un bouton ou plutôt d’un gland pédicellé situé à l'extrémité du réservoir, et penché, couché sur lui. Ce gland, ovalaire, avec un bourrelet assez prononcé à sa base, qui imite la cupule de ce fruit, ressemble, au premier aspect, à cause de la pellucidité de son tissu, à un corps utriculaire. Mais un examen plus attentif fait reconnaître que ses parois sont charnues, épaisses, d’une consistance presque calleuse; et on distingue au travers, à la faveur de la loupe, un axe intérieur d’une nuance plus obscure, qui n’atteint pas tout-à-fait le bout du gland. Si, après une macération de quelques heures, on cherche à constater par la dissection la structure intime de ce gland sécréteur, on trouve que son axe est une capsule centrale
jaunâtre, opaque, d’un tissu fibro-membraneux. La tunique charnue, qui enveloppe cette capsule, adhère à toute sa surface, de manière qu’on ne peut point parvenir à l'en dégager complètement. C’est sans doute à cause de cela que la capsule paraît, au microscope, comme velue. Quand on poursuit cette dissection jusque dans le pédicelle, on découvre vers le milieu de celui-ci, qui offre le même tissu fibro-membraneux que la capsule elle-même, une sorte de godet ou de bourrelet circulaire, ayant la forme d’une virole enfilée par le pédicelle. Ce dernier doit être considéré comme un conduit efférent destiné à transmettre au réservoir l’humeur sécrétée.
Le réservoir de l'humeur sébacée est un corps ellipsoïdal assez grand, muni d’un pédicule, revêtu extérieurement par un pannicule charnu , contractile, semi pellucide, plus ou moins ridé, inégal ou plissé, suivant son degré de dilatation. Cette première tunique musculeuse enveloppe un sac central, une vessie d’un tissu serré, blanchâtre, d’une consistance élastique, d’une surface lisse ou très finement striée, peu ou point adhérente à l'enveloppe. Ea demi transparence des parois de cette vessie permet d’apercevoir dans son centre un axe linéaire sétacé d’une teinte brunâtre. Lorsqu'on isole ce dernier en déchirant l’enveloppe, et qu'on le soumet à une forte lentille du microscope, on s’assure que c’est une tige tubuleuse de texture coriacée , renflée à son bout antérieur où s’insère le conduit efférent du gland sécréteur, et terminée à l’extrémité opposée en pointe de lancette tronquée. Cette pointe s'engage dans l’origine du canal excréteur ou pédicelle du réservoir. Cest indubitablement par ce tube capillaire que se filtre peu à peu le vernis dont la Pentatome enduit ses œufs en se servant de sa pointe acérée comme d’un pinceau.
La P. grise, en pondant,ses œufs, les dispose de manière