‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 35 sur 65 · Savans étrangers · texte numérisé non relu

Savans étrangers

sf

Les œufs sont ovales, arrondis aux deux bouts, tandis que ceux du /Vabis dorsalis sont allongés, cylindroïdes, tronqués et même un peu évasés à une extrémité, et le contour de la troncature est rebordé, comme crénelé en dedans.

Pelogonus marginatus.— Lorsque, dans le mois de septembre, je me livrai à la dissection du Pélogone, je trouvai toutes les femelles vierges , ou du moins leurs ovaires n’offraient aucun indice de fécondation. Dans cet état , chaque ovaire est formé par un faisceau de sept gafnes ovigères d’une médiocre longueur, terminées par un bout obtus, et qui m'ont paru bi ou triloculaires. Chacune des gaines est maintenue par un filet assez long, d’une ténuité qui échappe même à la loupe. Ces filets convergent à un ligament suspenseur commun qui vase fixer, isolément de son congénère, dans l'intérieur du métathorax ; le col de l'ovaire est deux fois plus long que le faisceau des gaînes ovigères, et peu flexueux.

La glande sébifique de l’oviducte consiste, 1° en un corps sécréteur vésiculeux, courbé sur lui-même de manière à paraître orbiculaire au premier coup d'œil; 2° en un conduit efférent capillaire très replié sur lui-même, sept à huit fois plus long que le corps sécréteur, et s’insérant d’une part à l’un des bouts de celui-ci, de l'autre à l’origine de l’oviducte ; ce dernier est d’une excessive briéveté.

AMPHIBICORISES.

Gerris canalium et G. paludum. — La composition et la structure de l appareil reproducteur femelle des Gerris confirment ce que ] ai déjà avancé relativement à la légitimité de la nouvelle famille des Amphibicorises. Je ne reviendrai pas sur les signes extérieurs qui caractérisent le sexe femelle; ils sont ficiles à déduire d’après ce que J'ai exposé à l’article du mâle.

Les opatres de ces deux espèces forment chacun un faisceau allongé de quatre gafnes ovigères seulement.Ce nombre constitue un trait caractéristique. Ces gaînes, qui ont la forme de longs tubes gréles, atteignent jusque dans la cavité prothoracique , etsont multiloculaires. J'y ai reconnu le plus souvent cinq ou six œufs fécondés, et tout autant de traces d'articles ou de loges à la suite de l’ovulaire. Celui-ci est allongé, cylindroïde. Le ligament suspenseur commun des ovaires, c’est-à-dire celui qui résulte de la connivence de tous les ligamens propres des gaînes ovigères, se fixe dans les masses musculaires qui garnissent le contour occipital ou œsophagien de la tête. Cette insertion , que Jai bien constatée, est digne de remarque. Le calice de l'ovaire n'existe presque pas, et son col est fort court. Je ne trouve d'autre trace de glande sébifique qu’un corps arrondi ou obtusément carré, d’un tissu dense et serré, cachant entièrement l’oviducte. Ce corps n'est-il qu’un simple réservoir de l'humeur sébacée, et l'organe spécialement chargé de la sécrétion ? aurait-il éludé mes investigations réitérées? Je n'oserais émettre un jugement définitif; mais la texture de ce corps me paraît propre à remplir le double but physiologique de sécréter cette humeur et de la tenir en réserve.

Les œufs des Gerris sont allongés, cylindroïdes, non tronqués à un de leurs bouts. Au lieu de s'ouvrir par le décollement, la chute d’un opercule régulier, comme cela a lieu pour la plupart des Géocorises que nous venons d'examiner, ils se fendent, ou peut-être ils se déchirent longitudinalement dans leur tiers antérieur, et c’est cette fente que sort la larve. J'ai conservé dans des bocaux remplis d’eau et de mousses aquatiques des femelles pleines du G. paludum , et Je me suis assuré qu’elles pondent leurs œufs à la suite les uns des autres, mais non conti-

gus ni serrés entre EUX, dans une espèce de bourre mucilagineuse fixée sur des brins de plantes immergées. J'ai assisté à la naissance des larves, et J'ai quelquefois trouvé engagée dans la fente de l’œuf une fine membrane qui était sans doute l'enveloppe immédiate de la larve, ou qui revétait intérieurement la coque de l'œuf.

Velia currens. — À l'article de la description de cet insecte J'ai fait connaître ses différences sexuelles extérieures. Quant aux ovaires et à leurs dépendances, ils sont organisés comme ceux des Gerris.

HYDROCORISES.

Naucoris cunicoides.— Ses ovaires forment deux faisceaux lâches et allongés, composés chacun de sept gafnes ovigères longues, tubuleuses, multiloculaires, c'est-à-dire à plus de six loges. L’ovulaire est allongé, comme fusiforme, et terminé en pointe. Îl n’y a pas de calice distinct, mais le col de l'ovaire forme un canal tubuleux assez long destiné à contenir un certain nombre d’œufs à terme. L'oviducte, qui remplit sans doute aussi les fonctions de réservoir de la glande sébifique, est renflé et ovalaire. Les cols s’insèrent l’un à droite, l'autre à gauche de lextrémité antérieure de l’oviducte , de manière que celui-ci déborde un peu entre ces deux insertions.

L'appareil sébifique de la Naucore ne consiste en apparence, ainsi que celui de la Ranatre, qu'en un vaisseau filiforme simple, plus où moins replié ou flexueux, inséré vers le tiers postérieur de l’oviducte. Comme ce dernier a une texture plus consistante, plus compacte que les oviductes ordinaires, il est bien possible qu'il y ait dans son épaisseur un réservoir pour l'humeur sébacée.

Les œufs sont oblongs, cylindroïdes, un peu courbés, blanchâtres , très lisses, obliquement tronqués à leur bout

antérieur. Cette troncature est circonscrite par un filet sursaillant; ce qui lui donne une certaine ressemblance avec l’ouverture de ces petites coquilles terrestres appelées Pupa.

L’'oviducte de cette Naucore se termine par un oviscapte corné. Celui-ci est formé de deux tiges séparées et divergentes dans les deux tiers antérieurs, soudées dans l’autre tiers. Son extrémité postérieure, au lieu d’être pointue, est tronquée ou plutôt échancrée, et les angles de l’échancrure sont en forme d’épine. Les bords externes de ces tiges sont armés de dents assez fortes, courtes, crochues, dirigées d’arrière en avant, de manière que cet oviscapte représente une double scie.

N. aptera. — Les entomologistes savent combien il serait diflicile de distinguer cette espèce de la précédente, si on n'avait point recours à un Caractère négatif qui n'avait pas encore été signalé, je veux parler de l'absence des ailes. Mais aux yeux du zootomiste, Îes traits spécifiques sont nombreux et solides. Ainsi l'ovaire de la N. aptère n’est composé que de cinq gaënes ovigères, tout au plus quadri ou quinqueloculaires. L'ovulaire est ellipsoïdalpointu..Les œufs sont ovales-obtus , nullement tronqués, et la texture de leur coque, examinée à une forte lentille du microscope, paraît réticulée, avec des mailles arrondies, traversées de raies ou de lignes parallèles, tandis que la coque des œufs de la AN. cimicoïde, soumise aux mêmes verres amplifians, n'offre aucune espèce de réticulation.

J'ai conservé long-temps des V. aptères dans des vases pleins d’eau, et je me suis assuré qu’elles pondent leurs œufs vers la fin d'avril, en les collant contre des brins de plantes aquatiques.

Ranatra linearis et Nepa cinerea. —- Les ovaires de ces Népides sont encore plus allongés que ceux des Gerris.

Ils se composent chacun de cinq gaines ovigères longues, tubuleuses, multiloculaires, réunies en un faisceau très lâche, enlacé de quelques brides trachéennes. L’ovulaire est elliptique -obtus,oviforme, d’une grosseur qui surpasse de beaucoup le tube qu'il termine. Le col de lovaire est fort court, et n’est pas précédé d’un calice apparent. L’ovidncte a également peu de longueur. Il s'engage avec le rectum .dans un étui cornéo-membraneux composé de plusieurs pièces susceptibles de jouer les unes sur les autres. et se terminant par deux lames cornées contigués, lancéolées, ciliées, qui constituent un oviscapte.

: La configuration des œufs est un des traits les plus remarquables de l’organisation de ces Népides. {ls se terminent en avant par des prolongemens sétiformes, dont le nombre varie suivant les genres , et qui ne sont bien apparens que lorsqu'ils sont pondus ou tout-à-fait à terme. Ces œufs dans la Ranatre sont allongés, terminés par deux longues soies seulement. Ceux de la Vèpe sont ovales ei couronnés par sept soies plus ou moins conniventes. Je renvoie pour d’autres détails au travail que j'ai déjà publié sur ces Hydrocorises en 1821. (Annal. gén. des Sc. Physiq. de Bruxelles. ) .

Corixa striata. — L'ovaire de la Corise se compose de sept gaines ovigères liches, multiloculaires. Les loges, au nombre de plus de douze, sont courtes , rapprochées, moniliformes. L’ovulaire est ovale-arrondi et gros. Le col de lovaire est un tube allongé, tandis que l’oviducte est excessivement court. La glande sébifique consiste en un vaisseau sécréteur simple, court, et en un réservoir arrond , sessile, à parois charnues.

Les œufs sont poudus cà et là sur les tiges immergées des plantes aquatiques. Ils sontsphéroïdaux, mais terminés en avant en pointe courte ou en un petit bec ; leur base,

SUR LES HEMIPTÈRES. 357

par laquelle ils sont fixés, présente une espèce de bourrelet circulaire comme crénelé. Ceux de la C. hieroglyphique sont ovales-cblongs, pointus, mais fixés comme les précédens.

Notonecta glauca. — Les ovaires forment deux faisceaux allongés et liches, composés chacun de sept gaines ovigères fort longues et imultiloculaires. Ces gaînes ont plus de dix loges, et se terminent par un ovulaire ellipsoïdal-obtus. Le coi de l'ovaire est fort court , assez large, et serait plutôt un calice. L'oviducte a aussi très peu de longueur.

La glande sébifique a une forme et une texture fort singulières. L’organe chargé spécialement de la sécrétion est un bouton calloso-charnu , ovale-oblong, tronqué, et comme ombiliqué à son extrémité libre, et marqué un peu avant celle-ci d’une ligne annulaire d’un brun pâle. Il est maintenu en place par des brides trachéennes rayonnantes. Dans les individus vierges, où les gaînes ovigères n’offraient aucune trace de loges et étaient de simples tubes cylindrico-conoide, cet organe sécréteur était pyriforme. Un conduit eflérent, d’une ténuité presque capillaire, et assez long, communique du bouton sécréteur au réservoir. Celui-ci est un sac membraneux , diaphane ou opaloïde , contourné en spirale, de manière que les tours de spire, en forme dedisques orbiculaires comme crénelés sur les bords, sont superposés et se débordent un peu les uns les autres. Cette disposition élégante donne à ce réservoir de la ressemblance, pour la configuration ; avec le fruit de certaines espèces de luzerne (medicago ).

Les œufs de la Notonecte sont oblongs, cylindroïdes, non tronqués, jaunâtres.

CICADAIRES.

Cicada ornt. — La présence d’un oviscapte très appa-

rent, occupant à peu près le tiers postérieur de la région ventrale de l’abdomen , et l’absence de l’appareil musical, servent à distinguer facilement les Cigales femelles des mäles. L’oprscapte, composé d’instramens tranchans et perforans fort curieux, a été décrit par Réaumur avec son exactitude accoutumée, dans le quatrième de sesimmortels Mémoires, du tome V.

. Chacun des ovaires de la Cigale est un faisceau sphéroïdal de soixante - dix à quatre - vingts gaïnes ovigères, autour desquelles s’'épanouissent de nombreuses et brillantes trachées. L’ovulaire est un bouton renflé en massue. Le col de lovaire est assez long, cylindroïde. L’ovrducte est courbé en crosse d'avant en arrière, et en bas à l'endroit où s’insèrent les cols des ovaires.

Si pour étudier la composition intime de l'ovaire de la : Cigale , on le dégage avec soin et de son enveloppe adipotrachéenne et des ligamens propres qui maintiennent agglomérées les gaînes ovigères, on se convaincra que cet ovaire est décidément rameux, et que ces dernières y sont disposées par petits faisceaux. La figure que je donne de cette disposition rend superflus d’autres détails descriptifs. Les gaines ovigères sont biloculaires , et l’ovulaire est renflé en massue.

Les vaisseaux sécréteurs de l'humeur sébacée sont au nombre de trois, et non de deux seulement, ainsi que Je l'avais cru d’abord. Ces vaisseaux , qui égalent en longueur la moitié du corps de l’insecte, sont des boyaux membraneux semi diaphanes, flexeux, floitans par un bout, Deux d’entre eux sont antérieurs et s’insèrent à côté l’un de l’autre, immédiatement après le point de confluence

SUR LES HEMIPTÈRES. 353

des deux cols des ovaires, par conséquent à l'origine de l'oviducte et avant l'insertion du réservoir sébacé. Quant au troisième vaisseau, il est placé fort loin des deux autres, et bien en arrière de ce réservoir. Il s'implante vers la terminaison de l’oviducte, et ses fonctions sont peut-être indépendantes de l’appar ; sébifique qui le pr écède. C’est ce vaisseau que J'avais cru autrefois faire partie des glandes excrémentitielles qui existent dans les deux sexes de la Cigale; mais il est certain qu'il ne se rencontre pas dans le mâle, et il est plus que probable qu'il fournit, lors de la ponte, une humeur spéciale destinée à enduire les œufs.

Les œufs, et je n'ai eu occasion de les observer que dans les ovaires , sont oblongs, cylindroïdes, blanchâtres.

Malgré l'extrême fréquence de la Cigale de l'orne dans nOS forêts de pins maritimes, et malgré ma persévérance à à étudier son genre de vie et ses mœurs, je n'ai jamais été à même de constater les observations de Pontedera et de Réaumur, relativement à l'habitude qu'ont les femelles d’enfoncer, au moyen de la tarière ou oviscapte, leurs œufs dans des branches d’arbre (1).

(1) Lorsque la Cigale s'envole du tronc d’arbre où elle est surprise, ou bien lorsque, déjà captive, on l’inquiète , elle lance, elle éjacule par le bout de l’abdomen un liquide excrémentitiel jaunâtre, une sorte d’urine. Prévenu déjà de l'existence d’un organe spécial pour la sécrétion d’un liquide semblable dans un grand nombre d'insectes, et notamment parmi les Coléoptères, dans l’immense famille des Carabiques, je me livrai avec confiance à la recherche de cet organe dans les Cigales. Je découvris en effet, dans les deux sexes, de chaque côté, et un peu au-dessous du rectum, une glande granuleuse consistant en une agglomération peu serrée d’une cinquantaine ‘de sachets blanchâtres ou grisâtres. La configuration la plus ordinaire de ‘ceux-ci semble au premier coup d’æil être sphéroïdale; mais quand on ÿ gore une loupe scrupuleuse, on y en reconnait d’ovalaires, d’arrondis, l'irréguliers ou de non symétriques, et d’inégale grandeur. La plupart sont sessiles, mais quelques-uns semblent s’atténuer en une sorte de col fort

/ #. Savans ‘trangers. 45

354 RECHERCHES FULGORELLES.

Cixius 5-costatus. — L’oviscapte est ici proportionnellement moins long et plus à découvert que celui de la Ctgale. Indépendamment de ce trait caractéristique du sexe, les femelles de ce Cixius présentent, ainsi que celles de plusieurs autres Fulgorelles, à l'extrémité de l'abdomen, surtout à l’époque de la gestation, un paquet souvent assez grand non pas d’une bourre, ce qui suppose des brins entremélés ou enchevêtrés, mais de filamens

. blancs comme la neige et superposés longitudinalement. Je présume, d’après ce qui se passe dans la Dorthésie, que les œufs sont pondus et couvés dans cet édredon. Je n'ai reconnu dans chaque ovaire du Cixius, que quinze à dix-huit gafnes ovigères à trois loges, dont l’ovulaire est en massüe allongée. L'ovaire a un calice bien marqué en forme de cupule, dégénérant en un col assez court. Je n'ai pu étudier qu'imparfaitement la glande sébifique. J'observe un réservoir assez volumineux, en cône tronqué, renversé ou turbiné, et deux corps ovalaires d’une consistance calleuse, semi diaphanes, destinés peut-être à la sécrétion du duvet blanc dont il vient d’être question.

court. Quand on les observe dans une Cigale mâle, ils peuvent en imposer pour des capsules spermifiques du testicule, dont ils ont l'apparence et qu’ils avoisinent, mais un examen attentif dissipe cette illusion, et comme je J'ai déjà dit, ces granulations se retrouvent aussi dans la femelle.

Le mode de connexion réciproque de ces sachets, leur conduit efférent, leur réservoir, ont éludé jusqu’à ce jour l’opiniâtreté de mes investigations. Cette glande a souvent pour axe un tronc trachéen dont les ramuscules semblent former un pédicelle à chaque sachet.

Le conduit tubuleux que, dans mon premier travail sur l’anatomie de la Cigale, j'avais soupçonné être un réservoir de la glande excrémentitielle, n'existe que dans la femelle, et appartient positivement à l’appareil sébifique de l’oviducte.

SUR LES HEMIPTÈRES. 355

En août 1829 je trouvai le mâle et la femelle accouplés. Ils étaient unis à la manière des chiens; et après les avoir séparés, je vis que l’extrémité de l'abdomen du mâle était comme saupoudrée du duvet blanc qui garnit la région anale de la femelle.

CICADELLES

Ledra aurita. — 1] n’y a que dix à douze gafnes ovigères à chaque ovaire, et elles sont à trois ou quatre loges. L’ovulaire est ovale. Le coi de l'ovaire est assez marqué. L'oviducte présente deux renflemens. La glande sébifique se compose de deux vaisseaux sécréteurs longs, filiformes, reployés, et d’un réservoir ovale-oblong, pédicellé, c’est-à-dire terminé par un col grêle. Les œufs sont oblongs.

L'ovaire de la Cercopis sanguinolenta est un faisceau court et gros d’une trentaine environ de gaïfnes oyigtres quadriloculaires. Celui de lÆphrophora salicina n’en a qu’une quinzaine, et elles ne m'ont paru que biloculaires. Dans l’une et dans l’autre les œufs sont oblongs et atté-

nués à un bout.

PSYLLIDES.

Dorthesia characias. — Cet insecte a ses deux ovaires tellement rapprochés, qu'ils semblent coniondus en un seul. Chacun d’eux est un faisceau court, arrondi, composé de dix à douze gaïnes ovigères courtes et assez grosses, qui mont paru simplement uniloculaires. J’ai souvent reconnu au centre de ces gaînes étalées en rosette, des granulations ou vésicules que je présume n'être que des gaînes d’où les œufs sont sortis, et qui sont affaissées sur elles-mêmes. Observés dans des conditions favorables de

gestation, peut-être trouvera-t-on que les ovaires sont composés d’un plus grand nombre de gaînes que celui que Je leur ai assigné. L’ovulaire est ovale -oblong. Je n'ai reconnu, pour l’appareil sébifique, qu’un réservoir ovoide , diaphane, rétréci en un col grêle, inséré sur l’oviducte. Les vaisseaux sécréteurs ont sans doute éludé mes recherches.

Quoique j'aie eu occasion de disséquer des ovaires parvenus au dernier terme de la gestation , je n’ai Jamais rencontré dans les gaînes ovigères des petits emmaillottés ou des fœtus comme on les voit dans celles des Pucerons. Ainsi la Dorthésie est ovipare, tandis que le Puceron est décidément vivipare. En pondant ses œufs, qui sont ovales et blanchätres, elle les dépose au milieu de la bourre cotonneuse qui garnit l’intérieur du sac caudal, dont jai donné la description; jy en ai compté une trentaine. Les petits éclosent successivement dans ce sac. Ils ressemblent à la mère pour le nombre et la conformation des parties; mais ils sont nus, c'est-à-dire qu'ils ne présentent aucune trace de ces écailles amylacées dont le corps des femelles adultes est caparaconné. Je présume que lorsque toute la couvée est née, les petits quittent leur retraite,

Le 15 juillet 1829 je trouvai une femelle dont le sac proligére présentait à son extrémité, en-dessus , une ouverture assez large, irrégulière, par où je pense que les petits doivent sortir, et par où ils pouvaient peut-être aussi rentrer. Je n'ai point été à même de constater cette double présomption, qui établirait un rapport assez curieux entre la Dorthésie et la Sarigue; mais je trouvai dans cette femelle, dont je viens de parler, tous les petits bien vivans , assez agiles, et pas un seul œuf.

Psylla ficus. — L'’abdomen de la femelle se termine

SUR LES HEMIPTÈRES. 357

en un cône pointu, comprimé, à la face dorsale duquel on apercoit près de sa base un espace ovale, légèrement creusé, dont le fond est fermé par une membrane blanche, une sorte de diaphragme où la loupe découvre cà et là quelques vestiges d’une bourre cotonneuse.

Les ovaires paraissent confondus, comme ceux de la Dorthésie, en un seul peloton arrondi; mais il n’est pas diflicile de se convaincre que celui-ci est formé par la réunion de deux faisceaux que l’on peut séparer. Chacun de ces derniers se compose d’un nombre de gaines ovigères qu'il m'a été impossible de déterminer au juste, mais que j'évalue à une trentaine environ. Celles-ci sont uniloculaires, courtes , et comme sessiles. L'ovulaire, en massue oblongue, est tout-à-fait dépourvu de ligament suspenseur. Ce dernier trait négatif, qui lui est commun avec la Dorthésie et les Pucerons, annonce une filiation généalogique entre ces trois genres d'Homoptères. La brièveté des gaînes ovigères, et la circonstance d’être uniloculaires, par conséquent de peu de pesanteur, semblent bien justifier l'absence du ligament suspenseur dans la Psylle et la Dorthésie ; mais cette explication ne saurait être admise pour les Pucerons.

Le col de l'ovaire de la Psylle est fort long , dilaté dans sa moitié antérieure, tubuleux dans la postérieure. L'ovrducte est bien distinct et assez grêle. J'ai reconnu, pour l'appareil sébifique, 1° une utricule assez grosse, ovoïdecbtuse, diaphane, munie d'un col capillaire par lequel elle s’insère à l’oviducte , et comparable au réservoir de la glande sébifique de la Cigale ; »° du côté opposé à cette utricule, un corps (glanduleux?) ellipsoïdal , d’une texture différente du réservoir, d’une apparence spongieuse, d’une teinte jaunâtre, dont je n’ai pu clairement découvrir les connexions. Je soupconne que ce corps est une glande

358 RECRERCHES

chargée de quelque sécrétion spéciale, lors de la ponte. Malgré ce qu'ont écrit Réaumur, Geoffroi, et tous les entomologistes postérieurs à ceux-ci, il reste encore beaucoup à faire pour compléter l’histoire naturelle de la Psylle du figuier. Vs ne nous ont rien dit des œufs de cet insecte; Je vais chercher à remplir cette lacune. A la fin d'octobre 1829, je disséquai des femelles très avancées dans la gestation, et dont les œufs, à en juger par leur grosseur, devaient être à terme. Je fus frappé de la configuration de ceux-ci. Ils étaient blancs, ovales - conoïdes, pointus par un bout, arrondis par l’autre, et munis audessous de ce dernier, d’un bec latéral assez prononcé qui leur donnait de la resserablance avec certaines cornues des chimistes. Sachant d'avance, contre le soupcon de Réaumur, que ces œufs étaient loin d’avoir une petitesse microscopique, Je me mis à scruter Journellement, pendant tout le mois de novembre, les feuilles et les sommités de l’arbre qu'habitaient ces insectes , sans pouvoir découvrir où ils les déposaient. Je redoublais avec d'autant plus de zèle mes perquisitions à ce sujet, que cette configuration singulière des œufs renfermés dans les ovaires piquait vivement ma curiosité et excitait mes conjectures relativement à la manière dont ils devaient être placés sur leur support. Enfin, en désespoir de cause, je revins encore à mes figuiers dans les premiers jours de décembre, lorsque ces arbres étaient tout-à-fait dépouillés de leurs feuilles ; je furetai plus scrupuleusement, avec le secours de la loupe, et J'eus la satisfaction de découvrir ces œufs tant désirés. C’est dans les éraillemens ou les fentes qui avoisinent les bourgeons, très rarement sur ceux-ci mêmes, qu'on les rencontre. Ils sont à nu, c’est-à-dire sans duvet ni coton qui les abrite, et disposés sans ordre, tantôt isolés, tantôt rapprochés. Ils sont couchés suivant leur

longueur, de manière que le bec latéral n’est pas apparent et s'enfonce un peu dans l'écorce pour les fixer. Ces œufs, moins gros que dans l'ovaire, et d’un roux jaunâtre, ont à peine un tiers de ligne de longueur. Leur forme présente quelques légères modifications exprimées par les figures que j'en donne. Leur bout pointu se terinine par un filet capillaire, presque aussi long qu'eux, et plus ou moins flexueux. Ce filet n'existe point dans l’œuf encore renfermé dans les gaines ovigères, et il est sans doute fourni, lors de la ponte, ou par la glande sébifique ou par le corps glanduleux dont j'ai parlé. C’est un fait bien digne d’admiration , que des œufs si petits et si nus soient en état de braver, pendant tout l’hiver, les rigueurs excessives du froid et de l’humidité, sans que le germe vital qu'ils recèlent en recoive aucune atteinte.

APHIDIENS.

Je suis forcé d’avouer que je n’ai point recueilli sur l'anatomie de l'appareil génital des Pucerons des matériaux Suflisans pour en donner une description en harmonie avec celle des insectes précédens. Les femelles sont, comme on sait, les unes vivipares, Les autres ovipares. La multiplicité de mes occupations ne m'a pas encore laissé le loisir de disséquer des individus de ces dernières, qui, d’après le témoignage des auteurs, sont immédiatement fécondées par un accouplement dans l’arrière-saison. C’est avec un regret vivement senti que Je laisse cette lacune, et Je prends l'engagement de la combler plus tard.

La génération spontanée des Pucerons est un fait trop connu et rendu trop authentique par les expériences des Bonnet, des Degéer, des Réaumur, pour que j'en fasse ici l’objet d’un examen particulier. M. Aug. Duvau, dans ses intéressantes recherches sur ces insectes, publiées en 1825,

prétend avec raison que cette découverte, qui date de 1740 à 1750, devrait former, dans l’histoire des sciences, une époque , comme 1665 est l’époque de la gravitation. Get observateur, dont la sagacité et l’exactitude rappellent celles des illustres naturalistes que je viens de citer, a repris, après une lacune de soixante ans, les expériences de Bonnet ; 1l les a confirmées par les siennes, et a obtenu une génération de plus que ce dernier; en sorte que dans le cours de sept mois, M. Duvau a pu constater onze générations spontanées en ligne directe.

Nous venons de voir que dansla Psylle et dans la Dorthésie les deux ovaires étaient presque confondus en un seul paquet , mais qu ’avec un peu d’adresse on parvenait cependant à à les isoler. Dans les Pucerons, du moins dans Îles vivipares , malgré tous les soins que j'ai mis à leur dissection, Je n'ai point pu constater l'existence de deux faisceaux de gaïnes ovigères, et je me sens porté à croire qu'il n’y en a qu ’un seul. Ces gaînes ne nr'ont paru, dans le Puceron du rosier, qu'au ne de dix à douze en tout. Elles sont à cinq ou six loges, et, ainsi que celles des deux genres précédens, elles ne se terminent point par un ligament suspenseur. Dans la gestation un peu avancée, la base de ces gaines, c’est-à-dire les loges les plus rapprochées de l'oviducte, renferme de véritables fœtus bien caractérisés, où l'on distingue en avant deux points bruns qui représentent les yeux, et dont les pattes sont ployées contre le corps. Ces fœtus, lors de l'accouchement, arrivent à reculons à la vulve, de manière que leur derrière sort le premier , et la tête la dernière.

Malgré des autopsies soigneuses, je n’ai jamais pu découvrir dans les Pucerons vivipares le moindre vestige de la glande sébifique de l’oviducte. Si, comme je l'ai déjà avancé, ce dernier organe a pour fonction essentielle lors

de la ponte, d’enduire les œufs d’un vernis particulier, on concevra son inutilité dans les Pucerons, qui mettent au jour des petits vivans. C’est ici que la dissection des Puce-

rons ovipares serait devenue intéressante pour éclairer ce point de physiologie.

Page 1