‹ Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptèresChapitre 36 sur 65 · APPAREIL DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

APPAREIL DE LA RESPIRATION

Depuis Malpighi on sait que les insectes, deshérités d’ane véritable respiration par les naturalistes de l’antiquité, jouissent de cette fonction, et que celle-ci s'exerce chez eux au moyen de stigmates et de trachées. Les Héiniptères sont par conséquent dans ce cas. Les trachées ou les canaux aérifères se distribuent dans les diverses parties du corps, pénètrent tous les viscères , s’insinuent dans tous les tissus, soit sous la forme de vaisseaux ramifiés, soit sous celle de réservoirs utriculaires , et l'acte respiratoire devient ainsi une circulation d’air au moyen de laquelle ce fluide vital va se mettre en rapport avec les élémens nutritifs, et leur imprimer la condition nécessaire au but del’organisme. La seule circulation générale qui existe dans les insectes est donc celle de Pair; et M. Cuvier, dont l'opinion est et sera long-temps une autorité imposante, a eu raison d’avancer que toutes les fois que le sang ou l'humeur nutritive ne va pas chercher l'air, il faut que ce soit l’air qui aille le chercher. Payons encore ici un tribut d’admiration à cette unité de plan dans les lois qui régissent ces milliers de petits êtres, et dans celles qui gouvernent les animaux à organisation plus compliquée, et placés aux sommités de l'échelle. Dans les uns comme dans les autres la respiration consiste à inhaler de l'air atmosphérique, à lui sous-

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traire, par une opération de chimie organique, un principe indispensable à l'existence, et à l’exhaler ensuite par la même voie, comme impropre pour en introduire de nouveau.

Quoique parmi les Hémiptères les uns soient habitans de l’air, les autres aquatiques, et quelques autres amphibies, il n’y a cependant pour tous qu’un seul mode de respiration : tous respirent l'air de l'atmosphère. Ceux qui se tiennent dans l’eau ne décomposent pas celle-ci pour en séparer ce dernier fluide ou quelqu'un de ses principes constitutifs ; aussi les voyez-vous venir souvent à la surface du liquide pqur humer Pair, ou bien, comme la plupart d’entre eux sont pourvus d’ailes, quitter le sein des eaux pour respirer dans latmosphère, On rencontre d’ailleurs dans tous les Hémiptères sans exception des stigmates et des trachées , et l’existence de ces deux organes entraîne comme conséquence rigoureuse la respiration de Pair en nature.

Les stigmates ou les orifices extérieurs de l’appareil respiratoire, comparables à la glotte des animaux à poumons, sont toujours binaires, c’est-à-dire disposés par paires symétriques , l’un à droite, l’autre à gauche de la ligne médiane du corps, sur des parties similaires. On peut les distinguer en thoraciques et en abdominaux , suivant leur situation à l'un ou à l’autre de ces deux grands segmens du corps. La tête ne m'en paraît point pourvue.

Les stigmates thoraciques ne diffèrent pas seulement par leur siége de ceux de l'abdomen, ils s’en distinguent surtout par une configuration et une structure particulières. Il n’y en a qu'une seule paire, et elle occupe cette région latérale et inférieure du thorax qui porte le nom de flancs de la poitrine. Leur structure me paraît avoir échappé aux recherches des zootomistes qui ont parlé de ces organes. Ils ne sont représentés par aucune des nombreuses formes

décrites et élégamment figurées par le savant Sprengel (x). On ne saurait y rapporter les stigmates trématres de M. Marcel de Serres (2), quise composent de deux panneaux propres, cornés, mobiles, mis en jeu par des muscles spéciaux. Les stigmates thoraciques des Hémiptères, et en particulier ceux des Géocorises, n’ont que des bords empruntés aux pièces de la poitrine qui les circonscrivent; ils manquent du cerceau corné que M. Audouin appelle péritrème. 11 n’est pas facile, dans les individus privés de la vie, d'en constater l'existence ; et dans linsecte vivant , il faut une attention soutenue, la loupe à l'œil, pour saisir les mouvemens bornés et obscurs de cette bouche respiratoire. Ils sont situés dans la ligne même de séparation du inésothorax et du métathorax, un peu en arrière de l’articulation des pattes intermédiaires. Les bords, presque habituellement contigus de ces deux segmens, forment les lèvres du stigmate. Ils peuvent s’entr'ouvrir, se refermer, et c’est ce hiatus étroit, cette scissure linéaire, qui constituent l’ostiole pneumatique du thorax. Comme les soins conservateurs de la nature ne sont jamais en défaut, ces bords respectifs sont garnis intérieurement de cils courts, mais bien fournis, dont l’entre-croisement forme comme un fin tamis qui s’oppose à l’abord des atomes hétérogènes dont la présence pourrait offenser la délicatesse des trachées, et qui ne doune accès qu’au fluide subtil de la respiration. Les stigmates abdominaux des Hémiptères présentent, quant à Ton situation, une différence très remarquable avec ceux des Goléoptéres. Dans les insectes de ce dernier ordre ils sont placés à la région supérieure ou dorsale de

(1) Gurt. Sprençel. Commentarius de partibus quibus insecta spiritus ducunt.— Lipsiæ , 1815.

(2) Observations sur les usages du vaisseau dorsal, ete., page 48.

l'abdomen, sur une membrane souple, mais résistante, interposée aux segmens coriacés du dos et à ceux du ventre, tandis que dans les Hémiptères ils occupent la région inférieure ou ventrale, nichés dans le tégument coriacé luimême. Quelques espèces du genre Ligœus , notamment le L. equestris, semblent faire une exception à cette règle; mais nous verrons plus bas que cette exception n’est qu’apparente. Le nombre des stigmates abdominaux n’est pas le même dans tous les Hémiptères, et il se trouve ordinairement en rapport direct avec celui des segmens qui constituent essentiellement la paroi ventrale de l’insecte. Je dis essentiellement, parce qu’il ne faut pas comprendre parmi les segmens constitutifs de cette paroi, ceux qui, placés à la partie postérieure de l'abdomen , servent à caractériser extérieurement les sexes. Le plus souvent, il y a six paires de stigmates abdominaux ; mais il est des genres qui en ont moins , et d’autres qui en ont sept. Ils sont placés à droite et à gauche sur deux lignes longitudinales et parallèles, à peu de distance du bord externe des segmens ventraux. Ils sont en général fort petits, ronds, punctiformes, et peuvent être classés. parmi ceux que Sprengel appelle simplicissima , c’est-à-dire composés d'un trou ou ostiole nu , entouré d’un péritrème corné, Il y a peu d’exceptions à cette règle; cependant les Nèpes nous en offriront une.

On retrouve dans les Hémiptères, ainsi que je lai déjà fait pressentir, les deux espèces de trachées qui s’observent dans la plupart des autres ordres d'insectes, savoir : les trachées tubulaires ou élastiques, et les trachées utriculaires ou membraneuses. Les premières, ainsi que indique leur doubie dénomination, sont des tubes divisés en ramifications décroissantes, essentiellement constitués par un filet élastique roulé en spirale. Elles sont spécialement destinées à la transmission, à la circulation de l'air.

SUR LES HÉMIPTÈRES. 365 M. Marcel de Serres, d’après ce dernier trait fonctionnel, les appelle aussi trachées artérielles. Les secondes, sous la forme de poches plus ou moins développées, sont dépourvues du filet élastique dont je viens de parler, et jouissent d’une texture uniformément membraneuse, de manière qu’elles peuvent et se gonfler et s’affaisser. Elles paraissent avoir pour fonction de se prêter au séjour plus ou moins prolongé, sans doute aussi à la digestion de Pair, et l’auteur que je viens de nommer les désigne sous le nom de trachées pulmonaires. Ces deux sortes de vaisseaux aérifères ne se rencontrent pas indistinctement dans tous les Hémiptères, et leur présence simultanée ou l'absence de l’une d’elles fournissent des caractères anatomiques constans, et d’une grande valeur pour la distinction des familles et des genres.

Mais, indépendamment de ces espèces de trachées, on rencontre dans le thorax de quelques Hémiptères, spécialement dans celui de la Vèpe et de la Ranatre, un appareil vasculaire trachéen particulier, un organe parenchymateux , circonscrit, Je dirais presque une ébauche de ponmon dont les entomotomistes n'avaient point parlé avant que j'en eusse consigué la description dans mon mémoire précité sur ces Hydrocorises. J’y reviendrai à l’article de celles-ci.

Dans le but de simplifier et d'abréger mon travail , je me dispenserai d'examiner dans deux articles séparés les stigmates et les trachées , et je me bornerai à passer simplement en revue l’ensemble de l'appareil respiratoire dans les diverses familles ou tribus, et dans les genres qui les composent.

GÉOCORISES.

C'est un fait digne de remarque, que dans la tribu si

naturelle des Géocorises, les genres dont les antennes sont composées de cinq articles, comme les Scutellères et les Pentatomes , présentent en même temps des trachées tubulaires et utriculaires, tandis que ceux qui, comme les Corés, les Ligées, etc., ont seulement quatre pièces aux antennes , n'offrent que des trachées tubulaires. Voyons si l’on peut se rendre raison de cette différence. Les trachées utriculaires , indépendamment des fonctions pureuient respiratoires , ont aussi pour but de diminuer Ja pesanteur spécifique du corps, par la faculté qu'ont les insectes de les gonfler d'air; et elles sont, d’après la remarque judicieuse de M. Marcel de Serres, l'apanage plus spécial des espèces qui ont besoin d’une force musculaire prépondérante pour exercer un vol plus étendu ou plus répété. Or, en examinant comparativement et la complexion, et la myologie, et les habitudes de ces diverses Géocorises , on se convaincra que cette dernière considération est parfaitement applicable au cas dont il est ici question. Ainsi les Scutelltres et les Pentatomes ont un corps épais et lourd, des tégumens durs et compactes, un sysième musculaire fourni et développé, un vol assez bourdonnant; circonstances qui justifient la nécessité de poches pneumatiques pour la locomotion aérienne. Au contraire les Corés, les Lygées, les Arades, les Syrtis, etc., ont la plupart beaucoup de surface et peu d'épaisseur, un corps presque papyracé, conséquemment très léger; des muscles grêles; enfin un concours de conditions qui rendent moins nécessaires où inutiles les vessies trachéennes.

Je ne reviendrai pas sur les stigmates thoraciques des Géocorises, que J'ai fait connaître dans les généralités de l'appareil respiratoire.

À en juger seulement par l'inspection des parties qui sont habituellement à découvert, on croirait que les Scu-

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tellères, les Pentatomes et autres genres voisins mont que cinq paires destigmatesabdominaux ; mais une exploration plus attentive fera reconnaître qu'il y en a six bien distinctes. Le premier des segmens de la région ventrale ne déborde que fort peu le limbe postérieur du métathorax, au-dessous duquel il se trouve en grande partie enchässé, de manière qu’on est obligé d’enlever ce dernier pour mettre en évidence le premier stigmate abdominal , qui est tout aussi grand que les autres.

Dans la S'cutellera nigro-lineata, les stigmates abdominaux sont d’une extrême petitesse, punctiformes, noirs, placés chacun au centre d’une des taches orbiculaires noires, dont le ventre de cet insecte est parsemé; en sorte qu'il faut le secours de la loupe et une certaine habitude pour les découvrir. [ls ont une singulière ressemblance avec l’ostiole de quelques espèces de cryptogames du genre sphæria. Quant au système trachéen , en voici la disposition. De chaque côté de la cavité abdominale on observe une série d’utricules pneumatiques ovalairesou sphéroïdales blanches, correspondant directement aux stigmates abdominaux , par conséquent au nombre de six, et communiquant avec ceux-ci où plutôt en naissant au moyen d’un col fort court qui n’est qu’une trachée élastique capillaire. La première paire de ces utricules, ou celle qui est à la base de l'abdomen, est constamment plus grande que les autres, et s’engage en partie dans le métathorax. Tontes émettent de leur périphérie des troncs tubulaires qui vont épanouir leurs fines et nombreuses ramifications sur les viscères de la génération et de la digestion. Toutes ces trachées sont parfois revêtues d’une espèce de fausse membrane fournie par le tissu adipeux. Il n’y a dans la cavité abdominale de cette Scutelltère d’autres utricules trachéennes que les six paires que je viens de signaler, L'in-

térieur du thorax ne m'a présenté que des trachées tubulaires dont les branches principales sont pressées entre elles sur les masses musculaires qui gar nissent cette cavité. Les stigmates abdominaux de la Sc. maura sont des pertuis tout aussi petits que ceux de l'espèce précédente, mais pales ou jaunätres. Mais ses vaisseaux aériferes offrent des traits distinctifs de ceux de cette dernière, et il faut se rappeler à cette occasion, que j'ai déjà signalé, soit dans la structure de quelques parties extérieures, soit dans les organes génitaux ; des caractères qui pourraient autoriser à placer dans un sous-genre particulier la $eutellère maure. Quoi qu'il en soit, à la place occupée dans la Scutellère rayée par Six paires d’utricules pneumatiques, 1l n’y a dans la maure qu’un seul grand tronc trachéen de chaque côté de la cavité NA TA et de ce tronc, qui s’abouche par de fines radicules aux stigmates, partent des branches qui émettent des vésicules ovales beaucoup plus nombreuses que celles dont je viens de parler, et qui n’affectent point une disposition sériale. Dans l’intérieur du inétathorax et dans un point correspondant justement à la base de l’écusson , il y a plusieurs utricules OPA ques plus ou moins contiguës, de couleur rouillée, qui, la faveur de diverses branches, s’anastomosent soit avec d’autres utricules prothoraciques, soit avec les grandes poches trachéennes de la base de l'abdomen. Ces utricules sous-scutellaires , qui existent aussi dans tous les Pentatomes , et que je n'ai pas su découvrir dans la #. rayée, quoique je présume qu'elles doivent s’y rencontrer, ont une organisation particulière qui rappelle ces chanel de De ou de poumons que Jai signalées et décrites dans mes recherches anatomiques Mae Coléoptères longicornes et sur les Népides. Elles émettent latéralement des espèces de franges, ou plutôt une bourre fine dont les

brins, observés au microscope, sont des vaisseaux trachéens rameux. Ces brins enchevétrés constituent un vestige de tissu parenchymateux dans les filtres duquel il est présumable que l'air est soumis à une sorte de digestion. Ces poches trachéennes métathoraciques méritent une étude particulière, intéressante sous le rapport physiologique, à laquelle je me propose de me livrer.

Les stigmates abdominaux des diverses espèces du genre Pentatome soumises à mes investigations anatomiques, se présentent sous la forme de petits boutons orbiculaires à peine saillans, enchatonnés dans le tégument, constitués par un péritrème cartilagineux dont le centre est ouvert, béant, parfaitement nu. Ces stigmates sont fixes, immobiles pendant l'acte respiratoire. Ils sont noirs dans le P. gris, et dans le P. du genévrier; d’un gris plombé dans le P. dissemblable ; d’un jaune pâle ou verdâtre dans le P. émeraude ; noirs et presque imperceptibles dans le P. orné, avec cette particularité que l’ostioleest situé sur le côté d’une légère éminence; fort petits, noirs et de niveau avec le tégument dans le P. acuminé; moins planes, mais aussi petits et noirs dans le P. du grateron. Les trachées abdominales des Pentatomes ont la même forme, la même disposition que celles de la Scutellère rayée. Ainsi il y a six paires d’utricules stigmatiques, d’où prennent naissance des trachées élastiques en arbuscules. La dissection du métathorax met en évidence, ainsi que je viens de le dire à l’occasion de la Sc. maure , des boursouflures trachéennes ferrugineuses qui s’anastomosent avec celles de l'abdomen et du prothorax.

Dans les genres Coreus, Alydus, Lygœus, Pyrrhocoris, Capsus , Miris, Phymata, Cimex, Aradus, Reduvius, Géocorises qui différent surtout des S'cutellera et des Pentatoma, parce qu'ils n’ont que quatre articles aux anten-

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