GENRE IL. — COREUS, CORÉ
Aux caractères génériques exposés dans les divers ouvrages d’Entomologie , J'ajouterai que dans toutes les espèces soumises à mes dissections , le troisième et le quatrième segment dorsal de l'abdomen présentent au milieu de leur bord postérieur un lobe plus ou moins arrondi, logé dans une échancrure correspondante du segment qui le suit. J’ajouterai aussi que l’étude de la configuration du bout de l'abdomen, dans les deux sexes, peut fournir d’excellens caractères divisionnaires. Ainsi, dans les nombreuses espèces de ce genre, il est un groupe caractérisé par l'abdomen tronqué en arrière et entier dans ies mäles, dentelé ou lobé dans les femelles. Ce groupe naturel, par sa construction et sa physionomie , et qui pourrait cons-
tituer un genre propre, comprend les C. marginatus chloroticus, sulcicornis, quadratus, scapha, spiniger, etc.
Les Côrés habitent, comme les Pentatomes, diverses plantes , et se nourrissent de sucs végétaux.
Espèce 1. COREUS MARGINATUS. Fabr., |. c., p. 192. La Puxaise À Bec. Geoffr., ins. Par., [, p. 446. Rufo-fuscus obscurus , punctato-scabriusculus; capite inter antennas bicuspidato ; antennis rufo-ferrugineis ; articulo primo crassiori subtriquetro scabroso ultimoque obscurioribus ; thoracis lateribus dilatato subreflexis, angulis obtuse spinosis ; abdominis lateribus dilatatis, elevatis, acutis ; hemely-
trorum membrana fusco-ænea ; femoribus scabroso-denticulatis.
Hab. in dumetis, hortis, etc. Long. 6 lin.
Le Coré bordé habite diverses plantes, mais plus spécialement la ronce et l’ancholie. C’esten juillet que l’accouplement a lieu.
Nous venons de voir que le trait le plus distinctif du tube alimentaire des Scutellères et des Pentatomes est d’avoir quatre cordons valvuleux qui précèdent la vésicule biliaire. Dans les Corés, que M. Latreille a eu le tact de placer immédiatement après les Pentatomes, ces cordons existent encore, mais au nombre de deux seulement , et il est digne de remarque qu'après ce genre et l’Alyde , qui n’en est qu’un démembrement, cet organe disparaît; que même quelques espèces de Core et d’Alydes en sont tout-à-fait dépourvues.
Dans le Coré bordé, le canal de la digestion a la même longueur respective, la même configuration et la même structure générale que celui des Pentatomes. Le jabot est conoïde, souvent presque insensible lorsqu'il est vide et contracté. L’estomac éprouve les mêmes variations que le jabot: il est parfois si dilaté par les alimens, que ses bour-
ne Savans étrangers. 21
souflures s’effacent , et si c’est par de l'air qu'il se trouve distendu, ses parois müsculo-membraneuses paraissent d’une extrême minceur, translucides et comme scarieuses. La seconde poche gastrique est un renflement sphéroïdal ordinairement adhérent , par d’imperceptibles trachéoles , au conduit tubuleux qui le précède : elle renferme une bouillie rougeâtre ou jaunâtre. Le col qui sépare cette poche des cordons valvuleux est beaucoup plus long que dans les Pentatomes. Comme je l'ai déjà dit, il n’y a que deux de ces cordons au lieu de quatre. Dans leur position naturelle, ils forment diverses flexuosités, et représentent une fraise élégante, une sorte de mésentère; ils sont diaphanes, et rayés de blanc en travers. L’intestin ou le sac stercoral est plus développé que dans les Géocorises précédens , et rappelle la vessie natatoire de quelques insectes aquatiques ; il déborde de beaucoup l'insertion de la vésicule biliaire , et contient un liquide excrémemtitiel d’un brun sanguinolent, que linsecte fait jaillir: par Panus lorsqu'on linquiète. Les vaisseaux hépatiques sont évidemiment au nombre de quatre, repliés, entortillés, et remplis non d’une bile verte comme dans les Pentatomes, mais d’une humeur blanchätre opaque. Ces vaisseaux ont un bout borgne, flottant, plongé dans le tissu adipeux de la partie postérieure de l'abdomen , tandis que par l’autre bout ils s’insérent isolément par paires, de chaque côté de la vésicule biliaire. Celle-ci est un sac membraneux , ovalaire, transversal, implanté sur le milieu de la longueur de l'intestin, et sessile, c'est-à-dire dépourvu de col.
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Espèce 2. Cor. cHLOroTICUS. Nob. |
Oblongus supra cum antennis rufo-ferrugineus , subtus cum edibus flavo-virescens ; thoracis angulis posticis brevissime subacutis ; hemelytrorum membrana ænea venoso-striata ; pedibus inermibus , tarsis pallide rufis.
Hab. in buxo , myrto Galliæ merid. Long. 5-6 lin.
J'ai rencontré le Coré chlorotique soit en Espagne, soit dans la Provence, soit enfin aux environs de Saint-Sever (Landes). Il est en -dessus d’un roux ferrugineux assez vif, qui s’affaiblit par les progrès de la dessiccation. La couleur du dessus du corps finit aussi par devenir d’un blanchatre sale, et les pattes roussissent. La tête et le premier article des antennes n’offrent ni épines ni aspérités. L’abdomen de la femelle se termine par six dents obtuses; celui du male est entier.
Le €. chlorotique doit se ranger dans la même division que le €. carré. Il a des rapports avec le €. insidiator Fabr. (Coqueb., Illustr., tab. 19, fig. 6); mais il en diffère surtout en ce que les angles postérieurs du corselet de ce dernier se prolongent en une épine bien marquée.
Le canal alimentaire de notre Coré ne présente, quant à la configuration et à la structure de ses diverses parties , aucune différence avec celui du C. bordé. La même description peut s'adapter aux deux espèces.
Espèce 5. COR. QUADRATUS. Fabr. 1. c., p. 109. — Mas. COR. RHOMBEUS ep. *11b: — Femina.
Depressus glaber, supra griseo - testaceus subtus pallide flavescens ; capite inter antennas in acumer producto ; antennarum articulo prümo triquetro, obscuro, terminal Jusco ; thoracis margine dilutiori subserrulato, angulis posticis subacutis ; abdomine dilatato rhomboideo ; hemelytrorum membrana griseo-ænea ; pedibus simplicissimis flavo-pallidis. Hab. in pratis dumetisque. Long. 4 1/2 lin.
La longueur de son tube digestif ne surpasse pas plus de
trois fois celle de son corps; il ressemble du reste à celui du C. bordé. L’estomac renferme une pulpe alimentaire blanche, et la seconde poche gastrique une jaune. Les cordons valvuleux sont diaphanes. ÿ
Esrèce 4. COR. NUG4X. Latr., Hist., T. XII, p. 207.
La PunaISE BRUNE, A ANTENNES ET PATTES PANACHÉES. Geoffr., ins,
Par., I, p. 449.
Ovato-oblongus , supra planus antice attenuatus obscure æneus impresso-punctatus ; Capite inter antennas producto bifido ; scutelli apice extimo , abdominis maculis lateralibus , antennarum pedumque annulis albidis.
Hab. in hortis pratisque. Long. 5 lin.
Antennes et pattes légèrement velues. Dernier article des antennes allongé, cylindrique, glabre, ou tout au plus velouté.
Obs. Ce Coré, par son corselet horizontal et rétréci en avant, ainsi que par la forme des articles de ses antennes, et par la structure générale de son corps, pourrait à bon titre former un genre distinct. Il ne rentre dans aucune des divisions établies par MM. Lepelletier et Serville (Encycl.) pour faciliter la détermination des espèces.
La longueur de son tube alimentaire égale quatre fois celle du corps. L’estomac est allongé, très boursouflé, comme froncé, rempli d’une pulpe blanche. La seconde poche gastrique était allongée et non ellipsoïdale dans les individus, en petit nombre, que J'ai disséqués : peut-être cette configuration était-elle accidentelle. 11 ÿ a une paire de conduits valvuleux, blanchâtres. Les vaisseaux hépatiques sont presque diaphanes. La vésicule biliaire est ovalaire, sessile. L’intestin est une poche plus ample et moins allongée que celle du C. bordé. .
Espèce 5. COR. HIRTICORNIS. Fabr., 1. c., p. 198. — Pauz., fasc. 92, fig. 17.
Oblongus , depressus , supra fusco-rufescens, subtus pallidus, villosus hispidusque ; capite utrinque antice unidentato ; antennis hispido-scabris , articulo terminali nigro cylindrico acuto; thoracis lateribus serrato-spinosis ; abdominis apice emarginato-bidentato; femoribus posticis scabris subtus ad apicem inæqualiter serrato-spinosis.
Hab. in graminosis . dumetis , etc. Long. 4 lin.
Ocelles ferrugineux , saillans. Membrane des hémélytres roussâtre, avec les nervures rameuses. Abdomen profondément échancré à son extrémité dans les deux sexes; sa région dorsale d’un jaune rougeûtre, avec sa base noire. Pattes velues ; jambes plus pales.
Le C. hirticorne a le même genre de vie que le C. bordé, et sa structure extérieure n’a présenté aux entomologistes aucun trait saillant qui düt les autoriser à l’en séparer génériquement. Cependant son organe digestif présente un caractère négatif fort singulier , c’est l’absence complète des cordons valvuleux : on n’y en découvre aucun vestige. C’est encore là une de ces exceptions bizarres, une de ces anomalies dont la nature mystérieuse semble vouloir entraver notre tendance à lui imposer des lois. Du reste , à cette exception remarquable près, le tube alimentaire de ce Coré est organisé sur le même plan que celui du €. bordé. Seulement cette portion du ventricule chylifique qui dans ce dernier est le siége des cordons valvuleux, est ici moins longue, et la poche stercorale est moins développée.
Obs. Le Cor. scabricornis de Panzer (fase. 99, fig. 21), qui a l'abdomen échancté à son extrémité, et la même structure générale que le, €. hirticorne, dont il est d’ailleurs bien distinct comme espèce, doit être aussi, suivant
toutes les apparences , dépourvu des cordons valvuleux du ventricule chylifique.
Esrèce 6. Cor. PAnzErI. Nob.
Cor. crassicorniS. Panz. , fasc. 02, fig. 18, non Fabr.
Oblongus, griseus, subpubescens ; capite antice utrinque breviter unidentato ; antennarum articulo terminali elongato- Jusiformi obscuriori ; scutello apice albido obtuso subcochleato; hemelytris fenestratis ; membrana alisque albo - diaphanis ; abdominis marginibus nigro-maculatis, pedibus nigro-punctatis.
Hab. freq. in hortis pratisque. Long. 3 lin.
Ocelles roussätres, distans, assez gros. Corselet trapézoïdal, un peu déclive en avant, marqué de points enfoncés noirs.
Obs. Cette espèce, avec le €. capitatus de Panzer (fasc. 92, fig. 13), qui n’est point celui de Fabricius; avec le €. magnicornis de Fallen (Monogr., p. 59), avec le C. capitatus de Fabricius, avec les C. errans et clavicornis du même auteur, et peut-être avec les deux espèces mentionnées ci-dessus , devra par la suite constituer un genre nouveau.
Le C. de Panzer a un appareil digestif organisé comme celui du €. hirticorne. Les cordons valvuleux du ventricule chylifique manquent absolument.
GENRE IV. — 4LYDUS, ALYDE.
M. Latreille n'avait considéré dans son Genera Îles Alydus de Fabricius que comme des Corés à corps étroit et allongé, et, dans cette circonstance, il avait pressenti l’organisation viscérale de ces insectes. Ce savant, qui depuis jugea que ce genre devait être décidément adopté, le placa par mégarde après les Zygées, dans la première édition du Règne animal. Plus tard il ne manqua pas de
SUR LES HEMIPTÈRES. 167
saisir la filiation naturelle des 4lydes , et dans la nouvelle édition de ce dernier ouvrage (1829) il leur a assigné leur véritable rang immédiatement après les Corés, et avant les Lygées.
Le canal alimentaire des deux espèces d Alydes soumises à mon scalpel va nous offrir , relativement aux cordons valvuleux, une observation ARE à à celle que nous ont déjà fournie les Corés. Ces cordons existent dans l’une de ces espèces, et ne se rencontrent pas dans l’autre. Ces deux Alydes doivent, sans aucun doute, être placés dans deux genres distincts, comme on peut s’en convaincre par l'étude comparative des caractères anatomiques et entomologiques.
EsPèce 1. ZLYDUS GERANII. Nob., fig. 16.
Subvillosus, supra fusco-æneus impresso-punctatus ; thoracis hemelytrorumque margine tenui, puncto minuto calloso in thoracis margine postico , scutelli apice extimo , abdominisque maculis lateralibus albidis ; antennarum articulis intermedis, tibüisque , exceptis apicibus rufo-pallidis ; tibiis posticis arcuatis subferrugineis ; abdominis dorso sanguineo ; hemelytrorum membrana subænea ; femoribus posticis res oN Et aculeis 4 vel 5 armatis.
Hab. in geraniüs , in hortis pratisque. Long. 5 lin.
Tête offrant dans les individus bien frais des traits ou raies longitudinales rougeätres. Ocelles assez gros , rubis. Premier article des antennes noir ; le second et le troisième d'un roux pale, avec l'extrémité noire; le dernier un peu plus long que le précédent , cylindrique, d’un roux obscur. Bec roussätre > n'atteignant pas la troisième paire de pattes. Corselet presque carré, et en plan légèrement incliné. Un point calleux blanthâtre au milieu de son bord postérieur. Aïles semi-diaphanes. Premier segment dorsal de l’abdomen noir, les autres rougeâtres , avec un point noir un
peu saillant à droite et à gauche de chacun d’eux; le troisième et le quatrième ont, comme dans les Corés, un lobe arrondi. Ventre d’un gris roussâtre, avec les stigmates noirs. Quelques points et une raie latérale obscurs dans le mäle. Premier article des tarses brun, plus long que les deux autres ensemble. Deux petites pelottes sous les ongles. Tibias postérieurs cambrés, surtout dans le mâle , fauves, avec leur base et leur extrémité noires ; ils se terminent par une pointe saillante. Cuisses postérieures amincies vers leur base, armées en-dessous tantôt de quatre , tantôt de cinq épines crochues , et, entre les dernières de celles-ci, de petites aspérités ou dentelures.
L’Alyde du géranium diffère de V4. calcaratus de Fabricius.
Son tube digestif a, lorsqu'il est déployé, trois fois la longueur de tout le corps de l’insecte. L’œsophage est capillaire, droit, semi-diaphane, avec une teinte rougeâtre, et s'implante brusquement sur l'origine du ventricule chylifique, sans aucune trace de jabot. L’estomac est allongé , plus où moins boursouflé, blanchâtre , occupant le métathorax et la base de la cavité abdominale. Il est suivi d’un tube filiforme , flexueux et replié sur luiméme , présentant avant sa terminaison le renflement ellipsoïdal que j'ai désigné sous le nom de seconde poche gastrique; après celle-ci un tube assez court , parfaitement nu, c’est-à-dire sans aucune trace des cordons valvuleux. L'appareil hépatique ressemble à celui du €. bordé. Les quatre vaisseaux biliaires sont diaphanes, assez gros, et ne paraissent point variqueux. La vésicule est sessile à l’origine et sur le côté de la poche stercorale ou intestin. Celui-ci ne déborde pas sensiblement à sa naissance la vésicule biliaire, mais il a assez d’ampleur, et dégénère en arrière en un conduit tubuleux qui s'ouvre par l’anus.
Esrèce 2. ÂLY DUS APTERUS. Nob. fig. 18.
Apterus , linearis, glaber, nigro-æneus ; hemelytris abdomine duplo brevioribus membrana destitutis, impresso-punctatis ; thoracis hemelytrorum abdominisque lateribus albidis ; pedibus inermibus , tarsis antennarumque annulis duobus pallidis.
Hab. in graminosis Galliæ merid. occid. (Saint-Sever). Long. 5 lin.
Tête de la largeur du corselet, marquée sur le vertex d’une ligne médiane enfoncée. Ocelles très rapprochés. Antennes fort grêles, insérées sur une apophyse du front, en avant des yeux. Premier article tout noir, conoïde, le deuxième et le troisième blanchâtres au centre, le dernier cylindrique, allongé, roussätre. Bec ne dépassant point la seconde paire des pattes. Corselet de la largeur de l'abdomen , fortement ponctué dans sa moitié postérieure. Écusson en triangle allongé et pointu. Hémélytres obliquement taillées en biseau à leur extrémité. Abdomen canaliculé par le relèvement de ses côtés; sa bordure blanche, formée par la saillie de la membrane souple qui sépare les segmens dorsaux des ventraux.
L’Alyde aptère exhale comme le précédent une odeur spéciale un peu acescente. Il s’accouple au mois de mai. La femelle est plus grande que le mâle, et, dans une gestation avancée , son abdomen est énormément distendu et comme fusiforme , avec une large bordure blanche formée par le dédoublement dont je viens de parler.
Son canal alimentaire a un peu moins de longueur que celui de l'espèce précédente. Il offre du reste la même conformation, la même structure générale, avec cette différence très essentielle que la vésicule biliaire est précédée par deux cordons valvuleux disposés comme ceux du Coré bordé, et d’une teinte rosée ; ces cordons sont
jé , + Savans étrangers. 22
variqueux ou plissés en travers. Les vaisseaux hépatiques ont une couleur verte assez intense , et sont assez gros, vu l'étroitesse de linsecte. La vésicule biliaire est presque carrée et insérée sessilement sur le côté de l’origine du sac stercoral.
GENRE V.— PYRRHOCORIS , PYRRHOCORE.
Le Cimex apterus de LinnϾus a une physionomie,
une structure et des habitudes qui en forment une espèce en quelque sorte isolée dans le genre des Zygées, où Fabricius et la plupart des auteurs l'ont compris. Aussi Rodhe , dans une thèse sur une nouvelle classification des Hémiptères, soutenue en 1814 , sous la présidence du professeur Fallen , à Lund, a-t-il créé pour cet insecte un zenre nouveau , sous la dénomination de Pyrrhocoris. Indépendamment des traits entomologiques dont l’absence complète des ocelles est le principal, l’organisation viscérale de cet Hémiptère justifie sa séparation comme genre propre. MM. Lepelletier et Serville, auteurs de l’article Salde de l'Encyclopédie méthodique, n’ayant pas sans doute connaissance de la thèse précitée, ont compris le Cimex apterus dans le genre Æstemma ; tandis que M. Latreille, tout en conservant ce dernier genre dans la nouvelle ot du Règne animal (1829), mentionne dans les Lyrgées le Géocorise dont il est ici question.
Espèce 1. PYRRHOCORIS APTERA.
Lyeæus aprerus. Fabr., 1. c., p. 227.
La Punaise ROUGE Des JarDINs. Geoffr., 1. c., E, p. 440. Aptera , ovato-oblonga , glabra , atro rubroque varia ; thoracis macula transversa atra; hemelytris abdomine dimidiobrevioribus subtruncatis macula rotunda, puncto, margine scutellari apiceque tenut, atris; femoribus anticis in utroque sexu subtus minute tridentatis.
Hab. freq. in malvaceis. Long. 3 1/2 lin.
Cet insecte a l'habitude de se réunir en sociétés assez
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nombreuses , en véritables troupeaux. Il vit spécialement sur diverses malvacées , dont il pique les capsules ; il n’exhale, quand on le manie, aucune mauvaise odeur ; il s'accoupie au commencement de juin. Geoffroy et quelques autres auteurs ont rencontré des individus de cette même espèce pourvus d'ailes. Je possède aussi dans ma collection un individu male ailé, pris dans le midi de l'Espagne; ces ailes sont parfaitement propres au vol, et d'un gris un peu bronzé, avec des nervures canaliculées. Outre cela, les hémélytres se terminent par une portion membraneuse tout-à-fait noire , avec des nervures relevées. La larve a le même genre de vie que linsecte parfait ; mais il n’est pas rare de rencontrer ses troupeaux dans les lieux abrités du grand jour, tels que sous les tas de plantes pourries , les écorces d'arbres, etc.
Le canal digestif de la Pyrrhocore est un peu plus long que celui des Géocorises précédens , puisqu'il surpasse cinq fois la longueur du corps; il présente d’ailleurs les mêmes dilatations , comme l’indiquent les figures qui accompagnent mon travail; mais les cordons valvuleux n’y existent point, l’organe hépatique y revêt des traits particuliers que j’exposerai bientôt, et l'intestin ou la poche stercorale y est encore plus ample que dans les Pentatomes. Dans quelques circonstances, le tube filiforme qui suit l'estomac offre distinctement, au microscope, des fibres transversales ou annulaires, excepté à un petit étranglement qui précède la seconde poche gastrique. Cette structure, qui n’est pas toujours sensible, est exprimée dans l’une des figures.
La portion du tube alimentaire qui, dans les Scutelléres et les genres voisins , est le siége de ces cordons valvuleux dont les fonctions sont encore un mystère, est fort remarquable dans la Pyrrhocore , par l'existence de
plusieurs appendices vésiculaires latérales, plus où moins prononcées suivant certaines conditions. Ces vésicules , qui ont aussi été mentionnées sous cette méme dénomination par Ramdohr (1. c., p. 193), sont situées vers l'extrémité postérieure du tube : on les prendrait au prenier coup d'œil pour de simples caroncules de la membrane musculaire du conduit digestif, mais leur organisation utriculaire et membraneuse est mise en évidence par les verres amplifians. Elles sont en nombre variable ; mais ordinairement on en compte six ou sept, et leur disposition n'offre rien de symétrique. Dans quelques circonstances favorables , elles sont ovoïdes , distendues ; dans d’autres je les ai trouvées tellement affaissées ou ratatinées, qu’il aurait été difficile d'en soupconner l'existence si des dissections antérieures ne les eussent évidemment constatées. Dans certains cas fort rares je n’en ai rencontre qu’une seule de chaque côté, mais un peu plus développée. Ne faut-il pas considérer ces utricules comme le rudiment, le vestige d’un organe qui a disparu? Ne sont-elles pas ici le simulacre imparfait et fugitif des cordons valvuleux ? Enfin leur- forme , leur texture, leur isolement, ne semblent-ils pas devoir fortifier l’idée émise plus haut, que ces derniers ne sont peut-être que de longues valvules celluleuses ?
Dans les Géocorises dont nous venons d'étudier l’appareil biliaire, il n'existe qu’un seul réservoir hépatique, et celui-ci s’abouche à l’origine et sur le côté de la poche des excrémens. Dans la Pyrrhocore il y a deux vésicules biliaires sphéroïdales , insérées l’une à droite, l’autre à gauche de l’extrémité postérieure du ventricule chylifique, justement entre les utricules vestigiaires de celui-ci, et un léger bourrelet circulaire, indice d’une valvule que je nommerais presque iléo-cæcale. Il n’y a pour chacun de
SUR LES HÉMIPIÈRES. 175 ces réservoirs Sphéroïdaux qu’un seul vaisseau biliaire, quoique celui-ci y ait deux insertions bien distinctes et séparées. Les replis de ce vaisseau sont agglomérés à la partie postérieure de la cavité abdominale, et tellement entrelacés d’imperceptibles trachées, qu'il faut une patience éprouvée pour les dérouler sans les rompre, Ce vaisseau a un aspect variqueux, une texture fragile, et il renferme une humeur d’une teinte verdâtre.
GENRE VI — ZLYGÆUS, LYGÉE.
Ce genre, établi par Fabricius, a été beaucoup restreint dans ces derniers temps. Ce nom est plus spécialement affecté aujourd’hui à quelques Géocorises longilabres, à corps ovale-oblong, à antennes filiformes de quatre articles insérées à la partie inférieure des côtés de la tête, à deux ocelles saillans placés entre les yeux, à pattes simples, à crochets des tarses garnis d'une pelotte profondément bilobée, etc.
Ils paraissent se nourrir du suc de diverses plantes.
Esrèce 1. LYG. LAGENIFER. Nob.
Oblongus , rubro nigroque varius ; thoracis lateribus maculaque dorsali lageniformi rubris ; hemelytrorum Jascia transversa punctoque in margine scutellari nigris, membrana obscure nigra basi maculis tribus albis ; ventre punctis utrinque quatuor antennis , scutello pedibusque nigris.
Rarissime in floribus (Saint-Sever). Long. 6 lin.
Il ressemble entièrement, pour sa forme, au L. equestris Fabr.; mais il est plus grand que lui, et autrement coloré, Il exhale une odeur point désagréable d’éther acétique : sa couleur noire est légérement saupoudrée de cendré. Dessus de la tête occupé par une grande tache rouge profondément et étroitement échancrée au devant. Dos du corselet offrant , comme l'indique la figure 23 ci-
jointe, une tache rouge représentant un vase élégant , une sorte de bouteille qui reposerait sur un pied, et dont le gouleau se terminerait par un évasement transversal. Région dorsale de l'abdomen rouge, avec cinq points noirs sur chaque bord latéral ; la ventrale ayant de chaque côté une série longitudinale de quatre points noirs, avec le bord antérieur des segmens noir au centre et sur les côtés. Région pectorale du corselet marquée à droite et à gauche de trois grandes taches rouges. Aïles blanchâtres, avec la nervure extérieure rouge.
Il y a trente ans que je découvris pour la première fois ce.rare {ygée aux environs de Saint-Sever. Je viens d'y en rencontrer un individu que J'ai sacrifié à l'anatomie, à cause de sa taille ; c'était une femelle.
Le conduit alimentaire du Lygée lagénifire égale, quand il est déployé, quatre fois la longueur de son corps. l’œsophage, capillaire à son origine, et d’une texture diaphane , ne m'a point paru se dilater en un jabot distinct. Le ventricule chylifique commence par un estomac boursouflé, allongé, blanchâtre, d’un tissu mou et expansible , occupant une partie du thorax et de l’abdomen. Cet estomac dégénére, en arriére, en un tubefiliforme replié sur lui-même, d’une couleur jaunäâtre; avant sa terminaison à la vésicule bilaire, il présente un renflement ovalaire, de forme variable. Une sorte de col fort court sépare brusquement cette seconde poche gastrique de la vésicule biliaire. Celle-ci, dans son état de plénitude, est assez grosse, presque globuleuse, remplie d’un liquide limpide; elle recoit de chaque côté deux insertions des vaisseaux hépatiques. Ces derniers, d’abord atténués , puis plus gros et comme variqueux, sont incolores, extrêmement repliés sur eux-mêmes; ils ne forment pour chaque côté qu'une seule anse à double insertion. Un petit col
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fort court, mais assez distinct, unit la vésicule biliaire à la poche excrémentitielle , et cette union ne m'a point paru latérale. L’intestin est un sac dilaté, conoïde , renferinant un liquide fécal d’une couleur obscure.
Esrèce 2. LyG. HYosCr AMI. Fabr., 1. c., p. 218. — Panz., fasc. 70, fig. 21.
La Ponaise ROUGE 4 CROIX DE CHEVALIER. Geoffr., |. c., p. 441.
Ovato-oblongus , rubro nigroque varius , pubescenti-subvillosus ; capitis vertice rubro ; thoracis margine antico ma-
culisque duabus subbilobis nigris ; scutello rubro basi nigro;
hemelytris rubris macula media margineque scutellari nigris; membrana immaculata æneo-diaphana; ventre rubro punctis nigris triplici serie; antennis pedibusque nigris.
Hab. in pratis, hortis , etc. Long. 4 lin.
Le canal digestif de ce Lygée a la plus grande analogie de longueur, de configuration et de structure avec celui de l'espèce précédente, et je serais obligé de me répéter de point en point si Je voulais en exposer la description.
GENRE VII — CAPSUS, CAPSE.
C'est aussi Fabricius qui a fondé cette dénomination générique , adoptée par M. Latreille pour des Géocorises longilabres distincts des précédens, non-seulement par la gracilité brusque des deux derniers articles des antennes, par la villosité de celles-ci, par Pabsence d’ocelles, par des pattes grèles et très fragiles, mais par un caractère saillant fourni par la structure de l’organe génital externe des femelles; c’est l'existence d’un oviscapte logé dans une rainure longitudinale des derniers segmens ventraux de l'abdomen , oviscapte analogue à celui qui est propre aux Cicadaires. MM. Lepelletier et Serville (Encycl. méth.) ont aussi signalé ce caractère, mais sans entrer dans des détails. J'exposerai ceux-ci à l’article des organes génitaux.
Indépendamment de ces traits, Je remarque dans toutes les espèces de Capsus soumises à mon observation, que l'extrémité de la portion coriacée de l’hémélytre forme une pièce triangulaire, séparée du reste par un pli transversal ou une articulation propre, qui lui permet des mouvemens spéciaux ; cette pièce est assez brusquement déclive en arrière. La partie membraneuse des hémélytres ne présente qu'une seule nervure placée en arc vers sa base. Une figure rend sensibles ces caractères génériques, qui n’ont point été saisis par les entomologistes. Enfin j'ajouterai que dars ce genre, ainsi que dans le suivant, il ya dans les deux sexes sept segmens stigmatifères à la région ventrale de l'abdomen.
Les Capses habitent tous sur les plantes, sont agiles, et assez prompts à s'envoler.
Espèce 1. C4PSUS TRICOLOR. Fabr., |. c., p. 246. — Panz., fasc. 03, fig. 20.
La Puxaise sArRANÉE. Geoffr., 1. c.,.[, p. 444.
Ovatus, ater rufusve , glaber, nitidus , punctatus ; thorace antice impunctato , hemelytris Race apicali coccinea ; membrana nigra basi macula albida; antennarum articulis duobus nt pallidis.
Hab. in hortis , urtica dioica præsertim. Long. 3 lin.
Ce Capse est fort commun en été dans nos jardins. Sa couleur est très variable : les mâles sont plus souvent noirs, et les femelles roussätres ; il est des individus qui ont le corselet noir, avec une bordure rousse. Les pattes sont roussâtres , avec les cuisses en grande partie noires.
Le tube digestif du Capse tricolor a environ trois fois la longueur du corps de l’insecte, L’œsophage ne m’a pas paru se renfler en un Jabot; malgré cela je suis loin d’exclure l'existence de celui-ci , attendu que je l'ai bien clai-
rement vu dans les Miris. L'estomac est allongé, boursouflé , rempli d’une pulpe alimentaire le plus souvent Jjaunâtre, quelquefois orangée. Dans les divers individus que J'ai disséqués je n’ai point rencontré à la suite de l'estomac, ainsi que dans la plupart des Géocorises précédens, un tube filiforme, long et replié sur lui-même, mais un renflement irrégulièrement ovoïde, séparé de lui par un étranglement. Une autre dilatation, analogue à la seconde poche gastrique des Pentatomes, suit immédiatement ce renflement. J’observerai que les étranglemens placés sur le trajet du ventricule chylifique ne présentent dans leur structure aucun indice de valvule; circonstance qui peut bien rendre variables le volume, la configuration et même l’existence de ces renflemens. Quoi qu'il en soit, la dernière dilatation s’amincit en arrière pour $aboucher latéralement à l’origine du véritable intestin. Celui-ci ressemble, pour sa forme et sa grandeur, au renflement qui le précède ; il contient un liquide’ excrémentitiel brunâtre , et s’atténue en arrière pour aboutir à Panus.
L’organe hépatique de ce Capse est fort différent de celui des Hémiptères dont J'ai précédemment exposé l’appareil digestif, et se rapproche au contraire beaucoup de celui de la Punaise des lits, comme nous le verrons plus bas. 11 n’y a ici aucune trace de réservoir ou de vésicule biliaire. Les vaisseaux hépatiques, que J'ai été assez heureux pour dérouler complètement malgré leur extrême fragilité, sont au nombre de deux seulement, un pour chaque côté. Ils sont longs, grêles, fort repliés, d’une teinte verdâtre, et variqueux, excepté en approchant de leur point d'insertion ; ils s’implantent par quatre bouts distincts, nen pas à l’origine de l’intestin lui-même, comme un examen superficiel pourrait le faire croire,