Savans étrangers
mais tout-à-fait à l'extrémité de la portion tubuleuse de la dernière poche ventriculaire.
GENRE VIII. — AIRIS, MIRIS.
Le caractère le plus saillant qui distingue les Miris des Capses, c’est que leurs antennes sont insensiblement atténuées de la base à la pointe, et très glabres.
Espèce 1. MIRIS CARCELII. Encycl. méth., T. X, p. 325.
Ovato-oblongus ater glaber, thoracis marginibus (posteriori excepto) scutellisque apice rubris; hemelytris rubris maculis duabus ovatis distinctis membranaque atris ; pedibus simplicibus , abdominis margine rubro.
Hab. in hortis, pratis frequens (Saint-Sever). Long. 4 lin.
V’ariat in utroque sexu thorace rubro maculis duabus atris.
Espèce commune dans nos contrées, sur diverses plantes, rencontrée aussi dans lAnjou par M. Carcel. Ventre tantôt tout-à-fait noir, à l’exception de lanus, tantôt marqué d’une raie latérale rouge. Cuisses postérieures quelquefois rougeûtres à leur base. Toutes ces variations indépendantes du sexe.
L’organe de la digestion de ce Miris, quoique formé sur le même plan que celui du Capse, présente néanmoins quelques légères différences. Ainsi l’'œsophage , presque capillaire à son origine , se renfle ensuite en un jabot oblong assez marqué. Au lieu du grand renflement ovoïde, qui dans l’espèce précédente suit l’estomac, cette portion du ventricule chylifique forme ici une courbure ou une anse cylindroïde. La seconde poche gastrique est séparée de celle-ci par une coarctation assez brusque. L’intestin est un sac ovale, conoïde. Les vaisseaux hépatiques sont au nombre de quatre, flottans par un bout, et insérés isolément par l’autre à l'extrémité du ventricuie chylifique.
SUR LES HEÉMIPTÈRES. 179 Espèce 2. Miris NANKINE4. Nob.
Ovato-oblongus, niger, thorace scutello, hemelytrisque testaceo-nankineis ; membrana maculaque ad scutelli basim atris ; femorum basi abdominisque lateribus rufis.
Hab. in pratis , ericetisque (Saint-Sever). Long. 4 lin.
Le Miris nankin a la forme et la grandeur du précédent : il est plus rare.
Esrèce 3. Miris COCCINE14. Nob.
Ovato-oblongus niger , thorace , scutello hemelytrisque coccineis ; membrana maculaque ad scutelli basim atris ; abdominis lateribus anoque rubris.
Hab. in pratis (Saint-Sever). Long. 4 lin.
L'appareil digestif du Miris écarlate et du Miris nankin ne diffère en rien de celui du Airis de Carcel.
GENRE IX. — PHYMATA, PHYMATE.
M. Laireille créa le premier ce genre d'Hémiptères, et le nom de Phymata qu'il lui imposa fut arbitrairement changé en celui de Syrtis par Fabricius. Une structure singulière et bizarre, une physionomie hétéroclite, rendent ces Géocorises fort remarquables. On n’a encore rencontré qu'une seule espèce de ce genre en Europe, et c’est celle qui a été soumise à mes investigations anatomiques. Quoique connue depuis long-temps, elle a été mal étudiée, comme on va le voir.
Avant tout j'observerai que l’organisation viscérale de la Phymate, celle surtout de son appareil salivaire, conlirment pleinement la place assignée à ce genre par M. Latreille à la suite des Airis et à la tête des Acanthia primitifs de Fabricius. Ces caractères anatomiques, et l'existence de deux articles seulement aux tarses, four
nissent des raisons légitimes d’ériger en une famille distincte les genres Phymata , Tingis, Aradus et Cimex.
Les auteurs se répétant les uns les autres , et sans doute induits en erreur en invoquant la loi de l’analogie , ont avancé que les tarses des Phymates étaient composés de trois articles. Il n’y en a réellement que deux, au moins dans l'espèce européenne: le premier est petit, fort court, difficile à mettre en évidence parce qu'il est caché par les poils qui garnissent l'extrémité tarsienne du tibia; Île second très long, cylindroïde , se termine par deux crochets ou ongles simples, médiocrement arqués, dépourvus de pelottes.
Les pattes antérieures sont ravisseuses , c’est-à-dire conformées de manière à exercer la préhension sur une proie vivante; ce qui fait présumer que ces Hémiptères font la chasse à de faibles et petits insectes qu’ils sucent. Ces pattes, courtes et robustes, sont, ainsi que le dit M. Latreille , en forme de serre monodactyle de Crustacés ; elles se composent 1°. d’une hanche de deux articles, dont celui qui se fixe au corps est bien plus long, cylindroide, garni à son bord inférieur d’aspérités , tandis que le second , fort petit, s'implante sur la face interne de la cuisse , près de l’extrémité postérieure de celle-ci, et non tout-à-fait à son bout : ce mode d’articulation à pivot donne une grande latitude aux mouvemens; 2°. d’une cuisse élargie en raquette triangulaire, hérissée à son bord supérieur d’aspérités qui correspondent à celles du premier article de la hanche. A la faveur de cetie structure, la cuisse, en se contractant sur la hanche, saisit et serre fortement une proie entre ces aspérités , pour la rapprocher du bec. Le bord antérieur de la cuisse est taillé en biseau tranchant, et se termine inférieurement par une dent pointue; 3°. d’une pièce en forme d’ongle ou d’ergot
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long et arqué, qui tient lieu de tarse et de tibia , et qui dans la rétraction se couche sur le côté interne du bord antérieur de la cuisse, en formant la pince avec la dent qui termine ce bord; ainsi cet ongle n'est recu ni dans une rainure ni dans un canal, comme on l’a avance. Le bord correspondant de la cuisse est, ainsi que je l'ai dit, taillé en biseau, et cette conliguration est très propre à favoriser l’acte préhensif.
Dans notre Phymate il y a un écusson distinct, triangulaire, pointu, qui n’est nullement un prolongement du corselet , ainsi que le prétendent quelques auteurs.
Espèce 1. PHYMATA CRASSIPES. Latr.
SYRTIS CRASSIPES. Fabr., 1. c., p. 121. — Panz., fasc. 23, fig. 24.
La Punaise 4 PATTES DE cRABE. Geofir.,l. c,, I, p. 447.
Fusco-rufescens , subtus cum antennis pedibusque pallidior ; capite supra plano scabriusculo apice bifido ; antennarum articulo terminali elongato cylindrico-subfusiformi ; thoracis dorso bicarinato, illius abdominisque lateribus dilatatis reflexis, dentatis; abdomine utrinque ad basim albido ; tibüs tetragonis asperulis.
Hab. in graminosis sepibusque. Long. 3 1/2 lin.
Cet insecte, rare dans nos contrées, vole avec agilité, et n’exhale, quand on lirrite, aucune odeur appréciable.
Le canal alimentaire de la Phymate crassipède n’a pas plus de deux fois et demie la longueur de son corps. L’œsophage, capillaire dès sa sortie de la tête, se dilate ensuite en une portion conoïde qui ne m'a pas paru distincte du ventricule chylifique par une coarctation. Celui-ci est allongé, replié, boursouflé, à peu près d’un même diamètre dans toute son étendue, c’est-à-dire sans distinction ni d'estomac, ni de portion filiforme, ni de seconde poche gastrique. Les vaisseaux hépatiques , inco-
lores, très entortillés , et non sensiblement variqueux , sont au nombre de deux, s’abouchant par quatre insertions isolées autour de lextrémité postérieure du ventricule chylifique. L’intestin destiné au séjour des matières fécales est une poche dilatée, conoïde, amincie en arrière pour la formation de l'anus.
GENRE X. — 4RADUS , ARADE.
Ce genre, institué par Fabricius et maintenu par M. Latreille, est des plus naturels. Les espèces qu'il renferme sont remarquables par la dépression, la minceur de leur corps, ce qui leur permet de s’insinuer sous Îes écorces des arbres morts, où elles passent leur vie ordinairement réunies en sociétés. Il paraît qu’elles s’y nourrissent de petites larves.
Un caractère assez saillant paraît avoir échappé aux entomologistes, ou aura été mal apprécié par eux; c’est que les Æradus, ainsi que les Phymates et la Punaise, n'ont que deux articles aux tarses. Les figures que j'en donne suppléeront à de plus amples détails sur ce point.
Esrèce 1. ZRrADUS AV ENIUS. Nob. fig. 56.
An Z.-£2#r1s? Fabr.,lc., p. 110.
Ovatus, planissimus , fusco-piceus , lævis , muticus; capite antennis , thoraceque nigris; hemelytris homogeneis , subaveniis , nigro-fumosis ante basim pallidis ; antennarum articulis duobus primis ovato-turbinatis ; scutello apice rotundato ; alis subnullis.
Hab. sub arborum cortice (Saint-Sever). Long. 1 1/2 lin.
Espèce fort singulière , qui doit même faire modifier dans les auteurs l’expression des caractères habituels du genre. Corps encore plus plat que celui de la Punaise des lits, comme membraneux. Tête munie d’un col fort court, mais distinct, offrant au-devant des yeux une
petite saillie tronquée pour l'insertion de l'antenne. Bec plus court que la tête. Bord antérieur du corselet présentant un léger relief plus luisant , festonné en arriere. Hémélytres dépourvues de partie membraneuse , par conséquent de texture homogène, et n’ayant qu’un vestige de nervure à leur base seulement. Ces deux traits paraissent exclusivement propres à notre espèce. Ailes blanches, fort petites, rudimentaires. Dernier segment de l’abdomen entier dans la femelle, échancré, et muni d’une pièce conoïde obtuse dans le mâle. Les larves ont une couleur ferrugineuse , et sont couvertes de points et de taches noirs arrondis, de diverse grandeur, disposés symétriquement en séries longitudinales.
Le conduit alimentaire de l’Ærade sans nervures a une longueur qui ne surpasse pas trois fois celle de son corps. L’œsophage , d’une ténuité plus que capillaire, est droit, assez long, et ne m'a offert aucune trace de l'existence d’un jabot. Le ventricule chylifique, brusquement disünct de l'œsophage par sen gros calibre, est simplement cylindroïde et uni dans cette portion que J'ai désignée, dans Îles autres Géocorises, sous le nom d'estomac. Un renflement ellipsoiïdal où irrégulier, mais toujours placé sur le côté, par l'effet de l’inflexion de l'organe, est séparé de cette première poche gastrique par un étranglement marqué, et s’amincit en arrière pour recevoir aussitôt l'insertion des vaisseaux hépatiques. L'intestin, ou la partie du tube digestif qui succède à cette insertion , est proportionnellement plus long dans l’{rade que dans les autres Géocorises ; il débute par une portion plus grêle, qui, avant de se terminer à l’anus, présente un léger renflemernt.
Les vaisseaux hépatiques présentent dans l’Ærade une disposition toute particulière dont je n'ai encore ren-
contré aucun exemple dans les Hémiptères que j'ai disséqués ; ils sont gros, vu la petitesse de l’insecte, blanchätres ou diaphanes et très variqueux dans la plus grande partie de leur étendue. Il ne m'est pas bien démontré s'ils sont au nombre de quatre flottans par un bout, ou de deux seulement sous la forme d’une anse très repliée, parce qu'il m'a été impossible de les déployer dans leur intégrité. On concevra sans peine les difficultés de la dissection d’un insecte mince comme du papier, et qui n'a qu’une ligne et demie de longueur. Ce que je puis affirmer, c’est que de chaque côté ces vaisseaux se réunissent deux à deux en un conduit commun assez long, nullement variqueux, qui par son diamètre se confond avec le tube digestif, où il s’insère. Aussi ce tube paraît-il en cet endroit comme partagé en trois branches égales.