‹ Recherches anatomiques sur l'ombrelle de la MéditerranéeChapitre 7 sur 26 · H. ÉTUDES. — SC. NAT. IL, — ART. N° G · texte numérisé non relu

H. ÉTUDES. — SC. NAT. IL, — ART. N° G

Les parois de l'estomac s'amincissent en avant et en arrière, mais vers le milieu elles sont très-épaisses, surtout sur la face supérieure, en raison du grand nombre de fibres qui en partent. Celles-ci sont même tellement nombreuses sur cette face, que, lorsqu'on vient à les couper très-ras, elles forment une espèce de velours à brins très-serrés, au milieu desquels il est assez difficile de suivre les tractus nerveux.

L’estomac, de mème que le tube digestif, est tapissé à sa face interne d’un épithélium eylindrique dépourvu de cils vibratiles ; mais 1l présente de plus une couche assez épaisse et transparente de tissu cartilagineux. Cette couche n’est point une formation cuticulaire des cellules épithéliales dont les surfaces libres se souderaient entre elles de manière à constituer une membrane continue, analogue à celles qui se voient, d'après M. Leydig, à divers degrés de développement dans beaucoup de Gastéropodes. fei, en effet, outre que ses caractères rappellent ceux des tissus cartilagineux, elle se trouve immédiatement sous-jacente à l’épithélium.

La démarcation est bien plus sensible entre l'estomac et l’intestin qu'entre l’estomac et l'æsophage. On peut en effet considérer l'intestin comme naissant en arrière de l’origine des canaux biliaires ; c’est du reste ordinatrement là qu'on fait cesser l'estomac chez la plupart des Mollusques, et, de plus, icile changement dans la consislance des parois et un léger étranglement ne semblent laisser aucun doute.

L'intestin (1) commence donc au sommet de la courbe que décrit l'estomac. Contenu, dans la première partie de son trajet, dans le foie qui le recouvre plus ou moins suivant les individus, mais de telle sorte qu'il n'apparaît que rarement à la superficie, il se dirige ensuite obliquement à gauche vers le bord de la masse viscérale; s’'ineline, en passant au-dessous de là glande de Bojanus, vers le plancher de la cavité sur lequel il repose jusqu'à la partie antérieure, et remonte de là sur le bulbe, qu'il croise parallèlement à son axe, enfoui dans les lobes de la glande

(4) Vox. pl. B, fig. 2,‘etipl:(C, fe. 250E:

RECHERCHES SUR L'OMBRELLE DE LA MÉDITERRANÉE. 99 hermaphrodite. Parvenu à droite sur les glandes génitales, 11 se recourbe brusquement de nouveau, et se rend directement en arrière, longeant le bord droit de la masse viscérale au-dessous du sac péricardique, de l'organe de Bojanus et de son canal excréteur ; il arrive ainsi à la partie postérieure, traverse la paroi du corps plus ou moins obliquement, et vient déboucher au dehors au sommet d’un tube flottant librement dans l'eau.

Dans tout son trajet son calibre est régulièrement cylindrique, excepté à ses deux extrémités. À son origine, en effet, il se renfle en un cul-de-sac postérieur à parois plus minces (1) ; en arrière, au contraire, au moment où 1l devient extérieur, il se rétrécit et se fronce en dedans, de manière à former en ce point une sorte de sphmeter.

Ses parois sont minces et marquées de plis longitudinaux, mais qui disparaissent quand elles sont distendues.

L'anus (2) me semble devoir être représenté ici, non plus par un simple orifice, mais par le petit tube tout entier qui fait saillie à la partie postérieure et à droite, dans le sillon circulaire qui sépare le pied du manteau. H dépasse la coquille et est en rapport avec la branchie, dont le bord interne vient se rattacher près de lui. Sa muqueuse présente aussi des plis saillants, mais plus marqués que dans le reste de l'intestin.

C'est la seule partie du tube digestif dont l’épithélium soit vibratile.

Il est à noter que le tube anal s'implante plus ou moins obliquement sur la paroi du corps, de telle sorte que sa partie droite attemt quelquelois jusqu'au double de sa partie gauche.

En résumé, le canal digestif tout entier déerit un tour et demi : il est d'abord dirigé d'avant en arriere, de la partie antérieure à la partie postérieure de la cavité ; là il se replie sur luimême, puis décrit à gauche une anse dont tous les points ne sont pas sur le même plan, se courbe en avant en croisant transversalement la partie supérieure du bulbe, et, arrivé au bord droit de la masse viscérale, se coude presque à angle droit

) Voy: pl: G;,'fig.-4;.e.

(1 (2) Voy. pl. B, et pl À, fig. 1, F.

pour se diriger directement en arrière et se terminer dans le sillon circulaire.

2° Glandes annexes du tube digestif.

Les glaudes annexes du tube digestif sont de deux ordres : les glandes salivaires, qui se déversent dans la cavité buccale, et le foie, dont les canaux excréteurs débouchent dans l'estomac. Elles ne présentent rien que de très-analogue à ce qui se voit dans les autres Gastéropodes.

A. Glandes salivaires. — Les glandes salivaires se trouvent comme d'habitude dans le voisinage de la bouche. Elles forment deux masses volumineuses placées de chaque côté de l’œsophage et du bulbe, et reposant directement sur le plancher de la cavité (1). Leur épaisseur est peu considérable relativement à leur longueur. On les voit, en effet, arriver dans la partie antérieure au milieu des insertions des fibres musculaires du bulbe, tandis qu’en arrière elles s'étendent jusqu’au-dessous du foie.

Elles se confondent en dedans et se réunissent par une partie rétrécie qui constitue comme un collier autour du tube digestif, de telle sorte qu'au premier abord, on croirait n'avoir affaire qu'à une seule glande impaire et symétrique, si lon ne découvrait bientôt les deux canaux excréteurs qui s’en détachent de chaque côté.

Les relations anatomiques qu’elles présentent sont nombreuses et importantes.

Accolées en dehors et en dessous aux parois de la cavité, mais sans adhérence, elles sont recouvertes en dessus par la glande hermaphrodite et le foie, dont les lobes s’entrecroisent et se mêlent si intimement aux leurs propres, qu'il est impossible de séparer ces organes sans déchirer une partie de leurs tissus. Elles sont de plus en rapport, à ganche, avec la partie descendante du corps de Bojanus, et à droite avec la masse générale.

En avant, elles concourent à limiter la cavité dans laquelle

(1) Voy. pl B, fig. 4, H.

est contenu le bulbe, ainsi que la première partie de l'œsophage et les centres nerveux.

Les parois de cette cavité, ou plutôt de ce sinus constamment rempli de sang, sont formées en arrière et sur les côtés par les glandes salivaires, à gauche par la masse génitale et surtout par la poche copulatrice; en avant et en bas, par le cul-de-sac du mamelon buceal et par le plancher de la cavité viscérale. Elles sont recouvertes d’une membrane marquée de nombreuses taches de pigment noir, qui les complète à la partie supérieure, et qui, en arrière, après avoir tapissé les glandes salivaires, vient se replier sur l’æsophage. Cette membrane n’est pas continue dans toute son étendue ; nous verrons en effet, quand nous étudierons l'appareil circulatoire, qu’elle présente des pertuis qui permettent au sang de circuler dans les cavités veineuses du pied et dans celles qui se trouvent tout autour du tube digestif.

Les glandes salivaires sont en outre traversées par la plupart des nerfs qui partent des centres nerveux.

Leur structure est fort simple. Elles sont formées d’acini agglomérés en lobuleset en lobes, et appendus à des tubes excréteurs qui se réunissent de proche en proche dans l’intérieur de la glande et se réduisent à deux canaux, un pour chaque côté, qui vont se déverser dans la cavité de la bouche (1).

Chacun de ces canaux (2) flotte librement dans la cavité qui contient le bulbe. Il n’est point simple dans toute son étendue; en effet, les divisions par dichotomie qu’il donne dans l’intérieur de là glande commencent déjà en dehors d'elle, de telle sorte qu'à son origineil est formé par la réunion de deux canaux principaux. Il part de la face inférieure de la masse salivaire, et en avant se porte à la partie antérieure et vers la ligne médiane; se rapproche du tube digestif pour traverser le collier œæsophagien, monte sur le bulbe après avoir croisé en dessous les nerfs qui se trouvent dans cette région, et pénètre dans la cavité pharyogienne en avant et en dehors du commencement de l’æsophage. 1 traverse très-obliquement la paroi supérieure de cette

(A4) Voy. pl. B, fig. 6.

(2) Voy. pl. B, fig. 4, À, et pl. F, 4, d'et fig. 4, a.

avilé, de manière à décrire un trajet d'environ À où 2 millhimetres dans son épaisseur, et vient entre les plis de la muqueuse sous la forme d’un pore très-petit.

Près de sa terminaison, il est en rapport avecun nerf (1) émané du stomato-gastrique, qui lui donne un filet qu’on voit suivre quelque temps sa face mférieure. De plus, en arrière du collier, un autre nerf (2) issu du même ganglion par deux racines, vient s'accoler à sa surface, d'abord en dessous, puis en dessus, pénètre avec lui dans la masse glandulaire et l'accompagne dans ses divisions successives, comme il est facile de le constater, du moins pour les principales.

On voit ans! que les glandes salivaires, quoique confondues sur la ligne médiane en une seule masse, sont bien réellement au nombre de deux, puisque non-seulement il existe un canal excréteur de chaque eôté, mais encore des nerfs particuliers pour chacune d'elles.

Quand on examine au microscope une parcelle des glandes salivaires avec les précautions convenables, on retrouve la structure et les éléments caractéristiques de ces mêmes organes dans les autres Gastéropodes.

Les acini (3), de forme un peu allongée, sont composés d’une membrane très-mince, transparente, sans apparence de structure, qui se continue avec le tube extérieur, et qui m'a semblé constamment dépourvue des noyaux que M. Leydig y à signalés dans la Paludime.

Leur intérieur est rempli de grosses cellules ayant toutes à peu près le même diamètre et le même aspect.

Ces cellules sont pressées les unes contre les autres, de telle sorte qu'elles paraissent polyédriques et qu'elles déterminent souvent des bosselures sur la paroi des acini. Quand elles sont libres, elles redeviennent sphériques.

Leur paroi est mince et à contours nettement marqués; leur contenu formé de granulations volumineuses qui les remplissent

Joy pl ES fie. mac:

) Voy. pl. F, fig. 4, n° 8, ) Voy. pl, B, fig. 7

complétement. Ces granulations, semblables à de petites sphérules brillantes et de volume à peu près égal, se voient aussi à l'état libre dans le eul-de-sac sécréteur entre les éléments dont elles comblent les vides, et surtout vers le milieu; elles proviennent sans doute de cellules plus âgées qui se sont rompues.

On aperçoit encore dans la plupartd'entre elles un gros noyau muni d’un nucléole ; il est en général peu marqué, mais devient aisément visible quand on le soumet à l’action des réactifs.

L'aspect de ces cellules varie suivant qu'on les examine à la lumière transmise ou réfléchie. Vues par réfraction, elles présentent une teinte très-légèrement grise; par réflexion, au contraire, elles offrent l'apparence de toutes les substances albuminoïdes en général, c’est-à-dire qu'elles sont d’un blanc laiteux opaque.

Les acini sont complétement dépourvus de cils vibratiles ; on n’en voit en effet que sur l’épithélium cylindrique des tubes excréteurs.

B. Foie. — Le foie est très-volumineux ; il forme à lui seul la plus grande partie de la masse viscérale et remplit les deux tiers environ de la cavité du corps.

Quand on a enlevé le premier plan des organes, c’est-à-dire le manteau, le corps de Bojanus et le cœur, 1l apparaît comme une masse d’un brun foncé, quelquefois presque noire, couchée sur le plancher de la cavité dont elle occupe toute la partie postérieure (4). Sa forme est très-irrégulière, car il entoure une partie des organes qui sont contenus dans la cavité et présente avec presque tous de nombreux rapports, de telle sorte qu'il semble jouer le rôle d’une substance destinée à leur servir de support et à combler les vides qu'ils laissent entre eux. Son volume varie du reste suivant les individus; chez les uns il est plus considérable que chez les autres.

Les rapports du foie sont très-nombreux et très-compliqués, surtout en ce qui concerne le tube digestif, dont la plus grande partie est contenue dans son intérieur ou rampe à sa surface,

(4) Voy. pl. B, fig. 2, et pl. H, fig. 8, I

0 G. MOQUIN-TANDONX.

C’est ainsi qu'il recouvre une partie de l’æsophage et l'estomac presque toutentier; quant à l'intestin, sauf la portion antérieure, tout le reste de son étendue est plongé dans les couches superticielles de la masse hépatique, dont les lobes tantôt le cachent, tantôt le laissent à découvert d'une manière un peu variable. Par s& partie inférieure 1l repose sur le plancher de la cavité ; il s’étend en avant jusque dans l’épaisseur de la glande salivaire et de la glande hermaphrodite, avec lesquelles il entrecroise et mêle ses acini d’une manière très-intime. À droite, il est de plus en rapport avec la masse des organes génitaux, qui sont même quelquefois en partie couchés sur lur.

De nombreuses artères (1) se répandent dans son épaisseur ou rampent à sa surface. Il est aussi traversé par quelques nerfs tels que le nerf palléal postérieur du côté droit, le nerf branchial postérieur, etc. Enfin, il entoure dans la plus grande partie de son trajet l’anse que décrit le canal séminal pour se réunir aux organes génitaux.

Sa face supérieure, sous-jacente à la chambre péricardique et au sac de Bojanus qui s'étend mème à gauche jusque vers le bas, n’adhère qu’en quelques points au plan membraneux qui la sépare de ces organes. Elle présente en outre les orifices (2) béants de larges canaux pourvus de parois propres, qui se ramifient dans son intérieur et qui ne sont autre chose que des veines hépatiques.

Les lobules du foie (3) sont serrés les uns contre les autres, de manière à ne laisser entre eux aucun vide. Quand on vient à les isoler avec précaution sous l’eau, on voit qu'ils sont formés de petits acini polyédriques par pression et reprenant bientôt une forme arrondie.

Ïls se continuent avec de petits tubes excréteurs qui se confondent avec ceux des lobes voisins, et qui, grossis peu à peu par la réunion successive de nouveaux canaux, viennent déboucher dans l'estomac vers le haut de la concavité que décrit cet

(4) Voy. pl. C, fig. 2 et 3.

(2) Voy. pl. B, fig. 4, a.

(3) Voy. pl. B, fig. 8.

organe en avant. Ces canaux, devenus très-larges et réduits au nombre de deux, un pour chaque moitié du foie, se confondent près de leur terminaison, de telle sorte qu’ils ne s’ouvrent dans la poche stomacale que par un orifice unique.

Si l’on observe un fragment de la substance du foie avec un grossissement suflisant, on voit que les acini sont formés d’une membrane très-mince et anhiste, et qu'ils sont remplis d’une matière brunâtre très-friable, qui se désagrége avec la plus grande facilité.

Cette matière n’est point exclusivement composée comme dans la glande salivaire d’une seule espèce de cellules. On y découvre, en effet, plusieurs sortes d'éléments.

Les plus abondants sont les cellules hépatiques (1). Ces éléments caractéristiques du foie se présentent ici sous l'aspect qu'ils affectent dans les autres Gastéropodes. Ils sont polyédriques, rarement sphériques, plus petits que les cellules salivaires et pourvus d’une paroi nettement délimitée.

Leur contenu est formé de granulations assez grosses, agglutinées les unes aux autres, et qui, tantôt remplissent exactement la cavité, tantôt laissent entre elles et a paroi une zone transparente, peu épaisse. Leur couleur brune due à ces granulations est plus ou moins foncée, suivant que celles-ci sont en nombre plus ou moins grand.

Ces cellules hépatiques laissent quelquefois apercevoir, quand leur teinte est suffisamment claire, un noyau et un nucléole (2), toujours difficiles à distinguer. La plupart cependant paraissent eu être dépourvues, soit qu'ils aient déjà disparu, soit que la couleur foncée des granulations les masquent au regard.

On trouve encore, dispersées au milieu de ces cellules, des masses de granulations foncées (3), analogues à celles qui sont contenues dans leur intérieur, et adhérentes les ‘unes aux autres comme si elles étaient réunies par une matière interposée. On peut en effet, en pressant légèrement avec la pointe d’une aiguille

(4) Voy. pl. B, fig. 9.

(2) Voy. pl. B, fig. 9, a.

(3) Voy. pl. B, fig. 9, c.

la lame de verre minee qui recouvre la préparation, faire rouler ces petites masses sans qu'elles se désagrégent.

Ces éléments ne sont pas les seuls que contiennent les acini, ils renferment aussi d'autres cellules d'aspect différent. Celles-ci, à peu près de la même taille où un peu plus grosses que les premières, sont transparentes (1), entourées d’une membrane bien marquée et munies d'un noyau et d'un nueléole très-visibles. Les unes sont complétement dépourvues de granulations ; d’autres, au contraire, en présentent quelques-unes tantôt transparentes, tantôt légérement teintées de brun. Ce sont, comme l’a remarqué M. Leydig, des cellules hépatiques plus jeunes que les précédentes. Il est en effet possible de trouver quelques-uns de ces éléments dans lesquels la substance granuleuse s'est accumulée en plus grand nombre, et qui forment le passage.

Enfin, on voit parsemés çà et là, et en nombre variable, des corpuscules assez petits, parfaitement sphériques, jaunes et brillants au centre. Ce sont des gouttelettes de graisse (2).

Quant aux calculs branâtres et solubles dans l'acide azotique qui ont été signalés dans le foie du Pleurobranche, je dois

reconnaître que Je uen ai jamais rencontré de semblables dans l’'Ombrelle.

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