DES MALADIES DE LA VESSIE UBIWAIRE
logne et de Venise savent sur combien de cadavres je l'ai examinée; car tous les étudians ont vu sur combien de corps j'en ai fait l'examen, soit au gymnase , soit à l'hôpital , pendant les quarante-quatre ans que j'ai passés à Padoue.
Que conclure en conséquence? Je ne révoque pas en doute ce qui est arrivé aux autres. Mais j'expose avec franchise ce qui m'est arrivé; car, pour bien comprendre combien rarement j'ai vu cette disposition dans un aussi grand nombre d'examens de cadavres que j'ai faits , apprenez que les cas qui appartiennent à ce sujet rentrent dans le petit nombre de ceux que je vous ai écrits , et que je ne ferai que rappeler ici, ou que je rapporterai fidèlement, si je n'ai eu nulle part Toccasion de les écrire. Voyez donc comme j'ai trouvé, sur un cordonnier (i), un commencemerii pyriforme de cette luette (car elle était un peu plus grosse que la caronciile séminale soujacente), et comme je l'ai vue plus grosse sur un ascJtique (i) et sur un paysan (3), puisqu'elle égalait un grain de raisin médiocre, tandis qu'elle était un peu plus grosse sur un sujet, dont par cela seul je vais rapporter immédiatement l'histoire.
6. Un homme, qui était près de sa soixantième année, bien musclé, grand, était mort à l'hôpital
(i)Epist. 37, n. 3o in fin.
{i) Epist. 4i, n. i8, (3)Epi5t. 43,n. 2/,.
J24 SOIXANTE-SIXEÊME LETTRE.
d'une inflammation suppurée de la poitrine, le quinzième jour de sa maladie. Comme j'avais commencé le cours d'anatomie au gymnase, avant la fin de janvier de l'an i755^ on ne m'apporta, de son cadavre, que les viscères du ventre. Voici les seules de ces parties que je remarquai comme étant contre nature.
, Examen du cadavre. Dans l'estomac, il s'élevait sur l'anneau du pylore une très-petite excroissance arrondie, de la même couleur à l'intérieur et à l'extérieur que le même anneau, de la substance duquel elle était composée. Les glandes étaient rares dans le mésentère , mais plus grosses que ne le comportait cet âge. La rate était plutôt petite que grosse, et presque diffluente à l'intérieur. L'aorte commençait à présenter dans son intérieur des taches blanchâtres qui se seraient ossifiées plus tard. Enfin la vessie urinaire ayant été suffisamment distentlue par de l'air introduit dans son intérieur, parut petite comparativement à la stature du sujet , et à la plupart des viscères du ventre. Cependant , à son ouverture , elle ne parut pas avoir des tuniques très-épaisses , ni aucun autre vice , si ce n'est que de la partie postérieure de son orifice s'élevait, dans son intérieur, un corps de la forme et de la grosseur d'une petite cerise , qui , à proportion qu'il descendait dans le commencement de l'urètre soujacente, s'amincissait de plus en plus, de manière à ne point parvenir jusqu'à la caroncule séminale. Son extérieur était poli et blanc , ainsi que
DES MALADIES DE LA VESSIE URINAfRE. 120
SOU intérieur, et il se continuait si évidemment avec la glande prostate , et il était si semblable au reste de la substance, qu'on ne doutait pas qu'elle n'en fût une excroissance.
7. Maintenant, si vous comparez la description de cette quatrième excroissance, et celle des trois que j'ai indiquées plus haut ( i ) , avec celle de cette luette dont nous parlons, il vous sera facile de voir que j'ai observé la même chose , soit que ce petit corps fût peu volumineux, soit qu'il fût déjà devenu plus gros. Pourquoi donc , s'il existait sur tout le monde, ne l'aurais-je pas vu sur les autres sujets presque innombrables dont j'avais examiné les mêmes parties jusqu'alors avec une égale attention , comme j'en ai l'habitude? C'est ce que je ne puis suffisamment comprendre. Mais, direzvous peut-être, prenez garde que votre mémoire ne vous trompe, car il me semble me souvenir, d'après vos écrits, que vous avez vu aussi des excroissances, près des mêmes endroits, sur quelques autres sujets. J'avais bien vu des excroissances près de ces endroits, ou dans ces endroits mêmes , mais ce n'étaient pas des excroissances de cette nature. En effet, celle que j'ai décrite sur Cortini (a), était bien près de cet endroit, mais sur le côté, et elle ne naissait pas de la substance de la prostate, mais de celle de la vessie. Quant
(i)N.5infiH.
(2) Epist. 42 , n. i3.
à ceile que je vis douze ans après sur un vieillard , .et dont j'ai parlé dans la première Lettre anatomique (i), elle fut bien trouvée dans le commencement de l'urètre, de telle sorte qu'elle bouchait presque l'orifice de la vessie; mais elle était charnue, inégale, flasque et rougeâtre. Pour celle que je vous ai décrite sur un homme mort (2) subitement, elle s'accordait parfaitement avec celle dont il s'agit ici pour la forme, le siège , la substance et Forgine; mais elle en différait en ce qu'elle était double, et non pas unique. Mais cette double excroissance que vous avez lu que j'ai trouvée sur une femme (3), en différait davantage, puisque les deux qui la formaient, non-seulement n'étaient pas contigués entre elles , comme sur cet homme, mais encore étaient tellement séparées, qu'elles naissaient isolément des côtés de la vessie, dans l'intérieur de laquelle elles proéminaient; elles égalaient l'extrémité du pouce, et elles étaient en outre d'une forme irrégulière 5 du reste toutes les deux étaient blanches, et elles étaient un prolongement du corps glanduleux de l'urètre, qui était aussi blanc, dur et fort épais. Car^ quoique je n'aie pas dit en général que ce corps remplit les fonctions de la prostate, cependant je ne nierai pas qu'il n'en remplisse quel-
(2) Epist. 42, n. 1 1 in fin.
(3)Epist. 39, n. 33.
DES MAL\DIES DE LA VESSIE URINAIRE. I2y
ques-unes. J'ai voulu ajouter ceci, parce que je vois qu'on admet aussi celte luette sur les femmes, mais moins saillante que sur les hommes; quoiqu'il ne me soit pas encore arrivé de trouver atjx mêmes endroits , sur les femmes que sur les hommes, une excroissance de cette nature, soit petite, soit grosse. Et pour que vous ne soupçonniez point par hasard que si j'avais pu lire ce qui a été écrit dernièrement sur cette luette, avant d'avoir examiné tant de fois^ très-attentivement, l'extrémité de l'urètre, sur les deux sexes , je l'aurais reconnue plus facilement sur les hommes et sur les femmes, apprenez que quoique toutes les dissections que j'ai pu faire en très peu de temps, depuis que je l'ai lu , ne contiennent presque rien qui mérite dVtre rapporté, si ce n'est ce qui appartient à ce sujet, je vous les communiquerai avec fidélité, et je commencerai par celle d'une femme.
8f Les organes urinaires et génitaux d'une vieille femme morte dans cet hôpital, de je ne sais quelle maladie, furent apportés, un peu avant la fin du mois de janvier de cette année 1759, dans le gymnase où j'enseignais l'anatomie.
Examen du cadavre. Je ne remarquai rien contre nature sur les organes génitaux , si ce n'est une ou deux proéminences arrondies, petites l'une et l'autre, et légèrement saillantes à la face interne postérieure du fond de l'utérus , telles que celles que vous vous souvenez que je vous ai décrites ailleurs, et qui étaient plus grosses ou
plus petites dans le fond du même viseère. Relativement aux organes urinaires, outre Fartèreémulgente commune à tous les sujets, le rein droit en recevait une autre qui provenait également du tronc de l'aorte, comme plusieurs autres anatotiiistes et moi-même l'avons vu sur quelques individus. Toutefois ceci est contre l'état naturel le plus ordinaire. Mais ce qui était contre nature dans le tronc de l'aorte, c'est que (ce qui du reste est ordinaire sur les vieillards) il présentait intérieurement des taches blanches assez grosses, indices d'une ossification qui devait se former, et qu'il était trop petit pour une femme qui n'était pas d'une taille très-petite. La vessie, qui était saine, n'offrit aucune proéminence ou même aucune trace de proéminence à son fond, ni à l'extrémité de l'urètre.
9. Le cadavre d'un homme qui paraissait sexagénaire, était disséqué dans le même temps et au même endroit. Je ne sus rien de cet homme, si ce n'est qu'autrefois , avant d'être mendiant à Padoue, il avait été condamné aux galères, peutêtre pour cause de rixe; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on voyait plusieurs cicatrices de blessures qu'il avait reçues sur l'abdomen et dans les parties voisines.
Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre et de la poitrine, on reconnut qu'aucune de ces blessures n'avait pénétré dans leur cavité, excepté une qui pourtant s'était arrêtée à l'épiploon,
DES MALADIES DE LA VESSIE URmAIIU:. 1 29
dont une petite portion était adhérente dans une fossette ellyptique du péritoine qui avait élé ouvert autrefois, tandis que les viscères placés audessus de lui, étaient intacts. L'estomac presque vide, et cependant fort grand, présenta intérieurement une légère phlogose vers l'œsophage. Les intestins grêles étaient extérieurement d'un jaune brun, et la bile cystique avait une couleur jaune , mais pâle et sale; la face concave du foie était souillée à droite d'une lâche très-noire, et d'une forme qui approchait de celle de l'aire d'un cercle, dont le diamètre n'aurait pas dépassé un travers de doigt. Comme il semblait qu'il y avait un peu d'humeur au-dessous de cette tache, j'incisai la tunique du foie qui la couvrait, et je reconnus que c'était du sang à demi concrète et contenu dans une fosse pas très-profonde. La face interne de l'aorte présenta de petites parties ossifiées ; mais elles étaient disséminées, peu étendues et peu nombreuses. Pour dire aussi quelque chose des organes de la poitrine, il y avait une ossification plus considérable placée sur l'orifice même, où se terminait le canal artériel qui était ouvert autrefois sur le fœtus; le cœur était gros, et l'ouverture de la veine coronaire ne présenta, comme valvule, qu'un filament mince, étendu depuis son bord supérieur jusqu'à l'inférieur. J'ai rapporté cela ici, et d'autres choses encore, pour vous faire comprendre que j'observai avec soin même les petits objets sur ce cadavre. Avec com-
l3o SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE.
bien plus de soin pensez-vous donc que je cherchai la luette à l'orifice de la vessie de cet homme, et d'un autre dont il sera bientôt parlé, ainsi que de la vieille femme dont il a été question un peu plus haut, attendu surtout que, sur ce dernier homme, il semblait, après l'ouverture de la vessie, qu'il s'éievait quelque chose d'arrondi et de médiocrement saillant dans la partie voisine de l'urètre? Mais aussitôt que ce canal eut été ouvert, on vit que je m'étais trompé, ainsi que tous les jeunes étudians qui étaient présens avec des prosecîeurs exercés; car je recueillis ces observations publiquement, comme j'en ai presque toujours i'habitude. Or, quelle que fût la cause de notre erreur, il est certain que nous ne pûmes voir absolument aucune proéminence dans tout le trajet qui se trouve entre la vessie et la caroncule séminale.
10. Mais, comme je suis tellement désireux de connaître la vérité, que tout ce que j'apprends ou que je lis avoir été trouvé de nouveau dans la structure du corps, je crois devoir le chercher même dans des parties dans lesquelles je me souviens de n'avoir rien vu de semblable après les avoir examinées cent fois, et comme je désire vivement les examiner encore plusieurs fois, non sans étonnement, ni peut-être même sans ennui de la part de ceux qui m'aident, comme si je n'en avais jamais fait l'examen auparavant, il me fut très -agréable de trouver à cette même
DES MALADIES DE LA VESSIE URINAIRE. iJl
époque l'occasion d'examiner une troisième vessie. C'est pourquoi je demandai qu'on m'apportât non-seulement les viscères de la poitrine de cet homme dont je vous ai écrit l'histoire à la fin de la soixante-quatrième Lettre (i), viscères dans lesquels était le siège de la maladie, mais encore ses organes urinaires. Or, comme après l'ouverture de la vesssie et de l'urètre, ces parties me parurent assez propres à la recherche attentive de cette proéminence, je la cherchai bien, mais^ inutilement; car je n'en trouvai absolument aucune. Bien plus, les cadavres humains manquant après la fin du cours d'anatomie , je voulus la. chercher sur un chien assez gros; j'avais ordonné qu'à la manière des anciens on le disséquât vivant dans le gymnase, soil pour d'autres motifs, soit aussi pour voir s'il n'y a aucun intervalle entre le péricarde et le cœur au moment de la systole ou de la diastole de celui-ci , comme je l'avais lu il n'y avait pas bien long-temps, et si le péricarde embrasse toujours assez exactement tout ce qu'il contient sur les sujets vivaiis et sains, pour qu'il ne reste point de vide dans sa cavité. Car ce moyen me parut simple et plus sûr pour acquérir cette connaissance , si aussitôt après l'ouverture de la poitrine faite de telle sorte qu'il ne s'écoulât pas beaucoup de sang, nous voyons, pendant que le cœur exerce encore ses mouve»
iSa SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE.
TDens avec force, si la membrane du péricarde non encore incisé touche le cœur assez étroitement, pour ne pouvoir d'aucune manière, ou du moins facilement, être saisie et soulevée entre deux doigts. Or elle le put très-facilement , comme plusieurs l'expérimentèrent, et en préseiice de tout le monde; et je sais que la même expérience, faite ensuite sur d'autres chiens, a eu le même résultat. Après avoir donc inutilement cherché sur ce chien ce que j'avais fait souvent en d'autres circonstances , non pas si les vésicules séminales manquaient, mais si elles étaient moins apparentes, comme quelques-uns semblent le croire, je cherchai également inutilement cette luette; car, à l'ouverture de la vessie et de l'urètre, je vis qu'il n'y avait rien de saillant dans la première , si ce n'est'ces deux corps cylindriques qui , en descendant des uretères, se rapprochaient enfin de manière à former un angle, et je remarquai que depuis cet angle jusqu'à la caroncule séminale, il n'y avait de saillant qu'une ligne qui était un prolongement de ces corps, et qui se trouvait beaucoup plus mince et moins élevée qu'eux. Je trouvai, dis-je, qu'il n'y avait rien de saillant, et que la vessie n'offrait pas ce trigone, comme je vois qu'on l'appelle, sur lequel ce n'est pas ici le lieu de dire longuement ce que j'ai observé auparavant et depuis sur les hommes, ni ce que j'en pense, pas plus que sur d'autres objets analogues. C'est pourquoi revenons immédiatement
DES MALADIES 1>E LA VESSIE URINAIRE. l33
à la luette dont j'ai cru nécessaire de parler ici; car je ne doute pas que vous ne compreniez d'après ce qui ne s'est pas offert le plus souvent, ou d'après ce qui s'est offert quelquefois à mon observation sur les hommes, que j'ai eu raison de la prendre pour une excroissance morbide de la prostate.
1 1 . Vous aurez compris , d'après ce que je vous ai dit ailleurs dans les quarante-unième (i) et quarante-deuxième Lettres (2) que je vous ai envoyées, que d'autres, et nommément Valsalva et Pohl, eurent de cette luette la même opinion. Car, comme elle parut à l'un et à l'autre née du même endroit d'une prostate de vieillard , et que l'une ressemblait à une poire et l'autre à une cerise, formes que j'observai moi-même autrefois sur un cordonnier (3) dont il a été parlé ailleurs , et sur l'homme (4) dont il a été question plus haut, ni Valsalva, ni Pohl ne la regardèrent comme une petite partie déterminée et naturelle de la prostate , qui se serait développée par hasard ; mais ils la prirent positivement pour une excroissance , comme c'en était une, ou pour une tumeur contre nature. Et certes si je voulais répéter ici ce que j'ai écrit ailleurs (5), il me serait
(3) Epist. 87, n. 3o.
(5) Epist. 4 1^ n. 17 et 19,.
l34 SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE.
très-facile de faire voir combien la glande prostate est sujette à former des excroissances qui naissent de la partie supérieure de sa circonférence, ou de toute sa surface, ou d'une certaine partie, pour s'élever dans la vessie. Il vaudra mieux que vous le relisiez; et, bien que les détails que j'ai donnés soient longs, il y a cependant encore d'autres choses à ajouter, comme un exemple du célèbre Fantoni (i), qui devrait être rapporté dans le Sepulchretwn y et qui est relatif à un homme sexagénaire, qui, étant mort après une strangurie de longue durée et incommode, avait la prostate non-seulement purulente, dure et gonflée outre mesure, mais encore {ovm?inX un grand prO' longement vers la partie inférieure de la vessie ; or la capacité de la vessie était très-petite, ce que vous ajouterez à ce que je vous ai écrit ailleurs (2) , et ses membranes fort épaisses. Ne vous étonnez pas de ce qu'au lieu d'une suppression d'urine, il n'existait qu'une strangnrie très-incommode; car, même dans le cas de Pohl, il n'est parlé que de fréquentes envies d'uriner, accompagnées , à des époques fixes, de dysùrie et de strangurie ; et, quoique l'excroissance qui , de la substance de la prostate, montait dans l'intérieur de la vessie , égalât la grosseur d'une noix sur ce médecin dont parle Vallisniéri, et que j'ai cité dans la quarante-
(i) De obs, med. etanat. , epist. 8, n. 18. (2) Epist. 42 , n. 33 et 35,