DES MA-LAPIES DE LA VESSIE URINAIRE. I
unième Lettre (i) y cependant, à la suppression de l'urine il ne succéda qu'une strangurie jointe à des douleurs de l'urètre et à des ténesmes. De mon côté, je n'ai rien appris relativement à la femme et à l'homme qui présentèrent des excroissances de la même espèce, comme je l'ai dit plus haut (2); je n'ai, dis-je, rien appris qui eût rapport à ces excroissances , si ce n'est que la femme avait été atfectée d'une strangurie continuelle, et que l'homme avait quelquefois été entendu se plaindre de l'acrimonie de l'urine; or je vis la vessie de l'une et de l'autre distendue par l'urine, comme elle l'avait aussi été sur ce médecin. On voit donc que suivant les différentes circonstances, dont quelques-unes sont certainement variables, les différens sujets éprouvent différentes incommodités, e.t que les excroissances de la prostate opposent un obstacle plus ou moins grand à la sortie de l'urine.
12. Au reste, je vois avec plaisir que trois observations que je lis dans un ouvrage où je vois que l'on admet cette luette dont il a été parlé ici, s'accordent assez bien avec ce que je disais toutà-l'heure. En effet, cette luette de la grosseur d'une petite noisette (est-ce d'une aveline?) ayant été trouvée sur trois sujets, le premier avait éprouvé une difficulté d'uriner très-incommode, avec des
(i)N. 17 et 19.
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envies fréquentes de pisser, un autre avait déjà depuis huit jours une ischurie, à laquelle on remédiait avec le cathéter, et le troisième avait eu Tune ou l'autre affection (car on ne savait pas laquelle), tandis que sur tous la vessie fut trouvée très-pleine d'urine. Mais nous différons en ce qu'on croit que chez eux la luette avait grossi, tandis que mes observations me convainquent que c'était une excroissance tout-à fait contre nature qui était née de la prostate là où n'y avait point de luette. Mes observations sont encore fortifiées par ce que j'ai remarqué ailleurs (i), et par ce que j'ai aussi confirmé dans cette Lettre, qu'aucun exemple d'une telle excroissance n'a existé sur des sujets jeunes, et que tous ceux que je me souviens d'avoir vus ou d'avoir lus existaient sur des vieillards, qui, en effet, sont plus exposés aux maladies, et nommément aux stranguries et aux difficultés d'uriner^ comme personne ne Tignore depuis Hippocrate (2). Et une autre remarque que je fis en même temps, comme vous l'avez lu, savoir que ces excroissances ont coutume de naître sur la partie de la prostate qui est traversée par une ligne saillante, ne s'oppose pas à mon opinion; car il est plus facile qu'une ligne qui est déjà un peu saillante devienne plus grosse. D'ailleurs il a été démontré au même endroit que les
(i) Epist. 41, n. 19.
(2) S. 3,apli. 3i.
DES MALADIES DE LA VESSIE TIRIIYAIRE. l3']
excroissances de la prostate ne commencent pas seulement à cette partie.
Mais nous ne rîifférons pas moins relativement à ce qui est dit dans cet ouvrasse, que cette luette, en se développant, devient le siège d'une mal-idie fort fréquente, et tout-à-fait igaorée. Certainement cette maladie n'est pas rare ; mais cepend^int elle n'est pas assez fréquente, pour qu'il suive de ce que le second de ces trois malades , qui était très-vieux, éîait traité par les médecins comme s'il avait une paralysie de la vessie, cause à laquelle on attribue cette maladie si commune aux vieillards, il s'ensuive, dis-je, qu'il «e faut pas attribuer fréquemment la maladie ou à une paralysie, ou du moins à l'affaiblissement des forces expultrices de la vessie dépendant de l'âge. Et en effet, si cette cause inconnue j'.isqu'à présent, à ce que l'on croit, était très-fréquente, il faudrait s'étonner de ce que, sur soixante ou soixar^te-dix vessies qu'on examina, il n'y eut que ces trois sur lesquelles cette cause se présenta. Quant à moi, je ne puis comprendre comment on peut dire que cette cause a été toutà-fait ignorée jusqu'à présent. Et je ne dis pas ceci seulement à raison des exemples qui ont déjà été indiqués (ij en si grand nombre par d'autres, mais je le dis surtout parce que cela a été avancé là où se trouvent bientôt après ces paroles de San-
(i)Epist. 41, n. 12, 17, 19.
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torini (i) : V orifice de la vessie, devant lequel est placé un corps un peu saillant ^ et qui s' avance quelquefois dans des vessies malades , au point de bou^ cher entièrement le passage de V urine. Il est bien dit que dans la figure pour l'explication de laquelle Santorini avait écrit ceci, le trigone et la luette étaient bien dessinés (il était donc question de l'un et de l'autre il y a trente-six aus); mais ^ pourquoi, je vous prie, n'est-il pas dit la même chose de la maladie dont il a écrit positivement au même endroit, comme vous le voyez, que la luette est la cause? Bien plus, comme si celui qui avait écrit c#]a n'eût fait aucune attention à ce qu'il a expliqué, on doute si nous devons ce dessin plutôt à un dessinateur qui aura exprimé fidèlement ce qu'il voyait , d'autant plus qu'on cherche inutilement dans le livre de Santorini, pour lequel on a ajouté cette figure et d'autres objets, la description de cette luette, et qu'on ne trouve pas un seul mot relatif au trigone dans Tarticle même qui répond à la figure. Mais en jetant les yeux sur le livre de Santorini, vous ne douterez pas que le dixième chapitre qui est intitulé des Parties Naturelles des Hommes, ne réponde à cette figure, et vous trouverez que cette même figure y est souvent indiquée à la marge, et qu'il y est enfin question (2) deux fois des petites parties
(1) Obs. anat. in explic, lab. 2, fig. 2 , ad I.
(2) 5. 20 et 22.
DES MALADIES DE LA VESSIE URÏNAIRE. I Sq
dont nous parlons. Et d'abord voici ce qu'on y lit : Quoique nous ayons vu quelquefois à r orifice postérieur du col de la vessie quelque chose dont il sera bientôt parlé, former une assez grande masse y cela a été trouvé très-rarement , et j'ai observé seulement^ d'après les sujets dont la vessie était malade ^ que la saillie était telle , que cette disposition, qui est vicieuse et rare^ ne mérite pas d'être donnée comme constante , au préjudice des commencans ou des hommes moins exercés. Voici ce qu'on trouve dans un autre endroit : Mais ce qui proémine quelquefois à V orifice du col de la vessie, au point de pouvoir intercepter un peu le passage de r urine y est caché sous la membrane mince et interne de la vessie y de sorte que je l'ai vu quelquefois formé de glandes remarquables et agglomérées; et je me souviens que Vaine circonvoisine était occupée par des glandes plus petites , mais saillantes sur un vieillard , dans la vessie duquel étaient contenus plus de trente-six calculs d'un blanc jaunâtre y dont quelques-uns ^ à peine plus petits quune aveline , étaient renfermés dans de petits sacs très forts de la même vessie y et formés par la séparation des colonnes charnues.
On voit donc ce que Santorini pensa de la luette et du trigone (car il semble avoir parlé en même temps de tous les deuxj. Du reste j'ai sur quelques objets admis par lui à ces endroits^ une opinion différente de la sienne, moi qui ne considère ici qu'une chose, savoir *que la maladie qu'on
l4o SOIXA.NTE-SIXIÈME LETTRE.
doit quelquefois attribuer à cette excroissance ^ n'était même pas ignorée de lui.
i3. Au reste , je vous ai écrit ailleurs (i) ce que j'ai vu et ce que je pense relativement aux petites glandes de la ve.ssie. Quant à ces petits sacs, ou à ces hernies de la vessie (comme je les ai appelés), que j'ai observées dans les aires que les colonnes du même organe circonscrivent, et qui sont formées par les tuniques qui cèdent à une trop grande quanlité d'urine qu'on retient quelquefois, je vous ai suffisamment indiqué dans la quarante-deuxième Lettre (2) combien de temps auparavant j'avais publié mes idées sur ces mêmes objets, et dans quel livre je les avais publiées, Lettre où j'ai parlé aussi assez longuenaent des calculs embrassés dans ces petits sacs, et des erreurs qui peuvent en résulter pour les lilhotomes.
Je vous rappelle cela, et ce qui suit, parce que je regarde comme une chose nécessaire d'ajouter sur cette luette, et sur ces autres états que j'ai admis quelquefois en écrivant à vous ou à d'autres, sinon de longs détails, du moins quelque chose qu'exige de moi l'amour de la vérité , quand je considère en même temps ce que j'ai lu dernièrement sur cette luette et sur la vessie, et ce que j'avais lu autrefois sur celle-ci, soit dans la plupart des anatomistes, soit dans celui qui était
(i) Epist. anat. 1, n. 63.
(2) N. 3o et seq.
DES MALA^DIES DE LA VESSJE URINAI RK. l/jl
siioérieur au plus grand nombre, dans mon ami Santorini, au dixième chapitre même que je citais un peu plus haut. En considérant donc les descriptions et les dessins des fibres charnues de la vessie faits par lui et par les autres, et en les comparant avec ce que j'avais pu voir (i) les derniers mois de Tan 172,5, et les premiers de l'année suivante, il m'a semblé surtout comprendre qu'il existe une telle variété dans la dispo^^ition de ces fibres, qu'on ne peut pas les soumettre à une description positive et constante. Aussi n'ai-je pas été très-éionné plus tard, lorsque j'ai rencontré des dessins différens faits par d'autres auteurs, par exemple, par un homme recommandable, Guil. Rutty (2), et lorsque j'ai remarqué qu'Albinus (3) , célèbre professeur d'anatomie , avertit, relativement au muscle de la vessie qu'il dessine, qui naît des os du pubis, qui s'étend presque transversalement à la partie inférieure de la vessie, et qui se continue avec les autres fibres de ce viscère, qu'il l'a vu très-rarement. Mais je n'avais pas non plus été étonné en lisant, l'an lySi, je crois, la description de J. Guil. Albrecht (4)? qu'il faut que je vous rapporte ici en entier, non-seulement à raison des variétés, mais
(1) Epist. anat. i^ n. 60.
(2) Treatise of the urinary passag. tab.
(3) Tab. sceleti, et musc. corp. hum.^ tab. 12, jGg. i\\,
(4) Observât, anat. ^ J. 5.
1^2 SOIXAJ>rTE-SIXIÊME LETTRE.
aussi parce qu'il a mis eu avant une opinion contraire à celle des autres anatomistes : fai séparé six tuniques très-distinctes que les auteurs regardent ordinairement comme une triple membrane, sur la vessie urinaire d'un homme robuste, ad. moyen du syphon anatomique de Wolf. Quant à celle que Von appelle musculaire ^ je ne vois pas de quel droit on peut la placer parmi les tuniques. Car les fibres musculaires ne se réunissent pas en une membrane continue; mais se rassemblant en faisceaux larges d'un doigt, ou plus étroits , elles embrassent la vessie , se rencontrent les unes les autres sans ordre, se coupent mutuellement à divers angles y et se terminent aux membranes ou vers le col, ou vers le sphincter lui même.
Pour moi, je crois que tous les auteurs qui ont cherché plusieurs fois les fibres charnues musculaires d'une manière convenable, ont vu les interstices qu'elles laissent entre elles; et je pense que si par hasard on leur demandait si ces fibres s'entrelaçant les unes les autres de manière à embrasser des aires ( nom que j'ai donné à ces interstices dans les Adversaria (i)), pourraient prendre le nom de muscle réticulaire , iis répondraient affirmativement aussi volontiers qu'ils leur ont donné celui de muscle expulseur de V urine, ou qu'ils ont appelé musculeuse ^ à cause de ces fibres, la membrane de la vessie qui était formée
(i) III, animad. 36.