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on les reconnaissait au toucher, dans la cavité du ventre. Presque tous ces corps étaient indolens; car relativement à ce qu'un d'entre eux qui était placé sur le muscle pectoral , et qui é(ait long de trois travers de doigt et d'une couleur livide, était légèrement douloureux au toucher, ainsi que ceux de l'intérieur du ventre, ils l'étaient davantage à gauche , où l'on sentait aussi une tension et une rénittence plus grandes. Soit qu'on mît en usage à l'intérieur et à l'extérieur ( comme on le fit dès le commencement et plus encore dans les progrès de la maladie) , des remèdes nombreux et variés , et même fort énergiques , qui étaient proposés par des médecins très-habiles, soit qu'enfin on n'en employât aucun, le volume des tumeurs augmentait, et la marche de la maladie fut si rapide, qu'ayant commencé au mois de décembre, elle finit avec la vie du sujet vers la fin de mai. Peu de temps après le commencement de l'affection, une vive douleur s'était fait sentir au genou et à la jambe , tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche; cette douleur exista toujours ensuite, et s'accompagna de fièvres qui revenaient à des périodes irrégulières, de veilles et de maigreur. Du reste, l'esprit fut vif et gai jusqu'à la un; l'appétit ne manqua jamais, et même la faim était pressante , surtout les derniers jours ; et bien qu'il existât quelque gêne à la gorge par suite d'un catarrhe muqueux, qui se dissipait facilement à la suite d'une toux légère,
on n'observa cependant jamais aucune difficulté de respirer , ce dont vous serez étonné après avoir lu le résultat de la dissection de la poitrine.
Examen du cadavre. Les téguméns communs du cou, de la poitrine et de l'abdomen ayant été incisés, on vit que ces tumeurs externes avaient leur siège dans les cellules de la membrane adipeuse, qui était fortement adhérente aux muscles soujacens aux endroits correspondans. Elles étaient toutes pleines d'une matière blanchâtre, légèrement fluide en partie , mais solide et sébacée en plus grande partie. Quelques-unes des plus saillantes , qui étaient adhérentes aux muscles pectoraux, et qui ne formaient qu'un corps continu avec les glandes axillaires, laissèrent échapper, quand on les coupa , une matière jaimâtre et sanieuse. A l'ouverture du ventre, l'épiploon tout entier se montra assiégé çà et là de corpuscules durs, remplis de cette matière jaunâtre. Le foie, la rate, les reins eux-mêmes étaient dans l'état naturel; mais voici ce qui fut observé autour de chacun de ces viscères. Le péritoine était fortement adhérent à la partie droite du foie; et étant pour ainsi dire confondu avec les muscles adjacens en plusieurs autres endroits, il formait antérieurement un corps saillant de la grosseur d'un oeuf de poule, qui se trouvant rempli de la matière que j'ai indiquée, était attaché à la vessie urinaire. Près de la rate la partie gauche du mésocoion formait un corps composé de plusieurs espèces
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d'œufs de pigeon réunis entre eux et remplis de cette même matière. Le pancréas était également rempli de ces sortes d'œufs, et l'on voyait des ëcrouelles semblables disséminées dans le mésentère. Enfin la membrane adipeuse des reins était monstrueusement épaissie; car à l'endroit où elle regardait les vertèbres, elle avait l'épaisseur de deux travers de doigt, et à la partie opposée, celle de cinq travers de doigt, et partout elle était distendue par la matière que j'ai indiquée; aussi le rein gauche, qui présentait en outre une ligne dure et écrouelleuse qui coupait cette matière , pesait-il environ trente-six onces. D'un autre côté, les intestins n'étaient pas exempts de maladies; caries appendices adipeuses du colon, et les petits faisceaux de ligamens qu'on remarque sur son trajet, paraissaient parsemés de corpuscules analogues. Quant aux intestins grêles , les glandes de Peyer y présentaient par intervalles la forme et la grosseur d'un lupin. Une d'entre elles beaucoup plus volumineuse, et affectée de phlogose, contenait une humeur corrompue. A l'ouverture de la poitrine, le médiastin fut vu assiégé vers son milieu par des corps que j'ai indiqués fort souvent , dont un était non moins gros qu'un oeuf de poule médiocre, et non-seulement touchait, mais encore comprimait le tronc de la trachée-artère. Les poumons étaient sains à l'intérieur, quoique des globules durs et pierreux, de la grosseur de grains d'orge , fussent enfoncés sur leur surface externe. La même sur-
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face était entièrement creusée par derrière sur l'un et sur J'aulre, mais principalement sur celui du côté gauche, par des tumeurs strumeuses qu'on y voyait, qui s'étaient développées sur la plèvre, et dont les unes se trouvaient près des vertèbres du dos, tandis que les autres étaient disposées en une sorte de chaîne, de telle sorte qu'une d'entre elles répondait à une côte depuis la partie basse de la poitrine jusqu'à la partie la plus élevée. Le cœur était dans l'état naturel, si ce n'est que la face externe de l'oreillette droite était rendue comme grenue par des corpuscules semblables. C'est pourquoi (ainsi se terminait l'histoire rapportée) les tumeurs décrites étaient en grande partie cystïques , remplies de parcelles tophacées, dures, comme sébacées et disposées dans des cellules de la membrane adipeuse, sans parler des corps également durs qui ont été décrits.
i3. Je me suis rappelé cette histoire en en lisant dernièrement une autre d'un Éthiopien de douze ans, que le grand anatomiste Meckel (i) a décritel Car la jeunesse des deux malades, leur faim pressante et continuelle, jointes à la maladie, qui pénétrait jusque dans les tuniques intérieures, surtout dans celles du ventre, et qui consistait en des tubercules remplis pour la plupart d'une matière sébacée; ces circonstances, dis-je, font que je désire que vous compariez l'un et l'autre cas.
(i) Hist. de l'Acad. Roy. des Scienc. de Berlin, a. lySS.
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Que si en lisant en même temps les observations soignées du même homme célèbre sur cet Éthiopien et sur un autre (i), pour ce qui coiîcerne leur couleur noire , vous vous étonnez par hasard de ce que dans la dissection de l'Éthiopien apoplectique qui fut faite à Venise, il y a cinquante ans, et que je vous envoyai autrefois (2), il n'y a rien de noté relativement à la couleur noirâtre ou brune des parties du cerveau des Éthiopiens, ni à celle de leur sang, plutôt noir que rouge, sachez qu'on ne put pas disséquer le cadavre de cet apoplectique avant la nuit ( or, vous savez que la lumière du soleil et'des lampes n'est pas la même), et qu^il ne fut possible de conserver pour le lendemain que quelques morceaux de peau et d'épiderme, sur lesquels j'ai fait connaître dans les Adversaria (3) ce qu'il m'arriva de voir.
Mais ce n'est pas ici le lieu de parler de ces objets et de la nature de l'épiderme , et je ne me déterminerai pas facilement à en parler avant que je n'aie de nouveau la faculté de disséquer un Éthiopien , ou que je ne sache du moins quelque chose de certain sur les enfans de ce peuple, par exemple , si l'origine du cordon ombilical n'est pas chez eux comme chez les nôtres , entourée d'une peau qui se contracte ensuite pour former l'ombi-
(2) Epist. 5, n. 17.
(3) II, animadv. 4
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lie , si peu de jours après raccoiichement , lorsqu'ils commencent à noircir, ils n'ont pas la plante des pieds et la paume des mains entièrement blanches^ comme nous voyons qu'ils les ont ensuite quand ils sont adultes, et d'autres choses semblables. Car je ne dois pas maintenant me détourner de mon sujet.
En comparant donc les deux histoires relativement à un si grand nombre de tubercules sébacés, vous verrez qu'elles s'accordent encore sur ce point , que quelques viscères étaient sains sous une tunique qui se trouvait cependant en mauvais état; et vous remarquerez qu'elles diffèrent soit par les symptômes, soit aussi par le siège des tubercules; car dans l'observation de Berlin, de même que dans une histoire de Rœderer (i), loin que les petits corps squirrheux occupassent la substance cellulaire (ils avaient cela de singulier), celle-ci était parfaitement saine, tandis qu'euxmêmes étaient attachés à leur propre tunique et à la membrane ferme du péritoine et de la plèvre , et qu'enfin aucuns tubercules n'existaient extérieurement, mais que tous étaient à l'intérieur. Du reste c'est à des tumeurs externes et internes en même temps qu'appartient une autre observation que Meckel dit avoir été recueillie avant celle-là par lui et par le célèbre professeur Zinn, et dans laquelle, outre des parties du cerveau
(i) Diss. de uteri scirrho, n. 18.