LXV^ LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE
De la plupart des Maladies du Ventre,
1. Ce que j'ai fait pour les maladies de la poitrine, si je ne puis pas le faire pour celles du ventre, de manière à embrasser dans une seule Lettre toutes les observations que vous attendez de moi sur ces affections. Je ferai du moins en sorte de les embrasser dans le plus petit nombre de Lettres possible; car ces observations ne sont pas nombreuses, et la plupart sont courtes. Mais comme j'ai eu, ces dernières années, des occasions rares de disséquer des sujets morts d'affections du ventre, de même j'ai souvent rencontré des choses que d'autres ont observées pendant ce temps-là, ou auparavant, en disséquant des corps de ces sujets. C'est pourquoi, pour que vous puissiez les ajouter au Sepulchretum ^ je vous les indiquerai de temps en temps, comme je l'ai fait dans les Lettres que je vous ai envoyées, en conservant presque le même ordre,
1, Et d'abord, pour ce qui regarde les lésions de la déglutition, je voudrais que vous vissiez quel rétrécissement Abr. Vater (i) observa au bas de l'œsophage à la suite du gonflement de ses
(1) Disp. de deglut. dissic. et imped. , hist. 3.
tuniques , non sans des indices d'une excroissance qui avait existé antérieurement à cet endroit, et que vous lussiez, à moins que vous ne l'ayez déjà vu, ce qui a été rapporté dans ie grand Va n-Swieten(i)sur un très-grand rétrécissement de l'œsophage au même endroit, ou même plus haut; car les tuniques étaient changées en une substance squirrheuse et remplie de vomiques, ou cartilagineuse, soit que sa cavité fût oblitérée par une tumeur glanduleuse, soit qu'elle fût comprimée et rétrécie par un grand stéatome adjacent, ou par une portion squirrheuse du poumon. Quant aux hommes ruminans, je n'ai rien à ajouter à ce que j'en ai dit à la hâte dans la vingt-neuvième Lettre (2), si ce n'est que la petite corne que ce père avait portée un peu au-dessus du front, ne paraît point avoir eu de rapport à la rumination du fils, puisque Sachs (3), qui a rapporté tant d'exemples d'hommes qui avaient des cornes, non-seulement a noté qu'aucun d'eux ou de leurs fils ne rumina, excepté celui-là, mais encore a averti à la fin que la plupart des auteurs ont prononcé que ces cornes sont de V espèce des verrues. Or qui dira qu'il y a quelque chose de commun entre des verrues et la rumination, soit que l'on ait égard à l'origine, ou à la nature? C'est à l'es-
(1) Comment. inBoerh.^ aph., §. 797.
(3) In schol. ad obs. 3o, a. 1, Eph. N. C.
jS SOIXANTE-CINQUl ÈME LETTRE.
pèce des verrues qu'appartenait certainement cette corne que j'ai vue dernièrement sur un vieillard du territoire de Padoue. Gar il disait qu'une verrue qu'il avait long-temps portée à la partie gauche du sinciput, avait dégénéré quatre ans auparavant en cette corne, et qu'elle était parvenue peu à peu à la longueur qu'elle avait alors, c'est-à-dire à la longueur de plus de quatre travers de doigt. A moins qu'on ne la tournât vers la base, le sujet n'en souffrait pas; ce qui n'est pas étonnant, car la peau affectée d'une espèce de phlogose, s'élevait tout autour de la base, et lui était adhérente, de telle sorte qu'on comprenait, d'après l'opinion de Malpigbi (i)^ que la corne était formée par la peau. Et que sont en définitive les verrues, si ce n'est un prolongement morbide des papilles de la peau? La base avait un pouce de diamètre, puis elle s'amincissait peu à peu, comme un cône courbé en avant, et se terminait en pointe. Elle avait dans son entier la dureté de la corne, et sa surface présentait des stries longitudinales, ce qui dépendait sans doute des intervalles laissés entre les papilles qui s'allongeaient. Ce qu'il y avait de singulier, c'est que de même qu'un rejeton s'élève de la terre à côté d'un arbre voisin , et donne d'autres rejetons, de même, à côté de la grosse corne, une autre petite corne avait déjà commencé à s'élever de la peau voisine, et elle lui ressemblait, si ce
(i) Dissert. epislol. de corn, veget.
DE LA. PLUPAUT DIS MALADlî-S DU VEINTRE. 7Q
n'est qu'elle était encore trois fois moins longue et moins grosse, et qu'elle ne se fléchissait pas. Mais en voilà assez sur ce sujet.
Relativement aux douleurs de l'estomac, outre ce que j'en dirai sans doute plus bas (i), lorsque je parlerai de la sortie des calculs cysliques par l'élroitesse des conduits biliaires, il existe plusieurs observations rapportées par Christ. Wencker avec l'histoire d'une fille qui corjserva (2) une perforation de l'estomac pendant vingt- sept ans; or il est question d'ulcères de l'estomac dans tous , ou dans presque tous ces exemples ; il y est souvent fait mention de vomissemens fréquens, et même dans un (3) il e'st parlé d'un vomissement de matière noirâtre, dont Godef, Sandius fait également mention , en décrivant un abcès rare de V estomac (4)- t)^ reste , J. Rempfius (5) parle d'un vomissement fréquent joint à une distension incroyable de tous les vaisseaux de l'estomac produite par un sang noir et gangreneux , ainsi qu'au rétrécissement de ce viscère et à l'épaississement de ses tuniques qui étaient en outre presque converties en une nature presque cartilagineuse. Langguth (6) dit que ce vo-
(i) N. 12 et seq.
(2) Argentor. , a. 1743.
(3)Obs. I.
(4) Regiomont., a. 170 t.
(5) De infarct. vasor. ventric. cas. 5 et 9.
(6) Prog. de tal?e ex callosa pylori angustia. Wilt., a. 1760,
8o SOIXANTE-CINQUIÈME LETÏTxT:.
missement fréquent était joint à l'épaississement énorme, et à la squirrhosité de ces mêmes tuniqnes , de teile sorte qu'elles serraient le pylore de toutes parts , et qu'elles le rendaient trèsétroit, ce qui existait aussi sur la fille de Wencker, qui a été citée. La plupart de ces observations s'accordent bien avec celles que je vous ai décrites depuis long-temps; mais les dernières rappellei.t en outre à ma mémoire cet homme de Feltre , pour qui j'avais été consulté au mois de janvier de l'an 175.4. Le même célèbre Pujati, qui avait décrit alors sa maladie dans une lettre, m'a communiqué depuis le résultat de la dissection de son cadavre.
3. Un homme, âgé de quarante-quatre ans, étant absent de son pays, et se trouvant dans des lieux montagneux et déserts, prit beaucoup de remèdes composés de mercure contre une gonorrhée virulente très - légère ; ces remèdes, tels qu'il put se les procurer, étaient peut-être mal préparés et mal conservés. Quand il en prenait, non-seulement son estomac était irrité, mais encore il était forcé de les vomir. A dater de ce moment, il commença à rejeter presque tout ce qu'il mangeait ou qu'il buvait ; et, s'il ne le rejetait pas, une angoisse de l'estomac, dont il était affecté presque toujours , mais légèrement, le tourmentait bien davantage , ainsi que le hoquet; mais du moment qu'il avait vomi , s'il prenait de nouveaux alimens, il les gardait le plus
DE LA PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. 8ï
souvent. Il crachait une salive abondante, épaisse et de mauvais goût; le ventre était paresseux, et des lavemens de lait ne faisaient rendre que des globules d'excrémens durs. Quoique le pouls n'eût rien qui s'éloignât de l'état naturel , cependant la maigreur n'était pas peu considérable. Des remèdes nombreux et variés furent employés contre cette maladie; mais ils le furent tous inutilement, de sorte que le sujet dut enfin Succomber.
Examen du cadavre. Dans l'estomac, le pylore était rétréci et très-dur. et il y avait près de lui un petit ulcère, tandis que dans tout le reste de la face interne de ce viscère, on voyait un grand nombre d'espèces de glandes disséminées çà et là.
4. Maintenant parlons de ce qui est relatif aux maladies des intestins , et d'abord de ce qui a rapport à celles dans lesquelles l'estomac a coutume d'être souvent affecté en même temps. Le célèbre anatomiste Phil. Gonr. Fabritius (i) a vu de temps en temps sur des dysentériques, une inflammation non-seulement des gros et des petits intestins, mais aussi de l'estomac. C'est ainsi que, sur un sujet, il vit les gros intestins fort altérés et remplis d'un pus sanguinolent, quoique les intestins grêles fussent affectés d'un sphacèle, et que Testomac lui-même fût enflammé ; et que sur un autre
(1) Progr. quo obs. anat. , etc., Helm. a. 1754, m. oct. , p. iget not. M.
S2 SOIXANTE ClJyQUIÈME LETTRE.
il trouva le siège de la dysenterie dans le colon seulement et dans l'intestin rectum. Henr. Henrici (i) trouva l'estomac mince et flasque sur une femme qu'un choléra- morbus très -violent avait extrêmement affaiblie pendant trente-cinq heures, tandis que la partie supérieure de ce viscère offrait une tache d'un rouge obscur, qui ressemblait à une suggillation ; l'intestin colon présentait ça et là des taches semblables, mais plus petites. Cette observation me force à ne point omettre ici l'histoire d'une autre femme qu'un flux de ventre avait enlevée, et dont je fis la dissection avant la fin de janvier de l'an 1753.
5. Une vieille femme, réduite à une extrême maigreur et à une très -grande faiblesse, étant morte > son cadavre fut transporté au gymnase. Nous n'examinâmes que son venîre , parce que nous trouvâmes bientôt après un autre cadavre d'homme, qui était beaucoup plus convenable pour continuer le cours d'anatomie.
Exainen du cadavre. L'abdomen était si maigre, qu'il y avait au-dessous de la peau une membrane, non point adipeuse, ce qui est rare, même sur les femmes maigres, mais simple et semblable à une toile, présentant à peine en quelques endroits de petits restes de graisse. Quand il eut été ouvert , il ne répandit point de mauvaise odeur, et il n'offrit à l'instant rien de remarqua-
(i) Dissert, de cholera-morbo, c. i, §. ao.
ble, si ce n'est que la vésicule, qui descendait beaucoup au-dessous du foie, avait communiqué la couleur de la bile, qui y était en assez grande quantité, et qui présentait une teinte fort obscure, aux intestins voisins, beaucoup plus loin qu'elle ne le fait le plus souvent. Mais aucun petit intestin, ni l'estomac, qui était contracté, n'offrait de lésion; il n'y avait que quelques portions de gros intestins, comme les valvules dé Bauhin, qui se trouvent dans le colon et trèsprès du coecum, qui fussent rouges à l'intérieur * par suite de l'inflammation. Quant au rectum, il était déjà livide presque tout entier par l'effet de l'inflammation , et il était gonflé çà et là en dedans, surtout à la partie inférieure, d'où une petite tache comme circulaire s'étendait en haut dans la largeur d'un doigt; cette tache était un peu molle et saillante , comme si elle était formée par du sang à demi concrète sous la tunique interne. Plus haut étaient disséminées de véritables glandes lenticulaires d'un rouge encore plus foncé, ou quelques corps qui leur ressemblaient; du reste, il y avait dans le mésentère quelques glandes qui , quoiqu'elles parussent saines, étaient cependant plus grosses qu'il ne convenait à cet âge. Mais ce qui est plus fréquent à cet âge , c'est que le tronc de l'aorte était un peu dur çà et là, et que plusieurs commencemens d'ossification rendaient sa face interne blanchâtre. Une chose particulière, c'est qu'en examinant la
même face, les tuniques qui formaient le côté gauche et la partie postérieure de Tartère, semblaient se joindre à angle, et ne point former une ligne courbe.
6. Ce que j'écrivais tout-à-l'heure sur l'intestin rectum me rappelle cette membrane qui était suspendue à l'anus d'un marchand hébreux (i), et qui tomba non sans du sang, ni sans un ichor dépravé , et après des douleurs très-incommodes que le malade éprouva dans le même intestin , de telle sorte qu'il vécut ensuite bien portant depuis l'an 1729 jusqu'au commencement de l'an 1748. J'ajoute maintenant qu'il a vécu jusqu'à l'année 1768, où j'ai appris qu'il a été enlevé par une maladie bien différente, c'est-à-dire par une affection de la poitrine. Vous comprenez facilement pourquoi je ne fais aucune autre remarque sur les observations de Thomme et de la vieille femme, qui ont été rapportées, vous qui savez combien je déteste les répétitions , et qui vous rappelez assez bien, je pense, ce que je vous ai écrit ailleurs (2) sur les maladies de cette espèce. Regardez ceci comme dit également de la plupart des autres objets dont il sera question plus bas. Je n'ai surtout rien à ajouter soit sur l'imperforation de l'anus, soit sur sa chute, si ce n'est que j'ai lu dernièrement sur la première affection
(1) Epist. '6iy n. 19.
(3) Epist. ead.
une observation du célèbre Phil. Ad. Boehmer (i) , recueillie sur le cadavre d'un enfant nouveau-né à qui il était arrivé, par suite de l'imperforation de l'anus, de répandre une telle quantité de méconium par une portion d'intestin colon attaquée de sphacèle , et rompue , que l'abdomen était très-tuméfié et dur. J'ai lu aussi dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de Paris (îî), le résultat d'une dissection d'un enfant de trois ans, qui avait toujours rendu les excrémens par l'urètre dans laquelle l'intestin rectum se terminait; or on fit voir la cause pour laquelle ceux-ci avaient enfin été retenus. Quant à la chute de l'anus , je vous rapporterai ici fidèlement ce que l'illustre de Haller me dit dans une lettre qu'il m'écrivit le 28 janvier de l'an 1758 : « J'ai vu der- « nièrement une chose étonnante, dit-il; à peine « un autre la croiraitil ; je veux parler d'une « chute du gros intestin , dans laquelle on voyait (cla^ valvule même du colon, qui était très-faci- « lement reconnaissable et évidente. La tunique « villeuse était très-rouge, et couverte de nitre : a elle rendait une humeur; du reste, elle était a immobile. C'est une maladie ancienne; Tintes- « tin fut replacé inutilement, après qu'un chirur- « gien eut palpé l'estomac à travers le colon. Cet ce intestin a coutume de tomber de temps à autre. »
(i) Vid. Act. Erud. Lips., a. 1768, m. januar. (3) A. 1762, obs. anat. 4.
86 SOIXANTE-CIIVQUIÈME LETTRE.
7. C'est à la douleur des intestins, et même à la passion iliaque, qu'appartient le programme (i) du célèbre Kaltschmidt, que vous ne vous repentirez pas d'avoir lu. Car outre qu'il trouva les intestins enflammés dans toute leur étendue, mais plus là où l'iléon était déchiré près de la valvule de Bauhin, il vit cet intestin entièrement bouché par des excrémens non-seulement à cet endroit, mais dans la long^ueur d'une aune; or ces excrémens étaient si durs, qu'une livre de vif-argent donnée aumaladeneputpointsefairejouràtravers eux. Il a noté en outre d'autres choses, entre autres la cause d'une faim contre nature qui avait tourmenté le sîijet fort souvent; je veux parler du pylore qui était deux fois plus large qu'à l'ordinaire. Comme je vous ai envoyé ailleurs beaucoup de détails relatifs à la passion iliaque, je n'ajouterai ici sur les douleurs des intestins qu'une seule observation, que je recueillis également au gymnase, à la même époque que la précédente, mais Tannée suivante 1754»
8. Une vieille femme, âgée de quatre-vingt-six ans, qui avait été cuisinière autrefois, avait déjà éprouvé pendant quinze mois une paralysie complète des membres inférieurs. Elle passa les trois derniers mois à l'hôpital, où elle fut enfin prise d'une fièvre aiguë et d'une douleur au-dessous de
(1) De ileo â scrupul. piror. mespil. perfor. Jenae, a. 1747^ m. octob.
îa région des hypochondres , non sans une grande soif, et avec la rougeur des joues. Elle mourut en sept jours par la persistance de tous ces symptômes.
Examen du cadavre. L'abdomen examiné extérieurement ne présenta aucune lésion , si ce n'est une petite tumeur à l'une des aines. Je la pris pour une hernie; et je ne me trompai pas , car je vis bientôt après qu'elle contenait une petite portion d'intestins. Je l'aurais même regardée comme étant la cause de la douleur, si la femme se fût jamais plaint à cet endroit, surtout pendant que cette douleur la tourmentait. Pendant qu'on incisait l'abdomen , je remarquai que ses muscles étaient verdâtres; et quand il eut été ouvert, je vis les intestins et le mésentère qui étaient tachetés d'une couleur verte et rouge; ils répandaient aussi une odeur très-fétide , à tel point que le cadavre fut enterré trois jours après la mort, et dans cette saison de l'année , après que l'on eut à peine fait quelques remarques, que je vais faire connaître immédiatement sur les organes génitaux , et sur le foie. f.€ vagin présenta, disséminées dans son intérieur 5 des taches jaunâtres, et d'un rouge brun. Il restait à peine de très-petits vestiges des ovaires. Il fallait rapporter le dernier de ces états à l'âge, et le premier à une inflammation communiquée par l'intestin voisin , et commençant déjà à dégénérer en gangrène; comme il fallait rapporter au commencement d'une ma-
Ladie particulière une protubérance un peu inégale, d'un rouge noirâtre, qui s'élevait au côté interne et supérieur du fond de l'utérus, et qui, à la dissection, parut composée en partie d'un petit nombre de vésicules remplies d'une humeur trèslimpide. Quant au foie , dont la vésicule était distendue par de la bile, il présenta des états particuliers qui devaient être rapportés, quelques-uns à une disposition originaire, quelques autres peutêtre à la première jeunesse, et d'autres à une maladie. C'est à la disposition originaire qu'il fallait rapporter la forme insolite du bord inférieur de ce viscère, de telle sorte que se trouvant profondément courbé en forme d'arc, entre le lobe droit et le lobe gauche, ces deux lobes descendaient presque autant l'un que l'autre (or, le gauche ne descend pas ordinairement autant que le droit) ; tandis que c'est à la première jeunesse qu'il fallait rapporter, s'il faut accorder quelque chose à un soupçon dont je vous ai parlé ailleurs (i), des sillons parallèles profonds , dirigés de haut en bas, sur la face convexe de ce viscère. Mais il est certain qu'il fallait faire dépendre d'une maladie deux hydatides couvertes par la tunique du foie, sur la même face , l'une à droite et l'autre à gauche, tandis qu'à l'intérieur elles étaient tapissées par une membrane qui était rendue .inégale par des rides, ou plutôt par des espèces de bandelettes,
I ) Kpist. 56 , n. 1 7-
et qui embrassait dans l'une une cavité assez grande et profonde, et dans l'autre une petite. Vous comprenez, d'après ces hydatides , et surtout d'après cette forme rare du foie, que cette vieille femme est celle d'après laquelle j'ai voulu vous décrire ici ces objets plus complètement et plus clairement, ne vous les ayant indiqués ailleurs (i) qu'en passant.
9. Je voudrais qu'actuellement aux observations que j'ai rapportées dans les Lettres que je vous ai écrites sur la douleur et la tuméfaction des hypochondres, vous réunissiez les suivantes, dont les unes apartiennent au foie, d'autres à la rate , et même une à l'estomac. N'oubliez pas surtout, pour le foie, celle dans laquelle (i) il est question d'une vomique ouverte dans la cavité droite de la poitrine. Plût à Dieu que l'habile Richertz, qui a décrit avec exactitude ce qu'il trouva après la mort, eût pu faire connaître également ce qui l'avait précédée! Car vous vous souvenez sans doute qu'en vous écrivant (3) une observation de Valsalva, extrêmement rare, et peut-être la première de ce genre, je regrettai qu'il y manquât plusieurs choses, quoiqu'il n'eût pas omis beaucoup de circonstances qui avaient existé pendant la maladie. Je témoigne le même regret pour cette
(i)Epi8t. 58,n. 42.
(2) Obs. viscer. abdom. labis epicris, obs. a.
(3) Epist. 36, n. 4 et seq.
90 SOIXANTE-CINQCIÈME LETTRE.
autre observation d'autant plus volontiers, qu'il paraît, d'après l'examen du poumon droit et de la plèvre du même côté, que le malade fut tourmenté par un empyème d'une espèce singulière, tandis qu'il semble, d'après la grosseur du foie et de la cavité purulente qu'il contenait, qu'il avait éprouvé à cet endroit des incommodités très-graves. Je dis à cet endroit , car il arriva à Paris qu'un malade (i) s'étant plaint d'une douleur extrê?7ie dans r hjpochondre droit ^ on trouva enfin sur le cadavre le foie enflammé\ quoiqu'un chirurgien niât, contre l'avis d'un médecin, que cette douleur dût être rapportée au foie. Que si par hasard vous aimez mieux, en raison du délire qui s y joignait par intervalles ^ rapporter la cause de la douleur à l'inflammation du diaphragme contigu, qui pourtant n'aurait point été passée sous silence par le chirurgien auteur de l'observation, il faut examiner auparavant d'autres observations , et entre autres quelques-unes qui ont rapport au sujet commencé. Car je ne doute pas que des douleurs graves du même hypochondre n'eussent tourmenté aussi cette femme sur laquelle vous pouvez voir, dans le même ouvrage (2), qu'on a décrit un foie volumineux, et non enflammé cependant; et plût à Dieu qu'on eût pu indiquer les symptômes qu'elle présenta
(i) Vid. Bnlcwald. obs. quadrig., obs. %, ^tiol, %. 9. (2) Obs. 2 cit.
DE LA PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. gi
pendant la vie! Mais je sais d'une manière certaine qu'il est question, dans une dispute du célèbre Rod. Xac. Camérarius et de J. Brunner , qui roule sur r examen {i) des sujets morts d'une hépatite^ du cas d'un jeune homme, et de celui d'une femme qui se plaignait d'une très-grande douleur dans Vhypocondre droite tandis que le jeune homme éprouvait au même endroit une douleur presque intolérable; or, le foie de tous les deux était très-gros et endurci par une matière calculeuse; et en outre, celui de la femme était rendu encore plus gros par un triple athérome. Rapporterez- vous donc également. dans tous ces cas , toutes les douleurs aux parties adjacentes , que la tuméfaction et la pesanteur du foie comprimaient et tiraillaient? Que si vous croyez que vous le pouvez d'autant plus facilement, que la matière calculeuse avait émoussé la sensibilité du foie, quelle qu'elle fût, en l'endurcissant, je ne m'y opposerai pas; car, de quelque manière que vous expliquiez le fait, en définitive , toujours est-il que les observations que j'ai ajoutées ici pour vous, appartiendront, comme je l'ai promis , aux douleurs et aux tumeurs de l'hypochondre droit, comme celles qui suivent immédiatement, appartiendront à l'hypochondre gauche.
lo. Elle était certainement grosse, principalement sur un enfant de neuf ans, la tumeur de la
rate, que le célèbre Raltschmidt (i) a décrite, et dans laquelle l'enfant éprouvait de la douleur, si on la remuait avec les mains; à moins que vous ne veuilliez par hasard rapporter cette douleur à l'ampleur du bassinet du rein gauche soûjacent, qui était piqué par un calcul rude qu'il renfermait, et sur lequel il était alors appliqué. Mais quelquefois, au contraire, la douleur se manifeste non point dans la tumeur de la rate , mais à la partie inférieure du côté gauche vers le dos , comme sur un homme, qui ayant été tourmenté en outre par plusieurs autres symptômes qui simulaient une phthisie , ne présenta enfin après la mort aucune lésion dans les poumons, mais une rate volumineuse, très-dure et très-pesante; car elle était composéed'une substancedense, que Ab. Vater(2) compara à des morceaux de jambon de porc légèrement endurcis par la fumée. La tumeur de la rate trompe encore, lorsqu'elle s'étend beaucoup, ou qu'elle renferme des corps qu'elle ne renferme que trèsrarement. L'Histoire de l'Académie royale des Sciences de Paris (3) fournira un exemple de l'un et de l'autre cas sur un seul et même homme. En effet, cet homme ayant éprouvé les signes d'une ascite, parmi lesquels la fluctuation d'un liquide dans le ventre était très-manifeste, subit deux fois
(i) Progr. de hoc tumore.
(2) Dîssert. -de scirrhis viscer.
(3) A. 1753^ obs. anat. 5.
I)E LA PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. qS
la paracentèse, et du pus étant sorti au lieu d'eau, il mourut le lendemain de la seconde ponction ; la rate avait un si gros volume, que descendant de son siège jusqu'aux os du pubis, elle couvrait les viscères par-devant et sur les côtés, et les comprimait ; car elle contenait presqfue autant de pus qu'on en avait retiré pendant la vie ; or on en avait retiré beaucoup. J'ai bien rappelé ailleurs (i) qu'on a trouvé quelquefois dans la rate non-seulement de l'eau, mais encore du pus ; mais je ne me souviens pas qu'on y en ait jamais trouvé une aussi énorme quantité. Qui aurait principalement accusé la rate dans ce cas où un viscère qui n'est pas grand, s'étendait à ce point, et où on éprouvait la sensation d'un liquide flottant ? Le siège de la douleur ne pouvait point indiquer qu'il en fût ainsi, si ce n'est peut-être dans les commencemens. Caries coliques violentes qui s'étaient manifestées à la fin, dépendaient évidemment de la compression des intestins, et ne pouvaient pas appartenir à cette seule partie du ventre. On pouvait seulement concevoir quelque soupçon à ce sujet, d'après la circonstance que la maladie avait succédé à une fièvre quarte qui durait depuis dix-huit mois au plus. Qui aurait dit que dans ce cas également étonnant , que vous aurez lu dans le grand Fantoni (2), la rate était cachée dans un abcès
(i)Epist. 36, n. i8.
(2) De obs. med. et anat. , epist. 1 et 6.
ouvert à Tombilic ? A peine pouvait-on tirer une très-légère conjecture de l'atrocité des douleurs dont la malade s'était plaint, surtout au-dessous de l'hypochondre gauche. Cependant la rate était tombée jusqu'à l'oinbilic, d'où elle fut retirée ; or, cinq ans après qu'elle en eut été retirée , la femme mourut, elle qui avait conçu et enfanté cependant; et, pour qu'on ne doute pas que la rate ne fût retirée , on ne la trouva nulle part sur le cadavre; on aperçut seulement des cicatrices dans les parties voisines auxquelles ce viscère a coutume d adhérer naturellement,
II. Mais comme il y a , dans l'hypochondre gauche, un autre viscère que la rate, je vous indiquerai aussi bientôt une histoire singulière d'une tumeur de cet autre viscère, quand j'aurai ajouté ce qui suit relativement à l'ossification ou à la pétrification de la rate (car vous vous souviendrez que je vous ai écrit ailleurs (i) sur cet objet) d'un vieillard cité dans la soixante -deuxième Lettre (2), pour la forme oblique de son crâne. Une portion de la membrane splénique, qu'un cercle d'un diamètre de deux travers de doigt aurait pu couvrir, paraissait ossifiée , et la substance du viscère lui était fort étroitement adhérente. Après avoir enlevé cette portion de membrane , l'avoir fait macérer pendant quelques jours dans
(1) Epist. 36, n. i4etseq.
»E LA^ PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. qS
de Teau , et avoir ratissé la substance adhérente du viscère, je vis quil ne restait sur la membrane qu'une croûte mince et interrompue çà et là, composée d'une matière tartareuse manifeste. C'est pourquoi je ne me suis pas repenti d'avoir parlé aussi d'une matière tartareuse, dans cette trente-sixième Lettre, ni d'avoir dit que Tinduration commence presque toujours à la face convexe de la rate, et s'éteîid de là aux autres parties. En effet, en détachant la membrane voisine de la partie endurcie, je sentis qu'elle n'était pas aussi dure, mais qu'elle était cependant devenue déjà roide, et je vis tout cela sur la face de la rate qui touchait au diaphragme. Mais j'ai parfois douté plus tard, après avoir remarqué que la face du foie, qui est sujette à la même compression, ne contracte pas le même endurcissement , si ce n'est peut-être très-rarement, j'ai douté, dis-je, si j'ai eu raison de conjecturer que cet effet peut être attribué à la compression alternative de ce muscle. Maintenant, je vais vous rapporter, d'après le célèbre Lieutaud (ï), cette observation singulière d'un estomac qui était continuellement gonflé et non sans douleur. Un malade , d'abord cachectique , et ensuite hydropique , se plaignait d'un sentiment de plénitude ou de pesanteur à la région de l'estomac , qui était toujours fort élevée, et de certaines douleurs aiguës aux environs de
(i) Mém. de l'Acad. R, des Se. , a. 1762,
gG SOIXANTE-CINQUIEME LETTRE.
cette région. La déglutition était libre, mais le ventre était serré, à tel point qu'il n'y avait jamais d'évacuations , à moins qu'on ne donnât des remèdes qui les provoquassent, et même alors elles étaient légères. Il y avait des envies de vomir, mais le vomissement ne pouvait être provoqué par la nature, ni par l'art ; et quoiqu'il ne prît que très-peu d'alimens dans tout le cours de cette maladie , et presque point du tout à la fin , cependant ce sentiment de plénitude ou de pesanteur ne diminuait pas. Enfin , après la mort, l'estomac fut trouvé distendu outre mesure et plein ; et tous les intestins, quoique assez peu développés pour ne pas dépasser tous ensemble le volume de l'estomac , étaient entièrement ouverts, de même que le pylore, de sorte qu'on était porté à penser, d'après ce qui avait été observé après la mort et pendant la vie, que la maladie devait être rapportée à une paralysie de l'estomac. Et , puisque je parle des tumeurs du ventre, je ne passerai pas sous "silence que si ce malade eût vécu plus long-temps, une tumeur d'une autre espèce se serait sans doute manifestée dans le même côté du ventre. Car la cause d'une douleur très -vive qui s'y était développée quinze jours avant la mort, fut trouvée dans un épanchement d'environ deux livres de sang entre les muscles obliques gauches de l'abdomen. Mais l'hypochondre droit lui-même n'était pas sain. Car le foie contenait plusieurs pierres très-dures , dont quelques-unes s'élevaient
Irès-manifestement au-dessus de la surface de ce viscère, et approchaient de la grosseur d'une aveline.
12. Comme je vous ai écrit longuement ailleurs (i)sur ces calculs biliaires, et non-seulement sur les calculs hépatiques, mais encore sur les calculs cystiques, et principalement sur ceux-ci, il me reste maintenant peu de choses à ajouter sur cette matière. Je commencerai par l'extrait d'une lettre qui m'est tombée dernièrement par hasard entre les mains, et qui me fut adressée, il y a plusieurs années, par un médecin assez connu, qui avait été autrefois mon auditeur très-attentif. Or , voici comment il m'écrivait ce qu'il avait vu lui-même à cette époque.
i3. Un vieillard, qui était parvenu jusqu'à sa soixante-sixième année, sans aucune maladie notable, fut pris de douleurs graves à l'estomac, avec des vomissemens bilieux et abondans, avec de la constipation , et une fièvre pas trop aiguë. Un médecin le soulagea en lui donnant de l'huile fraîche d'amandes douces, et quelque autre remède analogue; mais il n'enleva pas la maladie, les douleurs revenant de temps en temps , jusqu'à ce que l'administration de deux drachmes de magnésie lui parut avoir entièrement guéri le malade. Mais celui-ci étant retombé dans ses premiers soucis, et ayant repris l'usage d'alimens malsains,
(OEpist. 37. ,^
q8 SOIXANTE-CINQUIEME LETTRE.
contre l'avis de son médecin, les douleurs revinrent aussi; mais elles cédèrent promptement à l'usage de la magnésie. Plus tard le médecin fut mécontent de ce que le pouls était devenu petit, non sans quelques intermittences, de ce que l'appétit diminuait, mais surtout de ce que quelques jours après le malade rendit par le ventre des matières très-noires, qui ressemblaientàl'atrabile des anciens. Enfin un délire très-grave s'étant manifesté, et ayant cessé bientôt après , il commença à délirer un peu, et à se plaindre d'une douleur trèS'Vive de la tête. C'est pourquoi il mourut après avoir passé sept jours dans cet état, non sans une intermittence du pouls, et une grande faiblesse, le sixième jour environ à dater du commencement de la maladie.
Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen ayant été incisées et mises de côté , on ne trouva aucune lésion dans l'estomac, ni dans le foie, si ce n'est que celui-ci était un peu plus pâle qu'à l'ordinaire. Mais sa vésicule, qui était trois fois plus grosse que dans l'état naturel, contenait une bile très-noire, ou plutôt de la lie, dans laquelle était huit calculs de forme différente, mais d'une rare grosseur, sans parler de ceux qui furent observés dans les parois mêmes de la vésicule, qui étaient au nombre de dix, et qui n'étaient pas plus gros que des grains de millet.
14. Ces calculs très-petits observés dans les parois dp la vésicule, appartenaient sans doute à
ceux dont je vous ai parlé ailleurs(i) comme étant situés dans les glandes de cet organe, ou du moins entre ses tuniques. Peut-être que d'autres calculs un peu plus gros s'étant frayé une voie par le conduit cystique et par le conduit commun , mais n'ayant point été aperçus dans les matières fécales à cause deleur petitesse, produisaient ces douleurs de l'estomac, et ces vomissemens; tandis que ces huit très-gros restant dans la vésicule à cause de leur grosseur, ne donnaient aucun signe de leur existence, pas même par la sensation de leur poids; est-ce parce que nous nous accoutumons à ce qui augmente d'une manière insensible?
Vous voyez qu'ici il n'est fait non plus aucune mention d'ictère. Mais il est certain qu'un homme d'une haute noblesse, pour qui j'ai été consulté par lettres il n'y a pas bien long-temps , commença enfin à devenir ictérique par intervalles, après avoir passé pendant long-temps toutes les nuits sans dormir, à cause d'une douleur très-grave qui le prenait à la région du pylore , et des efforts continuels qu'il faisait pour vomir. Cependant la guérison fit connaître la cause de la maladie; car la douleur étant descendue peu à peu de l'estomac vers l'ombilic, et de là vers la région du pubis, où elle s'arrêta quelques jours, deux corps assez gros, approchant de la forme d'un cube, furent enfin rendus, et toute la douleur de l'estomac, du
{i) Ibi'd. , u. 21 et 2^.
lOO SOiXAWTE-ClWQUrÈME LETTRE.
foie ( car il était également douloureux ) et des intestins se dissipa. Ces corps étaient jaunâtres, composés de couches embrassant un noyau et prenant feu, de sorte que, tout considéré, on ne doutait pas que ce ne fussent des calculs cystiques.
Vous voyez quelle différence présente la même maladie sur les différens sujets. Fr. Slare (i) remarqua qu'une femme noble très-tourmentée par des douleurs hépatiques, éprouva un très-grand soulagement, aussitôt qu'elle eut fait passer successivement deux calculs cystiques dans l'intestin duodénum , et il observa que ces calculs avaient à peine mis quelques heures à parcourir tout le trajet des intestins, quoiqu'ils ne fussent pas petits non plus; car l'un avait une circonférence plus grande qu'un gros doigt, et l'autre était plus petit, mais pas beaucoup.
Il faut que vous lisiez aussi ce qui a été écrit sur ces sortes de calculs par le grand EUer (2), dont vous approuverez sans doute l'explication , relativement surtout à la nature et à l'origined'une pierre qui était sortie avec du pus par un abcès de l'hypochondre droit, en comparant ce cas à trois exemples semblables que je vous ai rapportés dans la trente-septième Lettre (3). Vous appren-
(1) In epist. édita a Sigism. Kœnig. in suo lithogen. hum. specim.
(2) Hist. del'Acad. R. des Se. de Berlin, a. lySô.
JDE LA PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. lOf
drez en même temps ce que cet homme d'une grande expérience dit également, à la même occasion, de l'origine des calculs rénaux, et d'une pierre qu'il vit cachée entre les tuniques de la vessie urinaire.
Mais c'est à d'autres vices des reins qu'appartiennent soit leur hydropisie, soit leur distension produite par une sérosité jaune, soit leur substance détruite en très- grande partie, soit l'endurcissement de leur membrane adipeuse, soit le volume de l'un d'eux deux fois trop grand sur une ascitique, tandis que l'autre était fort petit et que son uretère et ses vaisseaux sanguins étaient très-contractés. Vous trouverez ces observations du célèbre Bohemer dans le livre dans lequel vous verrez les autres que je vous ai indiquées plus haut (i). Que si en feuilletant ce livre vous tombez par hasard sur le passage où il est dit que Morgagni s'est occupé dernièré?ne?it de confirmer par de nouveaux argumens son opinion sur les voies de Vurine qui passe de V estomac dans la vessie, ne vous en étonnez pas, vous qui savez que j'ai toujours eu et que j'ai encore une opinion contraire à celle-là; mais attribuez cette erreur à une trop grande générosité des imprimeurs, qui par l'addition de l'un des deux g ont voulu me donner plus d'une fois ce qui appartenait entièrement à un autre.
i5. Ce qui a été intercalé un peu plus haut sur les calculs, appartient aussi aux maladies du ventre; mais c'est aussi non-seulement à ces maladies, mais encore aux tumeurs de la même cavité dont j'avais commencé à parler, et que vous croyez peut-être que j'ai oubliées , que se rapporte ce que j'ai dit en dernier lieu de l'hydropisie des reins , et de l'asci te, d'après Bohemer. Au reste le programme publié par Ham berger sur la rupture de ï intestin duodéhmn y qui fut suivie d'une tumeur tympanitique de très-courte durée , mais considérable et mortelle, pourra contribuer à éclaircir certains points que j'ai touchés en traitant de la tympanite. Je, vous engage donc à le lire; car pour moi, me rappelant les choses nombreuses et variées que je vous ai écrites sur les autres tumeurs du ventre, et réfléchissant que je dois bientôt parler longuement d'une autre hydropisie, je ne puis pasm'arrêter sur tout ce que j'ai rencontré. C'est pourquoi , relativement au mésentère, je ne vous dirai ici qu'une chose, d'extraire des hommes célèbres, Henr. Henrici (i)et J. Fantoni (a), les observations qui m'échappèrent alors, et qui doivent être ajoutées au Sepulchretum. En effet, celui-ci a parlé d'une grosse tumeur du mésentère, et celui-là d'abcès assez nombreux de la nfiême partie. Ces observations sont sans doute utiles; mais celles-là le sont
(i) Dissert, de abscess. mesenter.
(2j De obs. nied. et anat. epist. 8, n. g.
DE L\ PLUPART DïïS MALADIES DU VENTRE. lo3
davantage dans lesquelles le changement du siège des viscères peut tromper le médecin. J'en citer rai un égal nombre que vous réunirez à cette beUe observation de Valsalva (i), dans laquelle l'estomac était tombé de son siège, et formait une tumeur là où l'estomac n'a pas coutume de se trouver dans l'état naturel. L'une est cette même histoire du célèbre Langguth que j'ai rappelée plus haut (2) en partie; car de même qu'une tumeur squirrheuse d'une grosseur énorme des tuniques qui entourent le pylore, avait rétréci celui-ci, de même elle avait entièrement chassé l'estomac de son siège par son poids , de sorte que son orifice supérieur était distant du diaphragme de la largeur de la paume de la main; et que son fond s'étendait au-dessous de l'ombilic dans la région hypogastrique, et simulait pendant la vie, par son siège et par sa mobilité, une grosse tumeur née de l'épi ploon. L'autre observation est du célèbre Schlencker (3), qui vit un estomac qui s' étendait ^perpendiculairement du p flore àïos du pubis. On ne connaît pas assez bien la cause de cette chute d'après le reste de l'histoire; car la principale lésion pour laquelle cet auteur l'écrivit alors, existait, entre autres viscères du ventre, dans l'ovaire gauche, qui était pierreux ^ S^^^y pesant,
(i)Epist. 39, n. 14.
(3) Dissert, de singulari ovar. fin. morbo.
et tout-à-fait digne d'être comparé à tant d'autres tumeurs des ovaires que j'ai citées ailleurs (i). Je crois cependant en avoir omis quelques-unes qui ont été décrites par Fantoni (2) déjà cité, comme lorsque l'ovaire gauche était dix fois plus gros que dans l'état naturel et squirrheux, ou lorsque celui du côté droit, qui était creux en dedans, contenait un globe blanchâtre et dur, composé d'une matière sébacée et semblable à un œuf de pigeon, ou enfin lorsque tous les deux étaient gonflés par une sérosité jaunâtre, comme une vessie.
j6. Quoique parmi les exemples des tumeurs des ovaires que j'ai cités à l'endroit où en vous écrivant (3) sur l'hydropisieenkystéCç je suis arrivé enfin au point de chercher si et comment les hydropisies du péritoine, de la trompe de l'utérus, et d'autres analogxies, pourraient être distinguées de l'hydropisie de l'ovaire, il n'y en ait pas qui soient plus nombreux que ceux de cette troisième espèce, il reste pourtant quelques observations de cette même espèce que je juge à propos de vous citer brièvement à la vérité, mais de telle sorte que vous puissiez facilement les comparer avec ces premières et avec ce que j'ai dit alors, et établir ce qui vous paraîtra le plus convenable sur le diagnostic et sur le traitement de ces sortes de
(i) Epist. 38, n. 54 et seq. ; et Epist. 89 , n. 87 et seq.
(2) Epist. cit. 8/11. 1 3 et 16.
(3) Epist. indicalis, n. 38 et 89.
DE LA PLUPART DES MALADIES DU VENTRE. lo5
maladies. Pour commencer parles plus anciennes, et arriver aux plus récentes, L. Salzmann (i) publia, l'an 1671, l'exemple d'une femme chez laquelle, après une longue suppression des menstrues, l'abdomen s'éleva insensiblement de l'hypogastre gauche vers l'hypochondre gauche; les signes de l'ascite manquaient, et la face était assez colorée. Mais étant tombée par terre avec force, bientôt après les indices d'une ascite s'y joignirent avec une grande tuméfaction de tout Fabdomén, et peu de temps après elle mourut. Outre une quantité d'eau et de pus qui était en rapport avec une si grande distension, on trouva dans le ventre une grosse tumeur qui couvrait les viscères , et qui contenait plusieurs kystes de différente grosseur, tandis que presque tous étaient remplis d'une humeur différente. Bien que la tunique commune de la tumeur fût attachée de toutes parts au parties contiguës par des membranes, et que l'utérus fut sain, cependant comme il est dit spécialement que la tumeur avait commencé pendant la vie sous r aine gauche, et y avait été observée après la mort, vous ne vous éloignerez pas de la vraisemblance, si vous croyez qu'elle était née de l'ovaire gauche ; quoique vous aimiez mieux peutêtre la rapporter à d'autres hydropisies enkystées, et à des hydropisies ayant une autre origine. Telle est certainement celle que j'ai lue il
(1) De abscessu interne mirae magnitud.^ etc.
n'y a pas bien long-temps, parmi les observations médicales (i) du célèbre Weszpremus : le cadavre d'un homme qu'on regarda pendant deux ans comme un ascitique , présenta une humeur fétide , dans laquelle nageaient de grosses hydatides, renfermées dans une espèce de vessie énorme, dont le col était implanté entre la vessie véritable et l'intestin rectum, tandis que la partie restante était attachée aux parties voisines par du tissu cellulaire seulement. Telle était aussi une autre hydropisie, à ce que je vois maintenant d'après l'histoire; qui a été décrite avec beaucoup de soin par le célèbre Steubius (2), si ce n'est que quelques hydatides étaient contenues dans une eau limpide; or cette hydropisie est celle sur laquelle (3) j'ai eu raison ailleurs d'avoir eu du doute ; car elle existait sur une fille dont le ventre était tuméfié depuis dix ans, était plus saillant à gauche, ne présentait pas les caractères d'une asçite, et était même accompagné d'un teint fleuri de la face, ce qui n'empêcha cependant pas qu'on ne crût à l'existence d'une ascite, qu'on ne fit la ponction tardivement à cause de cela, qu'on ne retirât tout de suite une trop grande quantité d'eau, et qu'on ne causât promptement la mort. A la dissection on trouva un grand sac membra-
(i) Obs. il, cas. i.
(2) Dissert, de infelici hydr. saccati curât
(3)Epist. 38, n. 63 in fin.
lieux dans lequel avait été Teau, et qui n'était attaché à aucunes parties, si ce n'est à la rate et au rein gauche, dont les vaisseaux lui étaient communs, et auxquels il était fortement adhérent.
Ainsi, pour vous citer d'autres observations d'une hydropisie des ovaires sur lesquelles vous ne puissiez pas avoir de doute, arrivons, comme je l'ai promis, aux auteurs qui ont publié les leurs après L. Salzmann. Abr. Vater (i) a parlé d'une femme, qui, différente de deux dont il a été question plus haut, et d'autres, entre autres d'une veuve dont il sera bientôt fait mention, et chez lesquelles les médecins soupçonnèrent une fausse grossesse la première année de la maladie, circonstance qui rend le traitement d'japtan,X^plWs difficile, qu'elle le fait différer plus long-temps; d'une femme, dis-je. qui ne put point faire naître un soupçon de cette nature, attendu que d'autres la croyaient grosse de son mari, ce qu'elle croyait aussi, que déjà ses mamelles étaient engorgées d'unehumeur qui ne différait pas du lait, et qu'elle affirmait sentir avec la main les mouvemens de l'enfant, qu'elle connaissait depuis qu'elle avait p.orté.dans sofvseii,i,ji)eux jumeaux j dont l'accouchement avait été extrémenppnt difficile. Comme elle ne sentait plus ces mouvemens depuis une chute grave quelle avait faite, elle ne douta pas,
( I ) Dissert, in&cripta graviditas apparens.
tant qu'elle vécut (or elle vécut trois ans et demi), que le fœtus ne fût mort; la tumeur du ventre était fort dure à la vérité , mais elle n'était pas trèslourde d'abord, et elle resta stationnaire , tandis qu'ensuite elle grossit d'une manière étonnante, et devint incommode. Cette femme portait donc une très-grosse tumeur, avec une très-grande quantité d'eau extrêmement fétide, et cette tumeur appartenait non point à l'utérus, qu'elle avait chassé dans le vagin par son propre poids, mais entièrement à l'ovaire droit, qui s'était transformé tout entier en capsules arrondies , remplies d'une liqueur visqueuse et purulente. Mais une tumeur dont il faut lire la description dans une dissertation du célèbre Nie. Willis (i), dépassait de beaucoup le volume de celle-ci. En effet, l'abdomen avait commencé à se tuméfier peu à peu sur une veuve, les forces et l'appétit restant intacts, l'habitude du corps n'étant point cachectique, et l'urine coulant comme dans l'état naturel; dans l'espace de cinq ans, il forma une grosse masse, mais inégale ; car elle était saillante à droite, et lorsque la femme se tournait d'un côté sur l'autre dans son lit , elle n'éprouvait aucun sentiment de fluctuation. Bien plus, cette masse grossit à tel point dans l'espace de quelques années, que dans le décubitus du corps qui était toujours un peu élevé, elle descendait d'un empan au-des-
(i) Dissert, inscripta stupendus abdora. tumor, n. 5.
SOUS des genoux, quoique la femme fût grande; les pieds n'étaient point tuméfiés, ni le visage très-décoloré, ni l'appétit perdu ; il n'y avait point de soif, si ce n'est le malin, et encore était-elle légère alors; le pouls n'était point fébrile; le sommeil était paisible. Mais la maladie ayant ensuite duré jusqu'à la dix-huitième année, et l'abdomen étant devenu plus tuméfié, la plupart de ces états changèrent enfin ; et quoiqu'il s'écoulât une grande quantité d'eau des pieds tuméfiés et corrodés , le ventre ne se désenfla pas , les pieds furent attaqués de gangrène, et la mort survint. On ne trouva point d'eau dans le ventre, ni dans la poitrine, ni dans le péricarde; une quantité énorme de ce liquide était entièrement renfermée dans un sàc membraneux. La tunique de ce sac était double, et l'extérieure était blanche, épaisse, et composée de fibres tenaces ; elle avait une seule cavité et une seule origine; car c'était l'ovaire droit qui avait pris un développement aussi extraordinaire, et les vaisseaux spermatiques qui lui appartenaient, étaient deux fois plus gros qu'à l'ordinaire.
17. Vous trouverez aussi dans la même dissertation (i) l'ensemble des caractères au moyen desquels on croit que cette hydropisie peut être reconnue, et distinguée des autres, surtout de celles de l'utérus, et vous y verrez (2) combien elle est