‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 19 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

VI

Q./^'i, TRENTE -NEUVIÈME LETTRE.

tième livre des Épidémies (i ) : On sentait entra V ombilic et Vos de la poitrine^ en appliquant la main aux environs de cette région^ des palpitations telles qu elles ne pourraient pas êti^e produites pq,r la course ni par la peur aux environs du cœur. Or ces pulsations, d'après l'opinion de Martianns, nê^ talent autre chose que les mouvemens de V aorte y qui sont obscurcis et affaiblis sur les autres sujets par la chair intermédiaire ; raais sur ce malade qui était réduit à une extrême maigreur, l'épaisseur des parties placées entre la main et l'artère était tellement diminuée, que ce vaisseau s' élevait plus facilement^ et se sentait davantage ; et bien que cela soit commun à toutes les artères du corps , on V observe néanmoins plus souvent^ dit-il , entre V ombilic etlos de la poitiine , parce que nulle part un tronc d'artère plus gros n'est placé sous la main sans l'intermédiaire d'aucun os; et de plus c'est au même endroit que battent les autres artères citées un peu plus haut.

Il existe bien d'autres circonstances nombreuses par lesquelles les médecins pourraient être induits en erreur d'après des pulsations; mais le même Martianus (2) les réduit à la plénitude, soit qu'elle existe dans les artères, soit qu'elle se trouve dans les veines ou dans la chair , lesquelles étant placées à côté des artères , et les comprimant , font qu'elles

itl II I I IWI I. - I I I»..» ' I '

(2) Annot. modo cit.

s'élèvent avec une plus grande force , phénomène dont il rapporte des exemples dans les grandes inflammations et dans les fumeurs qui tendent à la suppuration. Mais Valiésio (i) l'avait devancé dans le récit de l'histoire de ce sujet dont il a été parlé tout à l'heure. // survient chez plusieurs malades, dit-il, à cet endroit du ventre, un pouls remarquable de V artère qui descend à travers V épine , à la suite d'une affection phlegmoneuse de cette partie ; ce pouls a lieu quelquefois dans les maladies aiguës ; quelquefois aussi il reste après des maladies aiguës , et il s' j forme une affection cancéreuse. Du reste il avait encore enseigné plus haut (2) que l'on sent les pulsations des artères là où elles sont comprimées par quelque corps dur, en expliquant pourquoi l'épouse de Gorgias , dont les menstrues s'étaient supprimées depuis bien plus long-temps que celles de notre fille, sentait dans le ventre un pouls et un poids, de quelque côté quelle se tournât. Car V utérus endurci y dit-il, se porte comme un poids étranger partout oit le corps se tourne , et les artères qui sont comprimées , s efforçant de s' élever, font sentir leurs pulsations , Cette opinion fut ensuite adoptée par les médecins qui remarquèrent, comme vous le voyez aussi dans le Sepulchretum (3), que quand l'artère céliaque

(1) Comment, in 1. ^, epidem., n. (\.

(2) In 1. 5, n. n.

(3) L, \j s. (). in schoL ad ol?s. 38.

244 TREWTîil-iyEUVlÈME LETTRE.

OH T^orte sont comprimées par une obstniction et parmi engorgement considéral)les du pancréas on des glandes du mésentère, on sent des pulsations violentes , comme cela a lieu souvent àur les hypochondriaques et sur d'autres sujets.

20. Si vous traiisportez ceci et d'autres choses analogues à la fille dont il a élé parlé, vous reconnaîtrez d'abord que les pulsations décrites sur elle ne se sentaient pas à cause de la maigreur; car elle était miigre, mais non pas exténuée. Ensuite, quoiqu'il existai quelque pîénitîi^le à la suite de la suppression de Técoulement menstruel, cependant elles ne dépendaient pas d'elle seulement; car elles n'auiaient pas existé uniquement à cel endroit. Mais elles ne dépendaient pas non plus d'iuie inflammation, ni d'une tumeur qui tendait à la suppuration, ni enfin dune obstruction remarquable du pancréas ou des glandes îuésentéricjues, puisqu'il n'existait aucuns indices de toutes ces maladies. 11 reste donc, puisque ces causes de compression ou d'autres analogues manquaient, que les pulsations fussent produites par quelque autre cause, ou par un anévrisme. La grande masse du corps qui frappait la main placée sur lui, faisait d'abord qu'on pouvait croire que c'était parce dernier. Que si Albertini (1), comme il l'a écrit, ■prononça \v\\-mèmç plusieurs fois d'après la circonstance qu'il ne sentait pas que le diamètre du vais-

(i) Commeiit. de Bonon. , Se. Acad. 3 t. i, in opusc.

«ES TUMEURS INTERNES DU VENTRE. *ïj\5

seau fut augmente y que des pulsations fortes et continuelles de C artère céliaque ou de V aorte dans V abdomen étaient sans dilatation, et si son jugement ne /ut pas trompé par V événement y il semblait ici par Ja raison contraire que la clilataiion ne manqinit jDas , puisqu'on sentait que le diamètre du corps frappant élait si grand. Mais il faut avouer qu'il n'est pas également facile de ne pas se tromper quelquefois dans ce second jugement, parce que le corj)s large qui frappe la main peut être une artère dilatée, ou une tumeur placée sur Tarière exempte de toute dilatation. Car si r.ulère est grosse et qu'elle soit obligée par la tumeur qui la comprime de battre avec plus de force, elle soulèvera avec elle cette luéme tumeur, que je ne suppose pas plus lourde qu'il ne le faut, et la poussera contre la uiain du médecin.

Ceci que tout le inonde voit e! que personne ne saurait nier, survenant quelquefois dans les parties externes elles-mêmes, tient les chirurgiens eu suspens, comme cela est arrivé ici sur une jeune fille qui avait au cou une tumeur méiliocre tellement contiguë à l'artère carotide gauche, qu'elle rendait plus fortes les pulsations de ce vaisseau comprimé par elle, et qu'elle battait avec lui. Cependant elle appartenait tout entière à une glande jugulaire tuméfiée et déjà remplie de pus à Fintérieur, comme le démontrèrent des recherche» plus exactes et la guérison ([ui fut parfaite. C'est ainsi également qu'à raison des pulsations que l'on

Oll\\) trente-keu vième lettre.

sentait sous un bronchocèle, plusieurs médecins avaient regardé comme un anévrisme une tumeur dont Séverin (i) avait jugé que les pulsations dépendaient de la compression des artères carotides; et la dissection après la mort, dit-il, fit voir que son opinion était la véritable.

Que si l'on risque de se tromper même à Texterieur, combien le risquera-t-on davantage dans les parties qui sont profondément cachées entre les viscères. Voyez comme J.-Phil. Burggraf (2) et Pi. Tabarrani (3) ont rapporté ce qui leur arriva avec une candeur qu'on ne saurait jamais assez louer. Le premier soupçonnant que des pulsations qui s'étendaient depuis l'ombilic jusqu'à la fossette du cœur avec une telle force que les assistans pouvaient souvent les entendre, et qui duraient depuis trente-quatre ans entiers, pouvaient être produites non point par un anévrisme vrai de l'artère remarquable du mésentère, attendu que son diamètre était à peine un peu augmenté, mais par un anévrisme bâtard, comme Lancisi l'appelait, et croyant qu'il était incurable à raison de sa trop longue durée, vit contre tout espoir et quoique les remèdes de tant d'autres médecins eussent été employés inutilement, qu'à la suite de quelques niédicamens administrés pour corriger du moins

(^i) De recond. abscess. nat. , I. /\, c. 6.

(2) Act. N. C, t. 6, obs. i3i.

(3) Obs. anat, edit. 2, n. ix.

DES TUMEURS INTERW^ES DU VEIVTRE. ^47

en attendant la crudité des humeurs, les pulsations se dissipèrent très-heureurement en assez neu de temps. Quant àTabarrani, ayant observé sous la région épigastrique non-seulemen t des pulsations, mais encore une tumeur de la grosseur du poing, et cela avec les autres caractères d'un anévrisme vrai, il fut étonné de voir seulement au lieu de cet anévrisme une tumeur squirrheuse au centre du mésentère, laquelle était si étroitement adhérente aux gros vaisseaux, qu'il était impossible qu'elle ne comprimât pas l'aorte et qu'elle ne fût pas soulevée par ses pulsations.

Vous pourrez vous aider de ces deux observations ; mais moi je ne le pouvais pas dans le cas de cette fille dont j'ai décrit Thistoire, non-seulement parce qu'elles ont été publiées tant de lustres après, mais encore parce que dans l'une et dans l'autre les pulsations avaient lieu absolument dans le même temps qu'aux autres artères. Conduit donc à faire d'autres recherches par les autres doutes dont j'ai parlé un peu plus haut, je compris qu'un aussi grand anévrisme que celui-là aurait dû l'être, n'avait pas pu se former en aussi peu de temps, et sans quelques incommodités plus graves, antérieures ou consécutives, et que des pulsations qui ne répondaient nullement au mouvement des artères ne pouvaient point exister dans un anévrisme. C'est pourquoi je pensai que le fait appartenait plutôt à une autre cause, c'est-à-dire, comme je l'ai donné à entendre plus haut en fort

2^6 ïilENTE-]>rEUVIEME LETTRE.

peu de mots, à des convulsions hystériques internes , qui resserrant çà et là avec une plus grande violence certains intestins et les branches mésentériques de l'aorte par intervalles inégaux , formaient de ces intestins une sorte de boule distendue par l'air retenu dans ces organes et raréfié, en même temps qu'elles forçaient l'aorte à battre parfois avec plus de force, parce que l'écoulement du sang de ce vaisseau dans les branches mésentériques était empêché, et à pousser la boule placée sur elle. Mais n'ayant pu, comme je l'ai dit, démontrer par la dissection qu'il n'y avait sous la tumeur aucune dilatation des artères, je passerai à une autre tumeur située à la même place; toutefois celle-ci était permanente , et elle fut examinée par l'anatomie. Comme elle est des plus rares, et que son histoire ne peut ni ne doit être embrassée dans peu de mots, à raison du personnage qui en est le sujet, et des controverses qui naquirent de la différence des opinions, vous ne serez pas étonné que je la rapporte un peu plus longuement qu'à mon ordinaire par parties et avec soin.

21. Fortuné Maurocéni, celui qui par amour pour la religion avait quitté de grandes charges dans la république de Venise et son illustre famille (car il était neveu du duc François qui tira son surnom de la conquête du Péloponnèse) pour entrer dans l'ordre vénérable des moines de Cassino, et que son mérite avait élevé à l'évêché de Trévise et ensuite à celui de Bresse, étant devenu insea-

DFS TUMEURS INTERNES DU VENTRE. I^i^

siblement sujet à une affection hypochondriaque et à un flux de sang par des héniorrhoïdes depuis qu'il était accoutumé par son nôuveab genre de vie à paraître plus rarement en public, et à être assis la plupart du temps parce qu'il se livrait entièrement à la lecture des livres saints, fut cependant bien portant pendant que cet écoulement revint avec modération, et il le fut même plus qu'il ne l'aurait voulu, parce qu'il devint trop gras, surtout de l'abdomen, jusqu'à ce que l'âge avançant, ce flux commença d'abord à diminuer, et s'arrêta ensuite. En effet, après la diminution de cet écoulement, des douleurs du ventre, souvent subites et momentanées, et quelquefois un peu plus longues, qu'il croyait dépendre de vents, lui étaient de temps en temps incommodes. Mais lorsqu'à l'âge de soixante ans il ne s'écoula plus du tout de sang, elles commencèrent à devenir plus consiiiérables, surtout dans l'automne de l'année 1726, qui fut le dernier qu'il vit, et pendant lequel il eut aussi des fièvres. Mais l'écorce du Pérou calma celles-ci, et un nouvel écoulement de sang par les hémorrhoïdes qui revint à propos diminua celles-là. I/hiver suivant les fièvres et les douleurs étant revenues une seconde et une troisième fois, à l'apparition du même flux il fut toujours soulagé et jamais guéri parfaitement; et même il commença à se manifester à cette époque pour la première fois une dureté et une tumeur dans le ventre. C'est pourquoi le printemps sui«

25o TRENTE-NEUVIÈME LETTRE.

•yant il se transporta de Bresse à Padoue. La constipation s'était jointe aux autres incommodités. Pour lâcher d'abord le ventre légèrement , un vieux médecin lui donna à manger de temps en temps de la rhubarbe mêlée avec des raisins secs , et le malade semblait s'en trouver un peu mieux ; mais un autre vieux médecin y ayant ajouté d'autres remèdes plus forts, il s'en trouva plus mal, ainsi que des autres médicamens qu'on lui fit prendre par la bouche pour exciter des évacuations, parce qu'il avait de la répugnance pour les clystères. Mais en outre tout ce qu'on lui administrait de remèdes dans un autre but, il n'en voulait plus quand il en avait à peine pris une ou deux fois, ce à quoi il était forcé par son estomac, qui, troublé déjà fréquemment pendant ce temps-là par des vomissemens très opiniâtres qui lie cédaient à aucune espèce de secours, rejetait promptement les aîimens et les boissons, ou s'il retenait quelque chose plus long- temps, comme une pomme cuite qu'il garda quarante-huit heures, il le vomissait cependant fort souvent sans lui avoir fait éprouver aucun changement. Outre la nourriture il rejetait encore une grande quantité d'eau, qui dépassait la mesure du liquide qui avait été bu, et qui n'avait aucun goût ni aucune couleur; du reste les matières de vomissemens aussi fréquens n'eurent jamais rien d'amer, et ne présentèrent jamais rien de coloré, si ce n'est les aîimens.

DES TUMEURS INTERNES DU VENTRE. 25l

Comme ces symptômes et d'autres, et surtout la tumeur dont il sera bientôt question, effrayaient les médecins , un personnage illustre , Michel Maurocéni, frère de l'évéque, chevalier et sénateur du premier rang, vint de Venise ici, et fit appeler trois autres hommes de l'art, au nombre desquels je me trouvai moi-même, afin qu'après avoir examiné le malade nous eussions une consultation avec ses médecins. Nous le trouvâmes couché dans son lit où il était retenu déjà depuis quelques jours, la face et les membres exténués, les chairs tièdes comme celles des personnes en bonne santé, et le pouls un peu trop fréquent. Ses médecins nous assurèrent que ces deux derniers symptômes étaient toujours les mêmes , si ce n'est que la fréquence du pouls augmentait un peu vers le soir et pendant la nuit. Nous demandâmes principalement à examiner la tumeur avec soin. Au jugement non-seulement du toucher, mais encore de ïa vue (car elle tombait aussi sous ce dernier sens), elle formait presque une circonférence de cercle, et son diamètre avait huit travers de doigt; elle était située à la partie moyenne entre le cartilage xiphoïde et l'ombilic, de telle sorte qu'elle se trouvait peu éloignée de l'un et de l'autre ( telle était la proéminence du ventre devenu gras); elle s'élevait un peu de sa circonférence vers son centre, et la Couleur de la peau qui la couvrait était la même qu'ailleurs. Si on la maniait, on sentait une tumeur inégalement tuberculeuse dans toute

sa surface et clans sa circonférence même, comme si elle ëlait composée de corps glandiilt-ux ; ce qui semblait encore confirmé par la rénitU'.ice qu'elle opposait à la pression. Quand on la j)res- 5ait, et quand le malade était tonrmenlé par des vents, il se développait dans la lumenr un sen liment de doideur, qui totitef'ois n'élait pas violent : hors ces cas le malade ne se plaignait que d'un certain obstacle, et d'nn malaise fixe, mais léger. En embrassant les côtés de la Uimeur avec mes deux mains, je l'amenais facilement dim côté et d'autre. Il n'était pas difficile d'ailleurs de reconnaître qu'elle n'existait pas dans les puois du ventre, mais qu'elle en éiait néanmoins trèspeu éloignée. En explorant soigneusement avec la main ce qiii était au-dessus, au-dessous et sur les côtés de la tumeui;(ce que je ne continuai cependant pas de faire au-dessous de l'ombilic, parce qiie ks médecins et le malade disaient qu'il n'y avait rien contre nature), je sentis, autant que la chose était possible à travers la graisse intermédiaire de l'abdomen, qu'il n'y avait rien de rénittent,rien de dur, rien d'inégal, rien qui produisît du malaise à la pression. Après avoir pris une connaissance suffisante de ces symptômes, et de l'urine dans laquelle il n'y avait rien à dire, ainsi que de l'eau rejetée par le vomissement dont il a été parlé, et de toutes les autres circonstances qui paraissaient devoir être examinées, ou sur lesquelles Qii croyait devoir prendre des informa-

lions, et M[)rès avoir reçu des médecins et de l'évéque lui-même ies détails qui vous ont été exposés plus haut, nous nous retirâmes pour prendre conseil entre nous en présence de ce grand séiîateur et de plusieurs autres personnes recommandables par leur dii^uiléel par leursavoir, ou livrées à Tétude de la médecine.

9.2. Là, Vun des médecins qui présidaient au traitemejU, disserta longuement sur la nature et sur le siège de la tiimeur. Voici en somme ce qu'il dit : qij'il regardait la tumeur comme un squirrhe, mais comme un sqtjirrhe bâtard, parce qu'elle était douloureuse à la pression : qu'elle avait sou siège ou dans Tépqjloon, parce qu'elle était mobile el [)eu jïrofonde, ou, si quelqu'un l'aimait mieux, dans le mésentère, attendu que celui-ci est mobile aussi, et qu'il renferme cette grande glande (pi'on appelle pancréas d'Asélius, qui pouvait grossir et loimcT une tumeur assez considérable potM' parvenir à la partie antérieure du ventre, comme il disait lavoir vu sur un cadavre (comme si ce pancréas existait sur l'homme, ou qu'il lut possible d'entraîner ainsi en masse d'un côté et d autre avec la ujain une tumeur glanduleuse qui serait placée au centre immobile du mésentèie, comme l'est ce pancréas). Que relativement aux vomissemens opiniâtres, il paraissait qu'il y avait sur l'anneau du pylore une excroissance qui s'o[)posait aux alimens qui devaient le traverser, et que ceux-ci retenus irritaient l'esto-

mac; mais que certainement la cause de ces vomissemens n'était pas au-delà de cet anneau , puisqu'on ne voyait jamais aucune trace de bile dans les matières rejetées. Qu'en conséquence une extrême maigreur et une mort lente ne pouvaient manquer d'être le résultat final des vomissemens, et que celle-ci serait même prompte, parce qu'il sortirait de la tumeur une matière purulente qui se répandrait dans le ventre avec du sang. Que si néanmoins le médecin devait faire encore quelque chose 5 il fallait non pas employer des remèdes à l'extérieur, mais tenter des remèdes internes. Qu'en effet le malade s'était refusé à l'idée qu'il avait eue lui-même de lui faire tirer du sang par les hémorrhoïdes avant que les forces ne fussent affaiblies, et que maintenant qu'elles l'étaient il n'y avait plus lieu à cette saignée. Que quant aux topiques qui avaient été places auparavant sur la tumeur , le malade les avait rejetés , non-seulement comme inutiles, mais encore comme lourds et incommodes ; qu'il pensait donc que pour éviter tout ce qui pourrait exciter la suppuration, le cérat de Nuremberg était ce qu'il y avait de plus convenable ; mais qu'il fallait absolument recourir aux remèdes internes, c'est-à-dire aux incisifs et aux dissolvans les plus énergiques, à ceux qui lâcheraient le ventre plus que la rhubarbe, et surtout à ceux qui exciteraient l'excrétion des urines. Comme pour produire ces effets il citait plusieurs remèdes des plus violens, d'après son habitude,

il dit que les mercuriaux et les ferrugineux lui paraissaient également convenables, s'ils pouvaient élre supportés, et si nous autres, à qui il en pro-^ posait l'examen , ne les désapprouvions pas.

Après lui, son confière passant sur le reste, si ce n'est qu'il émit l'opinion que le foie et la rate étaient en outre obstrués, parla peu, mais il fut d'un avis bien différent à l'égard des remèdes, disant qu'il lui était impossible d'en proposer un autre que la rhubarbe, le seul dont il s'était servi auparavant sans inconvénient, tandis qu'il avait vu tous les autres qu'on y avait joints produire un grand malaise et être nuisibles. Alors l'un de ceux qui étaient venus avec moi parla un peu plus longuement, et approuva positivement ce que le premier avait dit relativement à la nature de la tumeur, à son siège dans l'épiploon, et à l'excroissance située sur l'anneau du pylore, ainsi que ce qu'il avait annoncé de fâcheux; mais il différa de l'un et de l'autre pour les remèdes. En effet, il rejeta tous ceux qu'on appelle purgatifs , et la rhubarbe elle-même; et il proposa la décoction des bois, comme on dit, avec une petite portion de vipère, à moins que par hasard celle-ci ne parût trop chaude à cause de la fièvre.

23. Quant à moi, tout en disant qu'il y avait: principalement quatre choses que nous devions considérer, la tumeur, le vomissement, la maigreur, la fièvre, je louai cependant ceux qui 5«vaient parlé avant moi de ce qu'ils avaient sur-

tout eu égard à la tumeur, qui ayant précédé les autres symptômes pouvait aussi paraître en être la cause. Mais j'ajoutai que je croyais qu'il failait reconnaître évidemment la cause de la tumeur elle-même dans la moins grande facilité du mouvement du sang dans la veine-porte, ce qui était indiqué d'une manière non équivoque par la circonstance que le malade était accoutumé à rester assis pendant long-temps, par l'affection hypochondriaque, et par Técoulement du sang hémorrhoïdal qui fut utile tant qu'il eut lieu ou qu'il revint, et nuisible lorsqu'il diminua ou qu'il cessa. Qu'ainsi le ralentissement de ce mouvement avait produit des irritations, des crispations, des douleurs, et enfin un commencement de tumeur dans quelqu'une des parties par lesquelles le sang revient pour être reçu dans cette veine. Que parmi ces parties il y avait, outre répipl()On et le mésentère, d'autres organes encore, principalement les intestins, qui certes sont plus près des mains de ceux qui touchent l'abdomen que le mésentère, et qui ne sont pas moins mobiles d'un côté et d'autre que les parties de celui-ci qui leur sont attachées , et qui le sont même plus que celles surtout qui se trouvent plus près de son centre. Qu'à cela se joignait une autre considération; c'est que de ce.tte manière nous pourrions plus facilement rendre raison soit du serrement du ventre de longue durée, soit peut-être aussi de ces vomissemens si fréquens qui s'y étaient joints. Qu'en effet, les

DES TUM£UR3 INTERNES DU VENTRE. SiS^

intestins grêles qui se trouvent à celte région du ventre étant resserrés, il en résulte non-seulement que le diamètre de la voie et la force du mouvement péristaltique diminuent, mais encore que quelque irritation se propage facilement à la partie voisine de l'estomac qui se continue avec eux. Et même que Ton comprenait plus clairement aussi la douleur qui y était excitée par la pression de la main, ou du moins par les vents dont le sujet était tourmenté, si on conjecturait que la tumeur appartenait aux intestins eux-mêmes. Qu'au surplus je ne disais pas cela comme pour préférer à l'avis des autres ma conjecture que je soumettais au jugement de tout le monde, sans rien définir dans un cas difficile et très-obscur, et par conséquent sans dédaigner l'opinion de mes confrères. Qu'en effet, quoique je fusse accoutumé à lire (i) des observations de grandes tumeurs situées dans l'épiploon sans remarquer qu'il y fût fait mention de douleurs, et que j'en eusse même reconnu une avec l'assentiment d'autres praticiens sur la femme d'un médecin qui était très-bien nourrie et très« bien colorée , et qui se trouvait exempte non-seulement d'un sentiment douloureux lorsqu'on exerçait une pression, mais encore de toute incomm^odité , il peut cependant exister quelquefois dans

(i) \/Varton. adenogr. , c. 12 ; vid. etiam suis locis plerasque obser. indicatas in hâc Sepulchr. sect. 21, sub obs. 33, itemque in additam, obs. 78^ 80, 85, 88,

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