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l'épiploon une tumeur qui soit teile par sa nature, par sa dureté et par sa forme, que la compression excite de la douleur soit dans cet organe même, soit dans les parties contiguës ; circonstance dont je savais que des hommes savans (i) n'avaient point douté. Que pour les grandes tumeurs du mésentère, plus d'une observation (3) de médecins et d'anatomistes pouvaient confirmer qu'après avoir chassé les intestins et l'épiploon sur les côtés, elles se trouvent elles-mêmes au-dessous des parois antérieures du ventre, et les touchent. Qu'au reste la difficulté de reconnaître le véritable siège des tumeurs augmente dans ces sortes de ventres qui sont gras, gros et sujets à des douleurs des intestins; car outre qu'une grande quantité de graisse intermédiaire entre la main et les viscères s'oppose à l'exploration , il arrive assez souvent que dans ces ventres les viscères, et surtout quelques intestins, sont rétractés ou poussés hors de leurs places. Que d'ailleurs de même que le siège de la douleur pouvait ne pas être un , de même les causes d'un vomissement très-opiniâtre pouvaient varier. Qu'à la vérité je n'ignorais pas qu'il s'élève quelquefois une excroissance de l'anneau même du pylore, comme je l'avais vu moi-même
(1) Vid. sect. modo cit., schol. ad ôbs. 54, et in addit. obs. 80, vers, fir,
(2) f^id. River, prax. med. ,1. i3 , c. 5 ; Warton. 1. cit. ^ c. 1 1 ; Scultet. armam. chir. , obs. 62 , etc.
DES TUMriJiVS INTERNES DU VENTRE. sSq
dans certains cas, et que si elle est assez grosse, comme le fut un stéatome sur un médecin qui était connu de mes amis, elle ferme le passrige aux alimens; mais que je savais cependant qu'il peut exister dans cet endroit, ou près de cet endroit, soit en dedans, soit en dehors, tant de causes propres à produire le même effet, que quand même j'en énumérerais un grand nombre, je ne rencontrerais peu t être pas la véritable. Qu'en effet, • par exemple, les tuniques de l'estomac étant devenues dures et épaisses de toutes parts vers cet endroit, la voie se rétrécit, et les alimens ne sont pas poussés en avant; genre de lésion qui avait été trouvé à Padoue sur un prêtre pieux, ainsi que sur d'autres sujets dont j'avais lu les histoires soit ailleurs (i), soit dans le Sepulchretum (2). Que (pour passer sous silence que l'effet serait absolument le même, si quelqu'une des lésions citées assiégeait la partie (3) de l'intestin duodénum voisine de l'estomac) il existait certainement dans le même Sepulchretum une observation (4) qui ne différait pas beaucoup, si je m'en souvenais bien, du cas dont nous parlions, puisque ce qui avait été dit sur la tumeur de Tépipioon l'avait rappelée à ma mémoire; car tandis que cet organe pré-
(i) Vid. Epist. 3o, n. i3.
(2) L. 3 , s. 8, obs. 17 et seq.
(3) Kid. confirmatum Epist. 3o, n. 12=
(4) L. cit.^ sect. 21, obs. 80.
sentait à l'épigastre une grande tumeur formée par une graisse très-dure, le pylore était tellement rétréci par une matière semblable qui l'environnait, qu'il en était résulté un vomissement incurable, un serrement de ventre opiniâtre, et de la maigreur. Qu'au reste il n'était pas nécessaire de parler longuement de celle-ci sur un sujet qui rejetait non-seulement les alimens, mais encore plus de liquide qu'il n'en prenait, soit que ce liquide provînt de la salive qui descendait en grande quantité dans l'estomac qui se trouvait souvent vide, soit aussi qu'il fût exprimé des tuniques de ce viscère par les efforts fréquens du vomissement; quoiqu'en outre quelque portion de chyle formé par la très-petite quantité de substances qui entraient dans les intestins, pût être interceptée par la tumeur qui appartenait ou à ceux-ci, ou au mésentère. Que certaines parties qui séjournaient dans le ventre après être sorties de cette tumeur, ou du moins à cause d'elle, et qui par conséquent étaient viciées, pouvaient, lorsqu'elles étaient revenues dans le sang, tellement irriter le cœur et les artères, qu'il était enfin permis de conjecturer l'origine de la fièvre de cette manière, ou de quelque autre analogue.
Quoique l'on vît d'après ce que j'avais dit jusqu'alors sur les quatre propositions énoncées au commencement, en quoi je différais des autres, cependant il était facile de comprendre que je ne pouvais pas être d'un autre avis qu'eux, quant à
J)ES TUiAIEURS INTERNES DU VENTRE. s6l
ce qu'ils avaient établi que la maladie était incurable. Et je l'avouai volontiers; j'ajoutai seulement d'une manière positive que je craignais que la tumeur ne produisît la mort de quelque autre manière plutôt que par l'effusion du pus , dont les indices étaient alors éloignés. Qu'en conséquence il fallait faire en sorte dans une maladie incurable , de prolonger la vie plus long-temps en s'opposant autant que possible à ce qui pouvait accélérer la mort. Que le vomissement tendait à cet effet de plus d'une manière , en donnant lieu à la maigreur, en diminuant les forces , et en agitant la tumeur. Mais que si sa principale cause ne pouvait pas être détruite, on pouvait du moins en diminuer une autre qui le favorisait peut-être en quelque partie, comme elle le fait ordinairement, savoir le serrement du ventre. Qu'il fallait supplier l'évéque de toutes manières, pour qu'il reçût des cîystères qui rempliraient cette indication, ou qui le nourriraient s'ils la rem plissaient inutilement. Que s'il persistait dans sa résolution de les refuser, et que la rhubarbe eût suffisamment lâché le ventre auparavant sans avoir véritablement produit aucune incommodité, conduit et forcé par la nécessité même, je ne rejetais pas ce moyen ; non point que je l'approuvasse, mais les autres ne convenaient pas en partie, et en partie étaient manifestement nuisibles. Que du reste il fallait éviter tous les remèdes irritans et désagréables, et qu'a cet égard je ne désapprouvais pas une petite por-
262 TJIEIVTE-NEUVIÈME LETTRE.
tion de vipère, parce qu'on pouvait à l'insii du malade la faire cuire dans des bouillons dont on devait le nourrir, à moins qu'on n'aimât mieux dissoudre dans ceux-ci un peu de gélatine de ce reptile; car tant que la fièvre serait aussi légère, la chaleur de la vipère ne pourrait pas être nuisible, fournie par une si petite portion administrée de l'une ou de l'autre manière, quand même elle serait aussi considérable que le plus grand nombre semblent le craindre. Que je disais à peu près la même chose d'une aussi petite quantité de racine de salsepareille ou plutôt de squme. Que relativement au mercure dont il avait été fait mention, d'abord les forces du malade n'étaient pas telles que nous pussions y songer, et que si elles l'étaient, j'approuverais beaucoup plus volontiers d'après ce que j'avais dit sur la cause de la tumeur, une petite saignée par les hémorrhoïdes; qu'ensuite si la nature de la tumeur était telle qu'ils le pensaient euxmêmes (et je ne pouvais nier que le toucher ne semblât indiquer qu'elle appartenait à des espèces de glandes squirrheuses ou écrouelleuses), le mercure était certainement moins convenable que les cloportes, d'autant plus que ces derniers pouvaient en même temps exciter l'urine, si toutefois il était à propos de l'exciter, comme on l'avait avancé. Mais que rien n'était plus convenable, comme je l'avais dit, que de prolonger la vie, et qu'an y parviendrait si l'on négligeait les choses désagréables, et si l'on en administrait qui fussent plus
agréables et en même temps nourrissantes. Que c'était d'après les substances que l'estomac gardait plus long-temps, ou qu'il ne rejetait pas en entier, qu'il fallait user de beaucoup d'attention à ce sujet, et que c'était principalement de ces substances qu'il fallait se servir.
24. Quoique je n'eusse pas pu être aussi court que j'ai coutume de l'être le plus souvent dans les consultations médicales , cependant celui qui parla en dernier lieu (c'était un professeur déjà vieux et célèbre) disserta encore plus longuement. Tout ce qu'il dit se réduisit à ceci, qu'il admettait la même nature de tumeur que tous les autres, et qu'il ne lui reconnaissait d'autre siège que le mésentère ,^ mettant l'épiploon de côté (car il ne fit absolument aucune mention des intestins) par la raison surtout qu'il était insensible, et qu'on le coupait sans produire delà douleur. Du reste il confirma que la maladie était incurable; il approuva les alimens médicamenteux, et entre autres la vipère qu'il recommanda posisitivement; il condamna les purgatifs, et tous les remèdes trop violens, mais non pas les cloportes , avec lesquels il se souvenait qu'il avait parfaitement guéri les écrouelles d'une jeune fille pauvre.
Voilà en somme ce qui fut dit dans cette consultation. Mais ne vous étonnez pas de ce qu'ayant fait connaître succinctement l'opinion des quatre médecins qui florissaient ici dans ce temps-là plus que tous les autres, j'ai été plus long à exposer la
264 TREÎfTE-lVEUVIEME LETTRE.
mienne; car je l'ai fait ainsi pour pouvoir être plus court dans l'explication de ce qui fut trouvé après la mort de l'évéque. Celle-ci eut lieu le vingt-huitième jour environ après notre consultation. Mais achevons l'histoire de la maladie que j'ai commencée.
i5. Je ne m'informai pas de ce que firent ensuite les deux médecins à qui ie traitement avait été confié dès le principe ; car telie n'est pas mon ^abitude après avoir énoncé mon opinion. Cependant j'appris ce que tout le monde savait à Pa* doue, que le lendemain ils donnèrent de la rhubarbe, mais non sans dépasser l'ancienne dose, et par conséquent non sans causer des incommodités au malade. Qu'ils obtinrent enfin de lui qu'on lui donnerait de temps en temps des clystères, et que ceux-ci produisirent ainsi quelque soulagement en évacuant les excrémens. Qu'étant enfin arrivé au sujet de passer deux jours sans avoir aucun vomissement, l'espoir de le sauver se répandit dans le public; je ne sais quelle fut la source de ce bruit, et plût à Dieu qu'il eût pu se réaliser! Mais que bientôt le vomissement revint, et que tous les symptômes furent encore plus fâcheux qu'auparavant.
Sur ces entrefaites il arriva ici un médecin étranger, homme du premier mérite dans l'opinion du peuple, et, l'on disait qu'il avait annoncé dans un endroit que les choses étaient dans un état désespéré, mais qu'il avait ajouté ailleurs qu'il aurait
pu triompher de la maladie au moyen du mercure, s'il était venu plus tôt. Il y eut aussi quelqu'un qui, au départ de ce médecin, promit d'en triompher sans aucun doute avec un remède qui lui était propre. Ce remède était une infusion de Lois néphritique (comme on l'appelle), avec laquelle il avait peut-être dissous certaines duretés du ventre à Venise. Il en donna quelquefois à l'évêque, mais inutilement. Et déjà la maigreur augmentant de jour en jour, et les forces diminuant, la maladie approchait de sa fin. A une certaine heure le malade demandait de grosses couvertures, comme s'il avait froid; à une autre heure il n'en pouvait supporter cpje de très-légères à cause de la chaleur, mais cette chaleur était intérieure ; car chacun sentit qu'à l'extérieur son corps fut toujours tiède, et jamais froid, ni chaud. La resr piration fut toujours bonne. Le pouls n'avait jamais été dur, ni intermittent, ni inégal d'aucune manière; mais il était devenu très-fréquent dans les derniers jours, et si petit, que l'un des médecins crut qu'il était déjà éteint. Il s'y joignit des soubresauts convulsifs des tendons, et par intervalles une espèce de délire très-léger. Les vomissemens persistaient ces mêmes derniers jours; mais leur matière était une humeur amère, extrêmement fétide, et tellement noire que quelques personnes pensaient que c'était du sang; mais du papier qu'on y trempa, fit voir après qu'il fut sec que c'était de la bile d'une couleur verdâtre mê-
^66 " TREKTE-NEUVIEME LETTRE.
lée d'un jaune affaibli. Cependant on arriva au 24 juin , jour où il fut pris d'un paroxysme si violeiitdans les heures de l'après-midi, qu'on croyait alors qu'il allait mourir. Néanmoins il en réchappa. Mais le lendemain un paroxysme semblable étant revenu aux mêmes heures, cet excellent évéque ayant sa connaissance et proférant de temps en temps à voix basse quelques paroles de piété , quitta paisiblement cette vie, peu de temps après s'être tourné de lui-même sur l'autre côté, ce qu'il ne pouvait faire sans aide les jours précédens.
26. Examen du cadavre. Comme le cadavre devait être embaumé la nuit prochaine pour rendre au sujet les derniers devoirs pendant les trois jours suivans, nous tous qui avions fait la consultation fumes convoqués. Là, après avoir appris des médecins de l'évêque et des prêtres ses amis, ce que je vous ai rapporté comme certain sur les derniers tenïps de la maladie, je présidai bientôt moi-même à la dissection en présence de mes confrères et d'un grand nombre d'étudians. Quoique la maigreur eut fait beaucoup plus de progrès aux membres et à la face qu'au ventre lui même, cependant celui-ci s'était affaissé, au point que l'on pouvait croire même par ce motif que la tumeur s'élevait en dehors et proéminait plus que nous ne Tavions remarqué auparavant. Néanmoins au-dessous de toute la peau de l'abdomen il y avait deux travers de doigt de graisse. A l'ouverture de la cavité du •ventre , dans laquelle étaient à peine répandues
trois livres d'une sérosité sanguinolente, deux objets attirèrent sur eux en même temps les regards de tout le monde. En effet, d'un côté la tumeur sur laquelle on avait tant disserté, se présenta comme une grande boule ou plutôt comme un hémisphère, avec l'apparence d'un carcinome trèshideux, à considérer sa couleur, sa fétidité et l'inégalité de sa surface. De l'autre côté, par une disposition nouvelle et insolite, tout ce qu'il y a d'espace de l'ombilic en bas dans l'intérieur du ventre^ était entièrement vide et dégarni de viscères, à l'exception de la partie inférieure gauche du colon , du rectum, de la portion du mésocolon qui appartient à ce trajet intestinal, et de la vessie urinaire. Cela m'avertit aussitôt de ce qu'était la tumeur; ce qui fut confirmé d'abord par mon examen , et ensuite par celui de tout le monde. Je m'explique ; tout l'intestin iléon , et quelque portion voisine du jéjunum ayant abandonné leur siège qui est au-dessous de l'ombilic, et s'étant retirés en haut en s'amoncelant et en se réunissant très-étroitement avaient formé par eux-mêmes cette tumeur volumineuse et proéminente, sans absolument aucune addition de substance scrofaleuse, ou squirrheuse, ou cancéreuse. En effet, l'inégalité de la surface dépendait des flexuosilés nombreuses des intestins, et de la différence de leur position et de leur constriclion , en sorte qu'ils étaient plus saillans à un endroit et moins à un autre. Quant à la couleur noirâtre qui existait
presque partout ( car il y avait quelques petits espaces intermédiaires qui étaient encore rouges), elle était due très-manifestement à rinfîammatioa des intestins qui dégénérait déjà en grande partie en gangrène , et cela parce que le retour du sang dans la veine porte avait fini par être intercepté, après avoir été retardé comme je l'ai dit plus liant (i). Enfin la gangrène avait donné lieu à une odeur fétide, comme c'est l'ordinaire. Les intestins qui formaient la tumeur étaient presque remplis d'une matière semblable à celle des excrémens quand ils ne sont pas très-mous dans les gros intestins, autant que nous le reconnûmes ensuite eti disséquant un de ceux-là; en sorte qu'il était évident qu'à raison du séjour de la matière qui a coutume de descendre promplement dans les gros intestins, et des vents qui s'y étaient joints, la tumeur avait pu être rénittente au toucher, comme nous l'avions observé pendant la vie. Du reste quoiqu'il eût fallu beaucoup de temps pour séparer les intestins l'un de l'autre avec le scalpel à raison de leur étroite union que j'ai indiquée (car on n'avançait à rien en tirant avec les mains d'un côté et d'autre), cependant comme la désunion était moins difficile vers le milieu et près du sommet de la tumeur, elle fut opérée au moins à cet endroit, et l'intérieur de celle-ci se présenta à la vue; elle était également formée en dessous par des
intestins amoncelés, et en quelque partie par le mésentère, qui n'était ni endurci, ni épaissi, ni noir, comme tout le monde put très-bien le voir, mais parfaitement sain, et rempli de graisse d'un blanc jaunâtre, comme il l'est ordinairement dans l'état naturel. Comme aucune partie de l'épi ploon ne s'était montrée jusqu'à ce moment, je tournai mes regards vers la région supérieure du ventre, où l'estomac était affaissé entre la tumeur décrite et le diaphragme; et comme je ne voyais même pas cet organe à cet endroit, et qu'une espèce de bande dure, lourde et épaisse, s'étendant en travers d'un hypochondre à l'autre, était très-fermement attachée au fond de l'estomac et à l'intestin colon placé au-dessous de celui-ci, je reconnus à peine à la fin que cette bande était l'épiploon , ce que tous les autres confirmèrent aussi bientôt après en bien examinant tous les objets. C'est que les intestins grêles s'élevant en tumeur avaient repoussé autrefois à cet endroit l'épiploon, qui en se repliant sur lui-même s'était réuni pour former ce corps unique, semblable à une bande, d'une surface égale, mais d'une épaisseur inégale. Car cette épaisseur était dans certains endroits d'un doigt, dans d'autres de deux, dans quelques-uns de trois, comme on le vit très-bien après les sections; mais l'endroit où elle se trouvait la plus considérable était surtout près de la rate, où l'on remarqua aussi une dureté et une rigidité, de telle sorte que cet organe résonnait sous le scalpel pendant
a-JO TRENTE-NEUVIÈME LETTRE.
qu'on le coupait : du reste sa substance était partout uniforme à la vue , mais sa dureté était comme celle du ligament dans quelques endroits, et dans quelques autres elle approchait de celle du cartilage. Tel était donc l'état de l'épiploon , qui ne tombait point sous le toucher pendant la vie, puisqu'il se trouvait entre une grande quantité de graisse de l'abdomen et l'estomac et le colon qui cédaient, et qu'il ne pouvait ni être embrassé avec les mains comme cette tumeur proéminente des intestins , à cause de la profondeur de son siège et de l'extrême fermeté de ses connexions, ni être remué de tous côtés à volonté.
Alors l'estomac fut examiné. Après avoir retiré de sa cavité une grande quantité d'humeur noirâtre et d'une odeur très-infecte, telle que celle . qui était rejetée dans les derniers vomissemens, sa face interne présenta une couleur d'un brun rougeâtre; était-elle teinte ainsi par cette humeur? ^ Fétait-elle aussi par une inflammation ? Mais dans l'antre du pylore elle paraissait salie çà et là de quelques espèces de petits grumeaux de sang concrète, lesquels examinés avec plus d'attention ne présentèrent autre chose sinon de petits tubercules déprimés, blancs et fermes en dedans, mais affectés de gangrène à leur surface; quelques-uns V avaient une forme ovale; ils différaient par leur forme et pour leur position, mais la plupart étaient composés de plusieurs autres, de telle sorte qu'ils représentaient des espèces d'astéries rameuses ,
c'est-à-dire fournies de rayons flexiieux et bifurques. Mais plus on approchait du pylore en s'éloignant du commencement de son antre, plus ils devenaient petits, rares et enfin solitaires. Le plus gros de tous avait acquis à peine le volume d'une petite fève. Dans le pylore on n'observa point de ces tubercules, ni à plus forte raison aucune excroissance; on n'y trouva même pas la voie assez rétrécie pour empêcher d'y introduire le doigt, comme j'ordonnai qu'on le fît. Mais cependant les tuniques étaient si dures et si épaisses à cet endroit et dans presque toute Tétendue de l'antre du pylore, ainsi que dans la première partie de l'intestin duodénum voisine de celui-ci, que tandis qu'elles égalaient en épaisseur le bout du petit doigt, elles ne le cédaient pas beaucoup en rigidité et en dureté à l'épiploon décrit, auquel elles ressemblaient encore par leur substance blanche et compacte, qui s'élevait légèrement en certains endroits pour former ces tubercules dont il a été parié un peu plus haut. Le foie était pâle et un peu dur en dedans et en dehors, mais il était d'une forme et d'une grosseur naturelles. Sa vésicule contenait une bile semblable à de la lie noirâtre. La rate était saine, ainsi que les autres viscères du ventre, et de la poitrine, où l'on remarqua que le péricarde et le cœur étaient couverts de graisse. Cependant il faut faire une exception dans le ventre pour le pancréas; comme je voulais chercher dans quel état il était, la nuit ^'avançant déjà
aya trente-keuvième lettre.
beaucoup, la fétidité de l'odeur étant considérable, et ces adhérences extrêmement fermes de Tépiploon ne pouvant certainement être détruites très-promptement pour mettre cet organe à découvert, mes confrères trouvèrent qu'on avait fait assez de recherches.
27. Et en effet, à considérer les circonstances antérieures, et surtout la tumeur, sur la nature et le siège de laquelle on avait principalement discuté pendant la vie de Févéque, il semblait qu'on avait fait assez de recherches. Quant à moi, comme en me retirant avec mes confrères après la dissection un homme très-grave me demanda ce que l'on avait enfin trouvé, je répondis aussitôt pour tous qu'on n'avait rien trouvé qui n'eût déjà été annoncé par quelque consultant, et qui n'eût été jugé incurable avec raison. Telle fut aussi la conclusion du rapport que j'écrivis au grand sénateur, frère de l'évêque qui a été cité plus haut (1), lorsque je lui envoyai le lendemain , comme je le devais, le résultat des observations qu'il agréa et garda chez lui. Au reste quoique j'aie appris plus tard que deux rapports relatifs aux mêmes objets se trouvent entre les mains de tout le monde, je n'ai pas voulu publier celui que j'avais fait, soit parce que les autres différaient beaucoup plus entre eux qu'ils ne différaient du mien, soit parce que je n'ai jamais voulu entrer dans des contro-
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verses qui ne sont nuliement nécessaires. Or quelle controverse était moins nécessaire que celle qui pouvait se terminer par le témoignage des chirurgiens mêmes qui avaient fait la dissection? témoignage que je réclamai pendant que le fait était très-récent, non pas pour le faire connaître alors, mais seulement pour l'avoir sous ma main , comme je l'ai, si quelquefois toute l'observation venant à être publiée par moi il se trouvait par hasard quelqu'un à qui quelque petite partie de ces rapports inspirât quelque doute. Je ne dirai même pas maintenant ce qui manquait dans ceux-ci, ni ce qu'il y avait de trop , ni enfin ce qui y était éloigné de la vérité; et je n'en aurais même fait aucune mention , si je n'eusse cru que les ayant peutêtre vus autrefois, vous ne fussiez étonné de ce que je ne vous en parlais pas. Je dirai seulement ce que tous ceux qui avaient assisté à la dissection disaient alors d'eux-mêmes; que c'est avec raison que l'un des auteurs avoue que la tumeur, qui était le sujet de la controverse, était formée par les intestins grêles réunis en une grande boule, et amoncelés; mais que c'est à tort qu'il ajoute qu'elle l'était aussi par le mésentère ^ qui était trèsdur, et de la même couleur (c'est-à-dire noire et gangreneuse) dont étaient teints ces intestins, et enfin tuméfié : que c'est aussi avec raison que l'autre affirme au contraire que le mésentère était blanc, sans aucune tumeur ni dureté ; mais que c'est à tort qu'oubliant qu'il avait conjecturé aussi dans VI. 18
'^74 TREKTE-KEUVTÈMÉ LETTRÉ.
îa consultation ^t^ qn'il existait un squirrhe du mésentère aussi bien que de Tépiploon, il blâme non sans quelque amertume celui qui avait avancé qu'il y avait un squirrhe dans le mésentère, et qu'il parle de la réunion des intestins et du squirrhe de l'épi ploon avec im tel artifice, que celui qui ignorera le fait ne soupçonnera même pas que les intestins étaient amoncelés et s'élevaient en une grande boule, et que par conséquent ils formaient la tumeur dont il était question, et qu'il pensera même que celle ci n'était autre chose que ce squirrhe de lépiploon, qui certainement ne commençait pas à la partie supérieure de Voinbilic, mais beaucoup plus haut, et qui au lieu d'offrir quelque saillie, présentait une surface plane et déj>rimée. Combien il aurait été plus convenable à ces deux vieux médecins de négliger toute controverse , qui ne pouvait plus avoir lieu sur le siège de la tumeur, et de suivre le bel exemple d'Hippocrate (2) et de Galien (3), en avouant avec candeur qu'ils s'étaient trompés dans la conjecture qu'ils avaient émise sur sa nature, quand moi-même j'éprouvais moins de plaisir secret d'avoir été le seul qui eût fait mention de son véritable siège, que je ne témoignais de peine ouvertement de n'avoir pas pu éviter entièrement Fer-
(1) Suprà, n. 22.
(2) Epidem., 1. 5, 11. 14*
(3) De loc. aff. , 1. 2, c. 5.
DES TUMEURS IIVTEKIMES DU VENTRE. 'i^S
reur commune à tous les autres sur sa nature. 28. En effet, il importe beaucoup à ceux qui se livrent à l'étude de la médecine, et à vous même pour qui je suis entré dans d'aussi longs détails, de ne pas ignorer qu'il exista ime fois dans le ventre une tumeur, qui, quoique formée par les intestins eux-mêmes, en imposa cependant pour un squirrhe par sa surface inégale et tubéreuse et par sa rénittence à cinq médecins, et à des médecins, moi seul excepté, très-habiles et très-exercés. Si par un aveu sincère je n'avais pas publié ce cas, qui chercherait des signes pour le reconnaître? car on n'en trouvera pas facilement dans nos auteurs, attendu que je ne me souviens pas d'avoir lu quelque part une histoire parfaitement semblable à celle-ci. J'ai bien vu dans les Actes de l'Académie de Vienne (i) qu'on a trouvé tous les intestins étroitement unis entre eux , ou qu'on a observé que les intestins grêles principalement étçLient adherens partout avec tant de fermeté soit entre eux soit avec le mésentère^ qu'ils formaient avec lui comme une masse ou un peloton; j'ai même lu que le célèbre Fantoni f 2) trouva sur une jeune fille qui avait été souvent sujette à des douleurs du ventre, presque tous les intestins pelotonnés comme en un seul corps ^ et tres-étroitement unis entre eux ; et vous pourrez lire vous-même dans cette vingt-
(1) Tom. I, obs. 87^ et tom. 6, obs. i34.
(2) De obs. med. , et anat. epist. 4«
276 TREWTE-3?rEUVl£ME LETTRE.
unième section (1) du Sepulchretum que tous le^ intestins étaient agglomérés et réunis en une sorte de houle ^ et que (a) les intestins étaient tellement rétractés vers les parties supérieures , quils remplissaient à peine la moitié de la capacité de V abdomen. Mais vous ne trouverez dans aucune de ces observations que ces organes fussent rétractés et amoncelés, de manière à proéminer en dehors en forme d'une tumeur circonscrite et particulière; et cette disposition ne pouvait même pas avoir lieu dans les deux dernières, parce que les sujets étant laydropiques il y avait beaucoup d'eau intermédiaire qui distendait tout l'abdomen , comme elle n'était pas possible non plus sur une autre ascitique chez laquelle ïh. Bartholin (3) vit tous les in^ iestins chassés à Vhjpochondre droit , en sorte quit sembla d' abord que ces organes manquaient y ni sur un soldat atteint de la même maladie qu'elle, et chez lequel Laubius (4) trouva les intestins entortillés d'une manière étonnante^ et ramassés comme en un globe vers V ombilic. Mais cette disposition pouvait peut-être exister ( toutefois le^fait n'est pas noté positivement) sur le cardinal Campegio, dont tous les intestins, excepté une partie du colon et le rectum, avaient été chassés aux hypochondres ; ce qui faisait que la cavité inférieure de V abdomen était
(i)Obs. 3/J. 8.
(2) Obs. 20, §. 6.
(3) Cent. 1, hist. anat. 2.
(4) Eph. N. C, cent. 9, obs. 64.
dégarnie d'intestins , et V épine découverte y comme le vit Columbus (i), qui dit que la nouveauté de ce phénomène ( observé également par nous sur notre évêque) ne pouvait être assez admirée par V excellent Aug. Ricci de Lacques.
Il s'est présenté à moi postérieurement une nouveauté de cette espèce encore plus étonnante sur un fœtus du sexe féminin. En effet, à l'ouverture du ventre, après avoir essuyé le sang qui y était épanché on ne voyait nulle part aucun intestin, si ce n'est ceux pour lesquels j'ai fait une exception tout à l'heure; car tous les autres étaient ca* chés avec le mésentère presque tout entier sous la face concave du foie, et ils y étaient renfermés de îa manière que je vous exposerai peut-être dans un endroit plus convenable (2). Mais personne n'aurait pu soupçonner cet état avant la dissection, parce que l'abdomen n'était pas affaissé audessous de l'ombilic à raison de la quantité de ce sang épanché; et quand même il l'aurait été, quel est celui qui en définitive n'aurait pas cru devoir attribuer la tuméfaction au foie, comme étant peut-être trop gros ici, attendu qu'il est toujours volumineux sur les fœtus, plutôt qu'aux intestins rétractés en haut derrière lui? En effft, Phil. Jac. Hartmann (3) avait vu aussi sur une petite fille de
(i) De re anat. , 1. i5.
(5;) JT'id. Epist. 67^ n. 17.
(3) Eph. N. C.^ dec. 3^ a. 9 et 10^ obs. loS»
2^8 ÏRENTE-]YEUVI£M£ LETTRE.
trois ans une grosse liimeur qui s'étendait depuis les fausses côtes gauches jusqu'au voisinage du pubis, et ii n'avait pas pu deviner qu'elle était formée par les intestins réunis en un seul cor^ps avec la plus gr^ande partie de tout le mésentère^ de telle sorte que le dos seul qui était libre pouvait se voir; du reste il n'a rien ajouté qui fît connaître la nature de cette tumeur dans iexas où elle surviendrait de nouveau»
Cependant Columbus(i) avait intercalécertains détails, d'où nous pourrions recueillir quelques caractères pourreconnaître cette nature. C'estpourquoi y dit-i I , il était possible au médecin qui touchait r abdomen du cardinal de sentir le mouvement de V aorte , avec laquelle on sentait en même temps une dureté. Mais cette dureté n'était autre chose que les corps des vertèbres. Je ne pus point me servir de ces indices sur Févéque, parce que je ne touchai pas l'abdomen au-dessous de l'ombilic pour la raison qui a été indiquée plus haut (2); et si je l'avais touché, la grande quantité de graisse m'aurait empêché de sentir, je crois, et ces pulsations et cette dureté, mais surtout le mouvement de l'aorte ou des premières iliaques, attendu que le pouls n'était ni fort ni grand; et c'est pour cela qu'il para.ît que ni les médecins ni le malade ne remarquèrent ce qu'ils n'auraient pas nié sans cela, sa-
(i) Loc. cit.
voir qu'on ne sentait rien contre nature au-dessous de l'ombilic. Toutefois ces caractères ne seront pas inutiles sur ceux chez lesquels Tabdomen aura moins de graisse, pourvu que celle ci ne manque pas entièrement, et qu'il n'y ait point de soupçon de dilatation de l'aorte, ni de pulsations extraordinaires de cette artène produites à cet endroit par d'autres causes; car dans ces cas on pourrait sentir malgré l'intermédiaire des intestins, nonseulement les pulsations de ce vaisseau, comme je Tai fait voir dans cette Lettre-ci (i), mais encore la dureté des vertèbres, comme je Fai dit dans une autre, (a)
D'après cela, si l'on sent des pulsations, et surtout si l'on touche en même temps cette dureté sur un corps qui ne soit ni gras, ni très-maigre, et sur lequel il n'y ait pas lieu à ces soupçons, on conjecturera que les intestins sont rétractés en haut; et la conjecture recevra un nouveau poids qui ne sera pas de peu d'importance, si l'on remarque que l'abdomen est plus déprimé que dans l'état naturel au-dessous de l'ombilic, en même temps qu'il est plus élevé au-dessus. Que si avec ces signes il s'élève à la même région supérieure une tumeur particulière et mobile, telle que celle qui existait sur l'évéque pendant qu'il vivait d'à-
(2) Epist. 10, n. 12.
sSo TREIN^TE-NKUVIÈME LETTRE.
près la description (i), non -seulement il faut prendre garde de la rapporter facilement, à cause de sa rénittence et de sa surface inégale et tubéreuse, au genre des squirrhes ou des écrouelles, mais encore il faut chercher par quels indices nous pourrons plutôt être conduits à conjecturer qu'elle est formée par les intestins. Ces indices seront les suivans : si nous apprenons que le malade a été souvent sujet à des douleurs des intestins grêles et à un écoulement de sang par des hémorrhoïdes, bien que cet écoulement ait diminué ou se soit supprimé postérieurement; si la tumeur est douloureuse lorsque des vents tourmentent le sujet; si le ventre devient de plus en plus serré depuis le commencement de la formation de la tumeur; et s'il existe d'autres circonstances du genre de celles qu'on lit dans l'histoire que j'ai rapportée, ou dont elle peut donner l'idée. Mais ces indices seraient plus spéciaux, si le malade sentait de temps en temps la tumeur plus lourde ou plus légère, et si les médecins remarquaient aussi qu'elle fût plus dure et plus grosse, ou plus molle et plus petite, comme cela a lieu dans les hernies intestinales. Et quoique ce que je dis semble pouvoir arriver plus rarement dans notre tumeur en question à cause du grand nombre des circonvolutions des intestins, de leur constriction assez
(i) Suprà, n. 19. ,
BLS TUMKURS INTEIllVES DU VENTRE. î>-8l
forte, et surtout de l'adhérence très-étroite qui les unit un à un, et qui est nuisible à leur mouvement péristal tique (car ce sont là les causes qui retardent et retiennent dans ces organes, comme nous l'avons vu, la matière qui leur donne la rénittence), cependant il est croyable que si l'on répète avec soin cette recherche plus souvent et en différens temps, et surtout aux époques où aucuns excrémens n'ont été rendus déjà depuis longtemps, et celles où il y a eu plus d'évacuations depuis peu, ainsi que dans les momens où la quantité des vents est plus considérable, et dans ceux où elle Test moins; il est croyable, dis-je, qu'on peut trouver en quelque partie quelqu'un de ces signes.
Voilà à peu près ce qui me vint à l'idée pendant que je réfléchissais à cette tumeur. D'autres y ajouteront de meilleures choses, et vous aussi d'après l'esprit que je vous connais. Mais pour que vous y parveniez plus facilement, je joindrai à ceci une autre observation , quoique l'affection fut compliquée avec d'autres maladies, et que je ne l'aie peut-être pas décrite assez exactement, n'ayant pas vu le malade ; elle se rapporte jusqu'à un certain point aux tumeurs de cette espèce, mais elle appartient certainement à cette Lettre, et à la région inférieure du ventre, que je dois considérer maintenant, comme l'exige l'ordre que je me suis proposé.