Un moine de la communauté de saint Fran
çois, qui se trouve dans mon pays, présentant les indices d'une ascite médiocre, éprouva lout-à-coup des vomissemens abondans qui semblèrent avoir désempli le ventre, si ce n'est qu'il se manifesta à Fhypogastre une tumeur d'une dureté telle, qu'on la croyait squirrheuse. La compression de cette tumeur, exercée avec les mains, chassait des vents par en bas. I.e vomissement persistait, et comme il s'y était joint des nausées continuelles et incroyables, et un serrement du ventre insurmontable, des excrémens, ou du moins une matière qui leur était très-semblable, commencèrent enfin à être vomis. C'est pourquoi, bien qu'il ne fût survenu aucune douleur , ni aucuns signes d'inflammation dans le ventre, le malade succomba à cette affection. Pendant qu'il rendait l'âme, son médecin, homme recommandable , étant venu vers moi me prier de présider à la dissection le lendemain, si je le pouvais, et m'ayant rapporté ce qui vient d'être dit pendant que j'étais couché dans mon lit pour une petite fièvre, je lui dis : Présidez vous-même à cette dissection, car vous le pouvez bien, et faites-moi savoir ce que vous trouverez, comme vous m'avez raconté ce qui a précédé; en effet, ce que j'ai appris de vous relativement à l'ascite, à la tumeur, aux vents qui sortaient pendant qu'on comprimait celle-ci, et enfin à l'iléus, me semble indiquer quelque adhérence et quelque entrelacement des intestins. Or ayant eu riioanéteté de revenir chez
moi le lendemain, qui était le 12 novembre de Fan 1709, voici, dit-il, ce que nons avons trouvé. Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre, les iîitestins étaient très-livides, sans cependant être putréfiés. Les intestins grêles entrelacés d'une manière étonnante dans une certaine partie de leur trajet, et réunis entre eux au moyen de nœuds composés d'une substance ferme et dense, comme tendineuse et presque cartilagineuse, formaient cette tumeur, qui était si dure, non-senlement à cause de cette substance intermédiaire qui servait d'union, mais encore à raison des matières fécales dont les intestins étaient remplis , et qui avaient la forme d'espèces de petits globules. Des globules de la même nature n'existaient pas seulement à cet endroit, mais aussi dans la partie voisine de l'intestin colon ,qui devenait imperméable dans un certain trajet un peu avant de se terminer en rectum; en l'incisant dans ce trajet, nous le trouvâmes composé de fibres, non pas blanchâtres, mais entièrement charnues. Du reste l'estomac était un peu livide intérieurement, et rempli d'une humeur de la même couleur.
3o. Yous voyez qu'un autre médecin assez distingué se trompa aussi de la même manière et pour la même cause. Si j'aVais eu son observation dans la mémoire dix-huit ans après, comme elle fut notée alors, elle aurait pu sans aucun doute m'être utile non-seulement pour conjecturer avec un peu plus de confiance le siège de cette tumeur que je
VOUS ai décrite (i) fort longuement, mais encore pour reconnaître sa nature d'une manière beaucoup plus certaine ; quoique sur le moine elle fût beaucoup plus petite, qu'elle ne s'élevât pas beaucoup, qu'elle ne fût pas mobile j que je sache, qu'elle ne fût accompagnée d'aucune douleur, et que sa pression fût suivie au commencement de la sortie de veats par en bas, soit que les parois du colon ne fussent pas encore entièrement réunies, soit que l'extrémité flexueuse de cet intestin, qui se maintint ouverte, fût placée sous la tumeur, de telle sorte qu'elle se trouvait comprimée lors de la pression de celle-ci. A cela se joignaient d'autres différences, surtout la dureté cartilagineuse intermédiaire, et la préexistence de l'hydropisie; et ces indices joints à tous les autres furent cause que je soupçonnai, comme je l'ai dit (i), quelque adhérence des intestins. En effet, d'abord j'avais vu l'an 1699 sur une femme morte d'une ascite, dont Valsalva ouvrit le ventre à l'hôpital des Incurables de Bologne, les intestins entièrement réunis presque partout avec le péritoine et surtout entre eux, et presque confondus, la plupart étant attachés au moyen d'une substance cartilagineuse, qui égalait l'épaisseur d'un travers de doigt en quelques endroits, et principalement au colon. Ensuite j'avais lu' dans Ruysch (3) l'histoire
(1) Suprà, n. 19.
(3) Obs. anat, chir. 4 5.
d'une autre femme morte de la même maladie, dont les intestins étaient unis non-seulement de toutes parts avec le diaphragme ^ mais encore les uns avec les autres. J'avais d'ailleurs appris de Valsalva que les intestins étaient réunis entre eux sur un homme qui avait été attaqué, ainsi que ce moine, d'une hydropisie antérieure, comme vous le voyez dans son histoire que je vous ai décrite ailleurs (i). Vous trouverez aussi dans une autre observation que je vous ai également envoyée (2), comme j'avais vu moi-même sur un homme dont le ventre contenait beaucoup d'eau , les intestins déjà unis entre eux en quelques endroits par de certaines membranes flasques ; et ces espèces de membranes étaient peut-être des commencemens d'adhérences, lesquelles deviennent plus fermes lorsque l'eau s'en va, et qui se conservent ensuite lorsqu'elle revient, comme il arrive assez souvent; or je me souviens de vous avoir suffisamment indiqué ailleurs (3) la matière dont les membranes de cette espèce se forment. Toutefois, bien que je voye que des hommes célèbres pensent comme moi relativement à cette matière qui unit également les intestins, cependant je crois que ce n'est pas toujours par elle que ces organes sont attachés entre eux , mais que cette
(1) Epist. 17, n. 17.
(2) Epist. 10, n. i3.
^) Epist. 20^ n. 37.
union s'opère aussi des autres manières dont je vous ai parlé lorsque je vous ai écrit (i) sur Tadhérence des poumons à la plèvre , ou du coeur au péricarde.
En effet, lors même qu'une adhérence se forme par la seule inflammation, à la suite de laquelle, pour me servir des expressions de Ruysch (2), nous voyons souvent les viscères se contracter les uns vers les autres et s'unir, il y a plusieurs manières d'expliquer cette union, soit que vous adoptiez avec le plus grand nombre l'opinion de ceux qui considèrent la sécheresse des surfaces qui se touchent entre elles , ou bien de ceux qui ont égard à la viscosité de ces mêmes surfaces produite par l'augmentation de la perspiration des humeurs, que le ralentissement du mouvement dusang(ce qu'ils pouvaient ajouter) rend plus visqueuses. Comme Crell (3), que nous avons perdu prématurément, s'est éloigné, non sans en donner le motif, de l'opinion des premiers, et même de celle des derniers si Tony fait bien attention , il faut nécessairement qu'il pût expliquer la chose autrement.
Mais pour ne pas trop m'éloigner de l'hydropisie , il est facile de concevoir aussi , comme le même auteur l'a reconnu (4), une adhérence des
(1) Epist. 16^ n. i5; Epist. 18, n. i5; Epist. 28, n. 17.
(2) Obs. cit. 83.
(3) Dissert, de viscer. nexib. insolit. , li. 14.
(4) Ihid. , n. 12.
viscères dans cette maladie, si Teau dans laquelle ils sont en macération est un peu trop acre, de manière à produire une érosion, même légère, à leur surface. Que sera-ce, lorsque cette eau est purulente, comme elle l'était dans Tune des deux: observations que j'ai citées plus haut (i) d'après le Sepulchretinn, et dans laquelle les intestins étaient rétractés vers les parties supérieures? Mais il ne manquait pas non plus des signes d'érosion dans l'autre, où Ton vit les intestins d'une hydropique agglomérés et réunis en une espèce de boule. Vous voyez donc par combien d'observations j'étais conduit à soupçonner, lorsque j'appris qu'il avait existé une ascite avec ces autres indices, qu'il pouvait y avoir quelque adhérence des intestins.
3i. Mais comme les intestins peuvent se réunir entre eux , sans pourtant s'agglomérer eu quittant leur siège, de manière à ce qu'étant placés les uns sur les autres ils forment une tumeur et une sorte de boule, si par hasard vous demandez les causes de cette agglomération, je ne sais si je pourrais en imaginer de plus convenables que les douleurs, dont la violence change le siège de ces organes, et produit des adhérences. Et effectivement, ce changement de siège a lieu assez souvent sur ceux qui sont sujets aux douleurs des intestins , comme je l'ai fait voir dans une autre
288 TKEJ\ TE-NEUV[ÈME LETTRE.
Lettre (i) d'après des observations d'individus de cette espèce, en disant que les vents enfermés dans le colon distendu le poussent alors ou le chassent ailleurs; or si vous transportez cette cause aux intestins grêles , vous comprendrez facilement comment certaines de leurs parties dilatées peuvent s'élever là où elles ne l'étaient pas, et chasser celles qui étaient à cet endroit et les placer audessous d'elles. Ajoutez à cela que les mouvemens des parties qui éprouvent des contractions convulsives produites par les douleurs, se joignent à des contractions analogues dans le mésentère, lequel se trouvant crispé par elles rapproche soit quelques intestins grêles qui lui sont unis, soit la plupart, soit tous, et l'on verra beaucoup plus clairement pourquoi ces organes se réunissent en globes plus petits ou plus gros. Que s'ils sont retenus fort long-temps dans cette nouvelle position par les causes qui ont été indiquées, et que l'un soit appliqué contre l'autre, on verra en même temps pourquoi ils commencent à devenir adhérens à cet endroit par l'effet des douleurs, surtout si l'on y joint les parcelles des humeurs qui sont alors arrêtés; car ces parcelles sont exprimées des surfaces des intestins par les mêmes contractions, en plus grand nombre et dans un état de viscosité plus considérable , et c'est par elles enfin que
(i) Epist. 34, n. 4.
DES TUMEURS INTERNES DU VENTRE." sBq
les mém es S iir faces se réunisse tit entre elles, comme par une espèce de gluten, principalement sur les sujets chez lesquels la viscosité domine.
Du reste il n'est pas nouveau que les intestins se réunissent et s'agglutinent par l'effet des douleurs. C'est ainsi, en effet, pour ne pas trop vous éloigner du Sepulchi^etum ^ qu'on les trouva attachés entre eux en plusieurs endroits sur une femme qui avait succombé (i) à des douleurs de longue durée de ces organes, et que sur une autre qui était morte (2) après des douleurs du s ç,\\\xq grandes et incroyables y on vit tous les intestins grêles saillans et très étroitement unis entre eux. Si vous entendez ce mot saillans comme indiquant qu'ils étaient amoncelés en un seul globe proéminent, de la même manière que ceux au sujet desquels j'ai dit plus haut (^) d'après une observation de Fantoni qu'ils étaient agglomérés comme en un seul corps ^ vous comprendrez en même temps que ce lut par l'effet de la douleur qu'on les trouva attachés et agglomérés, comme nous les rencontrâmes (/|) sur Févéque; quoique dans ces autres observations il ne soit point question d'une tumeur particulière et circonscrite en dehors, et qu'il ne pût pas en être fait mention dans l'une
(1) L. 3 , sect. 14, obs. 16, §. 4*
(2) Sect. 21, obs. 41.
(4) Suprà^ n. 26.
Vf. 19
d'elles, où une grande quantité de sérosité sanguinolente épanchée distendait tout l'abdomen. Au surplus, bien que le moine (i) ne lût pas tourmenté par des douleurs comme Tévéque, néanmoins je ne sais pas d'une manière certaine s'il n'en avait pas éprouvé auparavant.
32. Relalivement à ce que le moine n'avait pas comme l'évêque les intestins unis par une simple agglutination , mais attachés entre eux au moyen d'une substance comme cartilagineuse, cela n'est point étonnant pour moi qui ai vu également cette disposition après une ascite avec Yalsalva, comme je l'ai dit (2), et qui n'ignore pas que le péritoine lui-même, dont la tunique externe des intestins n'est en définitive que le prolongement, s'épaissit considérablement chez les hydropiques, et acquiert même par le laps du temps une dureté caitila- ^^/^e^^i•e d'après une observation de Pa. Barbette (3), qui donne cet avertissement comme étant nécessaire à savoir dans la paracentèse de V abdomen.
Mais en outre une observation de Saporiti rapportée dans Yallisnieri (4), apprend que les intestins s'unissent quelquefois aussi sans ascite au moyen de liens durs de celte espèce. Nous trouvâmes les gros intestins, dit -il, surtout à V endroit
(3) Anat. pract. , 1 4 > c. 2,
(4) Opère j t. 3, p. 3.
OÙ ils se fléchissent dans le voisinage du duodénum ^ réunis entre eux et avec les parties adjacentes par des protubérances calleuses intermédiaires ^ en sorte quil était difficile de distinguer V un de Vautre; et, ce quil y avait de pire , leur substance était concrétée comme un cartilage un peu dur, et épaisse, de manière quilne restait presque plus aucune ca^ vite. Telles étaient la substance et l'étroitesse que Rnysch (i) observa dans Fintestin rectum, lorsqu'il fut forcé de le séparer de l'os sacrum avec un coin de fer et un marteau de bois. Mais Beniveni (2) trouva autrefois après la mort le même ■vice des intestins, à ce qu'il paraît, vice qu'il avait pressenti pendant la vie, parce que quand il pres:sait le ventre, je ne sais quoi de dur opposait une rénittence. Donatus (3) en rapporte aussi une observation d'après Houllier; et Stalpart (4) en décrit d'autres d'après d'autres auteurs. Comme on trouve cités dans ce dernier (5) des exemples d'une réunion de cette espèce, qu'on pourrait rapporter à celle que j'ai dit avoir été observée sur notre moine à l'exfrémilé du colon , et qu'il en existe encore d'autres dans le Sepulchretum (6), je n'ajouterai
(i) Obs. anat. chir. g5.
(a) De abdit. morb. , etc. , causîs, c. 34»
(3) De medic. hist. , 1. 4j c. lo.
(4) Cent, ij obs. 56, et in schoL
(5) In eod. schol.
(6) L. 3, sect. i3.
3gi TRENTE-NEUVIÈME LETTRE.
qu'une chose, savoir que ia lésion avait cependant cela de particulier sur le moine , que le colon semblait être composé de fibres entièrement charnues à cet endroit ; présentait-il cette rougeur parce qu'il y avait eu un ulcère antérieurement? s'il en fut ainsi, le sujet ne put pas être exempt de douleurs intestinales auparavant, comme je le conjecturais. Mais actuellement arrivons à des tumeurs des viscères d'un autre genre.
33. Une femme qui ne paraissait pas avoir beaucoup moins de quarante ans, avait déjà éprouvé un an auparavant un flux de sang par les parties génitales. A ce flux de sang avaient succédé des fleurs utérines, dont on ne connaissait ni la couleur ni l'odeur; ce qu'il y avait de certain, c'est qu'elles étaient accompagnées, surtout la nuit, de douleurs très violentes à l'hypogasfre et aux parties placées au-dessous de celui-ci, et qu'il existait une tumeur, qui, disait-elle, s'était formée par la réunion en un seul corps de tubercules que l'on sentait épars autrefois au milieu de cette région. Actuellement cette tumeur était à cette même place, d'où cependant elle montait au point qu'elle était à peine éloignée de l'ombilic de deux travers de doigt; elle était large à proportion, et tellement saillante en dehors, qu'elle frappait les regards' même de loin; elle se trouvait arrondie, égale et réniltente au toucher. Il s'y était joint une strangurie coïitinuelle, une douleur spasmodique à la gorge , des nausées , quelquefois des vomissemens ,
DES TUMEURS INTERNES DU VENTRE. SqS
de la maigreur, de la fièvre. Elle vint à l'hôpital de Padoue vers le commencement de Tan 174'? tellement affaiblie et abattue par tous ces maux, qu'elle mourut en six ou sept jours, personne ne doutant qu'elle n'eût succombé à une tumeur can-^ céreiise de l'utérus, k la vérité un cancer avait bien corrodé l'utérus en péirlie, mais la tumeur n'appartenait point à ce viscère, comme je le trouvai dans la dissection , et comme je le fis voir à un grand concours de docteurs et de jeunes étudiana^ Exainen du cadavre. En effet, à Touverture du ventre, on aperçut aussitôt la vessie qui était distendue par de l'urine (ce que personne n'aurait pu s'imaginer, puisque celle-ci s'était écoulée continuellement goutte à goutte, comme il a été dit) et qui formait cette grosse tumeur. Ce viscère s^éîait réuni en haut, au-dessus du pubis, avec les parois du ventre par sa face intérieure; et toutes ses autres parois, à l'exception d'une partie assez considérable de sa face antérieure et de son basfond, étaient composées d'une substance dure et blanche de l'épaisseur d'un doigt, comme nous le vîmes très-bien après avoir évacué l'urine qui y était contenue en grande quantité, et qui se trouvait non pas lixivieuse ni épaisse, ni fétide, mais presque aqueuse. La face interne de la vessie était saine; seulement elle était parsemée en quelques endroitsde petits vaisseaux sanguins ténus et rares, de sorte que l'orifice de cet organe, où ces vaisseaux se trouvent souvent en grand nombre, en
éX'AÏt entièrement dénué. De chaque côté de cet orifice s'élevait dans l'intérieiir de la vessie un corps blanc, d'une forme irrëgulière, de la grosseur de Textrémité du pouce, provenant de la substance qui entoure Turètre, laquelle substance était ici totalement épaissie, dure , et blanche, coîdeur que présentait aussi Tintérieur de l'urètre. D'un autre côté, toute la partie des uretères qui traverse les membranes de la vessie proéminait plus qu'à l'ordinaire dans l'intérieur de celle-ci, jusqu'à ce qu'elle se terminait aux orifices, qui étaient plus larges que dans l'état habituel : il existait aussi une très^grande dilatation de toute l'étendue des uretères, dont l'une étant presque remplie d'urine, et l'autre d'air. Mais les bassinets des reins, qui d'ailleurs étaient sains, et leurs petits tubes, étaient également dilatés. Après avoir fait l'inspection des organes urinaires, nous examinâmes les parties génitales. Et d'abord nous trouvâmes les ovaires fort étroitement attachés aux parois du bassin ; ils avaient une couleur blanche; celui du côté gauche égalait une grosse châtaigne, et celui du côté droit une petite noix. Ce dernier contenait tant soit peu d'eau , peut-être dans quelque vésicule, et il était blaiic et dur dans le reste de sa substance, ainsi qu'à l'extérieur; mais celui du côté gauche n'avait sous sa tunique qu'une matière molle et blanche comme du suif. Quant à l'utérus, lorsqu'on examinait son fond, on le trouvait blanc et,Jisse à l'extérieur, et il était sain à l'intérieur et dans ses
parois, si ce n'est que celles-ci se trouvaient plus molles que dans Tétat naturel. Mais la face extérieure du col était inégalement gonflée par derrière, tandis que le col lui-même, et le vagin presque de haut en bas, étaient composés de parois épaissies, blanches et dures, dont la face intérieure, ainsi que l'orifice de l'uférus, étaient corrodés et rongés par des ulcères profonds et de différentes couleurs. En effet, dans certains endroits ces ulcères étaient blancs , dans d'autres d'un noir sangJiinolent , et dans quelques-uns cendrés. Du^ reste, on enlevait facilement de tous ces ulcères avec le manche du scalpel une matière putride teinte de ce.s couleurs, jusqu'à ce qu'on arrivait à une substance «hire et blanche, dont j'ai dit que les parois étaient composées; et tout ce qui se trouve ordinairement de gras et de membraneux sur les côtés du vagin était aussi changé en une substance semblable. Mais bien qu'à la face antérieure du col et au vagin la vessie et la substance qui entoure l'urètre fussent altérées comme je l'ai dit, cependant Tintestin rectum put être séparé intact du vagin , qui était d'ailleurs beaucoup plus ulcéré que le col. Au surplus aucune forte odeur ne se fit sentir pendant toute cette dissection. Il ne fut point nécessaire d'examiner le reste, et je n'en etis pas le temps. Toutefois iî ne se présenta dans le ventre à mes regards rien autre chose qui parût morbide, une fois que j'eus remarqué que l'estomac était très-contracté, et que tous le.s in-
296 TREIYTE-NE UVIÈME LETTRE.
testins Tétaient également pins qne dans l'état naturel; deux circonstances qui ne sont point étonnantes chez ceMe femme qui prenait à peine quelque nourriture à cause des nausées qu'elle éprouvait, et qui la rejetait quelquefois après l'avoir prise, comme je l'ai dit.
34- Celle observation est utile sous plusieurs rapports pour rendre les médecins circonspects. Eu effet, qui aurait cpu après avoir appris que des tubercules autrefois épars s'étaient réunis en une seule tumeur, et que cette tumeur était accompagnée t\es indices d'un cancer utérin , soit que Ton considérât les circonstances antérieures, ou les circonstances présentes; qui aurait cru, dis-je, que ce n'était pas une tumeur de l'utérus luimèmePCependant elle appartenait , non point à ce "viscère, mais à la vessie distendue, qui, lorsqu'elle commençait à se porter trop haut, donnait peutêtre lieu à celte apparence de tubercules disséminés, en poussant vers la région supérieure les intestins voisins, et en comprimant quelques-unes de leurs parties iiiférieures. Qiiel est également celui qui ayant su que l'urine n'était pas retenue par la vessie, mais s'écoulait continuellement goutte à goutte, aurait soupçonné ce qui avait lieu , c'est-à-dire qu'il restait néanmoins dans ce viscère une grande partie de ce liquide, qui pouvait du moins être évacuée partiellement en introduisant adroitement vin cathéter, nori sans un grand soulagement pour la naaiheureuse femme?
Car relativement à ce que Ruysch (i) trouva enfin une plénitude de la vessie sur une accouchée, qui croyait également n'avoir point d'urine dans ce viscère (quoique distendu par une grande quantité de ce liquide), parce qu'elle fut trompée par un écoulement semblable, à ce qui paraît; c'est qu'il n'existait sur cette accouchée absolument aucun signe de lésion de l'utérus, à laquelle on pût rapporter la tumeur du ventre. Et en effet, sur une autre femme (2) qui présentait les indices de la grossesse, personne n'attribua à un autre organe qu'à l'utérus la tumeur du ventre, qui cependant était formée par un grand abcès développé entre les tuniques antérieures de la vessie.
Ainsi, lorsque l'hypogastre d'une femme sera tuméfié, bien qu'il ne manque pas de caractères d'une lésion de l'utérus, il ne faut pourtant pas négliger tout soupçon relativement à la vessie qui est située devant ce viscère; et, parce que les sujets disent que leur urine s'écoule continuellement goutte à goutte, il ne faut pas pour cela regarder comme une chose certaine qu'il n'en reste pas du tout; et enfin, quoiqu'il soit constant que le vagin est ulcéré avec Tutérus, ce n'est pas une raison pour faire toujours dépendre d'une ulcération de l'urètre et de la vessie qui sont attachées à ces organes, la strangurie qui s'y joint quelquefois. En
(i) Advers. anat. , dec. 2 , c. 9.
(2) Fiel. Sepulchr. , sect. Lac 21 , obs. 23, in additam.
298 TRENTE-TfElJViÈME LETTRE.
effet, ni l'urètre ni la vessie n'étaient ulcérées ici» Mais, par un exemple rare de cause et d'effet, la dureté squirrheuse de l'une et de Taulrc donnait iieu en même temps à l'incontinence et à la rétention de l'urine. Car les parois dures de 1 urètre ne pouvaient point se resserrer assez pour que l'orifice (ie la vessie fût suffisamment fermé. Et les parois de la vessie qui étaient également d ures dans la plus grande partie, ne pouvaient pas se contracter autant que l'exige l'expulsion de l'urine; et cette expulsion ne pouvait point être suffisamment aidée par leur partie restante qui n'était pas dure, attendu que celte partie était réunie presque tout entière avec la paroi antérieure du ventre, et d'ailleurs ces deux corps épais qui s'élevaient sur les côtés de l'orifice, l'empêchaient un peu. Il n'est point étonnant d'après toutes ces causes, qu'il y eût une rétention d'urine assez considérable nonseulement pour remplir la vessie agrandie, mais encore pour dilater les uretères, les bassinets et les petits tubes des reins.
35. Après avoir exposé à peu prés ce que je viens de dire sur les organes urinaires à ceux qui étaient présens, j'y joignis aussitôt sur les parties génitales quelques-unes des réflexions que vous trouverez ici : que l'utérus avec ses dépendances est très-sujet aux squirrhes, maladie très-difficile si on ne la reconnaît pas de bonne heure, et incurable si elle a dégénéré en cancer. Que j'avais entendu dire à l'un de mes maîtres, savoir à Albertini, qu'il
avait heureusement dissous II ne tumeur de l'utérus qui seml)lait être squirrheuse au toucher, par le seul usage du chamœpitis, sans aucun moyen employée Textérieur, et sans aucune excrétion consécutive; et que raon autre maître, c'est-à-dire Valsalva, avait coutume d'affirmer dans les conseils qu'il écrivait soit pour les tumeurs cancéreuses de l'utérus, soit pour celles des mamelles, qu'il savait par ex périenceque l'ouverture de la veine pratiquée quatre fois par an, savoir deux fois le printemps, et deux fois l'automne, était du nomhre des secours les plus efficaces pour retarder l'accroissement des unes et des autres. Mais qu'il était évident qu'il fallait considérer Tétat des forces pour le dernier moyen, et qu'il était rationnel d'avoir égard aux causes du squirrhe pour le premier. Qu'en effet, bien que le chamœpitis dissolve les obstructions des viscères et les duretés des mamelles par une vertu incisive et détergente d'après les observations des anciens, je ne le donnerais cependant pas facilement aux femmes qui seraient sujettes aux écoulemens de l'utérus, comme dans notre histoire, tandis que je le donnerais plus volontiers à celles qui auraient éprouvé depuis peu une légère obstruction de la matrice par le transport qui se serait opéré d'une matière vers ce viscère à la suite de douleurs des articulations; car il excite les menstrues, et il combat la cause de l'arthritis, comme vous savez. Que d'ailleurs l'étendue, les espèces, le siège, l'origine des squirrhes de l'utérus varient
3qO TRENTE-NEUVIÈME LETTRE.
beaucoup. Que celui-ci s'était étendu au loin jusqu'au vagia, et jusqu'à ses parties annexes, nonseulement sur les côtés, mais encore en avant, savoir jusqu'à l'urètre et à la face de la vessie qui regardait l'utérus. Qu'il était tout entier composé d'une substance bomogène et dure, et d'une telle nature, que quoique convertie en cancer ulcéré, dont l'odeur est ordinairement très -fétide, elle n'exhalait aucune fétidité. Qu'il avait son siège, quant à ses rapports avec l'utérus lui-même, dans tout le col, tandis qu'il y en a qui Font dans une partie du col ou du fond, ou dans le fond tout entier. Qu'enfin l'origine des uns est intérieure, et celle des autres extérieure. Après avoir dit quelques mots de ceci , ainsi que de ce qui appartenait au suif trouvé dans l'un des ovaires, je cessai de parler.
36. Mais j'expliquerai maintenant un peu plus longuement pour vous les derniers objets que j'exposai alors d'une manière trop succincte. Je crois avoir vu plus d'une fois l'origine ou le commencement dessquirrhes de l'utérus, tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur. Toutefois j'aurai une autre occasion (i) plus favorable pour écrire sur l'origine intérieure; je parlerai ici de l'origine extérieure. J'ai donc vu proéminer sur la face externe de Tu térus des tubercules enfoncés dans sa substance voisine; ils étaient tantôt d'un rouge livide, tan-
(i) Epist. 47* 1^' 26 etseq^.
Di:S TUMEURS mTERNiiS DU VEJYTRE. 3oi
tôt blancs, et crune dureté squirrlieuse, comme vous l'apprendrez en relisant mes Lettres (i), ou en jetant les yeux sur celles que je dois écrire (2). Je pense que ces tubercules grossissent et se transforment en tumeurs squirrheuses. Car je ne doute pas que la pustule que je vous ai écrit ailleurs (3) avoir vue au même siège, ni que les petits corps disséminés que Valsa! va y observa (4), ni que le tubercule que Sanlorini (5) y trouva (car il était du genre des tumeurs cysliques), ni que tous les autres tubercules situés sur cette face, qui déjà contenaient du pus, ou qui devaient contenir postérieurement une matière purulente ou pultacée, comme l'indiquaient des tubercules seinblables qui existaient ailleurs , n'appartiennent à une allération toute différente. En effet, l'utérus présente quelquefois aussi des ulcères à l'extérieur, et nonseulement des ulcères, mais encore des excroissances; et vous lirez dans le Sepulchretum (6) la description de deux de ces excroissances volumineuses, dont Tune était composée d'une tunique semblable à du lard ou à du suif, et dont l'autre était aussi remplie de graisse. Je cite principale-
(1) Episl. 38, n. 28; etEpist. 87, n. 29.
(2) Epist. 56, n. 20. (3)Epist. 35, n. 16.
(4) Epist. 12 , n. 18.
(5) Epist. 19, n. 5i.
(6j Sect. hac 21, obs. 54, J. i et 18.
Soi TRENTE-NEUVIEME LETTRE.
nient ces deuxlà, parce qu'on a rapporté au même endroit (i) un passage de Séverin qui avoue bien que des mélicéris et des athér ornes s'étaient souvent offerts à son observation sur r habitude extérieure de V utérus^ mais qui ne dit pas , si je le comprends bien, s'il lui était jamais arrivé de voir quelque stéatome à la même partie. Toutefois il est certain que dans la même section du Sepulchreturn , pour omettre l'exemple (2) d'un utérus très-volumineux qui ressemblait tout entier à une graisse comme car" tilagineuse (car il appartenait évidemment aux squirrhes plutôt qu'aux stéaîomes); il est certain, dis-je, qu'il est parlé d'après Bâillon (3 d'un abcès du col de r utérus semblable à la nature du stéatome^ que Rhodins (4) cite positivement un stéatome adhérent au fond de ï utérus ^ et que Goetz (5) en décrit un autre; et moi-même je vous ai fait dans la Lettre précédente (6) la description de la substance même du fond de l'utérus, qui était convertie en suif, de même que les ovaires et les trompes; or il n'est nullement étonnant que ce qui survient à l'intérieur, survienne aussi à l'extérieur , puisque les parcelles sébacées dont le sang"
(i) Jbid. scliol. ad obs. 87.
(2) Obs. cit. 54, \. i5.
{Z) Ibid,$. 11.
(4) Cent. 3 , obs. 4 6. -
(5) Act. N. C. , lom. 2, obs. 207.
DES TUMEURS INTERNES DU VENTRE. 3o3
abonde, sont Iraiisportées à rextérieur comme à l'inlérieur des parois de l'utérus, quoique nous ayons moins d'exemples d'affections stéatomateuses de ce viscère que des ovaires.
Mettant donc de côté les lésions que je ne crois pas appartenir aux squirrhes, je regarde comme des coramencemens de ces dégénérations les autres altérations dont j'ai parlé plus haut, et d'autres de la même espèce, comme cette excroissance blanchâtre attachée extérieurement au fond de l'utérus, dont Paaw (i) fait la description, qui était de la grosseur cVune verrue ^ et qui après sa dissection ne contenait rien dans son intérieur, mais était solide dans toutes ses parties; telles sont surtout les petites tumeurs rondes^ entièrement squirrheuses , ou plutôt les squirrhes^ que Ruysch (2) décrit, et qui étaient attachés à V utérus non-seulement au moyen d' un pédoncule ^ mais encore sans lui, lequel utérus était assiégé de toutes parts de ces mêmes tumeurs, et d'autres de différente grosseur. Vous réunirez ces deux exemples à autant d'autres; car Crell n'en a pas rapporté un plus grand nombre, du moins de ce genre, dans le programme (3) où il a entrepris aussi de décrire une tumeur adhérente extérieurement au fond de Vutérus y laquelle était de la grosseur d'une mûre,
(i) Sepulchr., sect. cit., obs. 4^ J. 32.
(2) Thés. 6, n. 3o.
(3) Vitembergas , a. 1739.
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dure et solide. Mais j'ai dit, du moins de ce genre; car il en a cité aussi d'une autre espèce, que vous pourrez voir dans son ouvrage : vous trouverez même des cas de tumeurs osseuses , ou presque osseuses, dans le Conimerciwn Litterarium (i). Il ne manquerait pas non plus d'observations, si je voulais en rapporter ici, dans lesquelles l'utérus paraissait affecté d'une tumeur squiriheuse à raison d'un grand nombre de pierres dont sa substance (2) était farcie, ou dans lesquelles il était réellement squirrlieux soit dans sa moitié (3), soit dans son entier (4), de sorte qu'il égalait le poids de quarante-quatre livres; el j'aurais également à ma disposition des histoires de tumeurs dont le siège en imposait facilemeiU au m.édecin qui les palpait , de manière qu'il les prenait pour des squirrhes de Tutérus, tandis qu'elles n'appartenaient nullement à ce viscère , mais au fond (5) de la vessie, ou à quelque autre partie (6) voisine.
Mais, pour ne pas m'éloiguer du sujet commencé sur les tubercules squirrheux externes et même pour le terminer, si par hasard vous demandez comment on peut trouver certains tuber-
(1) A. 1735, hebd. 5i, n. 2, in fin., et a. 1742, hebd. /i5, in fin.
(2) Eph. N. C. , cent, i et 2 , obs. 77.
(3) Cent. 9 , obs. ?» 1 .
(4) Hist. de l'Acad. Roy. des Se. , a. 1748.
(5) Cit. Eph., cent, i et 2, obs. i86.
(6) Eph., earumd, dec. 3, a. 7 et 8, obs. 128.
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culessquiri'heux suspendus par un pédoncule fort étroit à l'utérus, comme j'ai dit que Ruysch en avait vu, ou bien à d'autres viscères; quoiqu'on puisse Je comprendre de plus d'une manière, il me suffira cependant de vous rappeler celle dont j'ai expliqué dans la Lettre précédente (i) une semblable suspension pour leshydatides, et leur changement en tubercules durs après l'effusion de l'eau; car j'ai snflGisamment prouvé au même endroit (2) que l'utérus a aussi ses bydalides. Mais il est temps de passer ici des tumeurs de l'utérus à celles des ovaires, dont je parlerai pourtant à présent d'autant moins longuement, que j'ai dû en traiter dans la Lettre précédente avec plus de détails, auxquels vous pourrez aussi ajouter ce qui suit.
37. Une femme qui paraissait âgée d'environ quarante ans, accablée d'une maladie grave qui avait son siège dans l'intérieur de la poitrine, avait été transportée si tard à l'hôpital de Sainte- Marie de la Mort de Bologne, vers la fin du mois d'avril de l'an 1706, qu'étant morte bientôt après, elle ne put apprendre à personne à quelles incommodités elle avait été en proie pendant sa vie. Comme j'étais sur le point d'ouvrir son cadavre pour reconnaître avec plus d'exactitude Tétat de certains viscères du ventre, ayant observé deux choses, I®. que quoique l'habitude du corps ne
(i) N. 38 in fin, et n. 35.