VI. 'Àl
fermement attachée à l'utérus ou aux parties voisines, que dans l'un on ne put plus comme auparavant la remettre à sa place du vivant de la femme, et que dans l'autre ce viscère en imposa long-temps aux médecins pour une mole. Au reste , voici les caractères qu'il met lui-même en avant (i) pour que nous distinguions ce cas de la chute du rein : une tumeur oblongue , et la vacuité de Vliypochondre gauche. Nous chercherons le dernier caractère sur le malade à jeun, et si nous le trouvons (ce qui sera facile sur celui chez qui on aura senti la rate se tuméfier avant sa chuté), nous le regarderons, pour distinguer la chute de la rate dans l'hypogastre de toute autre tumeur dure de cette partie, comme hien préférable à la forme, dont nous n'ignorons pas les changemens multipliés qui surviennent fréquemment dans les organes morbides, et surtout dans celui-ci, comme Riol,an (2) l'enseigne lui-même.
Mais nous pouvons tirer deux conséquences de l'exemple de Blasius (3) : l'une, c'est que si par liasard il nous arrive ce qui arriva à ce même auteur, par la raison , je crois, que la rate était tombée à la suite d'un relâchement insensible des ligamens, et non de leur rupture instantanée, c'està-dire de sentir d'abord une grande tumeur occu-
( I ) Enclieir. , c. cit.
(2) Ibid.
(3) Obs. supràj ad n. 43 cit.
pant l'hypochondre gauche avec quelque partie de Tépigastre, et de la trouver après un certain laps de temps dans Thypogastre plus que dans ces régions, nous serons confirmés dans notre conjecture; car sans cela bien qu'en considérant seulement l'endroit où nous la sentirons en dernier lieu, nous puissions être aidés quelquefois par la circonstance que nous la rencontrerons à gauche, néanmoins cette circonstance peut tromper dans cerlains cas, comme le prouve l'observation de Manfrédi (i), qui la trouva à l'aine droite. L'autre conséquence, c'est que si les autres signes indiquent que c'est la rate, nous ne nierons pas que ce ne soit pas elle, par la raison que la tumeur conserve quelquefois sa mobilité au delà de six mois (espace de temps que Riolan (2) avait h^é)^ de telle sorle qu'elle change de place quand le corps change de position. Car quoiqu'elle devienne facilement adhérente dans d'autres cas, comme je l'ai dit, cependant dans celui de Blasius elle était encore pendante plus de trois ans et demi après , et suivant que le corps était agité de différentes manières , elle pouvait l'être également elle-même. Nous apprenons par le même cas, com me Ruysch (3) le raconte, que cette maladie survient quelquefois après un accouchement difficile, et non sans une
(1) Suprà eod.
(2) Encbeir., c. cit.
(3) Obs. 62 cit. ad n. 43.
douleur très-violente; deux circonslances dont la première est confirmée par ce que j'ai ajouté (i) sur les causes de la maladie, et dont la seconde nous avertit de ne pas croire que parce que les autres histoires ne font point mention de douleur, celle-ci manquait dans toutes, ou dans tout le temps d^ la maladie.
Une histoire d'Ant. de Pozzri (2) apprend que quoiqu'une rate volumineuse, qui avait changé de siège par son poids , eût occupé l'hypogastre pendant vingt-quatre ans, néanmoins la femme avait vécu , avait eu trois grossesses pendant ce temps-là , et avait mis au monde des enfans viables; en sorte qu'il faut moins s'étonner de ce que cette autre femme dont il est question dans Bâillon (3) conserva une seule fois son fœtus jusqu'au temps convenable de l'accouchement, et mourut enfin dans le travail. Une observation de Drelincourt qui se trouve dans Schorkopff (4) , ne confirme rien autre chose, si ce n'est que les médecins peuvent facilement se tromper en prenant cette maladie pour une grossesse. Enfin, un exemple de Bonet (5) pourrait contribuer à prouver ce que je disais un peu plus haut sur les douleurs du
(1) N. eod.
.(2) Eph. N. C, dec. I, a. 4, ol^s. 3o.
(3) Loc. cit.
(4) Diss. suprà, n. /\o , cit. llies. 22.
(5) Sepulchr. ^ I. 3;, sect. 14 .> obs. 87.
ventre qui ont lieu quelquefois, s'il n'eût existé en oulre une autre maladie dans le ventre de cette fille.
Je ne me souviens pas pour le moment d'avoir reçu ou lu au-delà de ces dix observations sur la chute de la rate; en sorte que Ruysch (i) a pu avec droit et raison compter parmi les cas les plus rares qu'il avait observés, la chute de la rate dans le bassin. Six de ces observations appartiennent à des femmes, et deux à des hommes; tandis que les autres que Riolan (2) a citées, et non rapportées, purent appartenir à des femmes ou à des hommes , attendu qu'il dit que les médecins ignorans et imprudens se trompent ainsi sous V apparence d'une mole ou d'un utérus squirrheux chez les femmes , et chez les hommes sous celle d'une tumeur glan-^ duleuse semblable à un stéatome caché dans le mé- ^entère. Il ne m'est point encore arrivé de trouver ce cas dans mes dissections, quoique je désirasse d'ailleurs chercher avec soin, soit d'autres choses, soit surtout ce qui survient alors aux parties annexes, au pancréas, à l'estomac et à tous les troncs des vaisseaux spléniques. 11 y a bien quelques objets relatifs à l'estomac dans les observations qui ont été rapportées, principalement dans celles de Baillou et de Cabrol; mais comme ils pouvaient dépendre d'une autre cause, et que les histoires de
(i) Resp. ad Bidl. vindic, (3) Eïicheir. , c. cit.
320 TRENTE-WEUVIÈME LETTRE.
de Pozzi et de Bonet ne s'accordent point assez avec celles-là sous ce rapport, j ai passé ces objets sous silence à dessein.
45. J'ai également passé sous silence à dessein ce que Fabrice de Hilden(i) trouva sur une femme, parce que je lis bien que la rate qui était énorme s'étendait jusqu'à l'hypogastre, mais non qu'elle était tombée à cette région, comme des hommes du reste fort savarts l'ont cru à l'endroit (2) 011 Fabrice a rappelé la même observation, qu'ils ont prise eux-mêmes pour une autre histoire. C'est ainsi que j'ai regardé aussi comme une observation (3) publiée autrefois, ce que Ruysch a rapporté dans ses Adversçria (4); car il n'est pas étonnant qu'étant déjà très-vieux il ait écrit dans ce dernier endroit certaines choses qui ne s'accordent pas entièrement avec ce qu'il avait écrit trente ans auparavant, puisque ce qu'il avait écrit alors, c'està-dire vingt ans après l'avoir observé, ne s'accorde pas suffisamment avec ce que Blasius (5) rapporta sept ans seulement après que cette observation eut été recueillie; or ce dernier avait été consulté par la femme, et assista à la dissection qu'il dit avoir été faite par Ruysch le iL\ janvier de l'an 1670. De
(1) Cent. 1, obs. 45.
(iî) Epist. 55.
(3) Cit. suprà, ad n. 43.
(4) Dec. 2, n. 9.
(5) Cit. suprà;, ad n. 43»
DES TUMEURS INTERNES Î^U VENTRE. Zl^J
son CQié celui-ci tout en indiquant la même année, fait connaître aussi assez bien le temps de Tannée, puisqu'il dit que cette même histoire qui lui est propre, est citée par Justus Schrader ( Decux^ obs. iv), qui écrit à cet endroit qu'elle lui fut racontée le 3i mars 1670 parRuysch, et que la dissection avait été faite dernièrement par lui. Que si une observation de cette espèce était du nombre de celles qui pouvaient facilement se présenter deux fois à un -anatomiste dans l'espace de deux mois,commentaurait-elleété placée parRuysch (1) parmi les cas les plus rares? Riolan (2), dites- vous, a vu ce fait quatre fois , et l'illustre Van-Sv\^ieten (3) a observé deux fois sur les cadavres, d'après ce que je lis en revoyant ceci , une grande ratesquirrheuse qui était tombée jusqu au bassin (plût à Di^tt-qu'il eût eu le loisir d'ajouter d'autres détails!). Mais souvenez-vous que je ne trouve pas invraisemblable que quelqu'un ait rencontré plus d'une fois la chute de la rate , mais bien qu'il l'ait rencontrée deux fois dans l'espace de deux mois. Cependant, si par hasard vous croyez que je restreigne trop le sens de ce mot, dernièrement y je ne m'oppose pas, bien que ce ne soit pas pour ce seul motif que cette première observation de Ruysch ne m'a point paru s'accorder suffisamment avec les descriptions
(i) F'id.&u^xky n. 43.
(3) Supràj n. 44-
(3) Comment, in Boerh., Aplior,, J. gSS.
SaS • TRENTE-îfElJVIÈME LETTRE.
des autres auteurs publiées auparavaut ; je ne m'(^ppose pas, dis-je, à ce que vous regardiez la seconde pour une autre histoire, et à ce que vous Tajoutiez à toutes les autres qui ont été passées en revue plus haut, (i)
' 4'>' Enfin, vous apprendrez par Riolan (2) luimême ce qu'il pensa du traitement dans les premiers temps , et ce qu'il fit , ainsi que ce qu'il proposa et ce qu'il défendit lorsque déjà la rate était attachée aux parties de Thypogastres Car je ne veux point allonger encore ma Lettre, dont vous supporterez plus facilement la longueur, qui n'est pourtant pas comparable à celle de la précédente, lorsque vous aurez remarqué que n'aimant pas les répétitions j'ai presque achevé dans celle ci nonseulement ce qui appartient à la section sur la Tumeur du Ventre , mais encore ce qui a trait à un autre section sur la Douleur de T Hypogastre. Adieu.
(2) Encheir. et Anlbrop. capitib. , ad n. 44 suprà cit,
DE LA DOULEUR DES LOMBES. Ssg