XL^ LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE
De la Douleur- des Lonnhes,
I. JMous sommes arrivés aux maladies dont le siège particulier et les causes sont souvent fort obscurs, e'est-à-dire à celles qui sont relatives aux urines- La douleur des lombes elle-même, par laquelle je commence, prouvera ceci. En effet, cette douleur appartient assez fréquemment aux reins affectés de graviers ou de calculs; quoiqu'elle appartienne non moins souvent soit à d'autres organes, soit aux reins, mais aux reins malades par d'autres causes, comme vous lesavez vous-même, et comme vous le comprendrez plus clairement d'après les observations de Valsalva ou de moi que je vous décrirai tout à Theure. Car les premières histoires de nous deux seront relatives aux reins et aux calculs, et les dernières à d'autres lésions soit des reins, soit d'autres parties. Je commencerai, comme je le dois et comme j'en ai l'habitude, par les premières de Valsalva.
2. Un prêtre de cinquante ans, sujet déjà depuis bien des années à des douleurs de goutte, surtout aux doigts, fut pris enfin d'une douleur néphrétique. 11 éprouva fréquemment des vomissemens d'une matière bilieuse, et il vomit une fois du sang, qui s'était déjà écoulé souvent aussi par
33o QUARANTIÈME LETTRE.
le nez. L'urine après avoir été peu abondante et aqueuse, ayant été rendue en plus grande qu a u-* tité et avec une matière mucilagineuse et opaque, il s y joignit subitement des raouvemens convulsifs de tout le corps ; et ceux-ci étant revenus une seconde fois, mais avec plus de violence, Tenlevèrent.
Examen du cadavre, A l'ouverture du ventre, tous les intestins furent trouvés teints d'une couleur qui tendait à la lividité. Mais l'estomac était sain, et sans aucune trace apparente du lieu d'où le sang s'était écoulé. De très-petits calculs étaient cachés dans les reins; quelques-uns étaient noirs, d'autres blanchâtres, et il y avait en outre des cavités sinueuses pleines d'urine dans ces organes, surtout dans celui du côté gauche. Cette urine avait beaucoup dilaté par sa quantité le bassinet, ainsi que l'uretère qui se continue avec lui. Dans la tête, la substance interne du cerveau contenait un peu de sérosité, mais c'était surtout dans les ventricules de ce viscère qu'il y avait de ce liquide. Enfin , aussitôt après avoir enlevé la peau on trouva aux articulations des doigts, sur la membrane qui enveloppe les tendons, une matière tartareuse^ qui de la couleur blanche passait à la couleur jaune.
3. On pourrait déduire beaucoup de choses de l'observation décrite (ce qui se fera fréquemment dans cette Lettre et dans d'autres), et il est permis surtout de confirmer par elle ce qui se présente
fort souvent dans l'exercice de la médecine, c'està-dire qu'aux douleurs des articulations se joignent des douleurs des reins , et enfin à ces dernières des maladies très-graves du cerveau. C'est que moins ceux qui sotit sujets à la goutte peuvent faire d'exercices du corps, moius ils agitent les muscles, par les mouvemens desquels les reins qui leur sont contigus sont aussi agités, pour empêcher que l'urine ne s'arrête facilement dans ces organes, et n'y dépose les graviers dont elle est remplie. Voyez, si vous voulez, Boerhaave (i), et de Haller (2) interprétant convenablement et éclaircissant les pensées de son maître. Voyez encore une observation de Littre (3) sur un enfant chez lequel l'urine qui s'écoulait à peine goutte à goutte danis un phimosis, et qui par suite s'arrêtait entre le gland et le prépuce, avait produit à cet endroit une quantité incroyable de petits cailloux, dont il ne se forma plus un seul, une fois le phimosis détruit.
D'un autre côté le calcul étant déjà formé dans les reins, de même qu'il peut en résulter assez souvent un obstacle à la sécrétion de l'urine, qui fait qu'il se sépare du sang une moins grande quantité de sérosité inutile, de même celle-ci peut refluer dans le cerveau; ou bien encore les aspérités du calcul peuvent produire des convulsions
(i) Praelect. ad §. 352, Instit. et ad 5- 365.
(2) Not. ^ ad primum, et d àd alterum cit. , Boerh. locum.
(3) Hist. de l'Acad. Roy. des Sc.^ ann. 1706, obs. anat 6.
dans tout le corps, et par là aiis^idans l'intérieur an crâne, en irritant quelquefois les reins avec trop de violence. Je vous laisse libre d'expliquer de l'une de ces deux manières que vous préférerez, les mouveraens convulsifs et la mort même du prêtre en question; quoiq^ie le pissement de la matière mucilagineuse auquel succédèrent ces accidens, semble confirmer la seconde. C'est que cetle humeur mucilagineuse dont sont enduits à l'intérieur contre l'acrimonie de l'urine, la vessie et les uretères, ainsi que (puisqu'ils sont formés par la cou ti^:î nation de la même tunique) le bassinet et les petits tubes qui lui appartiennent et qui reçoivent les papilles des reins; cette^humeur, dis -je, étant augmentée et épaissie par l'irritation calculeuse, diminue la force de cetle irritation tant qu'elle adhère au calcul, et qu'elle s'interpose entre les faces remplies d'aspérités de ce dernier et cette tunique. Mais quand elle a abandonné la tunique interne, soit qu'elle en ait été chassée par des médicamens administrés mal k propos pour exciter intempestivement l'urine, ou par quelque autre cause, alors il est nécessaire que l'irritation devienne plus vive. Toutefois vous aimerez mieux, je crois, vous servir de la première des deux explications dans l'histoire que je vais rapporter immédiatement.
l\. Un homme âgé de soixante ans, fort gras, qui pendant sa jeunesse urinait difficilement, au point qu'il était forcé quelquefois de pisser en élevant
ses pieds, éprouve une suppression totale d'urine avec une douleur très- violente aux lombes, et cependant sans aucun vomissement. Il survient chaque jour une grande fièvre avec frisson et froid qui durent environ deux heures. Un cathéter ayant été introduit, il rend une matière sanguinolente, et en même temps un calcul de la grosseur d'une petite amande. Celui-ci est suivi d'une urine purulente. Mais ensuite cette dernière se clarifie, et 'CÎevient semblable à celle des personnes en bonne santé, non cependant sans quelque fétidité, et la douleur persistant toujours aux lombes. La maladie ayant éprouvé une rémission en apparence, comme je Fai dit, le malade meurt la nuit du cinquième jour dans une sorte d'agitation épileptique de tout le corps, et avec de l'écume sanguinolente à la bouche.
Examen du cadavre. A la dissection du ventre, la vessie se montra pleine d'urine, qui paraissait être dans l'état naturel, si ce n'est qu'elle exhalait une mauvaise odeur. Les fibres charnues de ce viscère étaient épaissies, de manière qu'elles ressemblaient aux colonnes du cœur. On trouva aux environs de son co! quelques grains de gravier. Du reste on n'observa dans son intérieur aucun obstacle qui empêchât le sujet d'uriner. Les uretères et les reins étaient parfaitement sains. Dans la poitrine, les poumons étaient gonflés et teints d'une couleur noire; mais celui du côté gauche était étroitement adhérent au diaphragme. Le ventri-
cule droit du cœur contenait une concrétion polypeuse, et celui du côté gauche était rempli de sang liquide.
5. Quelle qu'eût été autrefois la cause de la difficulté d'uriner, qui donna lieu vraisemblablement à l'épaississement des fibres de la vessie, comme je le dirai ailleurs (i), la dernière maladie (pour ce qui regarde les organes urinaires) semble devoir être rapportée au calcul. En effet, celui-ci put se former d'autant plus facilement dans l'un des deux reins, que le poids de la graisse rendait l'exercice (2) du corps moins facile chez un homme fort gras. A cette cause, qui porta Boerhaave(3) à croire qu'une pierre s'était formée de même sur un homme très-gras dans l'un des reins (car l'un et l'autre organe ne sont pas toujours également disposés à cet effet), vous pouvez aussi en ajouter une autre que vous ferez dépendre avec le même auteur (4) d'une quantité de graisse qui accable le rein et l'uretère, et qui par là retarde l'urine aussi-bien que l'exercice trop rare du corps. Bien pkis, aux autres causes pour lesquelles ceux-là sont sujets aux calculs des reins qui se gorgeant fort souvent d'une grande quantité d'alimens, ont la plupart du temps l'estomac et les intestins trop distendus,
(i) Epist. 42, II. 33.
(3) F^id. suprà, n. 3.
(3) Ad §. 365 ibid. cit.
(4) Ad §. 387.
ajoutez avec moi celle-ci, qu'ils compriment les reins outre mesure, surtout celui du côté gauche, et les deux uretères, parce que ces organes se trouvent placés entre la paroi postérieure du ventre et ces premiers viscères. Comme cette cause s'était jointe à toutes ces autres sur un homme noble dont Schroecke ( i ) fait la description , on doit d'autant moins s'étonner de ce que Ton trouva dansl'un des uretères un calcul assez volumineux, et dans le rein au côté opposé un gros calcul avec un si grand nombre d'autres plus petits.
Au reste, la compression produite soit par la quantité de la graisse, soit par celle des alimens, est d'autant plus nuisible sur les sujets trop gras, qu'ils se couchent facilement en supination, position du corps dans laquelle les reins et les uretères sont plus exposés à supporter le poids placé sur eux, et qui nuit d'autant plus à la descente de l'urine, qu'elle est plus fréquente et de plus longue diirée. D'ailleurs en lisant une observation du célèbre Fantoni (2) sur un homme sujet à des douleurs néphrétiques, surtout du côté gauche, et chez lequel le rein de ce côté qui était deux fois trop gros et qui cachait un double calcul, se trouvait couvert d'une matière concrétée, très-semblable à du lard, et épaisse ici d'un petit travers de doigt et là de plus d' un pouce , tandis que l'autre
(1) Act. N. C. , t. \, obs. 247.
(2) De obs. med. et Anat. Epist. 8, n. 14.
336 QUARANTIEME LETTRE.
rein n'en était pas couvert, vous jugerez facilement que dans ce cas aussi la matière grasse fut nuisible.
Ainsi le calcul qui s'était formé sur notre homme, auquel je reviens, put produire et la douleur des lombes et la suppression de l'urine, en bouchant la partie supérieure de Tune des uretères , ou le commencement de Turèlre. En effet, quoiqu'il n'arrive pas toujours que quand l'un des reins est affecté l'autre s'affecte aussi sympathiquemenï, cela n'a cependant pas lieu très -rarement. Mais le calcul ayant été chassé par la force de la pression de l'urine, et poussé dans l'orifice inférieur de la vessie, la douleur des lombes put néanmoins persister^ de la même manière que la douleur des reins a coutume de s'étendre quelquefois vers la vessie; c'est que cela se lait par l'intermédiaire des uretères, qui se continuent d'une part avec les reins, et de l'autre avec la vessie, et qui se trouvent elles-mêmes distendues par l'urine lorsque la vessie ne peut plus en contenir. Et quoique ce liquide eu té té évacué par Tintroduction de la sonde, cependant la vessie examinée après la mort fit voir avec quelle promptitude elle se remplissait de nouveau. Que si vous croyez , parce que les uretères parurent saines, qu'elles ne furent point traversées par le calcul, si ce n'est lorsqu il était plus petit, et qu'elles ne furent point distendues par l'urine (au reste le calcul était petit et la disten-, sion fut de courte durée ^, concevez du moins
33E LA DOULEUR DES LOMBES. %'^'j
qu'elles furent tiraillées par un calcul qui par sa forme irritait tellement la partie supérieure de l'urètre où il s'était engagé ^ qu'il paraît que c'est à cela qu'il faut rapporter d'abord le sang, puis le pus, et enfin la fétidité qu'on observa dans l'urine, puisqu'on ne peut pas les rapporter ailleurs, par exemple à l'urètre , attendu que nous ne lisons pas qu'elle ait été ouverte en entier. De même nous ne lisons pas non plus qu'on ait examiné le cerveau, dans lequel il est croyable qu'une sérosité impure se répandit en se séparant du sang après la suppression de l'urine, et que devenue bientôt plus acre par la stagnation, elle donna lieu à cette secousse épileptique et produisit la mort, de même que sur deux sujets, à ce que je crois, dont vous avez les histoires dans la vingt-deuxième section (i) du Sepulchretum que vous me voyez suivre ici, et qui moururent également de calculs des reins et d'une suppression d'urine, non sans convulsions^ pour passer sous silence plusieurs exemples même d'une apoplexie produite par une suppression d'urine, et nommément celui de Kœnig (2) sur un sénateur dont les uretères étaient obstruées par des calculs, tandis que les reins, surtout celui du côté droit, étant plus gros que dans l'état naturel par la dilatation de leurs tuniques qui étaient engorgées d'une grande quantité de sérosité, se trou-
(i) L. 3, obs. 2^ et obs. i3, §. i.
(2) Lithogenes. hum. specim,,, Epist. 2, Vi. 22
valent remplis d'un grand nombre de petits cailloux adhérens.
6. Puisqu'il a été dit tout à l'heure que la douleur peut se propager de la vessie aux lombes, il faudrait rapporter ici d'autres observations de Vaisalva, qui prouvassent que le rriéme effet a son origine dans différens endroits, si avant de nous éloigner des reins il ne valait pas mieux faire voir que la douleur de ces organes, et par conséquent des lombes, doit quelquefois élre attribuée à une cause qui existe bien dans les reins, mais qui n'est pourtant pas un calcul. Une cause fort rare, mais qui n'est pas incroyable, ce sont des vers, qui ont été trouvés non - seulement dans les reins des chiens, mais même dans ceux des hommes, par beaucoup de raéclecins que nomme Dom. de Marin! (i). A ces auteurs qui sont indiqués aussi (2) en grande partie dans le Sepulchretum ^ ajoutez-en quelques autres qui sont cités dans le même ouvrage (3), et ceux en outre qui sont désignés par Yaliisnieri (4), ou par Alghisi (5) dans l'ouvrage de ce dernier, mais placez-les surtout après Rédi, Vallisnieri lui-même, et Ch. Drelincourt (6j. Ce-
(i) Dissert, de re monst. a Capucc. etc.
(2) Sect. hac 22 , obs. 23 , J. 5 , et in scîiol.
(3) Ibicl. , et in additam ad eamd. , sect. oÏ3s. 2. (/i) Consideraz. int. alla generaz. de'vermi.
(5) Opère del Vallisn. , t. 1 , p. 5.
(6) Experim. anat. ^ canicid. 3, n. 10 et 16, elcanicid. 11, n. 36.
Di: LA DOULEUR DES LOMBÎ^S. SSq
pendant de tous ces auteurs vous en trouverez un très-petit nombre, et ce ne sont peut-être ceux qui ont montré le plus de prudence dans leurs observations, qui écrivent avoir vu (!es vers dans les reins mêmes des hommes; en sorte que si je ne savais d'une manière certaine qu'ils en ont trouvé sur d^s chiens et sur des martes zibelines, je révoquerais peut-être en doute une partie de leurs observations, et j'en expliquerais autrement une autre partie , n'ayant point oublié ce polype oblong et cylindrique qui fut rendu par l'urètre après des douleurs néfrétiques, et qui en avait imposé au premier coup d'oeil à Sponius (i) pour un lombric. Ainsi, plus le nombre des observations certaines sur les chiens augmente, plus aussi il est croyable que la même chose peut avoir lieu également sur les hommes. Dans cette idée je décrirai ce que Valsalva a vu et ce qui est peu différent de ce qu il est aussi arrivé à l'illustre Van-Swieten (2) d'observer.
7. Valsalva, enflammé d'amour pour l'élude de l'anatomie, disséquait un chien, lorsqu'au lieu du rein droit il trouva un corps qui ressemblait presque à un rein extérieurement, mais qui avait audessous de la membrane externe une écorce glanduleuse mince à laquelle appartenaient des vaisseaux sanguins, et au dessous de l'écurce une cavité qui était tapissée par une membrane extrêmement
(1) Act. Erucl. Lips. , a. 1684, m. jun.
(2) Comment, in Boerh.^ aph. §. 11 34»
34o QUARANTIÈME LETTRE,
lisse et percée d'un grand nombre de trous qui s'étendaient jusqu'à cette écorce, de telle sorte que l'urine semblait s'écouler de celle ci dans la cavité à travers ces trous. Un vers long de trois aunes environ , et de la grosseur d'une des plus grosses plumes dont nous nous servons pour écrire, était caché dans la cavité.
8. Rédi (i) a bien trouvé dans les reins des vers plus gros que celui-là, mais non pas aussi longs. Rerckring (2) lui-même en a vu un qui avait plus d'une aune de long; Yallisnieri (3) en a observé un autre qui avait plus de quatre palmes, et Drelincourt en a trouvé un troisième qui avait plus de deux pieds; de sorte qu'une longueur de trois aunes environ peut paraître trop extraordinaire sur un ver qui n'était pas très-gros , à moins qu'elle n'eii-t considérablement augmenté après sa mort, comme j'ai noté moi-même (4) que cela arrive facilement sur une autre espèce de vers , ce que Rédi a également noté sur celle-ci, ou comme on voit dans Drelincourt (5) qu'il y en avait deux dont la trompe de l'un était irès-étroitement fixée au pourtour de la queue de l'autre. En effet, il en existe aussi quelquefois deux dans un seul rein, et ils
(i) Osservaz. int. agli anim. viv. , etc.
(2) Spicil. anat. , obs. 5^.
(3) Consideiaz. cit.
(/,) Epist. anat. «4^ »• 47' (5) Canicid. cit. 3, n, 16.
sont d'une longueur différente (i), comme Rédi (2) l'a aussi observé; cependant Blasius (3) en a dessine qui avaient la même longueur, et qui furent trou- "vés sur un homme exténué, tel que celui dont on lit l'histoire dans Zaculus (4), et dans les reins duquel on rencontra des vers, mais de beaucoup plus courts , et d'une couleur blanche, tandis qu'ils étaient d'une couleur rougeâlre dans Fobservahon de Blasius , et que Rédi et Drelincourt ont toujours observé cette dernière couleur sur des chiens, le dernier quelquefois pendant la vie des insectes, le premier après leur rnort, celui-ci sur des mâles seulement et du côté droit, celui-là sur une femelle aussi et du côté gauche. Zacutus a écrit que les douleurs des reins étaient très -violentes; Rerckring et Boirel (5) affirment qu'elles furent également annoncées sur les chiens par des aboiemens continuels, tandis que tous les autres que j'ai nommés omettent cette circonstance.
Aureste, je ne prononcerai pas facilement d'une manière affirmative sur l'origine de ces vers dans une si grande différence de longueur, et je n'assurerai point, par exemple, si sur les chiens ce sont de ces vers rougeâtres que j'ai décrits ailleurs (6)
(1) Ibid., n. 1 1.
(2) Osservaz. cit.
(3) P. 6 , obs. med. 12 , tab. 9 , fîg. 6 et 7.
(4) Sepulchr. , sect. hâc 23 , obs. 28 , J. 5,
(5) In acldit. ad eamd. sect. , obs. 2,
(6) Epist. anat. 9,11. 4Aetseq.
34'i QUARAÏS^TIÈME LETTRE.
dans certains tubercules situés quelquefois non loin des reins, dans lesquels ils passeraient dans quelques cas par une érosion de ces tubercules; je ne l'assurerai pas, dis-je, à moins que je n'aie auparavant des notions plus certaines sur la structure des uns et des antres. D'après la description et le dessin les vers rénaux de Blasius étaient bien composés de plusieurs petits anneaux élégamment unis; mais je croirais que le graveur a ajouté de lui-même à ce dessin une double tête et des yeux. Vallisnieri remarqua que celui qu'il vit lui-même n'était pas de l'espèce des vers larges (car il était plutôt cylindrique), et qu'il n'appartenait non plus à aucune autre espèce de ceux que d'autres auteurs eussent jamais trouvés renfermés dans les intestins, autant qu'il le savait. Cette remarque de Vallisnieri rend douteuse pour moi la structure indiquée par Rédi, attendu qu'elle est presque commune aux vers cylindriques des intestins, tels que Rédi lui-même les décrit ; en sorte que je passe sous silence ce que Vallisnieri (i) a noté comme ne s'accordant pas avec cette description. Mais quand même tout serait assez certain et assez constant sut les vers rénaux , cependant la petitesse de ceux qui existent dans ces tubercules sur les chiens rendrait très difficile la comparaison nécessaire de la constitution intérieure. Laissant ce travail à d'autres qui seront moins occupés que moi, passons en
(i) Migliorameiiti cValcime ossçrvaz. ciel Redi, n. i3.
DE LA DOULEUR DFS LOMUfùS. 34-3
attendant, comme je Tai promis, à d'autres histoires de Valsalva, dans lesquelles il observa une doii leur des lombes produite par des causes situées hors des reins.
9. Une fille d'environ vingt -quatre ans étant tombée d'un lieu élevé, est prise d'une douleur gravative aux lombes et de fièvre. L'un et l'autre de ces symptômes se mitigent un peu. Mais ayant: repris leur intensité quelques jours après, il s'y joint un sentiment de pesanteur dans la cavité du ventre, des vomissemens et des déjections d'une matière tantôt verte, tantôt noirâtre, et ces accidens conduisent enfin la malade à la mort.
Examen du cadavre. Aussitôt qu'on ouvre le ventre, il s'écoule de la sanie, qui ayant été recueillie avec des éponges pesa en tout environ huit livres. Les intestins étaient unis entre eux au moyen d'une tunique extérieure, de telle sorte cependant qu'une sanie plus épaisse était cachée dans leurs interstices. Du reste les intestins euxmêmes et l'estomac ne présentèrent aucune lésion. Lé foie était blanchâtre, et une matière sanieuse très-épaisse lui était adhérente extérieurement. Mais l'épiploon qui était attaché au péritoine vers la région iliaque du côté gauche, mit à découvert un ulcère dans cette partie.
10. Quelle que fût la cause pour laquelle la paroi interne du ventre se trouva lésée vers la région iliaque, il est certain qu'il s'y forma un abcès assez grand pour avoir pu fournir cette quantité
344 QUAllAIN TIEME LETTRE.
de sanie. Après la formation du pus , il arriva ce qu'un aphorisme (i) d'Hippocrate enseigne, c'està-dire que les douleurs et les fièvres se mitigèrent un peu. Mais la rupture de l'abcès fut annoncée par le retour de ces symptômes, comme l'épanchement du pus dans le ventre le fut par le sentiment d'un poids dans cette cavité. Quant à la cause de la douleur des lombes , vous ne la demanderez pas lorsque vous vous souviendrez que le siège de l'abcès était dans cette partie de l'abdomen qui se rapprochait de la région iliaque; car les fibres des muscles transverses qui se trouvent dans cette même partie naissent des vertèbres des lombes, comme vous savez ; or il n'est pas étonnant que dans le tiraillement ou l'érosion des muscles les douleurs se fassent sentir plus vivement aux extrémités de ces muscles, surtout lorsque ces extrémités sont attachées à un os d'une manière trèsferme.
Ti. Devant ajouter ici d'autres observations de Valsalva relatives* à des douleurs produites à la même partie par une cause située même hors du ventre et de l'abdomen, je me rappelle que je vous les ai déjà décrites dans une autre Lettre (2), et que j'ai expliqué par l'attachement des piliers du diaphragme l'action d'une cause cachée dans la poitrine, qui s'étendait jusqu'à ces piliers. C'est
(i) /|7, sect. 1 1.
(2) Epist. 16^ n. 40 et 4^»
peut-être à cela qu'appartient aussi une observation de Jacot, qu'il faut lire dans l'une des sections voisines (i) du Sepulcliretum. Que si une cause placée hors du ventre peut produire cet effet, combien celles-là le pourront davantage, qui seront situées aux lombes mêmes, ou dans quelque partie placée près d'elles, ou attachée à elles! Vovez , si vous voulez, la revue de ces causes énumérées longuement et une à une par Riolan dans le chapitre de l'Encheiridium d'après lequel on les a rapportées dans cette vingt-deuxième section du Sepulchretwn aux scholies de la première des observations :58 (car ce numéro se trouve répété par négligence); et voyez la plupart d'entre elles confirmées dans la même section par des exemples, comme par un rhumatisme des lombes, obs. 29; par de la sérosité dans le canal des vertèbres lombaires, obs. 33; par une érosion de ces vertèbres, obs. 6b et l\o\ par de petits cailloux, ou, si vous l'aimez mieux, par des osselets dans les artères lombaires, obs. 3i ; par des lésions du mésentère, obs. 38 {bis) , 39 , 41 §• i ? 2 , 5 , 6 , 9 , et obs. i dans les supplémens; par des affections de l'utérus, obs. l\i , §. 4? P^ï* "ï^ squirrhe ulcéré de l'intestin iléon , obs. 32 ; et, pour omettre actuellement d'autres cas, par des maladies du pancréas, obs. 20, 38 (te), et 41 §. 3, et j'ajouterais §. 7, si ce n'était pas la même histoire, comme celles des §. 6 et 8
(i) 25, obs. 14.
sont les mêmes que celles qui ont été citées tout à l'heure aux numéros 38 et 25, et qui ont été répétées ici par oubli. Au reste le pancréas affecte ies vertèbres voisines, soit par lui-même, soit, plus souvent que la plupart des médecins ne le croient, et comme Franc. Sylvius (i) Ta remarqué avec raison, par son suc, qui se trouve alors contre nature, et qu'il envoie, comme le foie envoie le sien, dans l'intestin duodénum, qui est contigu et attaché aux mêmes vertèbres et au rein droit, d'où naissent des sensations différentes sur beaucoup de sujets, mais surtout celle d'tnie chaleur ardente, qu'on impute aux reins, qui assez souvent sont innocens.
Mais il faut revenir actuellement aux reins euxmêmes, et d'abord à ceux qui sont affectés de calculs, si, comme je vous Tai promis, je veux vous communiquer mes observations dans le même ordre que celles de Valsalva. Toutefois devant renvoyer à d'autres Lettres pour certains motifs, comme vous le verrez ensuite, celles qui sont pius remarquables, je n'en rapporterai ici qu'une, qui quoiqu'elle ne contienne pas l'histoire des signes particuliers qui avaient précédé, ne sera pourtant pas inutile.
12. Une femme était morte à l'hôpital de Padoue, au mois de mars de l'an 1708, lorsque déjà elle était grosse de sept mois.
(1) FicL extrema scholia ad cit. obs. 38 primam.
Examen du cadavre. Le veiilre et l'utérus furent incisés aussitôt après la mort à raison de cette circonstance, et on enleva le fœtus qui vivait alors , mais qui mourut bientôt après. Comme je me trouvais par hasard à Padoue dans ce moment, je reçus le col de l'utérus qui existait encore en entier, ainsi que les reins, pour observer certains objets avec plus d'exactitude. Il ne convient pas de parler ici fort longuement d'une quantité de mucus qui se trouvait dans l'intérieur de ce col, ni de vésicules remplies du même mucus, qui étaient extrêmement remarquables par leur nombre et par leur grosseur, et qui couvraient la surface de l'orifice utérin. Mais les reins méritent d'être décrits. En effet, tandis que celui du côté gauche était pins volumineux que ne le comportait la grandeur du corps, et que ses petits canaux étaient plus gros qu'à l'ordinaire, et par conséquent très-apparens pour tous ceux qui se trouvaient là par hasard, celui du côté droit était au contraire si petit, qu'il ne dépassait pas la grosseur et l'épaisseur de la capsule atrabilaire , et son uretère et ses vaisseaux émulgens répondaient à sa petitesse. Et pour que vous ne croyiez pas que ce dernier fût dans cet état dès la naissance, il était d'une couleur qui indiquait un élat morbide, et l'on voyait bien encore les petits tubes qui reçoivent ordinairement les papilles, mais ils étaient contractés, tandis que le reste de la substance était presque réduit à rien , en sorte qu'abstrac-
tion faite d'un calcul qui n'était ni rouge ni jaune et qui était fixé dans le rein , et d'une matière qui se trouvait calculeuse çà et là, il en restait à peine quelque chose.
i3. Relativement à ce que j'ai dit, que cette observation ne serait pas intJtile, je désirerais que vous le prissiez dans ce sens, qu'elle me fournit Foccasion d'examiner plusieurs choses que les médecins ont mises en avant en traitant des calculs et des lésions des reins, comme on le voit d'âpres cette même vingt-deuxième section au Sepulchretum. Et d'abord bien qu'il soit arrivé à Coïter (i) d'observer que le rein droit était plus sujet à Fulcération que le gauche^ et qu'il en fût ainsi également sur notre femme, cependant si vous parcourez en entier cette section , vous trouverez que parmi les reins dont la substance avait été ulcérée ou détruite, il y en eut beaucoup phis du côté gauche que du côté droit. En effet, s'il faut chercher dans les calculs la cause la plus fréquente de l'ulcération des reins, ils sont plus rares à droite, comme Boerhaave (2) le confirme, et des hommes savans en ont imaginé (3) la raison; c'est que le sang revient du rein droit beaucoup plus facile» nient,^parce que la veine émulgente est plus courte et plus libre. Et quoique les auteurs aient pro-*
(i)Obs. 23, 5.3.
(2) Pr^lect. ad Instit. , J. 352.
(3) Vid. Haller. , not. gj, ad eumdem locum.
dnit à ce sujet des raisons différentes, cependant ils s accordent sur le fait même, comme Fred. Hoffmann (i ) ' ^'^ surtout celui qu'il cite, Gh. Piso Qa), qui écrit positivement que sur cent sujets attaqués d'une néphrite (calculeuse), quatre-vingts et plus souffrent du rein gauche d'après le témoignage de r expérience , c^si-k-d\ve presque tous les néphréti^
ques; telle est, dit- il (3), l'observation de Da»
donée , et la mienne aussi.
Ainsi, bien qu'en parcourant dans les volumes de l'Académie de Vienne les exemples que j'ai principalement coutume d'y prendre pour ces Lettres, vous y rencontriez quelques observations dans lesquelles il est dit ou (4) que les deux reins étaient également détruits à l'intérieur par des calculs, ou (5) que celui du côté droit seulement en était surchargé, ou (6) que si tous les deux Tétaient, celui du côté droit l'était bien davantage, cependant vous aurez toutes ces autres histoires que vous opposerez à celles-ci. Bien plus, vous en trouverez dans ces mêmes volumes d'autres encore que vous réunirez à ces premières, comme lorsqu'on y décrit (7) des calculs dans le rein gauche seulement,
(1) Medic. rat., t. 4, p. 2, s. 2, c. 6, in thés, pathol., §.6.
(2) Obs. demorbisa ser. colluv.^ s. 4, c. 2, part. obs. 100.
(3) In praaf. paulo anle, iheor. 4-
(4) Dec. 3, a. 5, obs. 33.
(5) Act. N. C, t. I, obs. 20 et 247.
(6) Cent. I, obs. 27, et cent. 3, obs. 45.
(7) Jbid.f in append. n. 1.
35o QiJ A.IIA1YTIÈME LETTRE.
OU bien, s'il y en avait dans l'un et dans l'autre, lorsqu'il est dit qu'ils étaient plus nombreux (i), ou plus gros (2) et plus nuisibles dans celui du côté gauche que dans celui du côté droit; et vous remarquerez en passant une chose dans l'une de ces dernières observations, c'est que certaines parties de ces calculs étaient d'une dureté crjstallîjie ^ et d'un éclat brillant , c'est-à-dir'e transparentes,^ o\\^ verrez dans les mêmes livres des exemples (3) où le rein gauche seulement était augmenté de volume, quoique rongé à l'intérieur ou affecté de quelque autre lésion; ou bien cette disposition était beaucoup plus remarquable sur celui du côté gauche que sur celui du côté droit : ceci sera également confirmé par deux observations de reins purulens, rapportées toutes deux par le célèbre Coschw^itz (4). Mais voilà assez d'exemples; c'est pourquoi j'omets à dessein tous les autres, au nombre desquels se trouve aussi celui qui a été cité plus haut (5) d'après l'illustre Fan toni. J'en excepte un seul , que le même auteur (6) a indiqué d'après une observation de Duverney, et qui ne doit poiî)t être passé sous silence , pour faire connaître une cause rare de dé-
(1) Dec. 3, a. 3, obs. 122.
(2) Ibid. , a. 7 et 8 , obs. 1 22 , cum figuris.
(3) Cent. 8, obs. 100, et cent. 9, obs. 64 , et Act. , t. ^, append. , n. 10, eleorumd. , t. 8, obs. 89.
(4) Dissert, de valvulis in ureterib. , §. 5 et 7.
(5) VicL sLiprà, n. 5.
(6) Anat. corp. hum.;, diss. 4-
jiechon purulente. Voici le fait: Le pus provenait de l'intestin colon , qu'un ulcère d'une partie voisine avait corrodé à un certain endroit. Or cette partie était le rein gauche.
Vous voyez qu'il peut résulter quelque utilité de ce qui a été dit, lorsque les signes d'une affection rénale se manifestent d'une manière douteuse, comme cela a lieu fréquemment. En effet, si à ces symptômes il s'en joint un autre, c'est-àdire leur siège à gauche, ils deviendront un peu moins incertains que s'ils étaient à droite. 14. D'un autre côté, Eustachi (i) ayant observé sur Bonif. Corneo que l'un des reins égalait à peine le volume d'une petite châtaigne, tandis que l'autre était gros, et que celui-là était sain, tandis que celui-ci se trouvait putréfié et tuméfié par des calculs et par une matière sanieuse, pensa que la petitesse du premier était due à la pénurie du sang, parce que la plus grande quantité de ce liquide s'écoulait dans l'autre, où la violence dé la maladie et le stimulus le faisaient aborder. Si en effet le rein petit était sain, et si sa petitesse ne cachait pas des traces d'anciennes lésions, il ne faut pas s'étonner que ce grand homme ait été obligé de recourir à cette explication. Mais lorsqu'un rein petit est malade, d'autres préfèrent l'explication contraire, comme moi je le fais pour la femme en question. Le rein étant contracté, ses
(i) Sect. hâc 22, obs. i6. ,
vaisseaux le sont aussi, comme nous l'avons vu sur cette femme. Ainsi ce qui ne peut plus être porté de sang dans ce rein, se dirige vers l'autre par l'artère opposée, et le distend. Or je crois que la contraction de l'un des reins et de ses vaisseaux, et la distension de l'autre peuvent quelquefois parvenir à un degré assez considérable pour que celui-ci prenne un volume énorme, et que celui-là puisse paraître n'avoir jamais existé.
Je m'explique; si le rein qui est sain se trouve ferme, il ne grossit pas plus que ne l'exige l'abord du sang, qui doit déposer dans un seul ce qu'auparavant il déposait dans deux ; mais s'il est flasque de sa nature, et qu'une maladie se joigne à cette flaccidité, on saurait à peine croire combien il prend quelquefois de développement. Ceci est prouvé par ce rein que le célèbre Valcareng (i) trouva dix fois trop volumineux, et surtout par celui dont il est question dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de Paris (2), et qui pesait trente-cinq livres; pour ne rien dire ici d'un autre qui pesait deux fois plus que ce dernier et davantage, et que le célèbre Fantoni (3) a cité d'après une observation de Monginoti.
Je soupçonne au contraire que Jes reins étaient contractés par maladie, et tellement atténués et
(i) Dissert, de saxis acub. , etc.
(2) A. 1732, obs. anat. 7.
(5) De obs. med. , et anat. Epist. 8 in fin.
détruits, que des hommes très-savans crurent qu'ils manquaient dès la naissance; je soupçonne cela, dis-je, sur les sujets qui éprouvèrent des douleurs de reins produites par des calculs ou par d'autres lésions, comme par exemple sur une femme, sur un homme et sur une jeune fille, dont vous verrez, si vous voulez, ies histoires dans le Sepulchretum (i). Car, pour ne pas parler de l'homme, c'est-à-dire de ce marchand dont l'observation a été également citée deux fois par négligence dans cette section (2), bien qu'il n'y eût même pas des filamens ou des membranes qui occupassent le siège du rein droit sur la jeune fille, cependant l'uretère l'occupait, et elle descendait encore du tronc de la veine-cave, auquel il paraît qu'elle s'agglutina après la destruction du rein , pour se rendre dans la vessie; tandis que sur la femme on vit à la place du même rein une espèce d'enveloppe, c'est-à-dire, à ce que je crois, sa membrane, qui d'après l'opinion de tant d'observateurs (3) existe encore comme une bourse lorsque déjà la substance de l'organe est détruite.
Au contraire, je croirais que le rein manquait dès la naissance, comme Aristote (4) l'observa
(1) Sect. cit., obs. 28^ J. 4? sect. 27^ obs. i ; sect. a8 in additam , obs. 2.
(2) Obs. 23 , 5. 12 , et obs. 1 7^ §, 6.
(3) J^id, ex gr. ^sect. hâc 22 omnes §. obs. 5.
(4) De geilerat. animal., 1, 4 ; c, 4, art. 2.
vj, ' 2 3
354 QUARANTIEME LETTRE.
même autrefois, sur ceux chez lesquels aucunes lésions rénales n'avaient précédé, et chez lesquels il ne restait aucun vestige de l'un de ces organes, ou de ses vaisseaux émulgens, ou de son uretère, comme il n'en restait aucun sur une petite fille qui fut disséquée par Poupart (i), ni sur un prêtre et sur une femme dont Valsalva fit la dissection , et dont je vous ai rapporté ailleurs (a) les deux histoires ; ou si par hasard il en restait quelqu'un, il ne manquait pas certaines autres circonstances qui indiquaient que le rein n'avait jamais existé; je parle, par exemple, sur cette feiçme du volume de cet organe qui était non-seulement plus gros que dans l'état naturel comme sur cette petite fille, mais encore deux fois trop volumineux , et de plus il avait un double bassinet et une double uretère, en sorte qu'il paraissait fait dès le principe pour remplir aussi les fonctions de l'autre rein qui manquait.
Quant à moi, je vis sur une petite chienne que je disséquai à Bologne au mois de février de l'an 1702, quelque autre chose qui me fit conjecturer que quoique l'uretère et les vaisseaux émulgens ne manquassent pas, le rein manquait cependant dès la naissance. En effet, n'ayant trouvé à la place de cet organe du côté droit que de la graisse qui le représentait jusqu'à un certain point par sa masse,
(j) Hist. de TAcad. Roy. des Se. , a. 1700, obs. anat. 1. (2) Epiât. 25^ u. 4^ et Epist. Si^ n. aS.
DE LA DOULÏÎUR DES LOMEES. 355
et par sa forme également, et ayant va que Furetère qui se continuait bien avec la vessie, mais qui était solide, et qui un peu avant de parvenir à cette graisse se divisait brusquement en certaines petites stries de tissu graisseux qui accom pagnaient les petits vaisseaux sanguins, ne manquait pas de ce côté, pas plus que l'artère émulgente, qui toutefois se trouvait plus petite que dans l'état naturel, et qui après avoir envoyé une branche qui n'était pas très-petite vers la capsule atrabilaire, se divisait dans le reste de son étendue en ramuscules qui rampaient seulement sur la surface de la graisse décrite; ayant donc observé cela, je remarquai que la veine émulgente du même côté, quoiqu'un peu plus grosse que celle du côté opposé, ne recevait pourtant aucuns ramuscules visibles venant de cette graisse que je disséquai tout entière avec soin, tandis qu'elle recevait du lobe voisin du foie une si grosse branche, que l'émulg€nte gauche elie-méme paraissait plus petite que celle-ci. D'après cela on était porté à conjecturer que la veine émulgente droite avait été créée sur cette petite chienne, non pas pour le rein, mais pour le foie, attendu surtout que tout le reste se trouvait dans l'état naturel sur cet animal qui était très-sain, si ce n'est que le rein gauche était trop volumineux relativement à la grosseur du corps; car il devait sécréter lui seul toute l'urine, ce qui fit que ses petits canaux étaient aussi plus gros et plus évidens, comme je les ai décrits sur la femme.
i5. x^insi , pour revenir de cette constitution qui existe dès la naissance à celle qui dépend d'une maladie et au sujet commencé, je croirais que ce n'est pas pour une autre raison que celle qui a été exposée un peu plus haut , que la grosseur d'un rein qui est sain augmente par suite de la destruction de l'autre; car, par exemple, dans les observations citées (i) de Rerckring ou de Drelincourt, où l'un des reins avait été putréfié par un ver, tandis que l'autre était plus gros que dans l'état naturel, il ne peut point y avoir lieu à l'explication d'Eustachi. D'ailleurs comme nous voyons qu'il arrive si souvent que lorsque l'un des reins ne sécrète pas l'urine , ou qu'il ne l'envoie pas à cause de sa putréfaction ou de son obstruction produite par des calculs, il est suppléé par l'autre, ce qui est confirmé par l'augmentation du volume de celui-ci, il est évident que c'est avec raison que Guy Palin a écrit, comme vous le lirez dans le Sepul" chretum (2), qu'il n'est pas toujours vrai que l'un des reins étant obstrué l'autre cesse aussitôt ses ' fonctions ; ce qu'il confirma aussi lui-même par ses propres observations , et ce qu'il est facile de comprendre pareillement d'après d'autres histoires, et en particulier, pour en omettre tant d'autres, d'après celles de Grég. Horst (3) et de Thom. Bartho-
(1) Supià, n. 8.
(2) Sect. hâc 32 , in schol. ad obs. \ù^.
(3) Ihid. y obs. ig.
DE lal douleur des lombes. 35j
lin ([). Si par hasard vous êtes étorrné en lisant ces histoires de Guy Patin et de Bartholin, de ce qu'aucune douleur ne s'était fait sentir habituellement dans le rein , quoiqu'il y eût un calcul gros et anguleux, vous le serez davantage si vous jetez les yeux sur d'autres observations, d'après lesquelles il est constant qu'il n'exista dans tout le cours de la vie ni douleur, ni aucun des autres signes si nombreux des calculs rénaux, sur certains sujets qui en étaient affectés. Quelques-unes de ces observations se trouvent au même endroit (2) du Sepulchretum où est rapportée celle que j'ai citée d'après Bartholin; mais on pourra y en ajouter encore d'autres, comme celle qu'on lit dans l'Histoire de l'Académie Royale des Sciences de Paris (3), quoique pourtant il existât sur cet homme des vomissemens qui revenaient par intervalles, et comme celle dont je suis étonné que la description n€ se trouve pas déjà dans cet ouvrage, attendu'»qu'elle a été publiée dans l'ouvrage posthume (4) de Malpighi.
Mais il peut certainement y avoir plusieurs raisons pour lesquelles quelques signes, et quelquefois aucuns, ne soient poin t apparens, comme lorsque des pierres, quelque remarquable que soit leur
(i) Ihid.^ obs. 24^ %' 2.
(2) Obs. ead. , §. i, 3, 4.
(3) A. 1730, obs. anat. 3.
(4) Ubi de renib.
grosseur, étant perforées par la nature ou par le hasard comme si c étaient des cercles troués à leur milieu (car c'est ainsi qu'il faut lire les paroles d'Eustachi, qui ont été mal rapportées dans le Sepulchretum (i), à l'endroit où elles sont confirmées par une très-belle observation du même auteur), il ne survient point de suppression d'urine, comme il n'en surviendra pas non plus s'il reste une voie ouverte à ce liquide à travers des espèces de petits canaux creusés sur les côtés mêmes des calculs et dans leur substance, comme on le voit dans l'histoire (2) de Salmuth qui vient immédiatement après, et plus clairement, parce qu'on est aidé par le dessin , dans celle que Lancisi communiqua à Alghisi (3). D'ailleurs il n'y aura point de sentiment douloureux aux lombes, pas même cehii de la pesanteur, si les calculs grossissent insensiblement et d'une manière très-lente, si leurs angles sont mousses, et s'ils restent très-fermement implantés dans la substance des reins, de manière à ne pouvoir point remuer, surtout si cette substance est dure et calleuse, comme j'écrirai ailleurs (4) qu'elle l'était sur le cardinal Cornéli , et comme elle l'avait été sur cet homme dont j'ai parlé un peu plus haut d'après l'Histoire de
(i)Sect. cit., obs. 12, ^. 1.
(3) Ihid. ^ §. 2.
(3) Lilotom. , c. 4^ et tab. 4«
(4) Episl. 67, n. 10.
DE LA. DOULEUR DES LOMIÎES. 35g
TAcadémie Royale des Sciences, et sur lequel on la trouva cartilagineuse. D'ailleurs cette substance était également dure sur un autre sujet dont j'ai dit que la description se trouve dans Malpighi. Or dans ces cas il n'y a presque pas d'autres caractères de cette maladie. Au contraire on ne voit point assez par la dissection quelle fut la cause de ce manque de caractères sur un homme dont Guarinoni (i) a rapporté l'observation, pas plus que dans deux autres histoires (2), principalement dans la première, quoiqu'il soit dit dans l'une et dans l'autre que les deux reins étaient farcis de calculs, mais surtout celui du côté gauche.
Au reste, bien que vous sachiez déjà suffisamment par vous-mémequels sont le plus souvent les caractères dont la présence distingue proprement les calculs des reins, cependant il vous sera utile de les reconnaître dans le célèbre Scarschmid (3); car il rapporte des exemples d'après lesquels il confirme que la plupart d'entre eux, ou même tous , peuvent manquer quelquefois , de telle sorte que les médecins aient en vue une autre maladie, et ne soupçonnent nullement les calculs qui existent dans les reins. Il est d'ailleurs inutile d'avertir qu'il peut survenir des causes pour lesquelles
(1) Sepulchr. , 1. 2 , s. 1, in additam, obs. 10.
(2) Act. N. C, tom. 2 in append., n. 3, et Comm. lîtt. , a. 1745, hebd. 11, n. 1.
(i) /bid. , a. 1739^ hebd. 3i, n. i.
36o^ QUARANTIÈME LETTRE.
une douleur qui aura même été très-vive auparavant dans le rein, cesse; je parle, par exemple, de la diminution de la sensibilité des filets nerveux, ou de leur destruction , comme on le comprend d'après la sixième observation de cette section.
Puisqu'il en est ainsi de tout cela, on voit combien il importe de s'informer de ce qui a existé antérieurement chez les malades, et, si quelquefois il n'existe aucun signe principal d'un calcul rénal, de ne point mépriser pour cela ceux qui sont moins importans , ou communs à d'autres maladies. Mais les observations de cette maladie que j'ai rencontrée sur les cadavres feront mieux connaître ceci; observations que je renvoie à d'autres Lettres, parce que celle-ci traitant de la douleur des lombes , les histoires dans lesquelles cette douleur ne s'était point manifestée ne paraissent point lui convenir. '
16. Quant à ce que j'ai dit que le calcul du rein d^ la femme dont j'ai fait la description n'était ni jaune ni rouge, et à ce que j'ai rapporté dans une autre Lettre (*j) que je vous ai écrite que j'en avais trouvé trois qui étaient blanchâtres dans le rein d'un homme, ces faits combattent la différence admise autrefois par presque tous les auteurs qui croyaient que l'on devait distinguer par l'une ou l'autre de ces deux premières couleurs les pierres
(i) Epist. ZSy n. 4i'
DE LA DOULEUR DES LOMBES. 36l
développées dans les reins, de celles qui se forment dans la vessie. Vous voyez dans le Sepulchretum (i) qu'Eustachi leur opposa sa propre observation, à laquelle vous en ajouterez d'autres d'après le même ouvrage, par exemple, parmi les histoires que je me rappelle, celle qui est très-près (2) de celle d'Eustachi, et dans laquelle il est question de calculs trouvés dans les reins qui avaient une couleur de marbre blanchâtre, et une autre (3) dans laquelle il est dit qu'ils étaient d'une blancheur de neige. J'ai d'ailleurs rapporté dans celte Lettre-ci (4) que Yalsalva avait vu dans ces viscères des calculs dont les uns étaient blanchâtres (Schroecke (5) en a également observé) et dont les autres étaient noirs.
Il paraît donc que cette différence a été déduite ou bien d'un trop petit nombre d'observations, ou bien de quelque préjugé. Et il est certain que ce qui donne à la matière de la pierre la couleur rouge, jaune, noire, ou autre, peut se mêler avec elle soit dans les reins, soit dans la vessie. 11 est croyable aussi que c'est cette variété de mélanges qui fait que la facilité ou la difficulté de la dissolution est différente pour les dîfférens calculs, et que
(1) Sect. hâc 22 in schol., ad obs. 21, et §. 2.
(2) Ibid. , §. 6.
(3) L. i^ sect. iQ in additam, obs. 8 ad fin.
(5) Act, N. C. ; t. 1^ obs. 347.
c'est pour cela qu'il n'y a point d'espoir de réussite pour ceux qui cherchent un remède qui puisse dissoudre tout seul tous les calculs également. B'après cela il faut s'occuper davantage d'empêcher que la pierre ne se forme, en évitant ce que J'ai dit (i) retarder l'urine dans les reins, et en mettant en usage les moyens contraires, surtout si l'on a quelque soupçon d'un commencement de calcul. Pour chasser celui-ci de ces viscères tant que la chose est possible , je me servirais de diurétiques fort doux et conteriant quelque chose d'anodin, plutôt que de diurétiques trop actifs, parce que d'une part je me souviens qti'avant que les avertissemens de Boerhaave (a) ne fussent publiés, un de mes compatriotes, homme noble, de la vessie duquel en avait retiré une pierre, et qui était sujet à des douleurs néphrétiques, avait commencé à en éprouver plus rarement du moment qu'il se fut mis à prendre le matin tous les trois ou quatre jours quelques onces d'eau chaude avec une cuillerée de sirop de suc de violettes, et de l'autre part parce que je sais que les diurétiques proprement dits ont bien guéri quelques sujets, mais qu'ils ont été extrêmement nuisibles à d'autres. Et ceci n'est pas étonnant, soit que l'on considère ce que j'ai dit plus haut (3) de l'humeur
(ï) Suprà, n. 3 et 5.
(2) Prselect. ad Instit. , J. 365 et 387.
(3) N. modo indicato 3.
îwucilagineuse dont sont enduites les parois des petits tubes et du bassinet, et qu'il ne faut point enlever imprudemment, soit que l'on ait égard aux contractions des mêmes parois, qui sont la conséquence de l'irritation produite par des médicamens acres, et par lesquelles on voit évidemment combien les voies sont rétrécies à contretemps, et les douleurs augmentées. Plût à Dieu que la propriété anodine et anti-convulsive de la racine de la scille, qui a été indiquée par Hoffmann, et expliquée par le célèbre J. Gér. Wagner (i) dans une néphrite produite même par de petits calculs, fût confirmée par un assez grand nombre d'autres expériences heureuses, pour qu'elle fût aussi bien connue parmi les médecins, que l'on connaît sa vertu diurétique! Certes, nos Italiens eux-mêmes, quoiqu' ayant de l'horreur le plus souvent pour les remèdes émétiques, tels que la poudre scillitique, ne balanceraient pas à s'en servir d'une manière convenable pour empêcher. qu'un calcul ne grossît à un endroit d'où il ne pourrait point ensuite être chassé. Car en s'arrêtant ce corps augmente de volume, non-seulement de manière à ne pouvoir plus se débarrasser et sortir, |bais quelquefois de manière à égaler le rein, et même dans certains cas à peser cinq livres, comme il est écrit (2) qu'il les pesait sur une princesse. Mais
( 1 ) Obs. clinic. sect. 3 , n. 2 ^ 9 et 10.
(2) yid. apul Pohl. de prostat. calcul., §. 7.
le même remède n'a pas toujours le même effet dans les différentes maladies , et spécialement dans celle-ci. Je me souviens d'une manière certaine que Valsalva se plaignit de ceci plus d'une fois, et qu'il assurait qu'il avait été forcé de changer de médicamens à chaque paroxysme sur une filie noble qui avait été tourmentée pendant deux ans par des douleurs des reins, parce qu'il mettait inutilement en usage ceux qui avaient opéré autrefois de promptes guérisons.
17. Mais parmi les autres accidens auxquels les douleurs néphrétiques donnent lieu chez les femmes, je ne doute pas qu'il ne faille compter l'avortement, ou la mort assez fréquente et du fœtus et de la mère. En %ffet, comme l'utérus en se développant rend moins facile la descente de l'urine à travers les uretères par la pression qu'il exerce sur elles, et que par conséquent il retarde un peu ce liquide dans les reins, si par hasard quelqu'une de ces femmes entretient dans ceux-ci quelque vice qui la rende sujette à des douleurs néphrétiques, il est facile de comprendre que cette cause irrite davantage les membranes internes de ces viscères, et augmente les douleurs; de sorte que tout le corps et surtout les parties contenues dans le ventre étant sensibles à ces douleurs par une sympathie établie au moyen des nerfs , le fœtus est facilement chassé de l'utérus avant le temps convenable par les contractions de ce viscère, ou du moins lui ou la mère qui très-souvent alors ne
peuvent pas résister à des maladies graves, sont tellement maltraités dans ce cas, qu'il est assez fréquent que la mort de l'un et de l'autre doive s'ensuivre.
Pour ce qui regarde l'avortement , vous avez dans le Sepulchretum (i) l'histoire d'une dame dont Plater a fait la description. Celte dame ayant eu quatorze grossesses , aK>orta toutes les fois et toujours au huitième ou neuvième mois. Elle avait été sujette pendant plusieurs années à des douleurs très-graves des reins. Or Plater trouva la cause des douleurs et de V avortement dans ces viscères , dont l'un était réduit à la forme d'une bourse par la destruction de sa substance, tandis que l'autre était extrêmement tuméfié par un gros calcul. J'ai d'ailleurs déjà fait connaître comment (2) la femme, dont l'histoire m'a fourni l'occasion de faire la plupart des autres remarques, et celle-ci également, mourut d'abord elle-même au septième mois de sa grossesse, et bientôt après elle son fœtus, et dans quel état était son rein droit; en sorte que ne m'étant point informé alors de son genre de mort parce que j'étais occupé d'autre chose, je soupçonne maintenant que la douleur du rein était aussi du nombre des causes éloignées et même des causes prochaines de la mort. Je soupçonne cela également à l'égard d'une antre femme, dont
(i) Sect. hâc 22, obs, 4.
366 QUARANTIEME LETTRE.
rhistoire de la dissection fut communiquée par Santorini à ses autres amis et à moi ; je la décrirai ici d'autant plus volontiers, qu'elle renferme aussi quelques autres objets qui ne vous déplairont peut-être pas, puisque vous faites des recherches sur la structure des reins.
i8. Une femme qui avait été long-temps sujette à des affections des reins, mourut enfin pendant qu'elle était enceinte, au cinquième mois de sa grossesse.
Examen du cadastre. L'un des reins était amaigri ; car la cavité de son bassinet était bien agrandie, mais l'épaisseur de sa substance était diminuée. Quant à l'autre , bien que sa longueur et sa largeur eussent augmenté , l'épaisseur de sa substance était également peu considérable en certains endroits, et l'ampleur de son bassinet trèsgrande. Mais celui-ci se terminait en une uretère si étroite, que de l'air insoufflé la traversait à peine. A l'endroit où le bassinet était adhérent à la substance intérieure du rein , il était percé d'orifices larges qui communiquaient avec de grandes cellules. Une de ces cellules avait aussi ses parois perforées d'autres orifices ; et de l'air poussé à travers ceux-ci distendait plusieurs petits canaux, et en même temps l'artère émulgente. Or ces petits canaux étaient placés en travers sur des branches artérielles. Du reste ces cellules étaient remplies d'urine; tandis que la surface du rein était composée de vaisseaux sanguins, assemblés de manière
à former une espèce de couverture un peu épaisse. 19. Ceux qui ne font absolument aucun cas des états morbides pour connaître la structure intime des reins, comme des autres viscères, ne mépriseront peut-être pas celui-ci, par lequel ils croiront qu'il est prouvé que les petits canaux des reins communiquent avec l'artère sans aucun intermédiaire. Ce n'est pas ici le lieu de chercher si c'est avec raison ou non, ni de confirmer l'expérience que j'imaginai autrefois (r) pour découvrir la structure de ces organes. Je rappelle plutôt à ma mémoire d'après cette histoire et d'après d'autres qui ont été citées plus haut, une observation que vous trouverez rapportée dans le Sepulchretum (2) d'après Wiilis. Nous trouvons dans cette observation la description d'une dame, qui déjà depuis plusieurs années, mais surtout toutes les fois qu'elle était enceinte, était accoutumée à éprouver des arrections spasmodiques qui la faisaient constamment avorter vers la fin du troisième mois; ce qui était encore arrivé tout récemment, à la suite de douleurs aiguës qui revinrent plus d'une fois, surtout aux lombes, et qui la tourmentèrent ensuite aussi violemment avec des vomissemens qui durèrent presque jusqu'au dernier jour de sa vie, c'est-à-dire jusqu'au trente-cinquième après l'avor-
(1) Advers. aiiat. 3, animad. 33; vid. et Epist. anat. 3, n. i5.
(2) L. 1, seçt. i3, obs. 7.
tement. A l'ouverture du cadavre, Willis ne douta pas qu'il ne fallût rapporter la cause des douleurs à l'eau qui fut trouvée dans le crâne, et qui étant tombée de là dans le centre du mésentère par l'intermédiaire des nerfs avait tiraillé les membranes, qu'il vit séparées à cet endroit par de Fair interposé entre elles, comme si ce fluide y eût été insoufflé par un boucber. Certes, je ne suis pas homme à nier que l'eau qui inonde le cerveau ne puisse produire des douleurs spasmodiques; mais cependant il est plus facile de concevoir sur un cadavre qui d'après le rapport de l'auteur se putréfia très-promptement, que cet air qui était interposé entre les membranes s'était dégagé depuis peu parla putréfaction elle-même, qu'il n'est aisé de comprendre qu'il s'était déjà dégagé pendant la vie. Que conclure donc de là? peut-être aurait-il fallu faire dépendre des reins une autre cause pour l'ajouter à cette eau; car il rapporte que ils reins étaient bien assez sains, mais que l'un cependant avait une forme inusitée^ puisqu'il se séparait en plusieurs lobes à V instar du rein du veau. En effet, rappelez- vous ce que Ruysch (i) a dit avoir observé deux fois, qu'après des douleurs intolérables des lombes il rencontra, non pas des calculs, comme lui et tous les autres s'y attendaient, mais seulement une inégalité de la surface des reins, comme sur les fœtus humains, et sur les
(i) Advers. anat., dec. i, n. g.
veaux et les bœufs. Mais il avoue que c'était une chose inouïe et inconnue pour lui, qu'une structure semblable donnât lieu à une douleur aussi atroce, et à des pisse m eus fréquens de sang. Or, bien que ceux-ci n'aient point été mentibiinés par Willis, cependant cette lésion intérieure du rein, qui était la conséquence ou la cause de l'inégalité de la surface, pouvait ne point être encore parvenue à un degré assez considérable pour faire sortir le sang des vaisseaux, et pour le faire rendre avec l'urine. Comme Ruyscb exhorte les autres à cherchée ce que c'est que ce vice, personne n'établira facilement de conjecture à ce sujet, avant de savoir si les douleurs des reins attaquent tous les sujets adultes chez lesquels cette inégalité de leur surface existe.
20. Si donc l'on fait attention à ce que les anciens ont-écrit, on croira au premier coup d'oeil que cela nest pas vrai. En effet, Aristote (i) ayant dit que les reins des hommes étaient semblables à ceux des bœufs y attendu quils étaient composés pour ainsi dire de plusieurs petits reins y et qu'ils n'avaient pas une surface égale , il peut sembler qu'on les trouva dans cet état, au moins sur la plupart des sujets; or qui croira, je vous prie, que la plupart des sujets eussent été tourmentés dans ce temps-là par des douleurs de reins? D'un autre côté, si nous soupçonnons qu'il avait été conduit à écrire cela
( I ) De partib. animal. , I. 3 ^ c. g.