‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 27 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

VI

SyO QUARANTIÈME LETTRE.

par l'examen qu'il avait fait des fœtus et des petits enfans, soupçon qui se trouve indiqué dans les annotations du livre d'Eustachi sur les reins (i), nous chercherons, abstraction faite d'Aristotô,, combien d'autres auteurs ont vu le même état, et sur combien de sujets et sur quels sujets ils l'ont vu. Eustachi (2J, qui a examiné autant de reins d'hommes que qui que ce soit, a rapporté l'avoir observé seulement sur un ou deux; et, bien qu'il ne dise pas s'ils avaient éprouvé des affections des reins, il semble pourtant l'indiquer un peu, puisqu'il écrit que sur l'un ces organes étaient aussi d'une grosseur tres-remarquahle ^ qui dépassait de beaucoup celle des autres ^^i puisqu'il dit ailleurs (3) qu'on ne trouvera pas cette disposition si on ne rencontre pas un cadavre dont les reins soient remplis de tubercules , ou si la nature ne s' est pas écartée de ses lois en les formant. Or comme un anatomiste aussi exercé affirme que cet écart de la nature a lieu très-rarement ^ '\\ faudrait s'étonner de ce que Yesling [[\) a écrit ensuite que les reins conservent néanmoins plus souvent chez les adultes V inégalité de la surface produite par des espèces de glandes compactes qu'ils présentent chez le fœtus , s'il n'était plus juste d'interpréter l'expression de

(i) Ad c. 3 in fin.

(3j C. cit.

(4) Synlagra. anat. , c. 5,

plus souvent comme indiquant une comparaison avec ce qu'il venait de dire, qu'on trouve quelquefois un rein pour deux ( et en effet ceci est beaucoup plus rare) , que de le blâmer avec Riolan (i). Dom. de Marchetti (2) défend bien Vesling contre celui-ci, qui nie avoir jamais observé cette disposition, puisqu'il affirme qu'il la fit voir lui-même deux ou trois fois dans cet Amphithéâtre ; mais ni l'un ni l'autre ne disent un seul mot qui puisse faire comprendre si les sujets sur lesquels on la trouva étaient sains ou malades. Ceci n'a pas été indiqué non plus par Diemerbroeck (3), qui l'a vue une fois, ni par d'autres que j'omets à dessein (ceux surtout qui sont plus modernes que lui), à l'exception de deux, dont vous avez l'observation de l'un dans le Sepulchretuin (4), et celle de l'autre dans la Bibliothèque Anatoniique (5). Le dernier affirme qu'zZ lui fut possible de voir une fois sur un jeune erfant âgé de neuf ans , cette réunion des reins par lobules ; elle était manifeste et évidente , et ce viscère n'était cependant attaqué d'aucune maladie. Quant au premier, bien qu'il eût remarqué ailleurs d'autres causes de maladies sur une jeune fille âgée de dix ans qui succomba à des douleurs

(i) Animadv. in cit. , Veslingii locum.

(^) Aiiat. ^ c. 5.

(3) Anat. ,1. i, c. 18.

(4) L. I, sect. i3, obs. 3 in additam.

(5) Tom. I , p. I, in adnot., ad c. i^, Malpigh. de renib.

3j2 QUARÂIN'TIÈME LETTRE.

du ventre extrêmement yiolentes, ensuite à des convulsions, et enfin à des vomissemens, il trouva cependant aussi les reins endurcis, et l'un d'eus a^^aà une forme extraordinaire ^ car il était divisé en plusieurs lobes.

Mais si l'on met de côté cette dernière observation à raison de ces autres causes, et toutes les deux à raison de la jeunesse des sujets ( car il ne serait pas très-étonnant que les deux reins ou l'un d'eux perdissent un peu plus tard chez quelques individus cette inégalité qui existe dans l'enfance), parmi toutes les autres que je nie souviens maintenant d'avoir lues, il n'y en a que quatre, une de Ruysch, une autre de Petruccius , une troisième de Mauchart, et une dernière de Trew. Or d'après les deux premières , si l'on fait attention à certaines circonstances , on conjecturera que les sujets chez lesquels on trouva des reins de cette espèce eurent des affections des voies urinaires. En effet, avant queRuysch n'eût rapporté ces deux cas qui m'ont fourni l'occasion d'examiner cette question , il avait trouvé autrefois la même structure sur le rein d'un adulte; et quoiqu'il n'ait rien dit des maladies de cet homme, cependant dans le dessin (i) qu'il a fait de ce rein il a représenté le trajet supérieur de l'uretère plus large qu'il ne l'est ordinairement par lui-même sur ceux qui n'ont jamais éprouvé des maladies de ces parties. Quant à Pe-

(i) Obs. anal. chir. 80, fig. 64.

DE LA DOULEUR DES LOMBES. oy >

triicclvis, il représente dans la seconde table (r) des reins monstrueux, c'est-à-dire composés de plusieurs glandes agglomérées y semblables au réservoir des œufs^ et le bassinet de celui du côté droit plus large et plus saillant que dans l'état naturel , tandis que l'uretère de celui du côté gaucbe était monstrueuse par son épaisseur et par son ampleur , comme il le dit lui-même. Mais dans l'observation de Mauchart (2) il n'est pas besoin de conjecture pour comprendre qu'un vieillard dont les reins étaient très-gros , semblables à ceux d'un bœuf ^ et inégaux y avait éprouvé plusieurs affections relatives à l'urine et aux organes urinaires. En effet, il est certain qu'il fut néphrétique pendant quelques années, qu'ensuite il fut sujet à une ischurie presque continuelle, et par intervalles à une incontinence d'urine, qu'on trouva ce liquide semblable à du lait dont on a extrait le beurre dans l'intérieur des uretères qui étaient distendues comme l'intestin iléon, tandis que les bassinets d'où elles naissaient égalaient la capacité d'un œuf, et enfin qu'il s'était arrêté dans l'intérieur de la vessie , qui était contractée, épaisse et comme calleuse, deux pierres ( sans compter celles que le sujet avait rendues autrefois en grand nombre), dont l'une était grosse. C'est ainsi également qu'un autre vieillard

(i) Spicileg. de struct. capsiilar. rénal. (2) Epli. N. C, cent. 8;, obs. 26.

dont le célèbre Trew (i) observa que les deux reins étaient remarquables par des divisions manifestes en petits lobes, ce qui d'ailleurs na lieu ordinairement que sur les en/ans^ avait été sujet pendant long-temps à des calculs des reins, qu'il rendait, et qui étaient quelquefois accompagnés d'un pissement de sang, jusqu'à ce qu'il succomba à une seconde suppression d'urine dans la vessie.

Maintenant, si vous demandez par hasard ce que j'ai observé moi-même, bien que toutes les fois que j'ai trouvé des reins qui approchaient de ceux-là par l'inégalité de leur surface, cela se soit rencontré sur des pauvres, qui étaient inconnus la plupart du temps , ce qui m'empêcha de savoir, ou de savoir assez bien à quelles maladies ils avaient été sujets de leur vivant, je dirai cependant qu'il me fut possible de conjecturer d'après certains indices, de même que dans les observations de Ruysch et dePetruccius , qu'aucun de ces individus n'avait été exempt de maladies relatives aux organes urinaires. Vous le comprendrez facilement vous aussi, j'espère, si vous considérez leurs histoires que je vais rapporter; mais vous les considérerez toutes ensemble, car je les disposerai de telle sorte que vous verrez ces indices s'accroître de plus en plus, et de plus légers devenir par ordre plus importans.

(i) Commerc. litt. , a. 1743, heLd. 33, n. 3^

DK LV DOULEUR DliS LOMBES. 3^5

21. Une femme étant morte dans cet hôpital, on apporta au gymnase quelques-uns de ses viscères et sa tête, pendant que je faisais le cours d'anatomie l'an 1726.

Examen du cadavre. La substance médullaire du cerveau était brune, et parsemée de beaucoup de points de sang; une certaine quantité d'eau était épanchée dans l'intérieur des ventricules latéraux; le cervelet était très-mou. Comme il y avait de l'eau dans la cavité de la poitrine, de même il n'en manquait pas non plus dans celle du ventre, et elle était sale. Le plus grand orifice des trompes de l'utérus était bouché; car cette extrémité était fortement agglutinée avec l'ovaire. Les deux reins avaient leur surface inégale et parsemée çà et la de taches blanches aux endroits où elle s'enfon« çait, en sorte qu'on comprenait facilement que celte inégalité n'était pas naturelle. Du reste la vessie urinaire était rouge à l'iiilérieur.

22. Je faisais à nos jeunes étudians dans le même hôpital ladémonstration des parties d'un vieillard, surtout de celles du ventre, vers la fin de l'an 1743? lorsque je remarquai que parmi ces parties les suivantes s'éloignaient de Tétat naturel.

Examen du cadavre, La tunique vaginale de l'un des lesticiiles contenait une assez grande quantité d'eau trouble; et il s'élevait sur l'albugiriée, à l'endroit où elle couvrait le testicule près du lobe supérieur de l'épididyme, un petit corps arrondi de la même couleur que cette tunique. L'aorte cachait

376 QlTAEAIVTlèME LETTRE.

des osselets entre ses membranes, là où elle se divisait en iliriqnes. Mais cet état n'était rien en comparaison de celui fie l'artère splénique, qui depuis son origine jnsqu'à son entrée dans la rate était presque tout entière composée d'os; et elle était en outre beaucoup plus grosse qu'à l'ordinaire. Cependant la rate était saine, autar»t qu'oii pouvait en juger par les sens. La vésicule du fiel était plus petite que dans Tétat naturel. Les reins étaient petits relativement à la stature, et quoiqu'ils parussent sains à l'intérieur, cependant leur surface était inégale. Du reste la vessie urina ire était grande, et ses parois très-épaisses, comme elles ont coutume de l'étie sur ceux qui ont été affectés d'une difficulté d'uriner par un calcul, ou par une autre cause.

23. Un autre vieillard, âgé de soixante ans, autant qu'on pouvait en juger, et qui était si pauvre, qu'il se nourrissait d'écorces de melon et de toutes les autres choses de cette espèce qu'on jette dans les rues , était venu plus d'une fois auparavant dans cet hôpital pour une fièvre et pour un sentiment d'oppression dans la poitrine, qui était accompagné d'une respiration difficile, d'un pouls faible, et d'une petite toux continuelle qui amenait des crachats qu'on appelle catarrhaux. Dès qu'il se trouvait un peu soulagé, il s'en allait de nouveau dans les rues , et il reveni)it peu de temps après à l'hôpital. Mais enfin il revint vers le milieu de janvier de l'an iy/iy? tellement mai^^e, et acca-

blé de maladie, de froid et de faim, qu'il mourut bientôt après son arrivée.

Examen du cadavre. Je me servis de son cadavre pour le cours public d'anatomie , en attendant que j'en pusse avoir un meilleur. C'est pourquoi j'examinai avec soin les viscères du ventre et de la poitrine. Pour parler d'abord ici de ces derniers , d'après lesquels vous reconnaîtrez les causes des principales maladies du sujet, le thorax présenta bien un épanchement d'eau, ainsi que le péricarde, mais il était peu considérable. Cependant les poumons étaient fermement attachés aux côtés et au dos; et même lorsqu'on arracha celui du côté droit, il laissa une espèce de tunique opaque, épaisse, ferme et égale, qui était adhérente aux parois de la poitrine, et qui s'étendait depuis la partie inférieure de cette cavité jusqu'audelà du milieu de sa longueur, et presque depuis l'épine jusqu'au sternum; cette membrane arrachée à l'une de ses extrémités, et à partir de cette extrémité, suivit tout entière; elle n'appartenait ni à la plèvre ni à la membrane du poumon , puisque chacune de celles-ci était restée à sa place ; ce qui me fit penser qu'elle était de l'espèce de celles que je vous ai fait connaître ailleurs (i). Les poumons eux-mêmes n'étaient pas en très-bon état ; l'on sen tait même quelque chose de dur dans la partie supérieure de l'un. Mais il y avait des

(i) Episl. 20, u. 37.

lésions pins considérribles dans le cœnr. Ce viscère élail deux fois plus gros qu'il n'aurait dû l'être ; et cependant il ne, contenait pas de sang, naais seulement de.s concrétions polypeuses, qui étaient médiocres et en pt lit nombre. Mais tandis que les deux ventricules étaient dilatés, les parois de celui du côté droit, ainsi que celles de l'oreillette correspondante, qui était elle-même dilatée, se trouvaient très-minces; au contraire toutes celles du ventricule gauche se trouvaient épaissies et plus dures que dans l'état naturel. Les valvules mitrales elles-mêmes, qui étaierU également agrandies et extrêmement épaisses, étaient tubéreuses à la partie inférieure de leurs bords. Les valvules sigmoïdes (^à) étaient, il est vrai, plus molles qu'elles ne devaient l'êlre; mais les semi-lunaires étaient moins flexibles qu'elles, et même l'une de celles-ci se trouvait déjà osseuse dans une partie de sa circonférence inférieure. L'aorte était plus grosse que dans l'état naturel avant sa courbure, et elle se trouvait parsemée cà et la de taches blanches dans toute sa face interne, et même jusqu'aux iliaques. Quelques-unes de ces taches formaient une saillie en dedans, et elles étaient endurcies et osseuses, là surtout où une des intercostales inférieures

(a) tl et bon. d'avertir que Morgagni réservait le nom de sigmoïdes aux valvules de l'artère pulmonaire, et celui de semi-lunaires à celles de l'aorte. {Note des Traduc^ leurs. )

prenait naissance; comme l'orifice de celle-ci se trouvait par hasard dans le centre de la tache, dont la circonférence était saillante, il était pai^ cela même tellement rétréci, qu'il représentait au premier abord avec la tache une grosse glande lenticulaire. Mais puisque j'ai fait mention des artères iliaques, je ne passerai pas sous silence, avant de parler des autres parties du ventre, qu'elles étaient toutes flexueuses, telles que nous voyons la splénique, tandis que les veines iliaques, les premières seulement, c'est-à-dire dans le trajet qui s'étend jusqu'à leur division , étaient affectées d'une sorte de corrugation , de manière qu'on ne pouvait les étendre qu'avec difficulté.

Les viscères du ventre présentèrent les lésions suivantes. L'estomac était ample, quoiqu'il contint peu de chose; il était sans rides, et brun çà et là à l'intérieur dans une grande étendue, à partir de son milieu vers la gauche, mais il l'était beaucoup plus et un peu plus profondément au cardia {a) lui-même. Toute la surface convexe du foie, excepté dans un petit espace à droite vers la partie inférieure , était fortement adhérente au diaphragme; mais à l'endroit le plus élevé de celte surface la substance du foie était creusée par une hydatide dont le diamètre égalait un travers de doigt. De son côté la face convexe de la rate avait

[a) Par stomachus l'auteur entend ici le cardia. (^Note des Traducteurs. )

38o QUARANTIEME LETTRE.

sa membrane blanchâtre à un endroit, et au mi* iieu de cette blancheur celle-ci était ossifiée dans un très-petit espace. La rate elle-même était mollasse , et plus volumineuse que dans l'état naturel plutôt en épaisseur qu'en longueur ou en largeur, tandis pourtant que l'artère splénique paraissait un peu plus grosse qu'elle ne devait l'être, eu égard même à cette épaisseur. Les glandes du mésentère se voyaient çà et là sur un homme de cet âge, et plusieurs étaient de la grosseur d'une fève, quoiqu'en les touchant, ou en les examinant, même après les avoir coupées, on ne doutât pas qu'elles ne fussent exemptes de maladie. Mais le volume des reins qui étaient petits relativement au corps, et surtout leur surface, s'éloignaient évidemment de ce que j'ai coutume d'observer. En effet, ils étaient convexes dans leur face postérieure comme dans leur face antérieure; et ces deux faces étaient inégales et en quelque sorte tubéreuses, principalement sur celui du côté gauche. Il s'y joignait sur celui-ci quelques dépressions qui semblaient être le résultat de cicatrices. Les orifices des uretères paraissaient un peu trop larges dans l'intérieur de la vessie, et la vessie elle-même était rougeâtre intérieurement, et parsemée de petits vaisseaux sanguins qui se répandaient d'un côté et d'autre de la même manière que si on y eût injecté de la cire colorée, tandis qu'extérieurement elle avait des fibres plus rouges qu'à l'ordinaire.

24« Une vieille femme de la campagne, petite^

DE LA DOULliUR DES LOMBES. 38 1

et décharnée outre mesure, était morte en deux jours, de vieillesse, à ce que l'on disait; cependant elle avait éprouvé de la difficulté de respirer, mais sans toux et sans expectoration de crachats. Je note ceci afin que vous sachiez que je ne pus point en savoir davantage en prenant des informations sur ses maladies , et que je n'examinai presque pas d'autres viscères que ceux du ventre. En effet, bien que l'on eût également apporté le cadavre de cette femme de la ville à l'Amphithéâtre pendant le cours d'anatomie que je faisais l'an 1740 5 cependant dès que je fus arrivé à la poitrine, j'eus à ma disposition un corps meilleur, ou du moins plus grand, sur lequel j'aimai mieux m'occuper à disséquer.

Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen de la vieille femme ayant donc été mises de côté, tout le reste fut trouvé sain, si ce n'est ceci qui était contre l'état naturel. L'aorte, depuis le diaphragme jusqu'à toutes les iliaques, présentait partout à l'intérieur des inégalités formées par de petites lames osseuses jaunes, et elle était en outre salie par une humeur un peu épaisse, brune, sanguinolente, qui était adhérente çà et là à la tunique interne, de laquelle elle avait distillé par des ruptures et des ulcères opérés par ces petites lames répandues autour d'elle. Une lésion de cette espèce qui se propageait aussi dans le tronc extrêmement court de la céliaque, s'était étendue, eu laissant les autres branches de celle-ci intactes^

dans Tarière splénique, de telle sorte qu'outre que cette dernière était tout entière plus grosse que dans l'état naturel avec des tuniques épaissies, et qu'elle formait surtout des flexuosilés si nombreu- &es et si grandes, que je ne me souviens pas d'eu avoir vu un plus grand nombre ni de plus considérables sur celte artère, et qu'au premier abord elle ne paraissait pas être ce qu'elle était, elle se trouvait dure aux grandes flexuosités, et non sans os. Toutefois la rate où elle se rendait était saine et petite, mais elle répondait proportionnellement au foie et à tous les autres viscères, et même à tout le corps. D'un autre côté le tronc du conduit hépatique était plus gros qu'à l'ordinaire. Au contraire l'utérus, que je trouvai considérablement incliné vers le côté gauche, avait sa cavité si étroite , que je n'ai certainement pas vu cette étroitesse portée plus loin sur une adulte; et cependant le vagin n'était pas petit, et la peau qui était ridée au-dessus du pubis indiquait que la femme avait eu des enfans. L'un et l'autre rein avaient leurs surfaces inégales, presque comme sur un foetus, et l'on voyait s'élever au dehors de ces viscères non-seulement le bassinet et les deux gros tubes qui s'y déchargent, mais encore pinsieurs des petits tubes qui se rendent à l'un ou à l'autre de ces derniers. Toutes ces parties, de même que les uretères, étaient un peu plus grosses que dans l'état naturel, surtout à droite. Du reste le rein droit était beaucoup plus petit que celui

du côté gauche, el quoique sa substance intérieure ne fût pas dans un état morbide, aulant que la vue et le toucher ponvaient en juger, cependant cetorgane sentait mauvais après sa disseclion.Mais en outre l'orifice de Turelère droite qui était beaucoup plus large qu'à Tord inaire et que cebd de Turetére du côté gauche, éiait ouvert dans la vessie; en sorte qu'il paraissait que la femme avait éprouvé d'une manière plus remarquable dans le côté droit des affections relatives à l'urine. On comprit également alors pourquoi la vessie n'avait pas pu être bien distendue par l'air qui avait été introduit par l'urèlre, attendu qu'une pr^rtie de ce fluide se détournait, comme je le vis très-bien, pour passer dans l'uretère et le bassinet même du rein à travers cet orifice trop large, et sortait par où le bassinet avait été incisé. Du reste la face interne de la vessie était parsemée presque tout entière de petits vaisseaux sanguins, et de petites branches engorgées et noirâtres; de plus toute la partie inférieure de ce viscère était noirâtre intérieurement.

25. Je désirerais que vous ajoutassiez à ceci l'observation que je vous ai décrite ailleurs (i) sur un palefrenier. En effet, vous verrez d'un côté quelles étaient les lésions de la vessie et des uretères, et de l'autre comme la surface des reins était inégale. Et il n'importe pas que j'aie remarqué en

■ I I i.i I I ,. ■— .— ■ III j ■».— — II, I II 11 II I II ^

(i) Epist. 4> n* 19*

384 QUA^RANTIÈME LETTRE. ^

outre certaines lésions particulières sur ces derniers; peut-être même cette circonstance vientelle plutôt à l'appui de ma proposition. En effet, je ne pense pas qu'il faille chercher ici si un vice de cette espèce de la surface de ces organes produisit seul ces graves incommodités dont Ruysch (i) a parlé. Je le croirais peut-être, si, comme Riolan (2) le pensait , on pouvait admettre que la surface des reins, qui est inégale chez les enfans, devient égale après la septième année, ou plus tôt, parce qu'il se forme tout à Tentour par l'arrosement du sang une écorce charnue, un peu livide, de l'épaisseur du petit doigt, qui embrasse les tubercules, lesquels forment seuls la substance du rein chez le petit enfant. Car chez le fœtus aussi cette écorce existe proportionnellement, et forme la surface des reins; et de plus, tous les reins des adultes dont la surface serait tubéreuse , se trouveraient petits, ce que je n'ai pas vu constamment, et ce que ce dessin de Ruysch qui a élé cité plus haut (3) contredit. D'un autre côté cependant nous ne devons pas admettre ici une affection des reins très considérable, comme dans certaines observations d'Eustachi (4) et de Littre (5), dans les-

(1) Suprà, n. 19.

(2) Animadv. cit. suprà, ad jn. 20, et Antlirop., 1. 2, c. 26. (3)N.2o.

(4) De ren., c. 45.

(0) Hist. de l'Acad. Roy. des Se, a. 1701 ^ obs. anat. 5.

quelles non-seulement le rein était rempli de tubercules à l'extérieur, mais encore sa substance se trouvait extrêmement diminuée ou entièrement détruite, et remplacée par une matière sablonneuse, tandis que le bassinet était garni d'une infinité de petits cailloux ou de cette matière, et qu'eufîn le commencement de l'uretère était entièrement obstrué par un calcul assez volumineux. En effet, si daus l'un ou Fautre de ces cas les symptômes que Ruysch a décrits eussent déjà existé antérieurement (car aucun d'eux n'existait dans les derniers temps qui précédèrent la mort, ce qui fut fort étonnant), il est certain que tout le monde aurait connu la cause pour laquelle ils seraient survenus; ce qui est le contraire dans les observations de Ruyscb.

Maintenant, si outre les éminences extérieures Yous admettez qu'en regardant et en examinant avec plus d'attention l'on puisse remarquer soit en dehors soit en dedans , comme dans presque toutes mes histoires, quelque chose qui puisse faire conjecturer une cause antérieure de l'inégalité, et que cette cause soit telle qu'elle ait élé capable de produire aussi des douleurs et un pisseraent de sang, vous trouverez peut-être qu'on indique quelque chose qui ne s'éloigne pas de la vraisemblance. Supposez donc qu'il ait existé auparavant sur la surface du rein plusieurs de ces cavités pleines de sérosité dont j'ai parlé fort longuement

Vf, 2 5

386 QUARANTIEME LETTRE.

dans une autre Lettre (i) , et dont une existait encore au moment de la dissection sur le palefrenier, en raison de la nature quelquefois trop acre de cette sérosité le rein a pu être irrité, et il a pu se former une érosion de quelque vaisseau sanguin, d'où sont résultés le pissement de sanp; et la douleur, que la distension et la pesanteur dépendantes de la quantité de la sérosité auront encore augmentés. Or j'ai fait voir que quand cette sérosité s'est dissipée, il reste des taches et des dépressions formées par des cicatrices , qui n'étaient même pas tout-à-fait obscures dans quelques-unes des histoires (a) rapportées tout à l'heure ; et la substance saine du rein se trouvant proéminente au milieu de ces nombreuses dépressions rendra sa surface inégale, et lui donnera une apparence tubéreuse.

Yoilà donc ce qui m'est venu à l'esprit sur un point obscur et très-difficile. Croyez que je n'ai mis ceci en avant que pour servir d'exemple, et pour vous engager à faire mieux; car je n'en suis point assez content pour plusieurs raisons, et surtout parce que je crains que cette inégalité que Ruysch a observée ne soit différente de celle que j'ai vue, et que j'ai expliquée comme j'ai pu. Maintenant que j'ai considéré la cause de la douleur des lombes dans les reins comme étant affectés d'abord d'un

(i) Epist. H8, n. 39 et seq.

(2) N. 21 et 23.

calcul, et ensuite d'une autre manière, je la considérerai aussi dans d'autres parties après avoir rapporté une ou deux observations.

26. Un cocher de Padoue, âgé d'un peu plus de trente ans, bien portant et robuste auparavant, si ce n'est qu'il avait eu la maladie vénérienne , étant tombé par hasard, et une roue lui ayant passé en travers sur le ventre pendant qu'il était couché , fut pris de douleurs si violentes des lombes et du dos, qu'il fut forcé de garder le lit pendant huit mois entiers, sans que les médecins qu'il avait appelés en fort grand nombre lui apportassent le moindre soulagement contre ces douleurs. Enfin, le célèbre Vallisnieri étant venu auprès de lui, et ayant remarqué qu'il se plaignait principalement de.douleurs des lombes du côté gauche, approcha sa main de ce même côté des lombes , et sentit des pulsations, comme celles qui sont produites par un anévrisme, et d'après cela il prescrivit des remèdes qui pouvaient peut-être faire vivre le sujet plus long-temps, mais non le guérir. Ensuite cette partie se tuméfia, et la tumeur s'étendit au loin et souleva même les côtes voisines. Cependant un oedème s'était emparé de la jambe soujacente et de toute la cuisse. Néanmoins, comme le malade qui conservait l'appétit mangeait beaucoup ^vec imprudence, et que la tumeur augmentait, un chirurgien des plus ignorans osa penser tout autrement que Vallisnieri, et non-seulement appliquer des maturatifs, mais encore inciser la peau

des lombes lorsqu'après l'effet de ces m attira lifs il s'y fut manifesté des vessies et des crevasses. Cette incision fut suivie la nuit suivante de la rupture de la tumeur, celle-ci d'une grande effusion de sang, et cette dernière de la perte des forces et de la voix; en sorte que le sujet mourut un quart d'heure après la rupture. Le lendemain, qui était un jour du commencement de novembre de l'an 1 720 , Vallisnieri me fit ce récit, et me pria de vouloir présider avec lui à la dissection qui fut faite par Volpie.

Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen ayant été mises de côté , un anévrisme tel que je n'en ai jamais vu de plus gros, se présenta à nos regards. En effet, il occupait presque la moitié de la cavité du ventre dans la direction de sa longueur. Car il s'étendait depuis le diaphragme jusqu'au bassin, occupant tout ce qu'il y a d'espace depuis le côté droit des vertèbres jusqu'au côté gauche de l'abdomen qu'il avait distendu ; et il avait poussé à droite la rate, l'estomac, les intestins, le mésentère, la veine-cave, et le rein gauche, de telle sorte que ce rein se trouvait à la région ombilicale. La forme de Tanévrisme était alors ovale, tandis qu'elle avait sans doute été sphérique lorsqu'il était rempli de sang; cependant il contenait encore alors beaucoup de ce liquide qui s'était concrète, et qui formait tout à i'entour des écorces polypeuses, tandis qu'à la partie moyenne il était grumeleux jusqu'à ressembler à de la bouillie»

Mais lorsqu'il eut été enlevé en entier, nous remarquâmes ce qui suit. L'aorte aussitôt après être parvenue dans le ventre commençait à se dilater d'iFne manière peu remarquable en avant, et assez seulement vers le côté droit pour contenir un petit poing fermé, mais à gauche elle présentait une si grande dilatation, qu'elle paraissait former les parois antérieure et latérales de l'anévrisme décrit, qui communiquait là entre les piliers du diaphragme avec la cavité de l'aorte par une large ouverture. Dès que les parois latérales étaient parvenues à la partie postérieure, elles se terminaient brusquement en s'agglutinant de toutes parts trèsétroitement avec les parties que l'anévrisme n'avait point écartées de cet endroit; c'est pourquoi la paroi propre postérieure de l'anévrisme était nulle, mais ces parties elles mêmes en tenaient lieu. Celles de ces dernières qui en raison de leur nature osseuse n'avaient pas pu céder suffisamment aux coups du sang qui se précipitait sur elles , avaient le périoste rongé, et étaient elles-mêmes affectées de carie; je veux parler de la côte inférieure et de la face concave de l'os ilium : mais les vertèbres étaient encore en plus mauvais état. En effet, les apophyses transverses des vertèbres lombairesdans le même côté gauche , ou bien étaient déjà rompues par la carie, ou bien se rompaient facilement par la seule application des doigts; et les corps mêmes de la vertèbre inférieure du dos et des deux lombaires qui viennent immédiatement après, étaient

SgO QUARANTIEME LETTRE,

creusés très -profondément et détruits en trèsgrande partie, ce qui frappait d'autant plus les re-= gards, que les ligamens cartilagineux épais qui sont interposés entre ces corps, étaient encore alors intacts et d'un beau blanc, chacun à leur place, et qu'ayant conservé leur grosseur ils étaient proéminens entre les dépressions des corps rongés , et indiquaient à ceux qui les regardaient jusqu'à quel point allait la destruction de ceux-ci. Après avoir.donc suffisamment examiné tous ces objets qui se présentèrent à la vue aussitôt qu'on eut enlevé seulement le sang, nous tournâmes nos regards vers les viscères du ventre, et nous fumes étonnés de les voir tous sains malgré un si grand changement de places. Dans la poitrine, nous ne remaïquâmes non plus rien contre l'état ordinaire, si ce n'est que le péricarde contenait plus d'eau qu'il ne doit en contenir. Car relativement à ce que nous observâmes que les poumons étaient trèsblancs, comme si le sang eût été chassé de leurs vaisseaux avec de l'eau qu'on y aurait injectée de plus en plus, nous pensâmes que cela était dû à ce 'que dans les derniers temps de la vie le sang s'était porté dans l'anévrisme rompu, où il n'avait éprouvé aucune résistance.

27. Les réflexions nombreuses cjue je pourrais faire sur cet anévrisme extrêmement volumineux, je les omets à dessein, surtout celles que j'ai émises ailleurs en traitant des autres anévrismes. J'aime milieux faire ici deux remarques , dont l'une se trou-

DE LA DOULEUR DES LOMBES. ^gi

vera à la fin de cette Lettre (i), et dont l'autre a rapport à des soupçons d'anévrismes qui ne furent point reconnus après des douleurs violentes et de longue durée du dos et des lombes, soit pendant la vie, soit par la dissection des cadavres, ce qui paraît plus étonnant. Pour parler d'abord de ces derniers, relisez, je vous prie, très-attentivement quelques histoires rapportées dans plus d'une section du Sepulchretum y et même dans celle-ci (vingtdeuxième), dans laquelle je vous indique les observations trente-cinquième et quarantième. Vous verrez qu'après des douleurs de cette espèce qui furent enfin suivies de la mort subite, on trouva dans l'une deux vertèbres lombaires corrodées ^ avec Une rupture de Vnorte et de la veine-cave au-dessous de laquelle (rupture) elles étaient placées, d'où était résulté une grande effusion de sang qui s'était répandu de Vun et de Vautre vaisseau dans le ventre ; tandis que dans l'autre on vit une espèce de chair putride, noirâtre et putréfiée ^ qui était longue de deux empans dans le ventre, et large de deux travers de main, qui avait produit une telle érosion sur ) l'épine , qu'un ulcère semblable à un cancer put facilement recevoir le poing, et quun coup léger suffit pour fracturer V épine du dos tout entière, et qui enfin avait corrodé la veine-cave elle-même à Ven^ droit où elle descend le long de V épine , de telle sorte que le sang s' étant échappé de ce vaisseau à travers

le diaphragme qui avait été perforé par la même chair , causa la mort en empêchant le mouvement des poumons.

On croit que cette première affection était la phthisie épiniere décrite par Hippocrate, et que cette autre était une tumeur énorme et putride du pancréas. Bien que je ne nie pas moi-même l'existence de celle-ci, cependant je soupçonne qu'une partie assez considérable de cette tumeur dépendait d'une dilatation des gros vaisseaux. Et je ne suis point absolument sans un soupçon semblable lorsque je lis bientôt après dans le second numéro de la quarante-deuxième observation (car ce numéro a été répété par négligence) ; lors , dis-je, que je lis qu'après une douleur continuelle et de longue durée qui existait aux environs de la région de l'os sacrum , on trouva vers cette même région ^ à V endroit ou la veine-cave se bifurque , un grand abcès dans lequel étaient contenus une matière fétide et du sang coagulé , et ensuite aussi V os sacrum corrodé et rongé à un tel point dans cette partie ^ qu'on put très facilement l'enlever et le briser avec les doigts.

Mais je croirais que mon soupçon me trompe moins dans l'observation qui est la première des supplémens de la douzième section du quatrième livre. Il y est question d'un homme qui fut longtemps tourmenté par de grandes douleurs de toute l'épine du dos, et qui un quart d'heure après avoir diné avec ses parens, fut trouvé par ceux-ci à leur

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retour (car ils s'étaient retirés) couché à terre et mort, ayant l'épine du clos rompue; ce qui lui était vi^aisemblablement arrivé, à ce que l'on crut, pendant qu'il s'était incliné pour prendre le pot de chambre. Aussitôt que le ventre fut ouvert, il s'échappa une grande quantité de sang, dont était également remplie toute la cavité gauche de la poitrine. Or il existait une très-grosse tumeur qui s'étendait depuis la sixième vertèbre du dos jusqu'à la première des lombes, et qui parut remplie d'une grande quantité de chair affec^ tée d'un carcinome , et abreuvée et couverte d'un peu de pus et de sang formé en grumeaux. La tumeur était embrassée par une membrane très-forte qui avait V épaisseur d'un écu d'argent, mais qui était déchirée près de la première vertèbre des lombes ^ laquelle était privée en partie de son périoste y de telle sorte que les deux dernières fausses côtes n'étaient plus attachées à l'épine. D'ailleurs les six vertèbres inférieures du dos et la première des lombes étaient entièi^ement affectées de carie, et corrodées par une sorte de teigne, au point que l'épine, qui se rompit facilement à cause de cela, manquait absolument à cet endroit de solidité et de fermeté. Le diaphragme lui-même était perforé de manière à permettre Ventrée de deux doigts réunis. La veine émulgente du rein gauche était en outre déchirée-. Plût à Dieu que comme il a été parlé de cette veine , il eut aussi été question de l'aorte qui était adhérente à toutes ces vertèbres altérées; je pourrais

par là confirmer ou abandonner mon soupçon.

Vous avez vu que clans mon observation (i) les verlèbres étaient très-profondément creusées, que dans une des histoires qui ont été indiquées eiles^ étaient tellement corrodées que l'épine put être fracturée par un coup léger, et que dans celte dernière celle-ci s'était réellement rompue après l'érosion. Vous comprenez donc ce que je soupçonne d'après mon exemple. Mais ce qui est hors de soupçon, c'est qu*un grand anévrisme adhérent à l'épine peut causer sa fracture, sans parler de tous les autres accidens et dangers auxquels il donn-e lieu; car il ne s'en fallait pas de beaucoup qu'il n'en vînt là sur notre cocher.

Mais pour que vous ne croyez point par hasard que tous mes soupçons tombent seulement sur les observations qui se trouvent dans le Sepidchretiim y jetez au moins les yeux sur celle qui a été publiée parmi d'autres, plusieurs années après la seconde édition de cet ouvrage , par un homme très-célèbre , ou plutôt refondue, autant qu'il me semble le comprendre d'après les Actes Helvétiques (2), dans lesquels efle est rapportée; elle apprend qu'une tumeur saillante dans le côté des lombes et dans l'hypochondre gauche était formée par w72C07p.$-e/20/^;72e, 'volumineux , globuleux ^ tendu, occupant pr-es que tout le côté gauche de V abdomen ^ lequel après avoir

été enlevé et rompu répandit une grande quantité de sang brun, dont il était rempli , et qui était composé d'une substance jaunâtre , spongieuse , placée par lames. Toutefois comme le rein gauche était attaché extérieurement à ce corps, qui lui-même était situé derrière le trajet gauche de l'intestin colon entre la duplicature du péritoine , et qu'une partie de la substance de cet organe^e/2e^/'<^;V même dans ce corps bulbeux , on crut que ce même corps était une portion de ce rein, qui se serait développé d'une manière incroyable. Cependant je soupçonne (qu'il me soit permis de le dire par le désir de chercher la vérité d'après les autres , et non de contredire) soit d'après le siège qu'il occupait, soit d'après le sang qui existait en si grande quantité dans son intérieur et qui formait des lames placées les unes sur les autres, soit enfin d'après la circonstance que Von croyait quil y avait un animal vivant dans le ventre de cet homme, ce qui indique quelque sentiment de pulsation; je soupçonne, dis-je, qu'il existait un anévrisme qui en augmentant avait vicié une partie du rein placé près de lui. Le jugement de l'illustre Nebel (i) ne fut pas différent du soupçon que j'avance ici, relativement à une tumeur arrondie qui était attachée au rein gauche, et que l'on avait dit être composée intérieurement de plusieurs tuniques et remplie de sang et d'une matière tartareuse, puisqu'il re-

(i) Eph. N. C.^ cent. 9^ obs ôg.

connut que c'était un anévrisme de l'artère émulgente. Il y ajouta même le cas d'un médecin célèbre, qui est comparable en grande partie à celui que j'examinais tout à l'heure. En effet, le même coté gauche affecté d'une douleur qu'on regarda d'abord comme néphritique, et bientôt après comme rhumatismale, s'étant tuméfié, et la douleur étant devenue tout à coup plus violente, une mort subite enleva le médecin; on trouva que le sang qui s'était épanché en grande quantité dans le ventre, était sorti d'un anévrisme qui s'était rompu, qui proéminait dans le même côté du ventre au-dessous de l'intestin colon attaché à ses parois, et qui égalait par sa grosseur la tète d'un enfant de trois ans. Or le rein gauche flasque et putride était adhérent à cette tumeur concave qui fut disséquée , et qui était parsemée de membranes intérieures ^ et remplie de sang coagulé.

Quoique je rappelle ces exemples, je ne voudrais pas que vous crussiez pourtant que je n'ai pas connaissance d'abcès internes auxquels il faut rapporter non-seulement la douleur des lombes, ou de l'os sacrum , ou de l'épine du dos , mais la carie même des vertèbres. Car je sais, pour citer ici les cas que j'ai lus dans les livres les plus modernes, qu'on a trouvé des abcès dans cette partie du lïiésocolon, que plusieurs auteurs appellent mal à propos mésorectum ^ et que les sj^mptômes de ces abcès, entre autres les douleurs qu'on éprouve dans V intérieur de Vos sacrum , sont décrits avec

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exactitude dans le Cormnerciuin litterarium. Je sais également d'après les Actes de l'Académie de Vienne (i), que des douleurs des lombes et du dos ont existé sur des sujets chez lesquels de grands abcès internes étaient cachés, soit avec la noirceur des vertèbres lombaires inférieures, et une carie qui avait réduit la moitié de l'os sacrum en trèspetits morceaux, soit avec une lésion semblable de la première vertèbre lombaire et de la dernière vertèbre du dos. Et cependant je ne puis oublier ni ce marchand qui après avoir éprouvé pendant une année entière une très-grande douleur à l'épine du dos, présenta d'après le rapport de Baillou (2) un anévrisme de l'aorte à l'endroit où cette artère en s'appuyant sur les vertèbres des lombes se divise en iliaques, ni ce patricien qui fut tourmenté par une douleur extrêmement violente du dos, et sur l'aorte duquel on trouva également un anévrisme d'après le diagnostic de Vésale, qui a été cité ailleurs (3), et qui était étonnant dans ce temps-là, mais qu'on peut facilement imiter aujourd'hui, et cela non sans une carie des vertèbres voisines et une lésion des côtes. Or tant que je nie rappellerai ces exemples et leurs analogues, qui se sont offerts assez souvent à d'autres, et à moi aussi, je ne pourrai m'empécher de

(i) A. 1742, hebd, 20^ n. 3.

(i2) Paradig. 1 3.

(3) Epist. 17, n. 3.

SgB QUARANTIÈME LETTRE.

craindre, lorsque des descriptions d'abcès trouvés dans ces endroits se présenteront de telle sorte qu'elles laissent l'esprit en suspens, qu'un anévrisme n'ait peut-être été caché sous le nom d'abcès. En voilà assez pour les soupçons relatifs aux corps des sujets disséqués après la mort.

28. Quant aux soupçons que j'ai conçus pendant la vie, je citerai, pour en omettre d'autres, deux sujets à qui j'avais donné conseil moi aussi pendant que j'étais dans mon pays, contre des douleurs graves et opiuiâtres des lombes et du dos. L'un était un chaudronnier nommé Pérégrini. Comme je vins ensuite ici pour professer, j'appris qu'après avoir été constamment tourmenté par ses douleurs, il fut enfin enlevé par une mort subite, à laquelle les médecins ne s'attendaient pas; ce qui confirmait pour moi le soupçon que ces douleurs étaient produites par un anévrisme de la partie de l'aorte qui descend le long de l'épine, et que la rupture de cet anévrisme avait donné lieu à la mort subite.

Pour l'autre sujet, c'était un patricien nommé J. An t. Corbiceo; et comme il fut enlevé par une mort semblable, j'aurais beaucoup mieux aimé ne pas me trouver absent pour obtenir la faculté de disséquer son cadavre. Tel était en effet mon soupçon relativement à cet anévrisme, que je craignais en même temps qu'il n'y eût dans le foie une vomique cachée, dont la rupture serait suivie d'une mort très-prompte. Et effectivement il existait des

indices nombreux et non obscurs d'une affection de ce viscère; mais cependant ces indices étaient accompagnes, et une grande partie au mouis et peut-être tous avaient été précédés de ces douleurs des lombes, qui ne coexistent pas ordinairement avec une vomique du foie. Il convient peut-être de décrire ici avec soin toute l'histoire, que je vous ai spécialement promise ailleurs (i). Ce patricien était âgé de soixante ans, d'une taille élevée, gros et bien musclé, et d'un visage coloré, ce qui dépendait des petites veines soucutanées , qui étaient remarquables çà et là, mais principalement à la partie inférieure du nez. Un flux de sang par des bémorrhoïdes qui avait coutume de revenir par intervalles sans être nuisible et avec modération, ayant diminué considérablement déjà depuis un an , et des affections tristes de l'âme s'y étant jointes, son corps avait commencé à maigrir un peu avant le commencement du printemps de Fan jyio. Bientôt après pendant qu'il se faisait porter en voiture, comme il en avait alors l'habitude, il se manifesta une douleur aux deux lombes et à l'épine intermédiaire, parties dans lesquelles elle avait déjà existé long-temps auparavant, mais d'une manière obscure, et non point continuellement, mais de temps à autre. Alors au contraire nonseuiement elle persista , mais encore ayant augmenté vers le commencement d'avril et étant de-

(i) Epis t. 36, n. 6.

4oO QUARANTIÈME LETTIIE.

venue beaucoup plus vive avant le mois de mai^ elle tourmentait le malade, surtout lorsqu'il était assis ou couché, et plus encore quand il voulait se tourner même légèrement, ou se fléchir, ou bien se lever de sa chaise ou de son lit. On jugea à propos, après avoir lâché le ventre qui était alors serré, de tirer du sang d'abord du bras, et ensuite par les hémorrhoïdes, à cause de ce que j'ai dit du flux hémorrhoïdal , et parce qu'il s'en était écoulé plus d'une fois spontanément par le nez les mois précédens. Le relâchement du ventre et la première saignée furent très-avantageux, au point que la douleur de longue durée paraissait déjà entièrement dissipée. Mais le chirurgien ayant néanmoins, sans consulter le médecin, appliqué des sangsues aux hémorrhoïdes, qu'il avait trouvées très-gonflées, il s'écoula aussitôt une si grande quantité de sang, que peu de temps après on remarqua les indices d'un état qui empirait. C'est pourquoi ayant été appelé de nouveau pour une consultation après le milieu de juin, j'appris ce que j'ai raconté tout à l'heure, et d'autres détails que voici : qu'il y avait déjà plus de vingt jours qu'il s'était manifesté des signes d'ictère avec une oedématie des pieds ; qu'à la vérité le malade avait éprouvé d'abord des veilles, la perte de l'appétit, un sentiment de langueur et, d'après son expression, un délabrement de l'estomac après le dîner, mais qu'à présent ce sentiment s'était entièrement dissipé , et que le sommeil , ainsi que l'appétit

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(mais celui-ci en partie seulement), étaient revelius, depuis qu'on avait commencé à faire usage des remèdes qui agissent contre Tictère; qu'on avait pourtant remarqué que parmi ces remèdes la rhubarbe, quoique donnée à très-petite dose avec des raisins secs, avait augmenté la lassitude, non pas tant parce qu'elle produisait beaucoup d'évacuations alvines, que parce qu'elle donnait lieu à une exacerbation de la douleur qui avait son siège à la dernière vertèbre des lombes, et à la base de l'os sacrum voisine de celle-ci. En effet, le malade se plaignait beaucoup de cette douleur qui le fatiguait, et il prétendait qu'elle devenait plus incommode si quelquefois il se promenait dans sa chambre. Je vis avec peine que la douleur que l'on avait crue entièrement dissipée, était revenue une seconde fois peu de temps après avoir paru se calmer, et était devenue plus grave de jour en jour. Mais d'autres circonstances me déplurent bien plus encore; car je remarquai que le pouls était fréquent et un peu dur, la respiration haute de temps en temps et comme difficile, les pieds et le voisinage des jambes, surtout dans le membre droit, un peu tuméfiés, et conservant la trace de la dépression opérée avec le doigt appliqué sur eux, la peau et les yeux un peu jaunes , et enfin les urines plus jaunes par intervalles, ainsi que les yeux ; et ce que j'observai de plus grave , c'est qu'après avoir approché ma main du ventre, je sentis à droite au-dessous de la flexion même des côtes inférieures,

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