‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 28 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

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je foie qui était tuméfié jusqrrà présenter le volume d'une tête de chevreau, et qui en outre était dur, mais indolent. Pendant que je le touchais, le malade nous dit : il y a déjà trois ans que je me suis aperçu de cette tumeur, quoiqu'elle fût moins considérable, ainsi que de quelque teinte jaune des yeux; néanmoins j'ai toujours joui d'une bonne santé jusqu'à cette année, comme vous le savez tous. Après avoir prudemment réglé avec son médecin ce qui nous sembla être le plus convenable dans ce moment, je le visitai pour la troisième fois avant le milieu de juillet pour avoir une consul lation avec le même médecin, et avec Albertini qui avait été appelé de Bologne. Mais alors l'œdématie des membres inférieurs s'était entièrement dissipée, par la raison, je crois, que le malade était couché la plupart du temps; l'appétit était bon, et l'estomac paraissait bien remplir ses fonctions. Mais les veilles éJaient fatigantes pendant la nuit; le pmils était plus fréquent, il est vrai, le soir, mais il l'était cependant aussi le matin, et il se trouvait plus grand qu'auparavant, et non sans quelque impétuosité; soif, langue très-sèche et teinte d'une cotdeur d'un rouge noirâtre; peau encore jaune, quoique les excrémens ne fussent point blanchâtres et qu'ils ne l'eussent point été auparavant ; urines d'une couleur foncée encore à cette époque, mais claires; la tumeur du ventre, où il y avai; eu quelquefois un sentiment douloureux depuis que je n'avais vu le malade, mais où

DE LA DOULEUR DES LOMBES. ?/|o3

il s'apaisait facilement, pouvait être touchée alors sans douleur, à moins qu'on ne la maniât par hasard trop long-temps et un peu rudement; car alors il se développait quelque malaise au bord inférieur du foie. Albertiui crut remarquer au toucher une certaine inégalité, comme si la surface de ce viscère présentait des aspérités formées par quelques espèces de grains volumineux; d'où ià conjecturait que la nature de la tumeur appartenait à uu squirrhe, dépendant de la distension des grains hépatiques produite par la concrétion de la bile; toutefois il craignait à cause de la douleur, qu'il n'y eût quelque part une autre nature de tumeur. Lorsqu'il eut approuvé avec nous les moyens qu'il convenait à un médecin très-prudent de mettre en usage dans un cas grave et douteux comme celui-là, et qu'il fut retourné à Bologne, et que de mon côté je fus parti pour Lucques pour aller traiter Cicognini le père, il arriva inopinément que le malade qui non-seulement n'avait pas été plus mal pendant ces jours-là, mais qui paraissait même mieux soit aux autres, soit surtout à lui-même, le quatrième jour après la consultation; il arriva, dis-je, que s'éiant levé pour son petit souper à la première heure de la nuit, il fut pris d'un sentiment de malaise à l'estomac et à la partie affectée, et en même temps son visage se couvrit d'une sueur froide, ses membres inférieurs se refroidirent, et son ventre se tuméfia considérablement. Il avait déjà été replacé sur son lit, lorsque le médecin

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qu'on appela promptement trouva outre ces symptômes, une douleur de tout l'épigastre, des efforts de vomissement, le pouls faible et languissant, la voix et les facultés intellectuelles également affaiblies , et la face semblable à celle d'un cadavre. C'est pourquoi la mort eut lieu buit heures après que ces accidens eurent commencé. Fut-elle produite par là rupture d'un abcès du foie, comme l'indiquent, il est vrai, la plupart des signes, mais non pas tous cependant? Fut-elle le résultat de la rupture d'un vaisseau sanguin? Albertini lui-même qui dernièrement avait mis le plus grand soin, selon son habitude, soit à observer tous les symptômes, soit à s'en informer, et qui savait qu'il n'y avait pas eu d'autres phénomènes que ceux que je vous ai décrits tout à l'heure, ayant appris par une lettre de moi que la mort du sujet s'était ainsi opérée , conjecturait facilement que quelque partie s'était rompue par le mouvement que le malade avait fait pour se lever, et qu'une grande quantité d'humeur s'était épanchée dans la cavité du ventre, mais il niait pouvoir conjecturer de la même manière quelle partie s'était rompue. Que si quelques indices d'une suppuration de la tumeur, et entre autres celui qu'il exigeait par-dessus tous (or il est certain qu'il n'avait jamais existé), c'est-à-dire des horripilations y eussent existé antérieurement, il avouait que dans ce cas il aurait facilement expliqué le phénomène par la rupture d'une vomique du foie. D'après cela il soup-

çoniiait que s'il s'était opéré par hasard dans quelque petite partie de ce viscère quelque suppuration d'une matière lente et cachée, il fallait moins rapporter une mort de cette espèce à la rupture de cette petite partie, qu'à celle de quelque petit vaisseau sanguin contigu , que le pus aurait lésé. Cependant ce soupçon n'expliquait pas cette douleur ancienne et opiniâtre des vertèbres, dont je ne me souviens pas qu'il soit fait mention dans les histoires de tant d'abcès du foie que j'ai exami» nées avec soin; et déplus cette tumeur que nous avions touchée, était fort éloignée des vertèbres > dont était encore plus éloigné le bord inférieur dit foie, à la région duquel j'ai écrit que la douleur existait surtout en dernier lieu. D'ailleurs il n'y a pas de raison pour que vous rapportiez celle-ci qui s'étendait principalcnent aux vertèbres inférieures et à la base de l'os sacrum, au tronc de la veine hémorrhoïdale, dont j'ai dit que les racines étaient si engorgées; car après l'effusion de cette quantité de sang si considérable, ces racines n'étaient certainement pas plus engorgées, et dans le moment même où elles l'étaient le plus, la douleur paraissait avoir été détruite , quoique pour peu de temps. Que si un anévrisme de la partie de l'aorte qui descend sur les vertèbres , sur lequel j'ai encore quelque soupçon, outre la tumeur du foie, ne vous paraît pas une maladie dont l'effet puisse s'obscurcir à ce point, même pour peu de temps, ni une affection qu'on puisse concevoir sans d'autres ^

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signes nombreux et graves, je vous demande dé ne rien établir avant d'avoir lu l'observation qui suit.

29. Un vieillard qu'on croyait avoir été infecté «autrefois de la maladie vénérienne, était couché déjà depuis plusieurs jours dans cet hôpital , où il s'était plaint de toutes sortes d'incommodités autres que celles qui pouvaient appartenir à cette affection, ou à un anévrisrae interne; et il est certain (car je m'en informai avec soin) qu'il ne se plaignit ni de douleur, ni d'un sentiment de pesanteur, ni d'une difficulté de respirer. Il mourut subitement peu de temps après son dîner, vers le milieu de décembre de l'an 161 8.

Examen du cadavre. Le ventre ayant été ouvert et la vessie urinalre enlevée avec la verge (car je me livrais entièrement à cette époque à l'observation de certains objets qui appartiennent à ces parties), l'urètre confirma l'opinion relative à cette ancienne maladie vénérienne. En effet, elle était partout couverte de cicatrices , et la caroncule séminale elle-même n'était pas dans sa conformation naturelle, en sorte qu'il n'était pas facile de faire voir les deux trous extrêmement petits dont elle est percée sur ses côtés, ni l'orifice du sinus placé entre ces trous. A cela se joignaient des fibres distinctes les unes des autres, et saillantes, qui composaient wnç^ espèce de petit triangle, dont la base était près de la vessie, et dont le sommet touchait la caroncule. Les viscères ayant ensuite été mis

de coté, un grand anévrisme de l'aorte se présenta à mes regards; il représenlait le croissant de la lune, son dos placé en travers se trouvait sous le diaphragme auquel il était attaché, et ses cornes regardaient en bas, et cachaient, presque chacune de son côté, le muscle qu'on appelle psoas, de telle sorte que celle du côté gauche parvenait jusqu'au tiers inférieur du muscle, et que celle du côté droit ne descendait pas aussi bas. La paroi postérieure de cet anévrisme n'existait déjà plus; ce qui fit qu aussitôt que le sang dont il était rempli et qui formait en très-grande partie des lames polypeuses placées les unes sur les autres, eut été enlevé, les corps de deux ou trois des vertèbres qui appartiennent à la partie inférieure du dos et à la partie supérieure des lombes, se présentèrent; ils étaient nus, mais profondément rongés, tandis que le ligament cartilagineux blanc, qui paraissait intact, était également saillant entre ces corps. Or cet anévrisme s'était rompu dans sa partie supérieure gauche, de telle sorte que là où le diaphragme qui lui était attaché avait cédé, îe sang s'était échappé dfi même côté dans la cavité. de la poitrine, qui en était presque totalement remplie.

3o. Vous voyez donc combien s'étaient obscurcis ici les signes d'un si grand anévrisme; car il ne faut pas douter qu'ils n'eussent existé autrefois, je parle surtout des douleurs des lombes. Mais si

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VOUS comparez celte ob*iervalion et celle qui fut recueillie sur le cocher (i) avec d'autres histoires d'anévrismes de l'aorte cjui avaient corrodé les vertèbres voisines, vous serez peut être étonné de ce que les ligamens interposés entre ces corps s'offrirent à moi dans un état d'intégrité; circonstance dont les autres auteurs d'observations de cette espèce n'ont point parlé, autant que je puis me le rappeler maintenant. Quelques-uns ïnême ont écrit positivement avoir trouvé ces ligamens non ïTioins creusés et non moins détruits que les corps des vertèbres; tels sont, par exemple, le célèbre Duvernoy (2), et l'auteur de l'avant-dernier dessin qui se trouve dans les Mémoires de l'Académie Eoyale des Sciences de Paris jusqu'à l'année 1724» et où l'on voit très-bien cette altération. Et en effet, les cartilages sont alors exposés à être détruits, soit que cette destruction résulte des coups long-temps répétés du sang qui se précipite dans l'anévrisme, ou bien de parcellescorrosives, comme je l'ai exposé ailleurs (3); cela est démontré par une observation du célèbre Maloet, qui est rapportée dans les mêmes Mémoires de l'année lySS, et dans laquelle quelques segmens cartilagineux de la trachée-artère qui servaient de paroi postée

(^i) Stiprà^ n. 26.

(2) Comment. Acad. Se. Imp. , PetropoL, t. 6,

(3) Epist. 18^ n. 27.

rieure à un anévrisme, furent trouvés déjà affaiblis et moins convexes, tandis que deux d'entre eux étaient détruits dans quelque partie. En vous parlant ailleurs (j) de cette observation, j'ai bien dit en même temps à cet endroit que les parties plus molles résistant moins aux coups s'usent moins que les parties plus fermes; mais je vois qu'il n'y a point lieu ici à une explication de cette espèce. En effet, si je dis que les ligamens s'usent moins que les vertèbres entre lesquelles ils sont placés, parce qu'ils résistent moins qu'elles, vous demanderez aussitôt pourquoi donc ils ne furent pas trouvés sur les autres sujets dans le même état que sur les deux hommes dont j'ai fait la description, et pourquoi ils étaient détruits sur ceuxlà, et intacts sur ceux ci? Que si mes sujets eussent tous deux été jeunes, et les autres vieux, on pourrait peut-être répondre que ces ligamens résistaient moins sur ceux-là, et plus sur ceux-ci. Mais non -seulement il est certain que parmi les autres sujets celui de Duvernoy était jeune, mais encore le premier des deux miens l'était aussi; en sorte qu'on ne voit nullement pourquoi les ligamens n'ayant pas été détruits sur celui-ci, ils durent l'être sur cet autre , ni pourquoi ils ne durent pas l'être sur mon vieillard. Je vous laisse donc chercher, attendu que cette Lettre est déjà assez

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(i) Epist. 21, n. 48.

4lO QUARANTIÈME LETTRE.

longue, s'il faudrait rapporter la cause obscure de cette différeuce à la nature de l'humeur corrosive qui est peut-être différente chez les différens individus, ou à autre chose. Je vous enverrai aux premiers jours une autre Lettre; mais en attendant je vous salue bien.

DE LA SUPPRESSION i)E l'urINE. /| I l

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