XLP LETTRE ANATOMICO- MÉDICALE
De la Suppression de V Urine,
T. l^uoiQUE le défaut de l'évacuation de l'urine ait Heu par un vice des reins et des uretères, ou de la vessie elle-même et de l'urètre, cependant il n'est arrivé ni à Valsalva ni à moi de disséquer des corps de sujets morts de cette première cause seulement. Et cela n'est pas étonnant, puisque les reins et les uretères sont doubles, de sorte que si par hasard les fonctions de ces organes manquent dans un côté, elles sont suppléées dans l'autre. En effet, ce que beaucoup de médecins croient n'est pas toujours vrai, que l'un des reins étant dans l'inaction, l'autre y est aussi en même temps; opinion qui a été réfutée dans la Lettre précédente (i) : vous trouverez même tant d'observations qui peuvent être ajoutées d'après la vingtquatrième section (2) du Sepulchretum qui appartient à ce sujet, à celles que j'ai indiquées dans cette Lettre, que si vous les comparez avec celles où il est question dans la même section de la suppression de l'urine par une maladie d'un seul côté ,
lyî'l QUARANTE-UNIEME LETTRE.
"VOUS reconnaîtrez très-clairement que ces dernières sont beaucoup plus rares que les premières. En effet, celles du premier genre s'y présenteront de toutes parts, sans parler des endroits où Gér. Elasius (i), Isb. Diemerbroeck (2), Laur. Mercatus (3) enseignent que ce cas est le plus fréquent; et si vous vouliez y ajouter les histoires qui ont été publiées ensuite dans les volumes (4) de l'Académie de Vienne, vous n'en trouveriez certainement aucune qui n'appartînt au même genre, puisque les deux reins étaient ou attaqués de sphacèle, ou, ce que R. J. Camérarius (5) a vu également, affectés d'une flaccidité et d'une atonie extraordinaires, ou farcis d'un calcul; ou bien si l'un n'était pas atteint de la même lésion, il se trouvait du moins détruit, et ne faisait pas ses fonctions, ou son uretère était embarrassé par du sable ou par des calculs.
Quant aux observations de l'autre genre, c'està-dire de la suppression de l'urine par le vice d'un seul côté, elles se réduisent à un petit nombre dans la section citée du Sepulcliretum , et ce nombre est
(i)Obs. 1,5. 9.
(2) Ihid.^ J- ïo.
(3)Obs. 3/5. 1.
(4) Dec. 3j a. 4^ obs. 60; a. 7 et 8, obs. 147; et a.g et 10, obs. 96; et cent. 5, obs. 22; cent. 6, obs. 55 et 56; etAct. t. 3 , append. n. 3 ; et t. Z , in obs. 6.
(5) Specim. exper. circa générât, part, therapeut. in résolut. 5 hist. 3.
DE LA SUPPRESSION DE l'uRINE. 4^3
d'autant plus petit, que quelqu'une, celle par exemple qui se lit au-dessous de la première observalion dans le §. 19, n'appartient pas à ce genre, comme il le semble au premier coup d'oeil, et com me l'apprendra très-clairement la même histoire qui a été décrite d'une manière plus complète non-seulement dans le §. 1 de l'observation treizième de la vingt-deuxième section, mais encore dans cette même première observation au §. 4? en sorte qu'il n'aurait pas été nécessaire, surtout en la tronquant, de la répéter une seconde fois, pour ne pas dire une troisième et une quatrième; car quoique les exemples qui sont rapportés dans la même première observation aux §. 20 et 22, paraissent différens, parce que le nom du sujet et le nombre des jours ont été changés par négligence, cependant il paraît qu'ils sont les mêmes, lorsqu'on examine le §. 1 de la quinzième observation de la troisième section du premier livre, et le §, I également de la treizième observation (citée tout à l'heure) de la vingt-deuxième section du troisième livre. Et plût à Dieu que cette histoire eût été la seule répétée dans cette vingt-quatrième section dont j'ai commencé à parler. Mais en comparaîit le §. 1 1 de la seconde observation avec le §. 9 de la quatrième, la huitième avec le §. 4 de la dixième (1), le §. 7 de celle-ci avec la onzième, et, pour revenir à la première et à la seconde, le
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(i ) Primam de duabus inlellige eodem n. s designatis.
4î4 QUARAJfTE-UNlÈME LETTRE.
§. 2 de celle-là avec le §. 21 , et le §. 3 qui est inscrit i mal à propos avec le §. 27 et avec le §. 2 de la seconde, vous comprendrez aussitôt combien il aurait mieux valu rapporter une seule fois ces observations , ou bien , clans les cas oii quelques histoires avaient été écrites par leurs auteurs plus d'une fois et par conséquent avec des mots qui nétaienl pas toujours les mêmes, placer l'une des descriptions immédiatement au-dessous de l'autre, si l'on y attachait tant de prix.
Il y a cependant aussi dans cette section quelques histoires du second genre, comme celle du §. i4 ^^^ ^^ première observation, celles des §. i, 2 et 3 de la troisième, et, si vous voulez encore, celle du §. 2 de la quatrième. Mais que sont-elles eu comparaison du nombre beaucoup plus considérable de toutes les autres? El ce nombre se trouve augmenté par quelques exemples qu'il faut lire dans les supplémens de la vingt-cinquième section; car on a rapporté dans cette section des observations qui auraient dû bien plutôt être ajoutées à la section précédente, où l'on a omis, outre celles-là, d'autres histoires, mêmedes plusconnues, comme celle qui avait été décrite par Ruysch (r).
Il est donc certain que l'urine se supprime beaucoup plus rarement par un vice des reins et des uretères parce qu'ils sont doubles, que par une lésion de la vessie et de Turètre qui sont uniques;
(1) Cent., obs. i5.
DE LA SUPPRESSION DE l'urine. /^l5
et par conséquent il faul moins s'étonner de ce que je n'ai pas pu encore disséquer des corps de sujets morls d'une obstruction de ces premiers organes.
2. J'avais eu aussi un grand désir de faire la dissection de ces corps, pour pouvoir examiner sur eux les parties qui d'après ce que différens auteurs imaginent, serviraient d'origine, de trajet et de terminaison à différentes voies particulières de l'urine. En effet, quoique j'aie mis en avant dans les jddversaria (i) contre IVxistence* de ces voies une preuve tirée de ce qui a été observé d'une manière assez certairje dans les suppressions de l'urine qui ont lieu par un vice des reins, preuve qui m'a paru d'autant plus importante depuis que j'ai remarqué qu'elle avait été entièrement approuvée ensuite soit par d'autres auteurs, soit par Boerhaave () lui-même, cependant je désirais satisfaire plus pleinement un homme célèbre, qui croit que ces voies particulières se terminent aux bassinets des reins, comme plusieurs l'avaient cru même auparavant, et dans leur voisinage; de telle sorte que bien que ces organes soient seuls obstrués par des calcids ou par un autre obstacle semblable, les orifices de ces voies peuvent néanmoins par cela même être comprimés en même temps, et ne rien transmettre soit dans les bas-
(î) III, animad. 36.
(2) Prœlect. ad lastit. , §. 385.
4l6 QUARANTE-UNIÈME LETTRE.
sinets, soit dans les parties voisines des uretères. Ainsi, lorsque l'occasion de disséquer des cadavres de cette espèce se présentera à vous, faites ce que je devais faire moi-même, et examinez avec le plus grand soin toutes les membranes qui sont voisines de ces parties et qui leur sont attachées; car il ne peut point arriver que si les orifices de ces voies sont comprimés, le reste de leur trajet ne soit d'autant plus distendu par l'humeur en stagnation, que ces orifice^ qui la laissent passer sont plus bouchés, attendu surtout que les fonctions que ces auteurs attribuent à ces voies exigent qu'elles ne soient pas très-petites, ce que d'ailleurs ils avouent d'eux-mêmes. Toutefois une circonstance indique que vous prendrez inutilement cette peine; c'est que je n'ai jamais lu que ces voies se soient présentées à quelqu'un dans des cas de cette espèce, lorsque du reste on avait fait prendre aux malades beaucoup de liquides qui auraient dû distendre considérablement ces mêmes voies, ou d'autres qui d'après la conjecture d'autres auteurs se dirigent vers la vessie; quoique des prosecteurs exacts et très-exercés aient fait l'examen des cadavres. En effet, Franc. Plazzoni, pour me servir de l'exemple de cette histoire que j'ai prouvé (i) avoir été répétée trois fois dans cette section du Sepulchretum^ow bien disséqua ce moin e, ou bien présida à sa dissection ; or on avait aussi
(i) Siiprà, n. I.
DE LA SUPPRESSrON DE L URINE. 4^7
donné à ce sujet, entre antres diurétiques, des cantharides qui avaient ulcéré la vessie, quoiqu'elle fût vide, en sorte que nous comprenons que leur action parveruie jusqu'à ce viscère par les petits vaisseaux sangtiins, et non par des voies particulières inconnues, qui auraient transmis eiî même temps que cette action les boissons diurétiques, soit dans les bassinets des reins ou da?is les uretères, soit en droite ligne de l'estomac dans la vessie. Car cette autre opinion a souri à plusieurs auteurs; est-ce à cause des paroles suivantes d'Hippocrate (r), ou du moins d'un auteur très-ancien, si V enfant a les veines qui vont de V estomac ci la vessie grandes et attirantes? ou plutôt à raison de ce qu'ils avaient entendu dire avoir lieu dans le diabètes vrai, dont vous pourrez lire des exemples extrêmement rares dans Marcellus Donatus (2), savoir que la boisson est urinée sans a^^oir éprouvé absolument aucun changement , et en conservant la même couleur, la même consistance , le même goût et la même odeur? Mais s'il faut imaginer à cause de cela des conduits allant de l'estomac à la vessie, il faudrait en imaginer d'autres allant de ce premier viscère à la peau, puisque Donatus na point balancé à ajouter aussi ce qui suit à ces exemples, en parlantd une fille d'une très-grande beauté qui était tourmentée déj i depuis long-temps par
(i) De morbisj 1. 4^ "• 28.
(2) De med. Inst. mirab. , 1. 4^ c. 27.