‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 30 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

VI

4l8 QUARANTE-UNIÈME "LETTRE.

des fièvres : Les coupes n étant pas encore éloignées de sa bouche , les boissons les plus liquides reçues

par les entrailles sortaient par les sueurs dans

la même quantité qu elles avaient été priseÈ et sans aucune altération j de telle sorte que le vin rouge donnait alors aux chemises une couleur rouge , et le bouillon blanc une couleur blanche; et cela s'observa V espace de deux semaines.

Mais relativement à ces conduits inconnus , quelles que soient enfin les voies par lesquelles on conjecture que les liquides sont portés de l'estomac dans les organes urinaires, je me souviens que le célèbre Pasta m'écrivit autrefois ingénieusement que si ces conduits existaient réellement il aurait fallu que ceux qui faisaient aussi à cette époque dans nos pays un tel usage de vif-argent, qu'ils en prenaient chaque matin j usqu'à une once, en eussent rendu au moins quelque partie avec l'urine, ce que nos médecins n'avaient remarqué sur aucun d'entre eux. Que si vous dites par hasard que ces conduits sont à peine ouverts, mais qu'ils .se dilatent dans les fièvres, dont il est question dans les principaux exemples de Donatus, vous ne satisferez point à l'objection de Pasta, ni à d'autres phénomènes pour lesquels ils ont été imaginés, et certes dans le premier exemple de Donatus , rapporté d'après Trincavelli, leurs orifices de vaien t être resserrés par les boissons, puisque le malade les refusait, à moins quelles ne fussent presque glacées.

DE LA SUPPRESSION DE L'uiU^'K. 4^9

Mais que répondre, dites-vous, à une obserrvalion (i) plus récente, c'est-à-dire à celle d'une fille ascitique dont le rein gauche ainsi que le r^ein

droit. étaient tout entiers squirrheux et endurcis ,

et avaient leurs parties tellement réunies , que leur bassinet ne put pas être mis à découvert, cpioique dans le dernier temps elle eût aussi rendu de l'urine? celle-ci était très-peu abondante , il est vrai, et limpide comme de Veau de fontaine , au lieu d'être comme au commencement rouge et épaisse; mais enfin la fille en avait rendu. Dirons-nous que cette petite quantité d'humeur était passée de la sérosité qui distendait le ventre dans la vessie à travers les pores qui de V extérieur vont à Vinté' rieur? ou plutôt qu'elle provenait de quelque petite partie de l'un des reins et de son bassinet, qui lorsque la fille urina à la fin n'était pas encore entièrement endurcie et resserrée, comme il parut après la mort que toutes leurs parties i'étaieiit, et qu'elle était passée par des lieux étroits, comme sa limpidité extraordinaire l'indiqua? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle n'était pas passée par des conduits aboutissant aux uretères ou à la vessie; car ces conduits auraient porté de l'estonriac dans ces organes une bien plus grande quantité d'hu-' meur.

3. Quoi qu'il en soit de cela, vous recevrez ici ce que nous avons vu, Yalsalva et moi, sur des

(i) Commerç. litt. ;, a. 174^;. liebd. 25, n. 2 ., ad 3.

4*20 QUARAJyTE-tJNlKME LETTRE.

sujets morts d'une suppression d'urine par un vice de la vessie ou de l'urètre; cependant vous n'y trouverez pas tout. Car vous avez reçu dans la Lettre précédente (i), ainsi que dans la trentequatrième (2), quelques-uns des faits observés par lui, tandis que pour les cas qui me sont propres, vous en avez reçu quelques-uns dans la quatrième Lettre (3) et dans la dixième (4), et vous en recevrez d'autres dans d'autres Lettres. Voici donc d'après VaKsalva ce que j'ai cru appartenir spécialement à ce sujet.

4- Un jeune homme de la campagne, dont deux frères, jeunes également, étaient morts les années précédentes de maladies aiguës vers l'équinoxe du printemps, mourut de la manière suivante dans la même saison de l'année. Il avait fait disparaître une gale avec je ne sais quel onguent ; peu de temps après l'urine se supprima, non sans des v<^missemens, ni sans une douleur qui se manifestait quelquefois à la région lombaire gauche. Cependant il rendit ensuite de temps à autre de l'urine, mais en petite quantité et avec douleur, et ce liquide était semblable à de l'eau de lessive saturée; on essaya en vain de l'évacuer avec le cathéter. Enfin le corps tout entier se tuméfia, et

DE LA SUPPRESSIOJY DE l'uRINE. 4^ ^

une respiration laborieuse et grarifie s'y joignant, la mort eut lieu le lendemain vers le vingt-unième jour après la suppression.

Examen du cadavre. La vessie et les reins étaient sains, si ce n'est qne ceux ci étaient un peu trop volumineux, et que et Ile-là contenait deux livres environ d'une urine de la nature de celle que j'ai indiquée. Mais il y avait aussi en stagnation dans la cavité du ventre une liqueur qui sentait l'urine, et qui du reste était semblable à de l'eau limpide. Celte liqueur conservée dans un vase de verre présenta plusieurs parties séparées, comme celles qui sont contenues dans les urines. Mais ayant été placée sur du feu, elle se troubla et devint d'abord semblable au sérum du lait de vache, et bientôt après au lait lui-même; enfin elle se concréta au point qu'elle ressemblait entièrement à l'albumine de l'œuf. Valsai va n'avait jamais vu auparavant une concrétion de cette espèce se former dans aucune humeur morbide stagnante dans le corps. Dans4a poitrine, les poumons étaient, il est vrai, très-distendus par de l'air, et adhéiens à la plèvre du côté du dos; mais ils étaient sains. Le ventricule droit du cœur contenait une concrétion polypeuse d une grosseur médiocre, et celui du côté gauche en renfermait une plus petite.

ô. J'ai fait voir ailleurs (i) sur deux femmes à quels graves accidens donna lieu la répercussion

(i) Episl. 16, n. 34; et Epiât. 38, n. 22.

[\11 QUARANTE-UNIÈME LETTllE.

des petites parties acres de la gale dans le sang» Mais sur ces femmes ce fut d'une autre manière, tandis que sur ce jeune homm^i ces petites parties se précipitèrent sur les reins et sur la vessie en se mêlant avec Turine. En piquant les membranes internes de ces viscères, elles produisirentdes deux côtés une douleur qui crispait celles-ci, et qui par conséque^nt s'opposait presque constamment à l'écoulement de l'urine, laquelle étant retenue dans l'intérieur des reins leur avait donné plus de développement, tandis que la vessie ne rendait point de ce liquide lorsqu'on introduisait un cathéter dans l'urètre, soit que souvent e\\e n'en contînt qu'à peine, soit qu'elle ne pût pas se contracter convenablement, soit plutôt qu'elle ne reçût pas le cathéter, et que lorsqu'on ôtait cet instrument il ne s'en écoulait que rarement et avec douleur. C'est pourquoi la matière de Furine étant retenue en très-grande partie dans les vaisseaux sanguins, fut enfin cause de la mort, quoiqu'elle eût reflué ailleurs et surtout dans la cavité du ventre, comme l'indiqua l'odeur du liquide qui y était en stagnation. En effet, cette matière se mêle facilement avec les humeurs qui se séparent alors du sang. Aussi, pour citer un exemple qui n'a point été rapporté ^lans le Sepulchretum , je ne sais pourquoi, Malpighi (i) remarqua-t-il sur son maître Natali, dont il trouva une uretère et un rein énor-

( ' ) ^P- po^th.

DE LA SUPPRESSION DE l'uRINE. J^2'5

iTiément dilatés par l'iirioe dont un calcul interceptait le cours, et chez lequel une suppression mortelle dura pendant plusieurs jours, que la salive avait l'odeur et le goût de Turine, et que la peau avait la même exhalaison.

D'un autre côté, iVlbertini me racontait que ce jeune homme noble dont la structure des reins a été décrite par Malpighi dans une lettre adressée à Sponius, avait craché dans la même maladie, non pas de la salive ayant l'odeur et le goût de l'urine , mais pour ainsi dire l'urine elle-même , ce que témoignait aussi la couleur jointe à l'odeur et au goût; car la matière de ce liquide affluait en telle quantité vers les glandes salivaires, que les joues et les parotides étaient tuméfiées. C'est peutêtre à cause de cette excrétion qu'il vécut aussi long-temps, jusqu'à ce que la suppression ayant été surmontée il rendît une grande quantité d'urine; toutefois il lui arriva malgré cela ce qui a lieu assez souvent aussi chez les autres sujets qui rendent enfin l'urine retenue pendant fort longtemps , c'est-à-dire de mourir peu de temps après, parce que les humeurs et les viscères avaient été viciés.

Th. Barlholin (i) en parlant des autres excrétions par le moyen desquelles les hommes dont l'urine est supprimée traînent leur vie pendant plus long-temps, ou la conservent, omet celle de

(i) Cent. 4:» Epist. m éd. 18.

4^4 QUARArfTE-ÎJîS'lÈME LETTRE,

la salive dont j'ai dit un mot, et énumère les déjections, les vomissemens et les sneiirs. Il rapporte (i) un exemple relatif aux déjections sur un de ses collègues; et bien qu'il n'evi ait pas positivement indiqué qui se rapportent aux vomissemens et aux sueurs, il est facile d'y suppléer par les observations des autres. C'est ainsi que Valiis» nieri (^) vit une fille chez laquelle il survint aprèsle dixième jour de la suppressioii un vomissement de sérosité semblable à l'urine par sa couleur, par sa saveur et par son odeur, et qui le supporta, jusqu'à ce qu'après avoir inutilement emplové beaucoup de remèdes à l'intérieur et à l'extérieur, il ouvrit enfin les voies des reins en administrant du mercure et en en faisant des applications. C'est ainsi qu'un médecin (3) de Mantoue vit une autre femme qui fut tourmentée en même temps et par la même maladie et par le même vomissement, d'abord pendant plus de quarante jours, et peu de temps après pendant au moins trenle-deux. C'est ainsi qu'un autre médecin (4) vit une troisième femme qui éprouva les mêmes incommodités pemlant quinze mois, de telle sorte qu'on put à peine la substanter autrement que par des lavemens nourrissans, jusqu'à ce qu'ayant rendu un calcul, l'ischurie et

(i) Ibid. et Epist. 2i.

(2) Eph. IN. C, cent. 9, obs. 5o.

(3) Hist. de l'Acacl. Roy. des Sc.^ a. 1 7 1 5, oï>s. anat. 3.

(4) Act. N. C, t. 3, obs. 6.

DE Lk SUPPIIESSIOINT DE l'uRIIVE. ^iS

les vomissemens d'urine cessèrent. Mais lorsque les calculs qui obstruent les reins et les uretères ne peuvent point être déplacés, c'est en vain, comme Guglielmini (i) l'observa sur deux sujets, que les vomissemens d'urine s'y joignent; ce qu'il faut entendre aussi des autres causes insurmontables de la maladie, et des autres excrétions : voilà pourquoi si le vomissement du sang lui-même et son écoulement par le nez furent utiles sur une femme (2) qui éprouvait déjà le goût et l'odeur de l'urine dans la bouche, ils ne le furent que pour prolonger la vie jusqu'au trentième jour.

Mais pour revenir aux excrétions indiquées par Bartholin, il a cité relativement aux sueurs une observation (3) de Ch. Piso, qui est surtout digne de remarque; toutefois ces sueurs furent de longue durée, continuelles, copieuses, et si fétides, que leur odeur pouvait à peine être supportée : c'est pourquoi Tévacuation de l'urine leur ayant enfin succédé, le malade fut guéri. Le même bonheur n'arriva pas à la fille dont Pi.-Nanni me rapporta l'histoire. Chez elle aussi l'urine avait été supprimée par des calculs, de manière qu'il la croyait déjà dans un état désespéré, lorsqu'une sueur extrêmement abondante et sentant l'urine se déclara. Tant que cette sueur dura (or elle dura des jours

{i)Exerc. de sangu nat. , n. 68.

(2) Eph. N. C.^ cent. 6^ obs. 56.

(3j De moih, uh fjqiia, s, 4, c. 6, oLs. 137.

entiers), la fille fut mieux; mais elle s'arrêta, et celle-ci fut enlevée par une hydropisie de la poitrine en très-peu de jours. Une autre fille de Padoue, dont Marc. Donatus (i) parle d'après un médecin d'une bonne foi reconnue, fut autrefois plus heureuse que cette dernière pour un temps. Yoici le fait : une sueur a\>ait lieUy non point il est vrai par tout le corps, mais seulement à la ré-, gion de V estomac , et V humeur rendue était du poids de plusieurs livres, et ressemblait à V urine par sa couleur et par son odeur, tandis qu'il existait une suppression, non-seulement de celle-ci, mais encore des évacuations alvines. Au reste, on avait cru c\ue ces dernières avaient suppléé antérieurement à l'excrétion de l'urine qui avait été supprimée pendant six mois entiers; car il existait alors un flux de ventre. Bien plus , il semble que la perspirarion insensible supplée à cette évacuation sur une jeune femme, qui , par un exemple très-rare, mais très-connu à Véronne, n'avait pas rendu une goutte d'urine déjà depuis vingt-deux mois lorsque le célèbre Zéviani (2) rapporta ce fait. Mais dans la chambre de cette femme on sent une odeur d'urine, que ses chemises semblent exhaler également. Cependant elle est en proie à un grand nombre de maladies, quoiqu'elle \\Ç:X). éprouve aucune du cerveau. Quant à cette fille de Pa-

(î) C. 27, cit. snprà, ad n. 2.

(2) Del flalo ,1. 2 ^ c. 11.

DE LL SUPPRESSION DE l'uRINE. 4^7

do^e, elle tomba aussi à la fin dans le marasme. Bien que ces exemples que j'ai rapportés appartiennent presque tous à des sujets chez lesquels l'urine fut supprimée par un vice des reins, cause qui avait aussi existé en partie sur ce jeune homme dont il a été parlé d'après Valsalva, cependant ils indiquent suffisamment comment périssent ceux qui ont une rétention d'urine pendant fort longtemps par un vice de la vessie ou de l'urètre seu» lement, sans pourtant avoir en même temps une inflammation de la vessie, telle qu'on puisse rapporter la mort à cette phlegmasie, ou bien à la gangrène consécutive. C'est à ce genre que je croirais qu'appartient cette autre observation de Valsalva.

6. Un homme de soixante-dix ans, affecté depuis long-temps d'une difficulté d'uriner, de telle sorte qu'il ne rendait l'urine qu'au moyen d'un cathéter, fut forcé par les progrès que fit la maladie de jour en jour, de se coucher à l'hôpital de Sainte- Marie de la Vie de Bologne. Là, pendant qu'un lithotomiste cherchait à évacuer l'urine avec un cathéter, mais inutilement, la respiration devint laborieuse, et il mourut avec le râle.

Examen du cadavre. Les fibres de la vessie urinaire s'étaient tellement développées, qu'elles ressemblaient par leur forme et par leur grosseur aux colonnes du cœur. Une excroissance de la glande prostate qui avait la forme d une poire et qui laissait à peine quelque passage, avait contracté une

phlogose dans sa partie inférieure par ie choc continuel du catliéler. Le ventricule droit du cœur présenta un commencement de concrétion polypeuse,

7. 11 est évident qu'une phlogose de cette espèce ne fut pas la caust^ de cette mort. Mais il n'est pas difficile de conjecturer combien le sang s'était: vicié insensiblemtnt sur un sujet qui était tellement affaibli par la vieillesse et par une rétention d'urine très fréquente, qu'il fut forcé de se coucher. Il n'est donc pas étonnant qu'une rétention qui ne pouvait être détruite avec le cathéter s'étant jointe aux irritations iiiutiles de cet i«istrument, eût don! ié lieu aux accidensqui en levèrent promptement le sujet. Il serait même mort sans ces irritations, peut-être un peu plus tard, mais il aurait succombé néanmoins, comme tant d'autres, et surtout comme un homme dont je décrirai ici également l'histoire, telle que je l'ai apprise du même médecin que je vous ai cité ailleurs (i), Marisati.

8. Un homme étant couché à cet hôpital pour une suppression d'urine, on avait déjà évacué deux fois ce liquide, et toujours en grande quantité, en introduisant une sonde d'argent. Comme le malade ou d'autres personnes craignaient que cette sonde n'irritât trop le col de la vessie, et qu'on ne riutroduisait pas pour ce motif, la mort eut lieu non sans des symptômes convulsifs.

(i) Epist. 27, n, /».

DE LA SUPPRESSION DE l'uRINÈ. 4^9

Examen du cadm>re. Dans la dissection tous les viscères et la vessie elle-même furent trouves sains, autant que les sens pouvaient en juger; car celle-ci était seulement distendue sans aucun commencement d inflan)mation, en sorte qu'elle renfermait facilement une quantité d'urine qui aurait à peine été contenue dans trois de ces vases de verre dont on se sert dans nos pays pour recevoir le sang de la veine ouverte, ou même l'urine.

9. D'autres observations que je vous ai écrites ailleurs (i) font voircombien j'ai trouvé plus d'une fois la vessie distendue^ sans cependant aucune inflammation, et vous le verrez surtout dans une histoire que je rapporterai lorsque je traiterai de la claudication (a). Maintenant, pour que vous compreniez combien ce viscère peut être distendu quelquefois impunément, je raconterai ce qui arriva ici les années précédentes à une femme honnête, que je connais beaucoup, et qui est assez bien portante actuellement. Elle accouchait pour la première fois, et elle était âgée de plus de quarante-deuxans.Commelesos du bassin ne cédaient point à cause de cela, et que la partie inférieure de cette cavité était trop étroite , la tête de l'enfant qui était volumineuse s'y arrêta , et la compression de l'urètre et de la partie voisine de la vessie arrêta l'urine. Ce ne fut pas sans une grande diffi-

(1) Epist. 4^ n. 19; et Epist. 89, n. 33. (aj Epiiit. 56, n. 12.

43o QUARANTE-UNIÈME LETTRE.

culte qu'on introduisit à la fin une de ces sondes d'argent qu'on a pour les femmes; mais ce fut inutilement. On dût en introduire une autre des plus longues dont on se sert sur les hommes, mais moins courbée; et déjà elle était entrée à la longueur d'un palme , et cependant il ne sortait point d'urine. Il fallut donc l'introduire plus profondément pour que celle-ci sortît; or il en sortit environ quatre livres. La femme était petite; circonstance qui vous fait mieux comprendre combien (ce qui était encore indiqué par l'abdomen qui était tuméfié plus haut et d'une manière particulière ) , combien , dis-je , dût être considérable l'extension de la vessie, même dans sa partie supérieure, puisque sa partie inférieure était si comprimée, comme je l'ai dit. Cependant l'enfant qui non-seulement était mort, mais encore exhalait une odeur très-forte, ayant été enlevé bientôt après, il ne resta aucune incommodité ni aucun danger qui provinssent du moins de la vessie.

Mais si vous cherchez des exemples d'une grande distension de ce viscère, et si vous faites attention quelle en fut l'issue dans la phipart (pour mettre de côté sa rupture que l'on a observée (i) même sur un bœuf), vous trouverez certainement qu'il en fut sur un grand nombre de sujets bien autrement que sur la femme en question; ce qui tient à ce que la disposition et la nature soit des parties,

(i) Act. N. C. , tom. 8, in obs, 2,

DE LA SUPPRESSION DE l'uRINE. 4^1

soit (lu sang, soit de l'urine eile-même, varient sur les différens individus. Il est très-connu que la vessie a perdu assez souvent par une trop grande distension la force de se contracter; et vous conclurez que cela arrive quelquefois promptement d'après une observation de Mauchart (i), qui ^près une ischurie qui avait commencé quatre jours auparavant, remarqua que ce viscère était ample et non contracté conufie à V ordinaire, quoiqu'il eût eu le soin d'évacuer plus d'une fois l'urine après les deux premiers jours, et qu'il eût trouvé la vessie entièrement vide sur le cadavre. Il n'est pas moins connu que ce viscère se prend facilement d'inflammation, dont il existait aussi des €ommencemens sur ce cadavre, comme la phlegmasie elle-même a été trouvée beaucoup plus étendue sur tant d'autres sujets.

Vous apprendrez quels sont les accidens qui se manifestent facilement après cette inflammation, dans les auteurs que H. Meibomius (2) cite comme ayant été témoins d'une distension très-considérable de la vessie; toutefois je ne sais pourquoi il rapporte comme deux exemples différens, une seule observation de Fabrice de Hilden. En effet, la même histoire que celui-ci a indiquée succinctement au chapitre 5 de son livre sur la lithotomie , il l'a décrite plus en détail dans la Centurie n ,

(1) Eph. N. C, cent. 9^ obs. /^\.

(2) Exercit. de Catheterismo, thés. 17.

432 QUARAIN'TE-UiyriÈME LETTRE.

obs. 65, où il dit qu'il trouva sur un vieillard qui mourut à la fin , un ulcère qui s'étendait de la cavité de la vessie jusque dans J'intestin rectum. Mais l'infliimination est suivie l)eaucoup plus souvent de ce que vous trouverez avoir été observé trois fois par Pauaroli (i), l'un des auteurs cités par Meiboïuius, c'esl-à-dire la gangrène dégénérant eu un sphacèîe mortel. Quant à moi, je ne me souviens pas d'avoir jamais vu une gangrène plus considérable survenue à la suite d'une inflammation produite par une distension de longue durée de la vessie, que sur le corps d'un homme de la campngne que des jeunes gens inexpérimentés avaient fait porter imprudemment l'an ïio6 à l'Amphithéâtre d'anatomie de Bologne sans l'avoir examiné.

lo. Cet homme, sujet, comme on le reconnut ensuite, à des lésions des reins, de la vessie et de l'intestin iléon, n'avait pas pu rendre son urine depuis quelques jours. C'est pourquoi il était mort ayant déjà l'abdomen tuméfié et noirâtre.

Examen du cadavre. Les viscères du ventre, surtout ceux de la partie inférieure, et entre autres la vessie, étaient noirâtres, ainsi que le scrotum et une portion de l'intestin indiqué qui était interceptée dans celui-ci; la noirceur s'étendait nonseulement à toutes les parties voisines, mais jusqu'au milieu des cuisses, en sorte qu'il fallut em-

(i) latrologism. pentec. i, obs. 27.

Î)E LA. SUPPRESSION DE l'uRINE. 4^^

porter promptement presque tout le cadavre, pour que la fétidité n'infectât pas le gymnase. Je fis à peine moi-même à la hâte sur les reins quelques remarques que je ne répéterai pas ici, parce que je les ai écrites dans un autre endroit (j).

1 1. Je ne pus pas savoir diine manière certaine si l'interception de l'iléon précéda la suppression de l'urine, ou si celle-ci précéda l'interception de l'iléon. Ce que je sais , c'est que , comme je vous l'ai écrit dans une autre Lettre (2), la suppression de l'urine se joint à l'inflammation de l'iléon. Mais il est encore piusieurs autres causes situées hors de la vessie, qui retiennent l'urine dans ce viscère. Il a été parlé un peu plus haut (3j du fœtus qui comprime son col dans un accouchement difficile; et même dans la grossesse, surtout dans les derniers temps, il est des femmes, dont J€ connais fort bien quelques-unes, qui ne peuvent uriner que lorsqu'elles sont en supination. Ajoutez à cela, pour passer sous silence ce qui a lieu plus rarement (car je sais qu'un corps glanduleux excédant (4) la grosseuî' du poing et développé à l'extérieur de l'uretère d'une femme, et des médicamens trop acres appliqués sur la vulve pour la rendre plus étroite, ont donné lieu à une

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fi) Epist 38, n. 41.

(2) Epist 34 , n. 8.

(4) Act. N. C, tom. \f obs. 201,

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