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suppression mortelle d'urine, le premier en comprimant l'urètre, et les derniers en excitant une inflammation très-violente; et je n'ignore pas non plus que cette suppression a été produite (i) par du sang qui distilla insensiblement d'hn vaisseau de l'épiploon blessé, qui se coagula dans le bassin, et qui comprima considérablement le col de la vessie); ajoutez, dis-je, à cela des excrémens en grande quantité et endurcis, ou des hémoirhoïdes extrêmement gonflées qui appliquent ce même col contre les os du pubis, de telle sorte qu'il ne peut rien sortir par ce canal.
C'est aux bémorrhoïdes que se rapporte ce que m'assurait dans ma jeunesse un chirurgien trèsâgé de mon pays, nommé J. Amatorio, qui obtenait des succès, savoir que lorsque les fibres se tuméfient par la stagnation du sang ou de l'humeur vers la partie inférieure de la vessie, l'application des sangsues à ces veines est d'un grand secours. Qu'une suppression extrêmemenl opiniâtre fut guérie par ce moyen, qu'il employa enfin après l'administration inutile de tant d'autres remèdes, sur un homme qui vivait encore alors, c'est-à-dire sur Faïeul de P. Scanelli, personnage noble que le goût desbel les-lellres lia aussi d'amitié avec moi; et cela lorsque déjà il avait dû évacuer lui-même l'urine avec un cathéter qu'il avait introduit neuf fois.
(i) f^id. Hoffrn., med. rat., t. 4^ p- 2, s. 2. c. 7, in ipso fine.
r ' DE LA SUPPRESSION DE LURINE, /jSS
Quant aux excrémens, il existe une observation (i) très-connue de Wepfer, qui est rapportée (2) aussi dans cette section du Sepulchretum , mais non sans des fautes commises par les ouvriers qui ne per^ mettent pas qu'on la comprenne, et à laquelle vous pouvez en ajouter une autre qui se lit dans les suppîémens de la section suivante (vingt-cinquième (3)). Le même heureux résultat dont il est question dans la première observation et qui fut obtenu par Tinjection d'un clystère, s'est vérifié soit sur plusieurs sujets en d'autres endroits, soit surtout ici sur un hébreu à qui aucuns autres moyens n'avaient été utiles. Mais alors il suffit d'injecter des émolliens, principalement s'il y a quelque danger d'inflammation de la vessie, ou quelque soupçon d'une constriction convulsive de son sphincter. Aucune de ces deux circonstances ne m'a paru avoir suffisamment fixé l'attention d'un vieux médecin qui me racontait deux ou trois de ses succès, qu'il avait obtenus en donnant de violens purgatifs qui avaient lâché le ventre ea même temps qu'ils avaient excité l'excrétion de l'urine qui était supprimée. En effet, voici ce qu'il disait : quand même je n'aurais pas excité cette excrétion , j'aurais du moins évacué une certaine quantité d'humeur par le ventre, et plus j'en
( I ) Auctar. hist. apopl. 1 3 , schol. 8.
(2) In append. 1, ad obs ig.
(3) Obs. 5.
aurais évacué, moins il s'en serait écoulé par les reins pour aller distendre- de plus en plus la vessie; d'ailleurs j'ai en même temps provoqué rév.acuation de celle qui distendait déjà celle-ci, puisqu'en irritant l'intestin t'ectum je n'ai pas pu ne pa% exciter simultanément à la contraction les fibres de la partie voisine de ce viscère, et leur redonner la force qu'elles avaient perdue en grande partie. C'est qu'il ne remarquait pas assez qu'il n'est aucune partie de la vessie qui soit plus étroitement attachée à la partie inférieure du rectum que la plus basse, ou , si vous l'aimez mieux, le commencement de l'urètre, et qu'il ne considérait pas suffisamment ce qu'il doit s'ensuivre si par hasard cette dernière partie est déjà attaquée de quelque commencement d'inflammation ou de convulsions.
Assurément je ne nie pas que la vessie ne perde la force de se contracter, quelquefois par une paralysie, et d'autres fois par sa distension même. Mais je dis qu'il faut distinguer avec habileté les causes de la suppression de l'urine dans ce viscère , et qu'il ne faut pas croire que la force avec laquelle il se contracte a toujours été détruite par sa distension aussi facilement et aussi promptement que je l'ai indiqué plus haut (i) d'après un exemple de Mauchart. Ceci est prouvé, pour passer d'autres faits sous silence, par un chien que
DE LA StIPPJlESSTON DE l'uBÎNE. ^3;
Koerhaave (i) disséqua; quoique sa vessie fut extrêmement pleine d'urine à la suite d'une réten-^ tion qui existait déjà depuis trois jours, cependant ce viscère ayant été ouvert par une petite piqûre, V urine sauta à une grande hauteur y et la vessie se contracta au point quil ne restait presque plus aucune cavité.
12. Il existe aussi plusieurs autres causes qui peuvent retenir l'urine dans la vessie, et qui n'admettent point les stimulans que j'ai indiqués, ou d'autres, comme ce remède domestique que je sais être mis en usage par quelques personnes, et qui consiste à appliquer à la plante des pieds de celui qui ne peut pas uriner, une brique trempée préalablement dans de l'eau froide. Un médecin, mon ami, imita ces personnes dans sa jeunesse avec une heureuse hardiesse, en approchant des pieds pour un moment, même de la glace. Quoique ces moyens aient pu exciter quelquefois la force affaiblie de la vessie en irritant les extrémités des nerfs cruraux, vous comprenez certainement combien les irritans peuvent être nuisibles lorsque la rétention de l'urine a commencé par son acrimonie, ou, d'après les conjectures de l'ingénieux Pujali (2) et les observations de Bénévoli (3) recommandable par sa grande expérience , lorsque
(i)Piaelect. ad Instit. , §. 366.
(2)Dec. , obs. 3; n. ê.
(3) Dissert. 2.
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îa vessie est dénuée de ce mucus dont elle a été enduite pour la défendre contre le stimulus trop considérable de l'urine.
Je passe sous silence le cas où ce viscère lui-même tombe dans le scrotum, quoique je sache depuis que Georg. Georgi actuellement médecin très-distingué de Pesaro m'a écrit, qu'il n'est pas trèsrare, comme Méry (i) le croyait, lui qui tout en rapportant qu'il l'avait vu deux fois, avouait qu'il ne connaissait aucun auteur qui en eût fait mention. En effet, je l'ai vu cité d'après Plater dans cette section (2) du Sepulchr^etum , et d'après Bartholin dans la section précédente (vingt -troisième (3)), et je l'ai lu aussi dans Ruysch (4), qui le vit plus d'une fois (5), comme cela a été avancé avec vérité par Chr. And. Koch (6), à l'endroit où il indique aussi une autre observation du même cas appartenant à Boerhaave. A cette observation et à d'autres, pour ne point parler ici de la chute analogue (7) de la vessie chez les femmes, affection sur laquelle et sur les symptômes de laquelle vous pouvezconsulter en attendant Méry (8)
(1) Mêm. de l'Acad. Pvoy. des Se. j, a. 1713.
(2) Obs. 17, §. 4, in schol.
(3) Obs. 4, S- 4.
(4) Cent, j obs. 98.
(5) Advers. anat. , dec. 2 , n. 9
(6) Affect. in libr. , etc. , rar. descr. in ratiocin,
(7) p^icl. tamen et Epist. 43, n. 14.
(8) Mém. cit.
DE LA StJPPRESSIOlNr DE l'uRINE. 4^9
lui-même et le célèbre Bassius (i), vous ajouterez al^ssi celle que le savant Valcarerigh (2) recueillit sur un homme noble.
Mais s'il est rare d'observer ce cas, dans lequel, lorsqu'il existe, l'urine peut élre rejetée de la vessie si le malade soulève ou comprime ce viscère en même temps que le scrotum avec ses mains (ce qui en est l'indice propre ou patbognomonique), il y a d'autres suppressions d'urine qui sont tantôt fréquentes, comme celles qui dépendent d'un calcul un peu gros, et d'un spasme de la vessie ellemême si nous en croyons Hoffmann (3), qui explique surtout de cette manière une (4) de ses observations et de ses dissections, et tantôt moins fréquentes, comme celles qui sont produites (ce que le même auteur (5) a vu) par l'érosion et un déchirement considérable des tuniques extérieures de ce viscère , opérés par du pus fétide qui du rein gauche entièrement détruit et corrodé par un ulcère, était tombé dans le bassin, et comme celles aussi qui ont pour cause des tubercules : or dans ces suppressions d'urine, l'emploi des stirnulans ne sera d'aucun secours, et sera au contraire extrêmement nuisible.
(1) Dec. 3, obs. aiiat., chir. 3.
(2) Dissert, de Saxis acub. ^ etc.
(3) C. 7 suprà ad n. 11 cit.;, epicr. ^ obs. 1. (4j Ibid.
(5) Ibid. , obs. 8.
D'un autre cô(é il existe quelquefois des tubercules dans la vessie ou à son col , quoique des médecins même distingués se soient souyeni trompés en les admettant, comme cela a été clairement démontré par Bénévoli (i) déjà cité. Je dis, il exisle des tubercules; car bien que Ruysch Çi) n'en représente qu'un exemple, il indique cependant suffisamment dans une observation (3) qu'il a jointe au dessin , qu'on en rencontre beaucoup. Vous verrez dans le Sepulchretum lui-même, pour ne pas trop vous en éloigiier, les tubercules que Drelincourt (4) rencontra, Fexcroissauce que SyI-> vins (5) observa, et les caroncules que Tulpins (6), Smetius (7) et Fabrice de Hiîden (8) trouvèrent, et vous lirez aussi dans le même ouvrage d'autres choses qui appartienuent au même sujet. Vous vous souviendrez peut-être encore aussi de la caroncule que j'ai écrit autrefois dans la première Lettre anatomique (9) avoir trouvée dans la vessie urinaire en même temps qu'une autre dans la vésicule du fiel. Et quoiqu'il soit superflu de rap-
(i) Diss. 2 cit.
(2) Cent. , obs. fig. ^2.
(4) Secl. hâc il\, obs. 3, J. 2.
(5) Ihid., obs. 10, 5. 6.
(6) Ihid. , obs. 8. .;
(7) Sect 25^ obs. ij 5. 4.
(8) Ib'd. in schol.^ ad §. 2,
DE LA SUPPRESSIOJ^f DE l'uRINE. /|4 t
porter des exemples de tubercules développés dans le méat urinaire (attendu qu'il en est fait mention dans les Aphnrisnies (i) mêmes d'Hippocrate), et de la suppuration qui les détruit , cependant je croirai que vous ne serez pas fâché qu'à l'histoire de cette religieuse qui vécut soixante-six jours avec des lavemens nourrissans par les soins de Ramazzini (2), j'ajoute encore une circonstance que j'ai apprise de lui-même, savoir qu'ayant été prise ensuite d'une suppression d'urine, et que refusant le secours du cathéter, elle fut réduite à l'extrémité quelques jours après, et commença à rendre son urine avec du pus en petite quantité, et sans aucune autre douleur que celle de l'urètre, ce qui démontra que la cause de la maladie était un tubercule développé dans ce canal. Comme la suppuration favorable de ce tubercule fit cesser la suppression , de même les irritations produites par les remèdes que j'ai indiqués plus haut, l'auraient augmentée.
Toutefois les tubercules de cette espèce peuvent facilement se changer en pus, et rendre la voie libre. Mais qui espérera que des tumeurs squirrheuses ou tendant à la dureté du squirrhe, telles que celles qui ont coutume de se former souvent dans la glande prostate, ou d'en tirer leur origine, puissent être détruites par la nature elle-même,
(i) 82, sect. 4; et 59, sect. 7.
(2) Conslitut. epidcffl. iirb.^ a, 1691, n. 2.1.
44^ QUARAKTE-UWIÈME LETTRE.
et bien moins encore par l'art? Or telle était, je crois, l'excroissance de cette glande que j'ai décrite plus haut (i) d'après une observation de Valsalva. Telle fut du moins la tumeur de la prostate tout entière dans l'observation suivante qui m'appartient.
i3. Un patri^zien, mon compatriote, H. M., âgé de plus de soixante ans, d'une taille carrée, robuste, d'un visage rouge, d'une constitution tendant à l'embonpoint , portant une hernie, avait eu dans sa jeunesse une gonorrhée virulente, et avait toujours bu beaucoup et souvent même du vin pur. Comme il urinait aussi beaucoup et trèsfréquemment, il avait à peine été attaqué un an auparavant d'un léger commencement de rétention d'urine. Mais l'an 1710, le 4 mars, celle-ci se supprima entièrement presque tout à coup. Un médecin, son parent, s'empressa de le secourir avec des clystères, des bains, une saignée des veines îiémorrhoïdales, et des remèdes propres à lâcher le ventre, qui était alors serré; mais ce fut inutilement. C'est pourquoi il ordonna à la fin d'introduire un cathéter, ce qu'on fit alors et dans la suite sans une grande difficulté. Or à chaque introduction on retira les premiers jours où on commença à recourir à ce moyen, près de sept livres d'urine, quoiqu'on donnât au malade peu de boisson. Dans les jours intermédiaires (car il en vécut quinze
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BE LA SUPPRESSION DE l'uRINE. 44*5
environ) on en retira un peu moins; et dans les derniers on en relira de nouveau jusqu'à sept livres. En effet, les premiers jours il sentait quelque envie d'uriner, les jours suivans il n'en sentait aucune, et les derniers il en sentit quelqu'une de nouveau. Quelquefois on vit un peu de sang dans les urines, et d'autres fois quelques petits morceaux d'espèces de membranes fines. Les derniers jours il s'y joignit une douleur à l'une des épaules, l'avant-derriier de la fièvre, et le dernier on remarqua en retirant la sonde d'argent après avoir évacué l'urine le matin, qu'elle était teinte comme si elle eût été plongée dans une humeur vitriolique, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Le même jour, vers le soir, voilà qu'il est pris d'un frisson et d'un tremblement, quoique la peau soit chaude; de là l'obscurcissement du pouls : mais celui-ci se manifes* tant de nouveau, non sans des intermittences, il survient un autre tremblement, et la mort a lieu à la cinquième heure de la nuit.
Examen du cadavre. Prié d'assister à la dissection du cadavre, je m'y trouvai avec d'autres médecins le lendemain au commencement de la nuit, et j'appris alors du chirurgien qui avait traité le malade, et d'autres personnes qui toutes confirmèrent son rapport, ce qui a été écrit tout à l'heure. Nous remarquâmes que le péritoine était livide, surtout à Fhypogastre, et que les intestins l'étaient légèrement. A la partie supérieure du fond de la vessie distendue, les vaisseaux étaient en-
gorgés de sang en dehors , et la tunique interne y était rouge cà et là; mais toutes les membranes de ce viscère se trouvaient plus épaisses que dans l'état naturel, ce qui fit que même après Tévacuation de l'urine, il conservait un volume plus considérable qu'à l'ordinaire. Avant que ce liquide ne fut entièrement évacué, nous observânfes qu'un grumeau qui n'était pas très-petit, et qjii ne ressemblait à rien plus qu'à une hydatide à demi déchirée, nageait au milieu de lui; mais en l'examinant avec pins d'attention il nous sembla que c'était une légère concrétion polypeuse, qui simulait de petites membranes roulées sur elles-mêmes et affaissées. Du reste les petits fragmens qui s'étaient montrés quelquefois dans Furine évacuée, étaient de la même espèce, d'après ce qu'affirmaien t ceux qui les avaient vus. Pendant donc que nous cherchions îa cause de cette suppression, elle se présenta à la partie basse de la vessie. La glande prostate était tout entière tuméfiée contre nature, et d'une telle dureté, que quand on la coupait il semblait qu'elle était composée d'une sorte de substance mixte entre le cartilage et le ligament. Elle était blanche, si ce n'est qu'en certains endroits, mais surtout à ses deux surfaces, elle se trouvait noirâtre par le sang qui était en stagnation dans les vaisseaux, et cela d'une manière plus remarquable à droite, côté où une grande entérocèle distendait le scrotum.