‹ Recherches anatomiques sur le siege et les causes des maladies (volume 3)Chapitre 33 sur 44 · DE LA SUPPRESSION DE LURINE · texte numérisé non relu

DE LA SUPPRESSION DE LURINE

dont cet auteur a expliqué les siennes. Comme la ville voyait donc que sur cinq habitans, quatre, dont un avait été traité par moi-même, étaient guéris, et que celui-là seul dont vous avez lu la dissection était mort, elle louait la prévoyance des autres médecins qui avaient fait introduire à temps un cathéter, et elle blâmait, à droit ou à tort, la lenteur de celui dont je parle. Mais de même que les causes d'une maladie varient chez les différens individus, ainsi que l'état du corps, des parties et de l'urine, de même les médecins peuvent avoir des raisons différentes pour employer promptement ou pour différer certains remèdes sur différens malades. Quant à moi, ayant promptement mis en usage des moyens plus faciles, mais inutilement, je ne me repentis pas de m'être pressé de recourir au calhéter, quoique le chirurgien trouvât que c'était trop tôt , et qu'il prétendît à cause de la tension peu considérable de l'hypogastre, qu'il n'y avait pas d'urine dans la vessie. Mais il fut aussitôt détrompé, moins par l'absence des signes d'une ischurie rénale, et par la présence des autres signes d'une ischurie vésicale très-incommode, que par le fait même. En effet, après avoir introduit la sonde, il retira jusqu'à trois livres d'urine, ce qui soulagea beaucoup le malade, qui s'étonnait comment ayant pris peu de boisson il avait autant d'urine dans Ja vessie 5 car il ignorait qu'une certaine affection diabétique co-existe assez souvent avec cette suppression.

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ce qui m'a fourni l'occasion de douter quelquefois si celle-là ne devint pas la cause de celle-ci en distendant la vessie pendant le sommeil du sujet d'une manière si considérable et avec une telle promptitude, que cet organe ne put plus se contracter lorsqu'il se réveilla bientôt après. Au reste quoique je ne sache pas d'une manière certaine si le malade dans la vessie duquel Fabrice d'Aquapendente (r) écrit qu il s'écoula une si grande quantité d'urine pendant que la nature préparait la crise, que le sujet ne pouvant la rendre, il fallut l'évacuer au moyen d'un cathéter; quoique, dis-je, je ne sache pas si ce malade dormait, comme le mien , ou bien s'il avait les sens émoussésà la suite d'une fièvre continue et grave pendant laquelle il était resté couché, cependant on peut facilement soupçonner l'une ou l'autre circonstanceicar sans cela on ne voit pas pourquoi du moment que l'urine eut commencé à s'écouler un peu plus abondamment dans la vessie , il ne la rendit pas, et ne continua pas à la rendre pour empêcher que toute celle qui y abordait n'y fût retenue.

i5. Pour que vous ne cherchiez pas dans d'autres auteurs des exemples de la co-existence des deux maladies dont j'ai parlé plus haut (2), c'està-dire du diabètes et de l'ischurie (exemples auxquels appartiendrait surtout dans le Sepulchretum

( I ) De cliirurg. opérât, ubi de urinae suppress.

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celui de Fabrice de Hilden , qui a pour sujet un vieillard cité plus haut, et qui a éié rapporté dans cette section au §. 8 de la dixième observation, mais de la dixième observation décriteen premier lieu; car celle qui suit immédiatement porte par négligence le même numéro), il suffit sans que j'y j*^^^'^^^ moi-même des faits très -récens que je connais, que vous relisiez l'histoire qui nous occupe (i). Vous verrez comme le malade buvait peu alors, et quelle quantité d'urine s'écorilait néanmoins dans la vessie. Je suis fâché de n'avoir pas examiné les reins et le foie de ce sujet; mais ce n'est point par l'espoir que j'aurais pu reconnaître par l'inspection de ces viscères, la cause de ce qui survient dans le diabètes. En effet, pour mettre de coté les faits fort étonnans que l'on raconte (2) sur le diabètes vrai , faits dont quelquesuns ne paraissent pas devoir être admis sans un Sage examen, ce que l'on regarde comm.e constant de nos jours à Venise (3) et à Bologne (4) n'est certainement pas moins étonnant, savoir que dans un diabètes bâtard, commeon l'appelle, deux filles rendirent, l'une 3674 livres d'urine en 94 jours, et l'autre 4171 livres en 97 jours, tandis que l'une

(i)N. iB.

{2) F^id. suprà, n. 2. y

(3) Caso propojto da Bartol. Barati a Lodovico Testi con la rispo^.ta di questo.

(4) Comment. deBonon, , Se. Instit.^ t. i^ siib. tit, medic„ VI. 29

45o QU AR AI\ TE- UIYIÈME LETTRE.

et l'autre non-seulement ne buvaient que peu ou point, mais encore étaient fort altérées et avaient horreur de toutes sortes de boissons, à l'instar de ceux qui sont attaqués d'hydrophobie. Quelques vices que Ton trouve dans les reins ou dans le foie (car Méad (i) assure avoir toujours trouvé quelque chose de stéatoinateux dans ce dernier vis-», cère en disséquant des sujets morts d'un diabètes), vous comprenez assurément qu'on ne peut pas voir malgré cela d'où l'on doit faire provenir, je ne dis pas une aussi grande quantité d'humeur, mais même une quantité moitié moins considérable. C'est pourquoi ceux qui ont entrepris d'expliquer les cas de ces filles ont été obligés de faire ce que Méad (2) fit enfin d'une manière positive, et ce que des médecins (3) avaient déjà commencé de faire au quinzième siècle, c'est-à dire de recourir à l'air, et de rapporter (explication beaucoup plus convenable que celle de ces anciens) cette énorme quantité d'urine, non pas à l'air lui-même, mais à de petites parties aqueuses nageant dans ce fluide.

Je suis donc fâché de n'avoir pas examiné les viscères que j'ai indiqués, non point parce que j'aurais pu y trouver la cause de ces cas étonnans , mais parce que j'aurais pu y remarquer

(1) Expos» meclian. Venen. tent. i.

(2) Monit. wiedic, c. 9, sect. 2.

(3) Vid, Marc. Donatum, c. 27 suprà, ad n. 2 cit.

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peut-être quelques vestiges soit de la cause partielle d'un diabètes qui n'était pas très considérable, soit plutôt de son effet, Et j'en suis d'autant plus fâché, qu'il existe peu de dissections de sujets morts après cette maladie. Ceci est prouvé par la brièveté de celle des sections suivantes du Sepulchretum (la vingt-quatrième), qui porte son titre. Au reste, sur les cinq observations qui s'y trouvent en tout, il y en a trois dans lesquelles il est dit, ou que les deux reins étaient tropflasques, ou du moins que l'un était affaissé sur lui-même, ou presque détruit. Deux observations de Ruysch (i), que je suis étonné de ne pas voir réunies à celleslà , s'accordent avec elles ; car Hoffmann (2) n'avait pas alors publié la sienne. Mais bien que celle-ci suppose que le diabètes provient d'une rétention antérieure d'urine dans les reins et dans les uretères, d'où une grande quantité de ce liquide revient dans le sang, pour en sortir bientôt abondamment quand la cause de la rétention est détruite, cependant elle revient , à dire aussi ellemême que les pores des reins avaient été relâchés par cette rétention et par ce retour de l'urine, puisque le rein droit parut deux fois plus gros que celui du côté gauche , et que l'uretère du même côté était très-dilatée et semblable à un boudin, sur un comte qui avait été attaqué d'un diabètes.

(i)Obs. addit. ad dilucid. valv^ular. i3, et cent. , obs. i3* (2) Coiisult. medic, cent. 2, cas. 85.

Quant à moi, de même que je ne suivrais riullement cette explication sur tous les sujets, attendu que la rétention d'urine n'existe pas antérieurement sur tous, et que la quantité de ce liquide que la plupart rendent, dépasse de beaucoup tout ce qui aurait pu être retenu et revenir dans le sang, de même je la suivrai sans peine sur l'homme dont j'ai rapporté l'histoire, et dans d'autres cas semblables, où les sujets ne sécrètent pas autant d'urine, et où ils la sécrètent après une rétention; d'ailleurs il paraît que sur le même homme les reins étaient relâchés même auparavant, puisqu'avant l'ischurie il buvait et urinait toujours beaucoup. D'un autre côté, je pourrais peut-être mieux conjecturer quelle lésion s'y élait jointe d'après l'humeur dont les reins transmettaient une si grande quantité en dernier lieu, tandis qu'il buvait peu, si j'avais examiné toutes les urines. Car relativement à ce que les premiers et les derniers jours celles-ci produisaient quelque envie de pisser, et aucune dans les jours intermédiaires, cela pouvait dépendre plus facilement de leur quantité que de leur nature, puisque cette quantité était moindre dans les jours intermédiaires, et plus considérable dans les premiers et les derniers; à moins que vous n'aimiez par hasard que la sensibilité de la vessie eût été affaiblie par sa, fréquente distension, au point qu'elle ne fut plus affectée les jours intermédiaires, jusqu'à ce que les urines devinrent enfin si acres par la petite

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quantité de boisson et par la grande quantité cl'humenr sortie du sang, qu'elles irritaient légèrement la vessie malgré ratfaibiissement de sa sensibilité, époque à laquelle elles auraient aussi commencé à y exciter çà et là quelque phlogose.

16. Que si j'eusse aperçu à la face interne de la Tessie quelque érosion , comme j'y remarquai une phlogose , j'aurais peut-être moins examiné ce grumeau membraniforme^que je trouvai dans Turine après la mort, et que je jugeai être une concrétion polypeuse, parce que j'aurais pu croire alors qu'il était formé de petites lames tombées de la membrane interne ; car la controverse que j'ai appris s'être enfin élevée les années précédentes pour savoir si ce phénomène peut avoir lieu sans une héniQrrhagie qu'il est impossible d'arrêter, n'existait pas dans ce temps-là. Mais il est certain qu'une hémorrhagie de cette espèce n'était point survenue sur une dame dont Willis (r) a parlé, et qui avait rendu par l'urètre long-terups avant sa mort une membrane épaisse et large, remplie cVune matière sablonneuse. Or il fut constant par la dissection du cadavre que cette membrane était une partie de la tunique interne de la vessie. Cette hémorrhagie ne survint pas non plus dans la suite sur deux femmes qui rendirent chacun, par le même méat, une membrane large que Ruj^féh (2)

(i) Diss, de urin. , c. 5.

(2) Ad vers. anat. , dec. 2, n. g.

454 QITARANTE-ÛNIEME LETTRE.

etBoerhaave(i) virent très-bien, et qui dans Vun des cas était com/ne parsemée de petits cailloux. Or il n'est pas croyable que de tels hommes aient pris pour une véritable membrane une fausse meinbrane^ attendu surtout que Ruysch avait enseigné (2) plusieurs années auparavant, comment l'art, et à plus forte raison la nature , peuvent former de fausses membranes, et comment il en avait formé lui-même. Il est certain d'ailleurs que ce n'était pas une fausse membrane, puisqu'elle avait des vaisseaux sanguins qui lui étaient propres, celle qu'un homme avait rendue par la même voie, et qui avait été observée auparavant par Rouhaiilt (3), qui trouva que trois portions seulement avaient une telle ampleur, qu'il ne doutait pas qu'elles ne formassent au moins les deux tiers de la tunique interne de la vessie; or tant s'en faut qu'il s'y fut joint une hémorrhagie impossible à arrêter, que l'urine ne parut jamais teinte de sang.

Assurément je ne prétends pas que tout ce qui sort de la vessie sous forme de membrane, soit une véritable membrane, puisque je pensai que ce n'en était pas une sur mon compatriote en question. Mais je soutiens que les caractères des membranes sont quelquefois si évidens, qu'il ne faut point contredire des hommes très-exercés qui les ôntexa-

(1) Vid. Kochii cit. snprà ad n. 12 descript. in historia.

(?.) Thés. anat. 7, n. 09.

(3) Hist. de l'Acad. Roy. des Se, ann. J 71/} > ^^' anal. i.

DE LA SUPPRESSTOISr DE l'uRINE. /^B5

minées et qui les ont regardées comme cie véritables tuniques; et parce que nous ne comprenons pas tout (le suite comment certains phénomènes peuvent s'opérer sous des symptômes très-graves et même mortels, il ne faut pas en venir au point de nier les faits. Ainsi , croyez que ce que je vous ai écrit ailleurs (i) dans une Semblable controverse relativement à la membrane interne des intestins qui s'abcède quelquefois , a lieu ici aussi en grande partie.

17. Maintenant j'arrive à la cause de la suppression que l'on a trouvée dans le gonflement et l'endurcissement extrêmes de la glande prostate. J'avais appris que cette cause n'était pas rare par les observations des auteurs qui sont cités dans le Sepulchretum , savoir Rioîan (2), Murait (^), Dolée(4), et sans doute aussi, commeje le comprends, Reiseîius (5); je n'ai pas dit, et autres, surtout Paré (6) qui aurait du être nommé avant tous, parce que je considère ici non-seulement la grosseur, mais encore la dureté squirrheuse. Et je l'ai confirmé ensuite par d'autres observations analogues qui ont été recueillies postérieurement, et que j'ai

(1) Epist. 3t, n. 20.

(a) Sect. hâc i/f, obs. 17, §. 5.

(3) Sect. 26, in addit. ^ obs. 16.

(4) Ibid., obs. 17.

(5) Ibid. , obs. 1 8.

(6) Sect. eâd., obs. j^ J. 6.

^^& QUARANTE-UWÏÈME LETTRE.

entendu raconter, ou que j'ai lues. Les cas que j'ai entendu raconter ont eu lieu ici à Padoue sur deux hommes honnêtes que je connaissais hien. Quant aux autres, je les ai lus, soit dans d'autres auteurs, soit surtout dans le célèbre Heister (r), ainsi que, si l'on considère seulement l'augmentation du volume de la glande, dans deux autres écrivains très-distingués, mes amis, Vallisnieri (>.) et Bénévoli (3), auxquels vous ajouterez Riediin (4)-

Mais la prostate n'est pas toujours tuméfiée tout entière. Assez souvent il n'y a que la partie supérieure de sa circonférence qui grossit et se tu=niéfle partout, ou dans un certain endroit, de manière à fermer l'issue à l'uriue. Je puis, je crois, indiquer d'après le Sepulchretum des exemples où cette partie était assez tuméfiée pour produire cet effet ; tandis que j'ai plusieurs observations où elle ne faisait que commencera se tuméfier, et que je ne serai pas fâché de placer ici par ordre après ces autres exemples, pour vous faire connaître les petits commencemens de grandes maladies.

Pthodius (5) fait dans cette section du Sepidchre* tum la description d'un vieillard, chez lequel l'éva-

( i) Instit. clair. , p. i, &. 5 , c. 44 ? ï^- i J ^t diss. de anat maj» in chir. necess. , c. i , s. 4 ^ §• 3 , an. 4- (2; Opère, tom. 3, s. 2, oss. 21^, 22.

(3) Dissert. 2.

(4) Ep)i N C. , dec. 7, a. gel 10^ obs< 148. (ojObs. 12, 5. 3. '

DE LA SIIPPIIESSION DE l'uRTIVE. 457

cuation de l'urine avait été rendue insensiblement plus difficile , et avait enfin été entièrement empêchée, quand celle-ci fut devenue nciuquense, par un petit appendice calleux attaché en dedans à V orifice seul de la vessie ^ et plus véritablement par la circonférence intérieure et membraneuse de V orifice qui formait une excroissance de la grosseur d* un article. Assurément il pouvait faire une descriptioa plus claire, ainsi que celui par qui vous verrez que le même orifice a éié décrit dans la section suivante (i) sur Casauboii qui fut tant .tourmenté 23ar des maladies de la vessie, description que de graves.erreurs commises par les imprimeurs rendent encore plus obscure. Mais si je comprends bien ce que l'un et l'autre virent, la circonférence de cet orifice qui est formé par la partie supérieure de la prostate, était soulevée par une trop grande élévation de celle ci.

Mais j'ai vu le dessus de cette circonférence de la même glande, qui commençait à former une excroissance de tous côtés i>ur un vieillard dont je vous enverrai l'histoire lorsque je traiterai des fièvres (*i). Et je crois que c'était à une partie de cette circonférence qu'appartenait f^3 qui est rapporté dans cette section (3) d'après Gassendi : il existait au sphincter de la vessie une caroncule ou

(i)Obs. 3.

(2j Epist. 49, n. 18,

(3) Obs. 12, §. 10.

une substance calleuse^ qui était disposée en croissant vers la partie inférieure ^ et épaisse de près d'un tiers de doigt ^ et qui obstruait V orifice du méat. Bien que je vous aie donné ailleurs dans la trente-septième Lettre (i) un exemple de moi relatif à une caroncule qui commençait à se former à cet orifice, et que vous deviez en recevoir un autre dans une (2) des suivantes, je veux cependant en ajouter ici un troisième, parce qu'il est court et qu'il n'appartient presque pas à un autre sujet.

1 8. Un habitant de la campagne, âgé de soixantequinze ans, était mort d'une hydropisieascite dans cet hôpital au commencement de l'année 1741 , à l'époque où j'y faisais aux jeunes étudians la démonstration anatomique des organes urinaires et spermatiques.

Examen du cadavre. N'ayant donc reçu de ce cadavre que ces organes, je les examinai avec soin. Après y avoir trouvé quelques autres objets qui étaient moins apparens, mais qui cependant n'étaient point morbides, et dont je parlerai ailleurs, •voici ce que je remarquai alors comme appartenant à des maladies. Tandis que le scrotum était tuméfié, comme cela a lieu fort souvent dans l'ascite,ily avait beaucoup d'eau dans les cellules du dartos, et il en existait à peine quelque peu dans l'intérieur des deux tuniques vaginales; quoiqu'il

(2) Epist. 43^ 11. 24.

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