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(1) Earumd. cent. 1 et 2, obs. i86.
(2) Earumd. cent. 9 , obs. 4.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 4%
de la maison. En effet, j'étais à Bologne lorsqu'un homme de la plus haute noblesse apiès avoir éprouvé des douleurs des reins, et ensuite un sentiment de piqûre dans la vessie, et avoir enfin senti en urinant que son urètre était piquée, vit tomber de sa verge avec l'urine un petit animalcule; et bientôt après en regardant ce qu'il avait uriné, il aperçut dans le bassin avec de petits graviers , non pas cet animalcule tout seul , mais plusieurs autres de la même espèce, et il les montra à Valsalva , qui était son médecin. Celui-ci lui avait donné par hasard de l'eau dans laquelle on iavait fait bouillir de la racine de saxifrage. C'est pourquoi il voulut qu'on retirât de l'urine les vers qui étaient vivans, et qu'on les mît dans une tasse remplie de cette eau; il sembla qu'ils étaient tombés dans un état de stupeur et qu'ils étaient presque morts. Cependant deux jours après étant sortis de cette stupeur, on les jeta, pour faire une expérience, dans plusieurs eaux, dans chacune desquelles on avait fait cuire ou on avait agité différentes substances que l'on regarde comme contraires aux vers; et aucune d'elles ne parut leur être nuisible, excepté une dans laquelle on avait agité du vif-argent après y avoir fait cuire des substances propres à expulser Içs petits graviers. Ces animalcules étaient noirs, et semblables jusqu'à tin certain point à de petits escarbots; ce qui engagea enfin Valsalva à ordonner qu'on cherchât avec soin pour voir si l'on en trouverait d'autres
4^0 QUAÎlAÏTTE-BETJXîiME LETTRE.
de la même espèce dans la chambre du malade , on à l'endroit où l'on gardait les pots de chambre* Comme on en trouva, il cessa ses expériences; et cependant il ne paraissait pas s'être entièrement défait de ce premier soupçon, par la raison surtout qu'on lui présenta d'autres animalcules que l'on disait avoir été rendus avec une matière sablonneuse par un autre sujet. Quoiqu'il m'ait fait ■voir un de ces insectes, et qu'il ait eu le soin de le dessiner tout vivant à l'aide même du microscope, cependant je n'en dirai rien, puisque AIghisi a fait connaître ce qu'il eu pensait dans une lettre adressée à Vallisnieri (i) où se trouve aussi le dessin de ces animalcules, et que Vallisnieri a cru pouvoir soupçonner d'après ce dessin que c'étaient des vers de quelques petits escarbots nichés dans les poutres, qui étaient tombés par hasard des plafonds dans le pot de chambre; car voilà ce qu'il m'écrivit le 4 avril de l'année 171 1. Mais on voit dans une note (2) faite à la lettre d'Alghisi, que le même Vallisnieri commença plus tard à changer d'opinion, en sorte qu'il ne niait pas absolument cjue quelques vers extrêmement petits et presque invisibles, qu'il voyait alors dans l'urine d'un homme qu'il traitait, n'eussent pu être engendrés dans son corps.
Puis donc qu'il en est ainsi, et que Vallisnieri
(i) Quam vicL tom. i hiijus operuim, p. 5, (2) Ibidi.
DE LA. DYSTJRIE ET DE L ARDEUR DE l'uRINE. /471
n'a rien établi ensuite de positif, que je sache, sur ces vers, il vaut mieux que je suspende aussi mon assentiment, jusqu'à ce que des connaissances plus certaines soient fournies par le hasard, ou ac* quises par l'habileté de quelque savant très versé dans l'histoire des insectes, comme Test de nos jours le célèbre Réaumur. Plus Tétude de cette histoire a été avancée dans ce siècle, plus elle a rendu les médecins prudens à admettre des observations de cette espèce. Voyez , par exemple, combien!. Rhodius(i)etDom. deMarini (2)en passent en revue. Sur un si grand nombre de vers que l'on citait autrefois comme ayant été rendus par l'urètre, nous reconnaîtrions sur-le-champ aujourd'hui que les uns n'étaient que des concrétions polypenses vermiformes, et que les autres étaient bien de véritables vers, mais qu'ils étaient tombés du dehors, et non de l'urètre, dans les pots de chambre ( puisque c'étaient de ceux qui ne peuvent ni être engendrés ni vivre dans notre corps); ou que s'ils sortirent véritablement de l'urètre , ils étaient nés non point dans les organes urinaires, mais dans les intestins perforés, et s'étaient glissés de ces derniers dans la vessie ou dans l'urètre , surtout par des voies que des abcès et des fistules avaient ouvertes. Vallisnieri (3) cite un exemple de ce der-
(i) Cent. 3, obs. med. 35 et 36.
(2) Dissert, de re monst. a Capucc. , elQ,
(3) Adnot. cit.
47^ QITARANTE-DEUXÎÈME LETTRE.
nier genre, et Aighisi (i) en rapporte un autre qui lui est propre , et qu'il reconnut mieux ensuite et confirma (i) entièrement par Tanatomie.
Il y a bien aussi dans \e Sepulchretum {'S) plus d'un exemple de perforations de cette espèce, et si des lombrics cylindriques ou des ascarides étaient sortis par Turètre chez ces malades, il n'y aurait eu rien d'étonnant. Mais lorsqu'on lit dans cette vingt-cinquième section f4) Tbistoire de la dissection d'un homme mort après avoir rendu deux ascarides en urinant^ et qu'on voit qu'on trouva dans sa vessie ulcérée un vermisseau tel que ceux que Von rencontre dans les chairs puti^éftées , on doit nécessairement rester flans l'incertitude, ne sachant pas si quelque petit conduit que l'on n'aurait point remarqué s'éiendait de cet ulcère à l'intestin rectum , d'où les ascarides auraient passé dans la vessie, ou plutôt si ces ascarides quoiqu'ayant été trouvés par le malade sautant tout vivans et rampans sur le gland même de la verge y étaient pourtant sortis non pas de l'urètre, mais de l'anus avec quelque partie d'excrémens, et s'étaient ainsi glissés jusqu'à la verge. Pour ce qui regarde ce vermisseau qui était d'une espèce bien différente, et qu'on trouva dans l'ulcère de la vessie, si toutefois c'était un véritable vermisseau, et si dans ce
(i) Loc. cit.
(2) P^id. Benevoli osserv. 8.
(3) Sert 27, 1. 3, obs. i.
(4) In addilam ^ obs. 20.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'tJRÏNE. 4?^
cas il iravait point été porté là par hasard avec des éponges ou d'une antre manière, vous pourrez croire qn'il était né d'une mouche près de l'orifice externe de l'urètre, qui était sali d'un ichor putride, et qu'il s'était glissé à travers cet orifice jusque dans la vessie, mais après la mort du sujet et fîon pendant sa vie. Car le sphincter de la vessie ne lui aurait permis d'entrer dans cet organe qu'autant qu'il aurait été tout-à-fait relâché, et le sujet, à moins qu'il ne fût entièrement privé de sentiment, aurait senti le mouvement que le vermisseau faisait en rampant dans l'urètre, ce qui aurait donné lieu à une envie d'uriner, et de cette manière il l'aurait rejeté avec l'urine aussitôt après son entrée dans ce canal; circonstance à laquelle je suis étonné que Pvuysch (i ) n'ait pas fait assez d'attention, puisqu'il a pensé que des vermisseaux peuvent se glisser des latrines jusqu'au col de la vessie à travers l'urètre, et s'y attacher jusqu'à ce qu'ils passent à la forme de nymphes, point sur lequel il s'élève une autre grande difficulté d'après le jugement de Vallisnieri (2).
7. Pourquoi donc, direz -vous, parmi tant d'exemples qui ont été cités par Georg. Frank (3), par Ros. Lèntilius (4), et par Mich. Fr. Lochner (5),
(i) Thés. anat. i, in Une.
(3.) Adnot. cit.
(3) Eph. N. C, dec. 3, a. 4, obs. 2.
(4) Earumd. cent, i et 2, append. n. 11, ad obs. 14» (5; Earumd, cent. 8^ obs. 9g.
474 QUARANf E-DEtJXiÈME LETTRE,
ne s'en tronve-t-il pas au moins quelques-uns qui ne laissent aucun doute? Je n'ai pas le temps de les examiner chacun en particulier. Mais cependant je puis dire que la plupart .d'entre eux sont les mêmes que ceux qui avaient été indiqués aupara-vaut, et que quoique tous eussent été lus par Vallisnieri (car les volumes dans lesquels ces énumérations se trouvent, avaient été publiés plusieurs années avant sa mort, et il les avait parcourus), il n'en reconnut pourtant aucun, que je sache, pour lequel il crût devoir changer entièrement d'opinion. Il ne doutait pas de la bonne foi de ceux qui avaient écrit ces exemples; mais il aurait voulu dans les uns plus de sagacité , dans les autres plus d'exactitude, dans certains la sage coutume du soupçon et du doute; de telle sorte qu'à moins qu'on n'eût considéré toutes les circonstances antérieures, concomitantes et consécutives, on ne devait pas croire qu'on eût fiit assez de recherches. Après sa mort on publia d'autres exemples, dont un paraît lui avoir été communiqué. Mais il est certain qu'il ne ]mt pas lire ceux qui se trour vent dans le Coinmerciiun litterariiun (i). Et s'il l'avait pu , il aurait sans doute eu beaucoup de déférence pour des observateurs illustres et recommandables sous tous les rapports, comme j'en ai
(i)A. 1731, spec. 27, n. 5; et a. 1734, liebd. 89, post. n. 4; ^t a. 1735, hebd. 36, n. 3 ; et a. 1748 , hebd. 49^ n. 3; lit omittatiir a. 17^5 , hebd. 4^ n. 2, etc.
DE LA DYSURIE ET DE L'ARDEtTR DÉ L URINE. [['jS
Tnoi-raême, mais il aurait p^ut être désiré que presque tous ces exemples n'eussent pas eu lieu sur un sexe enclin à tromper (ce que l'un d'eux ne dissimule pas), que l'on eût décrit les vers daus quelques cas, qu'on les eût véritablement vus vivans dans d'autres, et que dans certains la description et le dessin ne fissent pas naître le soupçon que c'étaient des concrétions polypeuses. Car vous savez combien il était soupçonneux, et, si vous voulez, difficile, même pour ses propres observations.
Au reste, Dan. Leclerc (i) et Lochner (2) luimême, ainsi que l'ami de celui-ci, God. Thomasius (3), furent, comme lui, réservés et difficiles dans le jugement des observations des autres. Et cependant, dites-vous, ceux-ci font une exception pour quelques-uns de ces vers si nombreux que l'on dit avoir été rendus par l'urètre. Mais je ne nie pas avec opiniâtreté le fait pour tous. Seulement j'attends quelqu'un qui confirme par des exemples plus clairs qui lui soient propres, quelquesunes des observations qui m'arrêtent le moins. Et si par hasard ces observations vous paraissent hors de tont doute, je vous permets de les admettre, pourvu que vous avouiez que ces histoires si fré-
(i)Hist. lat. lumbric, c. î3, ubi de vermib. cum uvina excr.
(2) Obs. 99 cit. '
(3) Obs. 100 seq.
quentes et presque infinies qui avaient été rapportées, se réduisent maintenant à des observations rares et peu nombreuses. Ce que je dis sera encore plus évident, si nous voulons considérer celles où l'on a fait jusqu'ici l'examen anatomique. Quoi de plus semblable à un lombric que ce que le célèbre Rellner (i) a décrit, et qui avait été rendu par l'urètre après les douleurs les plus atroces des organes urinaires? Or en portant plus de soin dans l'examen^ il trouva lui-même que ce qui avait été pris pour un lombric n'était rien autre cliose que du sang coagulé et entouré d'une espèce de tunique légère. D'un autre côté les corps fort nombreux qu'un grand personnage rendait par la même voie, ressemblaient entièrement et parfaitement aux lombrics cylindriques des intestins, comme on le voit par la description exacte de Tho- Kiasius (2), au point que le bruit de ce phénomène extraordinaire se répandit dans la ville plus prompteinent que la parole. Or lorsqu'après la mort du sujet on eut cherché en vain le nid de ces vers dans les autres organes urinaires, on comprit enfin d'après l'état du rein gauche et de l'uretère du même côté, que ce n'étaient que des concrétions inanimées d'un sang féculent et visqueux qui avait pris cette forme dans les méats de l'urine. D'ailleurs dans des cas où de véritables lombrics sor-
(1) Act. N. C, t. 5^ obs. 75.
(2) Obs. cit. 100.
DE LA DTSORTE IT DK l'aIIDEUR DE l'uBÎNE. 477
tirent de ]a vessie, l'anatomie apprit à Alghisi, comme je l'ai dit plus haut (i), ainsi qu'à un autre méflecin cité par Vallisnieri, c'est-à-dire au célèbre Reinh. Wagner (2), par quelles voies ils étaient parvenus des intestins dans ce viscère.
' Mais actuellement passons d'une cause douteuse ou du moins très-rare de la dysurie, c'està-dtre des vers nés dans les organes urinaires, à une cause évidente et très-fréquente, savoir à la pierre de la vessie; quoiqu'ayant décrit ailleurs (3) comme appartenant.plus spécialement à l'apoplexie, l'une des deux dissections de sujets affectés de cette maladie qui sont les seules que j'ai trouvées dans les notes de Valsalva, il ne m'en reste qu'une qui a rapport en même temps à des calculs de la vessie et au mauvais succès de leur extraction.
8. Un enfant de neuf ans était affecté d'un calcul de la vessie déjà depuis six ans. Il était très-tourmenté par intervalles. Il rendait souvent l'urine contre sa volonté avec certains filamens, et cependant avec sa couleur naturelle, si ce n'est qu'elle devenait de temps en temps sanguinolente après un exercice immodéré. Tantôt le calcul pouvait être senti avec le doigt introduit dans l'anus, et tantôt il ne le pouvait pas. Un lithotomiste ayant entrepris de l'extraire retira avec beaucoup de force
(2) Eph. N. C. , cent, i et 2, obs. 170.
(3)Epist. 4, n. 2. **
47B QUARAKTE'DEUXIEME LETTRE.
une petite pierre, après avoir tourmenté l'enfant pendant long-temps. Mais comme il sentit qu'il y en avait une autre, il le tourmenta de nouveau, au point que l'enfant disait dans ces douleurs qu'il était suffoqué ; enfin il retira une portion de pierre brisée. Une demi-heure s'était à peine écoulée, que l'enfant commença à vomir, en se plaignant constamment d'une grande douleur à la partie inférieure du ventre. A ees symptômes se joignirent une légère tuméfaction de l'abdomen, et de la fièvre avec une grande soif, quelque difficulté de respirer, et une agitation de tout le corps. C'est pourquoi il mourut vingt-une heures après l'extraction des calculs.
Examen du cadavre, A l'ouverture du ventre, la vessie fut trouvée enflammée avec les membranes environnantes, et déchirée dans sa partie antérieure aux environs du col. La moitié de la seconde pierre était restée dans sa cavité.
9. Certes on ne peut pas excuser ici l'impéritie ou la témérité du lithotomiste. Et je ne dis pas ceci parce qu'en introduisant le doigt dans l'anus , tantôt il pouvait et tantôt ne pouvait pas sentir les calculs; circonstance que j'examinerai bientôt (i). Mais je le dis parce qu'il faut nécessairement qu'il n'eut pas assez ouvert la voie pour extraire le calcul, puisqu'il retira une petite pierre avec une grande force ; ce qui fit que l'avertisse-
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. /j^Q
ment donné par Celse (i), que le calcul se fraye une voie quand on le tire avec force , à moins quil ne la reçoive, se vérifia ici d'une manière funeste, et qu'ainsi bien que les parties cèdent plus facilement à la dilatation chez les enfans, ce qui est une des causes pour lesquelles la lithotomie réussit le plus souvent sur eux, cependant la vessie fut déchirée sur celui-ci aux environs du col. Ajoutez à cela ces douleurs si longues et si violentes, et la brisure de l'un des calculs dont nous ne lisons pas que le volume fût considérable, brisure qui n'aurait peut-être pas été nécessaire si la voie eût été suffisamment ouverte, et qu'il faut toujours éviter s'il n'y a pas nécessité, de crainte que la tunique interne de la vessie ne soit blessée par les tenetles qui l'interceptent, ou par les fragmens qu'elle entoure, ou que ceux-ci ne l'exposent à l'être pendant les longues recherches qu'on fait pour les trouver et pendant qu'on les tire au dehors, ou enfin qu'il ne reste par hasard en dedans quelqu'un de ces fragmens qui devienne le commencement d'un nouveau calcul.
Que si Hippocrate eût défendu à un lithotomiste de cette espèce et à ses semblables, de tailler ceux qui sont affectés de la pierre , on n'aurait pas autant tourmenté un passage de cet auteur qui se trouve dans le livre intitulé le Serment. Mais ce fut à ses disciples qu'il le défendit, en leur or-
(i) De medic, 1. 7, c. 26, s. a.
/j8o QUARANTE- DEUXIÈME LETTRE.
donnant de laisser faire cette opération aux hommes adonnés à la chirurgie; est-ce parce qu'il pensait qu'il ne convenait pas à un médecin de pratiquer la chirurgie, commes'il n'avait pas été luimême très-versé dans l'exercice de cet art ? ou pour n€ pas exposer ses disciples à l'envie de ceux qui s'étaient uniquement exercés au traitement des maladies de chaque partie? Je croirais ceci, si ne s'étant pas borné à ce seul cas il eût aussi donné le même précepte pour d'autres affections de certaines parties. Pourquoi donc a-t-il fait une exception pour ce. cas seulement? Mon esprit incline à adopter préférablement l'opinion de ceux qui croient que cette exception dépend de ce que cette opération était sujette à un danger îrès-grave en comparaison de ces autres traitemens , dans ce temps surtout où l'on n'avait point encore, comme dans celui-ci, la ressource de tant d'averlissemens, de tant de préceptes et de tant d'instrumens, qui l'ont conduite très-près de la perfection. Mais revenons à ce lithotomiste dont j'avais commencé à parler.
lo. Relativement à ce qu'en introduisant un doigt dans l'anus, tantôt il sentait les calculs, et tantôt ne les sentait pas, il peut y avoir plusieurs causes de ce phénomène; et cela arrive souvent aussi-bien aux explorateurs habiles, qu'aux explorateurs igriorans. Assurément c'était, et c'est encore un médecin très-habile, et surtout un chirurgien célèbre, l'illustre J.Ant. Galli, qu'on avait fait
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDETJR DE l'cTRINE. 4^1
venir les années précédentes de Bologne à Faenza, dans le temps où je fus appelé moi-même de mon pays où je me trouvais alors par hasard, auprès de quelqu'un qui n'était pas un homme ordinaire, et qui éprouvait la phipart des signes qui accompagnent la pierre de la vessie. Ce professeur ayant introduit son doigt, ne put trouver nulle part dans ce moment le calcul qu'il avait senti auparavant. Et cependant nous ne conclûmes pas pour cela qu'il n'existait aucune pierre, attendu que ces signes persistaient. Je ne le conclus même pas ensuite, lorsque ceux-ci parurent s'être dissipés. En. effet, un mois environ s'étant écoulé depuis ce jour, je fus averti par le malade qu'ayant été repris alors subitement de la goutte, à laquelle il avait été sujet autrefois, mais qu'il n'éprouvait plus depuis long-temps, toutes les incommodités de la vessie avaient disparu en même temps, et qu'il ne doutait pas d'après cela que je ne me rendisse, comme il le désirait, à son opinion , qui était que ce n'était point par un calcul, mais par la goutte qui avait irrité la vessie, qu'avaient été produites les incommodités dont il s'était tant plaint lorsque j'étais auprès de lui. Mais moi je l4ii répondis constamment que de même que je n'avais pas prononcé d'après ce dont il se plaignait auparavant, qu'il était certainement attaqué de la pierre, par la raison qu'il s'était refusé à Tintroduction d\in cathéter qui aurait peut-être fourni un signe certain par le sou qu'il aurait rendu, de même je ne VI. 3i
482 QUAIl A JYTE-DEUXIÈME LKTTRE.
pouvais pas dire d'une manière positive que parce que ces incommodités s'étaient obscurcies, ce qui était dû peut-être à ce que l'urine était devenue inoins acre parce que ses parcelles irritantes s'étaient arrêtées ailleurs à cette époque, il n'y avait point de calcul ; ce que je n'affirmerais pas lors même que le cathéler introduit ne produirait aucun son. Car je n'ignorais pas que quelques lithotomistes n'avaient point pu sentir en ma présence une pierre, qui pourtant existait, et que la même chose était arrivée àCheselden lui-même (i), quoiqu'il eut introduit trois fois le cathéter. Et effectivement lorsque je fus de retour à Padoue, on m'annonça au nom du malade que ne pouvant plus supporter les premières incommodités qui étaient revenues, il s'était fait tailler, et qu'on lui avait heureusement retiré un calcul que l'on avait ^enti avec le cathéter.
Morand (2), homme d'une très-grande expérience, a également parlé de ceci, et a dit que les douleurs de la vessie produites par un calcul se calment quelquefois pendant plusieurs mois, et même pendant des années; et vous verrez vousmême dans les sections précédentes du Sepulchre^ tum des exemples de Tulpius (3) et de Nasius (4)
, III ■ r
(1) rid. Morand., Mém.de l'Acad. Roy. des Se, a. 1740.'
(2) Ihid.
(3) Sect. if\f obs. 8.
(4) Sect. 23 , obs. 7, §. 4»
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRTNE. 4^3
relatifs à deux sujets qui n'avaient plus éprouvé aucuns ou presque aucuns signes, l'un pendant cinq ans entiers ^ et l'autre depuis son enfance jus-^ quàsa trente -cinquième année ^ quoiqu'ils eussent été tourmentés auparavant par les symptômes les plus douloureux produits par des calculs volumineux de la vessie; en sorte que le premier d'entre eux croyait, comme notre homme de Faenza , qu'il n'avait jamais eu de pierre. Je passe sous silence d'autres individus qui étant morts dans la décrépitude sans avoir jamais fait entendre aucune plainte relative à cette maladie , présentèrent, à l'étonnement de tout le monde, des calculs volumineux ou nombreux dans la vessie. A trois histoires de ces sortes de sujets qui ont été décrites également dans \e Sepulchretum (i) , je pourrais en ajouter trois autres, et nommément deux (2) d'après âlghisi, dont l'un des cas est semblable au troisième de ceux-là, qui a Lossius pour auteur, en ce que la pierre était perforée à son milieu.
Quant à moi, l'an 1752, un pharmacien distingué, dont le magasin est au-dessous du gymnase , m'offrit en présence de plusieurs personnes, pendant que je faisais le cours d'anatomie dans ce gymnase, une pierre perforée, semblable à celle qu'Alghisi a dessinée (3), si ce n'est que le trou
(i) Tbid. , 5- 5 et 7, et sect. 24, obs. 9. (2) Litotom. , c. 4' (3)Tab.3,fig. 9.
était un peu plus étroit. 11 disait qu'elle avait été rendue les jours précédens sans aucun autre secours que celui de la nature et de la main de la femme dans la vessie de laquelle elle s'était formée. Or, je conjecturai que ce calcul, ainsi que celui d'Algiiisi, et d'autres s'il en est encore d'une forme annulaire, s'étaient concrètes à la partie basse de la vessie, là où proéraine la partie la plus élevée de la prostate, ou bien ce qu'on appelle le corps glanduleux chez les femmes; proéminence qui a lieu quelquefois de toutes parts dans l'intérieur de ce viscère au pourtour de l'orifice de l'urètre, de telle sorte que les parois voisines de la vessie s'affaissent tout autour. Quoique cette proéminence, et par conséquent cet affaissement, ne se soient offerts à moi que d'une manière légère et à peine sensible, sur des corps très-sains, comme je l'ai écrit ailleurs (i), cependant rien n'empêche qu'ils ne soient un peu plus considérables sur quelques autres sujets. D'après cela les parcelles sablonneuses et visqueuses restant après la sortie des dernières gouttes de l'urine, peuvent quelquefois se concréter peu à peu dans cet affaissement sur ceux chez lesquels ces deux espèces de parcelles abondent, et y prendre comme dans un moule une forme annulaire, grossir et rester à cet endroit, jusqu'à ce qu'une position extraordinaire du corps, ou un mouvement, ou quelque autre
(1) Advers. 3, animad. /^i.
DE LA DYSURIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 48^
cause, en écartent cette concrétion , Télèvent et la poussent par hasard dans l'urètre qui est plus large et dilatable chez les femmes, comme cela arriva d'autant plus facilement sur celle-ci, que la cir-» conférence de la pierre approchait d'une ellypse, dont l'une des extrémités était un peu plus étroite. C'était une fille âgée de quatre-vingt-deux ans, qui n'avait jamais été avertie par quelque, incommodité, ou par quelque sentiment douloureux qu'elle était attaquée d'une pierre de la vessie, si ce n'est qu'elle avait remarqué qu'elle rendait l'urine par un filet plus petit qu'auparavant, jusqu'à ce que le calcul étant tombé dans l'urètre produisit tout à coup des douleurs qui la forcèrent à faire de si grands efforts d'expulsion , qu'en une demi4ieure il était déjà proéminent, et qu'il put être saisi avec les doigts, et enlevé aussitôt, sans laisser aucune incommodité, comme l'affirmait celui qui avait fait ce récit.
Cependant , quoique le trou laisse passer l'urine, il n'empêche pas toujours toutes les autres incommodités, et il ne les empêchait certainement pas dans un cas où une pierre ronde, lisse et du même poids que celle de Lossius, existait sur un marchand dont l'histoire qui méritait sous tous les rapports d'être rapportée dans le Sepulchretiun , fut publiée à peu près dans le même temps à Padoue et à Nuremberg parles soins de Ch. Patin (i);
(i) Vid, in Lyceo Patav. ejus vitam^ et Epîi. N. Q,, dec. 2^ a. I, obs, 19.
et pour que vous ne croyez point par hasard qne cela eut lieu parce que le canal était creusé non pas ail milieu de la pierre, mais à sa partie antérieuî-e , voyez d'abord dans les Actes (i) des Érudits de Leipsick une pierre énorme qui avait causé à ■peine quelque incommodité sur un vieillard octogénaire ^ si ce nest une douleur grcwatiye à la région inguinale , parce que V urine transportée à la vessie s'écoulait aussitôt des uretères au col de cet organe par un canal formé à la superficie de la pif^rre. Mais voyez au contraire dans les Actes (2) de l'Académie de Vienne ce qu'un autre homme souffrit^ quoiqu'il y eût sur la surface du calcul attaché au col de la vessie, quelques sinus creux y que Vurine avait conservés ouverts pour sortir à travers eux comme à travers des méats. Bien plus, pour que vous n'accordiez pas une aussi grande influence à la voie qui reste ouverte au milieu des calculs, lisez dans Contulus (3) la dissection du cardinal Fronzosi, qui se conserva pendant près de trente ans au moyen d'un genre de vie réglé, et parvint à sa quatre-vingt-sixième année, mais qui fut tant de fois tourmenté par des affections calcideuses et des vices de Vurine^ quoique les calculs de la vessie combinés ensemble représentassent un cercle en laissant entre eux une fente par laquelle Vurine
passait y comme on le voit dans le dessin.
(i) A. i685, tab. 5.
{2) Tom. 4 -> obs. 49- (1 J De lapidib. ^ c. 23 , et in calce libri.
DE LA DYSUllIE ET DE l'aRDEUR DE l'uRINE. 4^7
- Enfin, voici ce que j'ai appris de Vallisnieri. Il y avait à Padoiie un homme de la famille noble de Mantua, avec qui il était intimement lié, et qui avait été tellement et si long-temps tourmenté par la plupart des indices de la maladie dont je parle, que s'il s'y était jamais joint quelque obstacle à l'excrétion de l'urine, tous les médecins se seraient également accordés à prononcer qu'il était affecté d'un calcul de la vessie. Mais le plus gran^d nombre avaient une opinion contraire, parce qu'd rendait toujours l'urine sans aucune difficulté , même lorsqu'il pissait debout. Après sa mort on examina sa vessie, comme il l'avait ordonné pendant sa vie, et l'on y trouva trois calculs lisses et arrondis, et juxta-posés de telle sorte qu'ils laissaient entre eux, en raison même de cette forme, un trOu triangulaire; et quoique par cette disposition l'urine passât par leur milieu , et qu'ils présentassent cette forme et ce poli, circonstances auxquelles je vois que l'on a rapporté dans d'autres cas la raison pour laquelle les calculs n'étaient pas incommodes aux malades, il est certain que sur ce sujet, comme aussi sur le marchand de Patin, ils avaient produit plusieurs incommodités qui n'étaient pas légères. Au reste, je n'ai parlé de ces cas que j'ai indiqués après ces deux premiers de Tulpius et de Nasius, que pour la comparaison, parce que soit que les malades éprouvassent en même temps des incommodités, soit qu'ils n'en éprouvassent pas, les calculs avaient pu cependant être reconnus sur
7j88 QÛARAIfTE-DÈUXlÈME LETTRE.
presque tous par Fintroclnction du cathéter, au lieu qu'ils ne le purent pas sur ces deux premiers, parce qu'au lieu de se présenter d'eux-mêmes ils étaient cachés dans un appendice de la vessie qui s'était formé sur les côtés de ce viscère. J'aurai plus bas (i) une occasion plus convenable pour parler de l'origine de cet appendice. Mais ici il suffit d'en avoir dit un mot pour vous faire comprendre à quelles méprises peuvent se trouver exposés, même par cette cause, les malades et les lithotomistes , si par hasard les calculs , qui étaient auparavant dans la vessie, se retirent dans un petit sac de cette espèce, d'où ils puissent revenir de nouveau dans ce viscère, suivant les différentes positions et les diflérens mouvemens du malade. En effet, il arrivera non-seulement que sur plusieurs lithotomistes l'un les sentira et l'autre ne Je» sentira pas, mais encore que le même les sentira et ne les sentira pas dans des temps différens; et que le malade qui se plaignait auparavant d'un ténesme produit par le poids de la pierre qui poussait l'intestin soujacent à la manière des excrémens durs, et qui lors de la contraction de la vessie en urinant ressentait des douleurs causées par les aspérités du calcul, et éprouvait un obstacle incommode dépendant de ce corps qui s'opposait au cours de l'urine, se croira déjà délivré de toutes ces incommodités et d'autres de cette espèce, et
DE LA DYSURIE ET ITE l'aTIDEUR DE l'tJRINE. 4^9
entièrement guéri de la maladie, du moment que la pierre se sera retirée dans le petit sac.
Mais j'en dirai davantage plus bas sur les calculs ; car s'il faut passer à la description de mes observations dans le même ordre dans lequel j'ai rapporté celles de Valsalva , je dois commencer par celle qui appartient à la dysurie produite surtout par un vice des reins. Or telle est celle que je vous ai promise à la fin de la Lettre précédente, (i)
II. Un homme âgé d'environ soixante ans, avait été couché dans cet hôpital pendant quelques mois pour un empâtement séreux de la cuisse et dii genou gauche, et après que cet empâtement eut été dissipé il ne s'en était pas allé chez lui , parce qu'il avait été retenu d'abord par wn cours de ventre, et ensuite par une inflammation légère de l'un des yeux; et enfin quoiqu'il n'eût plus de motif pour rester à l'hôpital après la guérison de celle-ci, il y restait cependant à cause de sa misère, qui était d'autant plus grande, que c'était un grand mangeur, au point que non content de ce que l'on donne aux convalescens, il en demandait davantage. Une mort subite l'emporta donc instantanément pendant qu'il mangeait, sans aucuns indices de syncope ou de suffocation. Cependant il n'avait jamais présenté aucun signe d'une affection même légère de la poitrine ou du cerveau pendant un si long séjour qu'il avait fait dans l'hô-
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