XXIX« LETTRE ANATOMICO -MÉDICALE
Très-peu de mots sur le Hoquet et sur la Rumination chez V homme ; le reste appartient à la Douleur de V estomac,
j, (Quoique vous trouviez aussi dans le Sepulchre^ tum trois sections sur les lésions de l'estomac, le Hoquet^ les Lésions de la Digestion^ la Douleur^ une pour chacune, ne vous attendez pas à recevoir de moi un égal nombre de Lettres. En effet, les deux premières lésions, lorsqu'elles sont graves, sont telles que se trouvant jointes , l'une à des fièvres, à des inflammations, à des blessures et à d'autres affections de cette espèce, et l'autre à des maladies plus considérables dont elle est l'elfet ou la cause, je dois en traiter en même temps que de ces affections, dans l'intention où je suis de ne pas répéter les mêmes histoires. Vous pourrez comprendre très-clairement ceci aussitôt que vous jetterez les yeux sur les deux sections dans lesquelles il est question de ces lésions. Car vous verrez qu'il est positivement indiqué dans la sixième intitulée des Lésions de la Digestion^ à quelle maladie la plupart des observations appartiennent plus spécialement, et à quel endroit elles ont été rapportées plus en détail. Quant aux autres, toutes celles qui ont été décrites avec plus de soin font voir
assez par elles-mêmes si elles doivent être rappor-' tées ailleurs. Il en est encore quelques-nnes où vous ne trouverez même pas un seul mot sur les lésions de la digestion, comme celle qui est écrite sous le numéro viir dans le §. 2 , et celle qui se trouve dans Jes supplémens sous le numéro i. Que sera-ce, si l'on ne voit pas pourquoi l'on ai rapporté dans cette section quelqu'une d'entre elles, comme celle qui suit immédiatement cette dernière, attendu qu'elle appartient à des sujets c\u'i purent presque jusqu à la fin de leur vie non-seulement retenir la nourri--' ture et la désirer y mais encore la digérer?
2. Mais dans la cinquième section, quelle est enfin l'observation pour laquelle vous ne serez pas renvoyé à une autre section , ou pour laquelle vous ne sentirez pas, si vous n'êtes pas positivement renvoyé, que vous auriez pu et même dû l'être? Et cependant malgré cela toutes les observations ne sont pas très-nombreuses en définitive, quoiqu'il y en ait quelqu'une (ï) qui paraisse avoir été rapportée plus d'une fois. Je croirais donc que c'est pour que la section tout entière ne se trour vât pas excessivement courte, que l'on a intercalé quatre appendices dans aucun desquels il n'est question d'examens de cadavre, et que c'est pour la même cause qu'on a rapporté deux dissections flhomnjes ruminans, qui m'étonneraient moins si elles eussent été rapportées là où il s'agit du
(1) Confer obs. 6, cum §. 6, obs. 7,
DE LA DOULKUR DE l'eSTOMAC. S'J
voniissement. Mais ce a'esl pavS encore assez; on a ajouté à la fin , d'après Peyer, une si longue dissertation sur la rumination, qu'elle dépasse la section tout entière. Néanmoins pour que vous ne croyiez pas que je note ceci comme si je le désapprouvais d'une manière absolue, rappelez- vous le but que je me suis proposé. De plus, recevez quelques réflexions qui se présentèrent successivement à mon esprit, comme il arrive, pendant que je lisais ces appendices sur le hoquet, et les observations des hommes ruminans.
3. Thom. Bartholin en citant dans le second ap-^ pendice parmi les causes du hoquet une tumeur comprimant les nerfs qui se rendent à l'estomac, semblable à celle ^ dit-il, qu'on soupçonna exister sur un homme que f ai connu à Padoue ^ et qui était incommodé par des hoquets continuels , m'a rappelé une observation de Rhodius (i) qui est relative au même cas, et qui, quoique un peu obscure, pourra cependant être examinée par vous. Le même Bartholin cherche dans le troisième appendice pourquoi la saignée du bras était seule utile dans un exemple de hoquet effectivement rare dont il fait la description. Que serait-ce , si la veine phrénique supérieure qui accompagne, comme vous savez, le nerf phrénique, recevant moins de sang par la diminution subite de la quantité de celui qui devait revenir là où cette veine se rend, et par con-
(i) Cent. 2, obs. med. 6i.
58 VIWGT-NEUVIKME LETTRE.
séquent se trouvant allégée aussi elle-même d'une partie de son poids, exerçait une moindre compression sur le nerf correspondant, ou bien absorbait quelque chose d'où dépendait l'irritation de celui-ci? Au reste puisqu'il est fait mention dans tous ces appendices de secours contre le hoquet, et qu'on ne passe point sous silence dans le premier et dans le second les remèdes externes, je me souviens qu'un moyen facile et naturel réussit à Valsalva sur un noble comte; je veux parler du lait avec lequel il faisait des fomenlations sur Tabdomen : en effet, tant que les linges étaient humectés de ce liquide ils arrêtaient le hoquet qui était très- incommode au malade, auquel l'application cje la thériaque n'avait cependant pas été inutile non plus.
Quant à ce qui est noté dans une scholie (i)^lacée entre le troisième et le quatrième appendice relativement à un hoquet qui survint chez un homme avec une fièvre accompagnée de symptômes de mauvais caractère, et qui ne fut point mortel, c'est une observation rare, attendu que deux célèbres médecins, entre autres. Franc. Vallesio (2) et Jér. Mercuriali (3), nient qu'il leur soit jamais arrivé d'observer dans un cas analogue autre chose que ce qu'observa Hippocrate sur cette
(1) Ad §. 6, obs. 7.
(2) Comment, in Hipp., Epidem., 1. 3 , s. 2, aegr. 12.
(3) Praclect. Pisan. in eamd. hist. qnae ubi 26.
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. Bc)
femme qui était couchée sur la place des Menteurs. En outre dans les fièvres malignes que Ramazzini (i) a décrites, tous les sujets qui eurent le hoquet périrent aussi, et l'un d'eux ayant été disséqué , on trouva Vestoniac piqueté çà et là de taches noires. Vous apprendrez d'ailleurs dans les OEuvres pathologiques (::*) du célèbre de Haller ce que l'on remarqua dans l'estomac d'un homme qui fut pris de hoquet. JNTéanmoins Ledel (3), après avoir cité Epip. Ferdinand qui prend Dieu à témoin que le hoquet ne Va jamais trompé pour le pronostic de la mort dans les fièvres malignes et ardentes , avertit sagement qu'// ne faut point abandonner le malade tant que la respiration existe^ parce qu'il sefaitplu^ sieurs fois des prodiges dans les guérisons des mala-dies, comme dans le cas qu'il observa lui-même «ur un drapier. Au reste cela est arrivé non-seulement à lui, mais encore à d'autres, comme àLanzoni (4), au célèbre Delius (5), et à moi-même dans cetle constitution de Forli de l'an lyii que je vous ai décrite ailleurs (6). Car les deux malades que j'ai nommés en premier lien à cette occasion vivaient encore lorsque j'écrivais ceci, quoique tous ceux
(i) Constit. a. 1692, et duor. secj. , 11. 22
(2)Obs. 14.
(3) Eph. N. C, dec. 3, a. 7^ obs. 137.
(4) Earumd. cent i^ obs. 61.
(5)ExAct., l. 8, obs. 108.
(6) Epist. 7^ n. ï6.
60 VIlNGT-iyEUVlÈME LETTRE.
qui virent alors ces sujets (surtout Garavini qui déjà depuis quelques jours était plus semblable à un mort qu'à un vivant) , et qui entendirent le hoquet qui les tourmentait fréquemment, eussent aussitôt perdu tout espoir de guérison pour eux.
4. Pour ce qui regarde les hommes ruminans dont Peyer (j) a rassemblé tous les exemples qu'i! a pu, en les rapportant en partie à une rumination comme naturelle et constitutionnelle, et en partie à l'effet d'une maladie , il a pensé que c'était à chacun de ces genres qu'appartenaient les deux observations d'un homme noble et d'un moine, que vous voyez dans cette section du Sepulchretwn (2). Toutes deux furent recueillies à Padoue, et elles sont les premières de toutes, et même les seules auxquelles on ait joint la dissection. Au reste c'est mal à propos que l'on a ajouté que ce moine a\>aitdeux cornes ; car Rhodius (3) ne l'écrit point, objet sur lequel Peyer (4) se trompe, quoique Bartholin (qui a fait cette addition (5)) soife blâmé par lui avec raison sous d'autres rapports, ainsi que ceux qui l'ont imité. Certes Fabrice d'Aquapendenle (6) n'aurait nullement omis cette
( I ) Merycol. ^ 1. 1 , c. 6 ^ et 1. 3 , c. 3.
(2) Obs. 10 et 9.
(3) Cent, ii, obs. Sg.
(4) C. 6 cit.
(5) Cent, b, hist. anat. 6r.
(G) De ventric. intest. ^ etc. , ubi de variet. venlric. in fin.
BE LA DOULEUR DJÊ L'iilStOMAC. 6 t
circonstance en parlant de ce même moine, lai qui avait cru peu auparavant devoir absolument ajouter ç\ue le père de cet homme noble ruminant portait une petite corne sur la tête. Mais au nombre de ceux qui ont transcrit cette erreur de Bartholin se trouve Ettmûller (r) , qui en a encore ajouté une autre qui lui est propre, savoir que Von observa sur ces sujets ruminans que V estomac était plus fibreux et plus charnu quà V ordinaire, comme s' il eût été revêtu d'un corps musculaire. Plût à Dieu que je pusse le défendre en disant que par le mot d'estomac il avait entendu Toesophage! Car Plazzoni (2) trouva réellement celui-ci, au moins sur ce moine, charnu partout comme un muscle^ c'est-à-dire autrement constitué qu'il ne l'est chez tous les hommes sans exception ^ comme Peyer (3) voudrait le faire croire; en effet s'il n'eût pas été beaucoup plus charnu qu'à l'ordinaire, cet anatomiste qui n'était pas un homme ordinaire n'aurait pas noté cette disposition toute seule en annonçant que les autres parties de tout le corps étaient en bon état. Mais je ne puis employer cette défense en faveur d'Ettmûller (si toutefois il a écrit luimême ce passage), parce qu'il désignait Testomac par le mot de s tomàchus , commç, le prouve ce qu'il avait dit auparavant dans ce chapitre. Tonte-
(1) Prax,, 1. I , s. 4, c. I.
^2) T^icL Rhocl. , obs. cit. Sg, qu9B 9 in Sepulch
(3) C. 6 cit.
02 VJ1\GT-IS EUVIÈME LETTRjE.
fois Bartholin a commis une erreur bien plus grave, qu'il a laissée subsister dans la quatrième édition ( i ) de son Anatomie : De plus il /l'est pas permis de douter que V estomac ne fût double ^i/r l'homme /y/minant dont parlent Salmuth et d'autres. Du reste je suis étonné que ceci ait été rapporté dans le Sepulchretum à la scholie placée après les deux observations qui enseignent le contraire, et dont j'ai parlé jusqu'ici, attendu surtout que Bartholin ne pourrait produire, que je sache, après ces histoires aucune dissection d'homme ruminant, pas même d'après Salmuth, et que d'ailleurs les lièvres et les lapins ruminent sans avoir pour cela deux estomacs.
5. Mais de même qu'il n'est jamais arrivé ni à Valsalva ni à moi de voir des hommes ruminans , et bien moins encore d'en disséquer les cadavres, de même il nous est arrivé assez souvent à tous deux de faire la dissection de sujets qui avaient été tourmentés par une grande douleur d'estomac, qui est le titre de la septième section, comme je l'ai dit plus haut. Vous allez recevoir immédiatement celles de ces observations que j'ai cru appartenir plutôt à cette Lettre qu'à d'autres. En voici d'abord trois de Valsalva. '
6. Un homme âgé de soixante ans, d'un tempérament bilieux, avait commencé à se plaindre déjà depuis plusieurs années d'une débilité et d'une
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DE L/V DOULEUR DE l'eSTOMAC. 63
flonleur de l'estomac, lorsqu'il se manifesta aux: environs de cette région une dureté au-dessous de laquelle on sentait en outre avec une certaine tension de tout le ventre quelques globules durs, mais facilement mobiles. L'agitation du ventre faisait reconnaître un liquide épanché dans sa cavité. Il y avait de fréquens borborygmes dans les intestins, et de fréquentes éructations de vents. Le vomissement revenait une fois quelques heures après le repas; du reste il avait lieu rarement dans les premières années de la maladie. Cependant le sujet urinait peu , était fort altéré et se plaignait d'une sécheresse de la langue; le pouls était faible et petit. Enfin une grande quantité de sérosité ayant été rendue par les voies urinaires, et le ventre s'étant désenflé, lors cependant que toutes les autres incommodités devenaient de plus en plus graves chaque jour, et que la matière du vomissement dans le dernier mois de la vie était une sorte de sérosité fuligineuse et fétide au point que le malade lui-même disait qu'elle avait la fétidité de la chair putréfiée, ses forces diminuèrent peu à peu, et il mourut en balbutiant
Examen du cadavre. Le ventre contenait encore alors une ou deux livres de sérosité semblable à l'eau dans laquelle on a récemment lavé de la chair. Tout l'épiploon était contracté et formait quelques tubercules d'une couleur variée, qui suivaient ses mouvemens. L'estomac était rempli d'une sérosité de la même nature que celle qui était rejetée
64 VIlVGT-NEUVliME LETTÎIH.
par le vomissement; mais il était endurci dans soil tiers environ, et cette partie s'étendait jusqu'au pylore qui était tellement rétréci, que les alimens digérés pouvaient à peine le traverser. Au reste quoique toute cette partie dure présentât intérieurement après avoir été divisée une substance blanche et solide qui la composait , cependant dans la face qui regardait la cavité de l'estomac elle ressemblait parfaitement par sa couleur et par sa fétidité à de la chair putréfiée parsemée de quelques points rouges.
7. Vous voyez que ces globules durs et mobiles situés au-dessous de la région de l'estomac étaient les tubercules formés par la contraction de l'épiploon , et que la dureté supérieure était un squirrhe de Testomac, qui ne donna pas lieu à des vomissemens aussi fréquens tant que par ses progrès il ne s'étendit pas jusqu'à rétrécir le pylore. La douleur était aussi plus légère dans les premiers temps, parce qu'elle dépendait seulement de quelque pesanteur produite par le squirrhe , et de la résistance des tuniques qu'il occupait, en sorte que l'estomac ne se déployait pas convenablement lorsqu'il le fallait, ou que s'il se déployait, la partie de ces tuniques qui était saine ne pouvait pas seule supporter toute la distension sans douleur. Mais dès que le squirrhe eut fait des progrès et qu'il eut enfin dégénéré en cancer, et en cancer ulcéré, les douleurs durent augmenter de plus en plus. Or l'estomac étant ainsi affecté, la
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. - 65
digestion lésée ^ et la nature du sang viciée , il n'esÉ pas étonnant que les autres accidens survinssent^ attendu surtout que d'une part cette dureté de l'estomac, et de l'autre les tubercules formés par la contraction de l'épiploon attaché à ce viscère, s'opposaient au libre cours des humeurs. D'après cela on conçoit les borborygmes, les vents, le vomissement, l'ascite, la débilité, la mort;
8. Une femme de quarante ans, charnue, d'un teint jaunâtre, ayant mangé un oignon préparé avec du vinaigre et du sel, et en même temps du pain fait avec de la farine de châtaignes, commença à se plaindre aussitôt d'une douleur d'estomac. Cette douleur augmentant de plus en plus , elle fut prise d'une syncope mortelle avec des sueurs froides trois heures après ce repas, et expira.
Examen du cadastre. Le ventre ayant été ouvert parce qu'on soupçonnait un empoisonnement, on trouva tout dans l'état naturel, si ce n'est que l'estomac était considérablement distendu et légèrepient enflammé. Du reste le sang conservait sa liquidité presque naturelle.
9. Valsai va croyait qu'il fallaitconjecturer qu'une effervescence contre nature ayant été excitée par des alimens de cette espèce, il s'en était suivi cette énorme distension de l'estomac, qui en comprimant les vaisseaux sanguins de ce viscère y aurait retardé le sang, d'où l'inflammation, Firritatioa des nerfs stomachiques, la syncope. Mais quoique
rexpérience sur les châtaignes et sur la propriété qu'elles ont de gonfler, confirme ce que Loii. Nonnius (i) rapporte avoir été dit par DiphilusetMnesithaeus , cependant le même auteur ne nie pas, et Ton sait communément qu'on en fait un usage très-fréquent dans beaucoup de pays des Alpes, et même qu'on y prépare avec leur farine du pain dont on se nourrit quand il j en a en abondance , comme l'écrit aussi Avantius (2). Faut-il donc que nous accusions ici l'oignon avec un pain de cette espèce, et que nous disions qu'il dégagea une trop grande quantité d'air en séparant par son acrimonie les parcelles épaisses des châtaignes? comme si les mêmes paysans sur les Alpes ne mangeaient pas des oignons avec ce même pain, suivant que l'occasion s'en présente. Mais il ne paraît pas que l'estomac de cette femmelette y fût accoutumé, et il se trouvait peut-être trop faible, tandis que d'après l'expression d'Horace (3) ces paysans ont les entrailles dures. Je crois que ceux qui connaissaient la femme savaient ceci beaucoup mieux que nous. Or pourquoi le soupçon d'un empoisonnement, puisqu'ils ne Tignoraient pas? D'un autre côté si la femme s'était gorgée d'une quantité excessive de cette nourriture, ils auraient moins soupçonné l'empoisonnement. En effet, vous voyez dans
(i)DiaBtet., 1. 1 ^ c. 45.
(2) Not. ad Fierae caenam , iibi de pane non frumentajc.
(3)Ei)od. 3.
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. 67
Cette même septième section du SepulchretUm (î) qu'un petit garçon mourut aussi clans V espace de trois heures après avoir mangé des raisins avec excès. Mais cependant on remarqua en même temps une autre cause de sa mort; car V estomac perforé contenait une giande quantité d'un ichor vert ^ qui sans doute ^ dit Rhodius, rapporteur de l'observation, était une bile érugineuse^ laquelle avait une grande acrimonie.
Que conclure donc de là? Je croirais parfaitement qu'il y avait aussi sur cette femme quelque autre chose de particulier, quoique inaccessible à la vue; en sorte qu'elle était déjà disposée, si toutefois il s'y joignait quelque cause, comme cette nourriture insolite et flatulente, à souffrir ellemême ce que tant d'autres n'éprouvent point ordinairement dans la même circonstance, soit que ce quelque chose existât dans les sucs que cette nourriture trouva dans l'estomac, ou bien dans les nerfs doués d'une sensibilité trop exquise et propre à contracter de l'irritation, et à là transporter ailleurs, surtout au cœur qui reçoit les mêmes nerfs que l'estomac.
C'est donc ainsi, ou à peu près de cette manière que vous comprendrez ce que Valsalva conjecturait, quoique nous ayons à peine quelque indice d'une mauvaise disposition chez cette femme d'après la couleur jaunâtre de la peau. Certes cette
(i)Obs. 7.
mauvaise disposition existait d'une manière plus évidente sur deux autres femmes qui moururent promptement, l'une après avoir mangé de la courge préparée avec de V oignon et du poivre ^ et rôtie dans un four j et avoir bu de l'eau froide bientôt après, et l'autre après avoir également mangé de la courge cuite dans du lait et bien assaisonnée de poivre^ et avoir bu peu de temps après de la bière froide et acidulé; en effet l'une avait une suppression des menslrues depuis trois mois, et l'autre, outre qu'elle était septuagénaire, éprouvait depuis longtemps une débilité d'estomac et un affaiblissement des forces. D'ailleurs Christ. Seliger (i) et Micli. Ern. EttmùUer (2) observèrent aussi des lésions graves sur le cadavre de l'une avant l'ouverture, et dans l'estomac de toutes les deux, ou du moins de l'une pendant la dissection.
10. Un Patricien de Bologne, âgé de plus de soixante-un ans, tourmenté déjà depuis plusieurs années tantôt par la migraine, tantôt parla goutte qui était quelquefois vague et d'autres fois fixe, tantôt par des calculs des reins, est pris enfin de la goutte à la main droite sans aucune tuméfaction, mais avec une douleur légère, qui se fait à peine sentir bientôt après par la diminution de la sensibilité. La main guérit parfaitement; mais pendant ce temps-là le rein droit devient doulou-
( I ) Eph. N. C. , dcc. 2 ^ a. I , obs. 1 89. (2) Earumd. cent. 9^ obs. 66.
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMÀC. 6c)
r€ux. Cette douleur est aussi apaisée par des vomiturions répétées, et le plus souvent inutiles; mais le vomissement cessant, la goutte attaque pareillement le membre inférieur du côté droit, et donne lieu à de grandes douleurs au mollet et à l'articulation de la jambe avec le tarse. Un jour ou deux s'étant écoulés, toute l'extrémité de ce pied est entièrement privée des facultés du sentiment et du mouvement Cependant le lendemain le pied paralysé éprouve de nouveau quelque sentiment de douleur, le malade reprend du courage, et le pouls qui avait été d'autres fois intermittent et le plus souvent inégal au bras droit, redevient en bon état. Enfin, la veille de sa mort il vomit ses alimens mêlés avec une matière aqueuse, et il ressent une légère douleur avec des pulsations et de l'ardeur à la région de l'estomac. Peu de temps après il vomit de nouveau un liquide jaune. La nuit suivante il dort un peu. Le matin il se plaint beaucoup à voix basse de trois choses qui l'avaient constamment incommodé depuis le commencement de sa maladie, la soif, le mauvais goût de la bouche, la perte de l'appétit; et la fièvre qui s'était manifestée quelquefois auparavant par l'état du pouls seulement , devient évidente. Mais la douleur de l'estomac et les pulsations persistant avec une grande chaleur au dos, le pouls qui déjà était languissant le soir, se perd après une déjection abondante de sang. Avec ce liquide était mêlée une matière extrêmement fétide, qui, semblable
à de la poix liquéfiée suivait une baguette qu'on retirait après ly avoir enfoncée. Cependant le pied est très-douloureux; le malade éprouve le sentiment de quelque chose qui monte à travers la jambe , et ensuite celui d'une sorte de poids au bas du ventre. Mais la facilité du mouvement se perd peu à peu dans le bras droit, les ongles deviennent livides, et bientôt ce bras est entièrement paralysé. Plusieurs heures avant la mort, de fréquens tremblemens se font sentir à la région prér cordiale. Enfin, les déjections de sang revenant, et un vomissement de la même matière menaçant peut-être comme l'indiquaient les nausées et la fétidité de l'haleine semblable à celle des excrémens, le malade meurt en disant qu'il est suffoqué, trente-six heures après le commencement de la douleur de l'estomac.
Examen du cadavre. Les parois de l'abdomen ayant été mises de côté, on trouve toute la substance des intestins depuis l'estomac jusqu'à l'extrémité du rectum attaquée d'une inflammation violente, au point que pas la moindre de leurs parties ne restait intacte. D'ailleurs les intestins contenaient une matière sanguinolente semblable à celle des déjections. L'estomac et les reins étaient, sains. Dans la poitrine, la partie postérieure des poumons, surtout de celui du côté gauche, était légèrement enflammée. Il y avait une médiocre quantité d'eau dans le péricarde. Le cœur ne renfermait aucunes concrétions polypeuses.
DC Lk DOULEUR DE L ESTOMAC. 7I
II. L'aphorisme suivant (i) d'Hippocrate, ceux qui étant affaiblis par des maladies aiguës ou chroniques 5 ou par des blessures , ou d'une autre manière quelconque y rendent par en bas de Vatrabile, ou du sang noir j meurent le lendemain ^ s'accorde même plus avec ce cas (si ce n'est qu'il semble s'être vérifié un peu plus promptement) qu'avec celui pour lequel il a été traduit par Baillou, comme vous le voyez dans cette section du Sepulchretum (2). En effet, le malade de celui-ci, que des douleurs avaient également tourmenté à la région de l'estomac, rendit à la vérité un jour avant de mourir du sang atrabilaire y mais par la bouche. Du reste Bâillon n'a décrit aucune lésion dans l'estomac luimême, et Valsalva dit que ce viscère était sain. Mais l'un et l'autre ont indiqué près de lui des lésions par lesquelles il pouvait être affecté simultanément. Quant aux pulsations notées par Valsalva, il est évident qu'elles étaient d'une part l'effet de la stagnation du sang dans les parois des intestins*les plus proches, et de l'autre la cause de l'entrée de ce liquide dans leur cavité; car en exerçant continuellement une pression elles auront rompu à la fin quelques-uns des vaisseaux qui se trouvaient engoués. C'est à cela qu'on peut rapporter peut-être, pour revenir à Hippocrate,
(2) Obs. 19.
'72 VIJVGT-JVEUVIEME LETTRE-
une partie de son pronostic (i) ainsi conçu : des palpitations aux environs du ventre — . indiquent un écoulement de sang.
Quoi qu'il en soit de ceci, il est une chose certaine, c'est que presque toute la violence d'une maladie aussi longue et aussi variée se fixa enfin tout à coup sur les vaisseaux des intestins, et qu'elle agit sympathiquement sur l'estomac qui leur est uni au moyen des vaisseaux, et qui de plus leur est continu par la substance elle-même. C'est ainsi que vous verrez que ce viscère fut excité sympalhiquement sur un sujet qui avait eu des déjections noires pendant tout le temps de sa maladie, ainsi que sur un autre chez lequel la partie supérieure des intestins était livide. Vous trouverez ces deux histoires dans la^cinquième section (2), qui traite du hoquet. Vous en auriez sans doute aussi dans cette section une troisième (3) où il est dit que tous les intestins étaient extrêmement rouges à la suite d'une inflammation, si de même qu'on y a fait la description tle la dissection on y eût fait également celle de la maladie, sans laquelle je suis étonné que cette histoire et peut-être d'autres se trouvent parmi toutes celles qui sont rapportées sur la Douleur de l'estomac. Au reste il est certain que vous verrez dans les
(1) Praedict. , 1. i^ m 20.
(2) Obs. 1 et 6.
(3) Obs. 5o.
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. yS.
volumes de l'Académie de Vienne (i) plus d'une observation d'une affection de l'estomac pendant la vie, tandis qu'après la mort on rencontra une inflammation ou un mauvais état non pas de celui-ci, mais des intestins. Toutefois si vous demandez par hasard relativement surtout à celle qui a été décrite tout à l'heure d'après Valsalva, pourquoi les intestins eux-mêmes, si gravement affectés, n'étaient donc pas tourmentés par la douleur que ressentait l'estomac sympathiquement, je ne m'éloignerai pas beaucoup de la vraisemblance, si je conjecture que le sujet chez lequel tant de nerfs se paralysèrent si souvent et si facilement, eut aussi une paralysie de ceux qui appartenaient aux intestins. Actuellement je vais décrire ici aussi quelques-unes de mes observations, comme je l'ai promis.
12. Une femme de quarante ans, qui était accoutumée à manger le plus souvent des choses salées et à faire usage d'un vin généreux , était sujette déjà depuis plusieurs années à des douleurs d'estomac, qui étaient suivies de la perte de l'appétit et de nausées, et bientôt apré.s de vomissemens répétés de sang, avec une fièvre continue , des veilles et de la soif. Quoique le ventre contracté ne présentât nulle part rien de dur à l'observation, cependant lors même qu'une douleur plus forte n'existait pas à la région de l'estomac, la malade y éprouvait de
(i) Dec. 3^ a. 9, obs. 222^ et Act. , t. 2^ obs. xo8^ 2, loco.
temps en temps quelque sentiment incommode, même sans qu'on exerçât aucune pression. Elle se plaignait aussi des lombes, mais seulement lorsqu'elle faisait quelque travail plus considérable qu'à l'ordinaire , ou qu'elle soulevait un fardeau. Il s'y était joint en outre quelquefois une douleur de tête très-opiniâtre. La saignée avait toujours apporté du soulagement contre toutes les incommodités de l'estomac qui ont été indiquées , toutes les fois qu'elles revenaient d'une manière plus grave; une boisson abondante d'eau dans laquelle on ne faisait bouillir que du pain , avait aussi été fort utile; d'un autre côté l'usage du lait longtemps continué sembla guérir la malade plus d'une fois, et le sang qui s'écoula constamment chaque mois par l'utérus jusqu'au temps de la mort, lui donnait du courage. Celle-ci arriva lentement de la manière suivante. Depuis assez peu de temps il s'était manifesté des deux côtés au-dessus des clavicules, sur le trajet de la veine jugulaire externe, une tumeur dure, produisant de la douleur, et ne cédant pas aux remèdes; en sorte qu'elle augmentait de jour en jour, et qu'elle rendait déjà la respiration difficile. A cela se joignit une fièvre continue, qui augmentait vers le soir, et pendant laquelle on remarqua quelquefois quelques frissons. La malade se plaignait d'une douleur de tête, outre celle qu'elle éprouvait constamment à l'estomac, et qui ne fut cependant jamais accompagnée pendant ce temps-là de vomissemens de sang.
J)E LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. «jS
Il existait toujours une soif incommode , et un sentiment (l'une très-grande amertume à la bouche, qui exhalait une forte odeur dans les derniers jours; néanmoins on ne remarqua jamais qu'il en sortît du pus. La malade traîna sa vie au milieu de ces incommodités pendant plus long temps que ne semblait le promettre le pouls, qui de petit et de faible qu'il était, devint souvent plus petit et plus faible, attendu surtout que dans les quinze derniers jours elle ne prenait que du bouillon et un peu de vin, ne supportant déjà aucune autre espèce d'alimens, ni à plus forte raison aucun remède.
Examen du cadavre. Le cadavre qui était maigre fut transporté au gymnase, où ayant déjà fait la démonstration des parties de l'homme au mois de février de l'an 1744 dans mon cours d'anatomie, l'ordre exigeait que je fisse celle des parties de la femme. Le ventre ayant donc été ouvert, je remarquai que l'épiploon était refoulé en haut et étendu, en sorte que j'aperçus aussitôt le trajet transversal de l'intestin colon , qui est situé ordinairement audessous de l'estomac, et qui ici se trouvait au-dessous de l'ombilic. Quoiqu'il n'eût pas été entièrement poussé à cet endroit par l'estomac, cependant il semblait qu'il avait pu l'être jusqu'à un certain point, parce que la partie gauche du fond de celui-ci descendait plus bas qu'à l'ordinaire. D'ailleurs l'estomac était livide même extérieurement, surtout dans une partie assez considérable, et ^^^
tuniques étaient épaissies et endurcies, si ce n'est aux endroits où elles se trouvaient déjà tellement putréfiées, qu'elles se déchiraient en les touchant, et qu'elles laissaient écouler une matière d'une couleur cendrée, et extrêmement fétide, qui semblable à de la bouillie très-liquide était contenue dans la cavité du viscère. La matière qui s'était répandue dans cette cavité provenait de la paroi postérieure de l'estomac, qui était épaisse outre mesure dans une grande étendue, et tuméfiée en dedans, où elle se trouvait inégale, hideuse, putréfiée, gangrenée, et de la même couleur livide que cette matière; de manière qu'il était certain qu'une tumeur, ou un abcès de la plus mauvaise espèce s'était rompu à cet endroit. Le pylore était sain, ainsi que tous les intestins, parmi lesquels le colon était contracté depuis le commencement jusqu'à la fin, comme cela devait être après une longue abstinence. La rate aussi était saine, si ce n'est qu'elle était proportionnellement trop grosse, et un peu pâle à l'intérieur. Mais la partie droite du foie présentait quelques squirrhes blancs , arrondis, et semblables à des grains de raisin de moyenne grosseur. Ils étaient épars sur la surface, de telle sorte qu'ils étaient cachés en partie dans la substance du viscère. Mais en coupant le foie j'en vis un qui était entièrement caché, et qui se trouvait semblable aux premiers. Il y avait beaucoup de bile dans la vésicule; elle était extrêmement jaune, et elle avait teint le voisinage de cette
couleur. La face postérieure du rein gauche présentait une ligne oblique longue et blanchâtre, d'une substance comme tendineuse, que je vis se prolonger profondément en coupant le rein, au point qu'elle parvenait jusqu'aux petits tubes dans lesquels les papilles sont reçues. On aurait cru facilement que c'était une ancienne cicatrice de blessure, tant elle lui ressemblait; mais en cherchant on ne voyait nulle part aucun indice de lésion dans la tunique adipeuse voisine ni dans les muscles du ventre. L'utérus était petit, peu développé, très- . incliné à droite, et beaucoup plus proche de ce côté que du côté gauche. Mais aussi le ligament rond était plus court de ce premier côté que du second. Le col de l'utérus, et surtout son orifice, étaient tels qu'on les trouve presque toujours sur les vierges; tant l'intérieur du premier présentait des trousseaux fibreux obliques, et tant le trou du second était étroit et rond. L'anneau de l'hymen, quoique très-petit, ne manquait pas non plus, et ne présentait aucune trace de lésion. Cependant l'absence des caroncules arrondies derrière lui, le très-petit nombre et la peti tesse des rides du vagin , et les espèces de taches blanchâtres que j'avais remarquées à la peau du bas-ventre, ne s'accordaient pas assez avec ce que j'ai dit. Les ovaires étaient volumineux relativement à l'âge du sujet et à la grosseur de l'utérus , et ils offraient des anfractuosités à l'extérieur; mais à l'intérieur celui du côté gauche présentait de petites cellules vides embras-
78 YINGT-NEUViiME LETTRE.
sées par une membrane blanche un peu épaisse ^ tandis que l'autre contenait dans une cellule beaucoup plus grande du sang noir à demi coagulé. La trompe droite était perméable près de l'ovaire, et bouchée dans le reste de son étendoe; au contraire celle du côté gauche était seulement ouverte près de l'utérus. Une circonstance étonnante sur un cadavre maigre, s'il n'eût appartenu à une femme, c'est qu'il existait une assez grande quantité de graisse dans le mésentère, qu'il n'en manquait pas dans l'épiploon, et que ceux qui firent les préparations en trouvèrent beaucoup plus qu'ils n'auraient voulu au dos et dans les membres entre les muscles qui étaient d'une belle rougeur. Au-dessous de cette graisse jaune, à l'endroit où le mésentère couvrait les vertèbres des lombes et les troncs des gros vaisseaux adhérens à celles-ci, étaient cachées des glandes qui avaient pris un grand développement et qui étaient attachées à ces troncs d'une manière si étroite , qu'on ne pouvais les en séparer sans une grande force. Toutes ces glandes étaient blanches à l'intérieur, non pas très-dures, mais remplies d'un ichor purulent. Les autres n'étaient pas tuméfiées à travers le mésentère. Mais près de l'estomac j'en remarquai une parmi les lymphatiques qui était devenue plus grosse et plus dure, et qui présentait une couleur livide. 3'observai aussi alors que le pancréas tout entier était épaissi , et en même temps un peu aride et un peu dur, à l'exception d'une partie qui avait
dégénéré en une substance blanche et presque semblable à celle du thynius.
En ouvrant la poitrine, je vis avant tout deux glandes jugulaires inférieures blanchâtres qui avaient grossi au moins de deux travers de doigt dans toutes les dimensions. C'étaient elles qui formaient de chaque côté cette tumeur dure dont il a été parlé; car elles furent trouvées dures aussi elles-mêmes , quoiqu'elles renfermassent dans leur intérieur un ichor purulent, dont une partie s'écoula pendant qu'on détachait les clavicules, audessous desquelles elles étaient placées ainsi qu'audessous du voisinage du sternum. Les autres glandes jugulaires étaient semblables à celles-là par leur couleur, par leur dureté et parl'ichor qu'elles contenaient. Cependant ces dernières avaient pris beaucoup moins de développement. Quant aux glandes axillaires, elles n'avaient point grossi, et elles n'avaient souffert aucun autre changement. Au contraire , celles qui sont situées à la première division de la trachée-artère étaient blanches au lieu d'être noires, et de petites elles étaient devenues aussi volumineuses que des grains de raisin de moyenne grosseur; en outre elles étaient plus fermes et pleines du même ichor purulent dont j'ai dit que tant d'autres glandes étaient remplies*. Cependant la trachée-artère était saine même au cou , de même que tout l'œsophage depuis la partie inférieure jusqu'à la partie supérieure. Aucune lésion ne fut observée dans les poumons, qui
8o VlNGT-IVEUVIKME LETTRE.
étaient un peu gonflés d'air; il n'existait non plus dans le cœur que des tubercules arrondis, déprimés, d'une substance un peu dure et compacte, et tellement nombreux, qu'ils se touchaient presque entre eux; ils étaient placés sur toute l'étendue des bords des valvules mitrales , tandis que sur l'une des valvules semi-lunaires il s'était développé une sorte de petite écaille qui n'était pourtant pas encore ossifiée.
Enfin le cerveau , qui loin d'être mou tendait à la dureté, était dans l'état naturel, si ce n'est qu'il y avait dans les ventricules latéraux quelque quantité d'eau transparente , et que les plexus choroïdes étaient pâles. La glande pinéale se trouvait un peu plus ferme et plus globuleuse qu'à l'ordinaire, et elle inclinait davantage vers la couleur blanche. Quoique la plupart des auteurs d'aujourd'hui ne regardent pas ce corps comme une glande, j'ai voulu cependant ne point l'omettre sur ce cadavre sur lequel j'en remarquai tant d'autres dans un état morbide.
i3. La même réflexion mefaitsoupçonner quele commencement de la maladie longue qui finit par enlever la femme, consistait dans quelque glande de l'estomac, devenue insensiblement plus grosse et plus dure, et opposant par sa tuméfaction un obstacle au cours du sang , au point que ce liquide s'échappa plus d'une fois des petits vaisseaux voisins dilatés par cette cause, principalement sur une femme qui abusait de vin généreux et d'ali-
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. 8 1
men« salés. Par l'effet de cette intempérance la glande ayant grossi et s'étant étendue insensiblement et de plus en plus, et la nature de l'humeur qu'elle contenait ayant pris un plus mauvais caractère, il s'y joignit enfin une altération purulente, qui fit qu'avant que la tumeur tie s'ouvrît il s'était répandu une si grande quantité d'iclior dépravé dans les petites veines et dans les vaisseaux lymphatiques, que les différentes glandes furent attaquées de la même lésion. Si la femme eût vécu plus long-temps, il n'est pas difficile de prévoir par conjecture ce qui aurait pu arriver au pancréas et aux squirrhes hépatliiques. Quant à ^tce qu'il y avait beaucoup de bile dans la vésicule , cela n'est pas étonnant, comme je l'ai écrit dans la Lettre précédente (i), parce que pendant longtemps l'estomac et les intestins voisins ne renfermèrent rien qui en les distendant pût comprimer cet organe. Relativement à ce que les parties voisines étaient teintes de la couleur de la bile, cela se rencontre si souvent sur les cadavres, que l'on est un peu plus porté à adopter par rapport au mal que l'on doit en faire dépendre, la fin de la scholie placée dans cette section du Sepulchrètum après l'observation seizième, que l'observation elle-même, surtout ici où il y avait en différens endroits un si grand nombre de lésions particulière. Du reste, si par hasard vous désirez d'autres
82 VINGT-NEUVIÈME LETTRK.
exemples de tumeurs ou d'abcès dans TestotTiac, outre ceux qui se présentent dans cette section du Sepulchretum et dans la suivante (huitième), vous en trouverez pour les réunir à ceux-là dans les Monumens de l'Académie de Vienne (i), et dans d'autres volumes encore, nommément dans ceux de Frédéric Hoffmann. (2)
14. Une vieille femme était couchée déjà depuis quelques mois dans cet hôpital pour une tumeur qui soulevait l'abdomen , et qui était située à la région de l'ombilic et plus bas, mais plus à droite. C'est pourquoi elle ne pouvait pas se coucher sur le côté gauche. La tumeur était volumineuse, *et elle semblait l'être encore davantage, parce que%^ les hypochondres et la plupart des autres parties du ventre étaient considérablement affaissées à raison de la maigreur, qui existait à la vérité dans tout le corps, mais surtout au côté gauche; était-ce parce que la femme était toujours couchée sur le côté droit? Si l'on agitait d'un côté et d'autre la tumeur saisie entre les mains, on sentait qu'elle était assez mobile. Du reste elle n'était presque point douloureuse. Au contraire, la femme se plaignait constamment d'un sentiment de malaise dans l'estomac. D'après cela il ne manquait pas de médecins qui conjecturaient qu'il y avait dans l'épi-
(1) Dec. 3, a. 5, obs. 175 ; et a. 7, obs. \W^ > et cent. 3^ obs. i3.
(2) Medic. rat. ;, t. 3 , §. 1 , c. 7 , §. 26.
DIT LA DOULEUR DE l'eSTOMAC* 83
ploon une tumeur qui tirait l'estomac en bas, et qui par là lui était incommode. Avec ce sentiment de malaise de l'estomac il y avait quelquefois des envies de vomir, et non des vomissemens. Mais actuellement il existait en outre une fièvre continue, qui persista avec tous les autres symptômes dont j'ai parlé, jusqu'à la mort^ c'est-à-dire jusqu'au milieu d'octobre de l'an 1735.
Examen du cadavre. A l'ouverture du ventre^ il fut évident que la tumeur existait dans l'ovaire droit, qui s'était développé en cellules remplies d'une matière molle à la vérité^ mais non pas liquide, d'une couleur d'un jaune cendré, et d'une odeur qui n'était pas forte. La tumeur était grossie par la trompe voisine qui lui était adhérente, et qui était devenue elle-même beaucoup plus grosse et plus ample, tandis que l'utérus et ses dépendances étaient peu développés et sains. Elle était attachée au côté contigu du bassin, et en partie aussi aux intestins voisins > de telle sorte qu'elle pouvait se mouvoir jusqu'à un certain point avec eux. Les intestins étaient livides par l'effet d'une inflammation; et cependant ils n'exhalaient point une odeur fétide > pas plus que l'estomac qui me fut apporté par Médiavia qui disséqua le cadavre, et qui me raconta avec soin ce qui a été écrit jusqu'ici. Il me l'avait apporté pour que je lui levasse un doute après que j'aurais examiné ce viscèrp* Celui-ci était contracté, et enflammé çà et là en différens endroits dans sa face interne , et au milieu
84 VINGT-KEUVIEME LETTRE.
même de son sommet il avait un ulcère d'une forme presque circulaire dont le diamètre avait un peu moins de trois travers de doigt, et de peu de profondeur, attendu qu'on y voyait un grand nombre de glandes lenticulaires d'une grosseur médiocre, et si manifestes que je fis passer une soie par un petit orifice qu'on apercevait à leur centre. Cependant cet ulcère était circonscrit par des bords un peu épais; et la substance de l'estomac dans tout l'espace qui répondait extérieurement à l'ulcère , était aussi devenue plus épaisse et plus dure qu'ailleurs. Mais comme le viscère était entièrement perforé à peu près au milieu de l'ulcère, Médiavia me demandait si je pensais que ce trou eût par hasard pu être fait avec le scalpel par inadvert^ince, pendant qu'on enlevait l'estomac; car il assurait que quoiqu'il eût cherché avec soin il n'avait trouvé dans le ventre qu'un peu de sérosité au fond du bassin, au sujet de laquelle on pourrait peut-être dire qu'elle s'était épanchée de ce viscère, bien qu'il semblât cependant qu'elle eût dû s'épancher en très-grande quantité sur cette femme qui était constamment couchée. Quant k moi, quoique je regardasse comme une chose peu vraisemblable que si l'estomac eût dû être blessé avec le scalpel , il l'eût été par l'effet du hasard précisément à l'endroit correspondant au milieu de ^ l'ulcère, et que la forme et la grandeur du trou qui était capable de recevoir presque le bout du petit doigt, ne parussent pas telles qu'elles pussent
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. 85
être facilement rapportées à la pointe ou au tranchant de l'instrument; cependant, pour nous satisfaire lui et moi en même temps dans le désir que nous avions de connaître la vérité, j'examinai avec soin une seconde et une troisième fois les bords du trou. En voyant qu'ils étaient non-seulement calleux, mais inégaux^ et que plus le trou s'avançait en dehors, plus la circonférence qu'ils embrassaient était petite, deux dispositions auxquelles le scalpel introduit de dehors en dedans n'aurait certainement pas pu donner lieu, je pensai que le trou devait être attribué non à l'instrument , mais à la maladie. Car relativement à ce qu'il n'y avait rien d'épanché dans le ventre, je crus que cela pouvait provenir de ce que la petite membrane extérieure s'était bien amincie peu à peu, mais qu'elle ne fut enfin entièrement corrodée et perforée que dans les derniers temps, c'est-à-dire lorsque l'estomac de la femme moribonde contracté et ridé ne contenait rien qui pût former un épanchement.
j5. Je suis tombé depuis lors sur une observa^ tion de Mercklin, que vous trouverez rapportée aussi dans cette sectior> du Sepulchretum (i), relativement à un trou qui recevait facilement l'extrémité du pouce; il était également situé à la partie la plus élevée de l'estomac, où il existait déjà depuis plusieurs années une douleur continue, qui
(i)Obs.48.
86 VIKGT-NEUVIÈME LETTRE.
sans être forte était cependant assez incommodeJ Cet homme savant crut également que ce trou s'était ouvert seulement dans les derniers temps de la vie après une ancienne érosion; car il pensait que le sujet n'aurait pas pu vivre long-temps, si de même qu'il remarqua que certaines substances prises la veille s'étaient répandues dans le ventre, d'autres corps s'y étaient également répandus au-^ paravant. Vous expliquerez aussi de la même ma* nière une observation beaucoup plus récente , qu'on lit dans les Mémoires de la célèbre Acadé^ mie Impériale des Sciences de Pétersbourg(r), sur une scissure de l'estomac à travers laquelle il né s'était rien épanché dans le ventre, et que pourtant le prosecteur, homme sincère et expérimenté, niait avec serment avoir été faite avec son scalpel; or cet estomac était aussi manifestement corrodé, surtout à la partie qui est opposée au fond , et il appartenait à un homme qui avait exactement l'apparence d'un phthisique, et que des vomissemens presque continuels qu'on ne put calmer par aucun moyen, avaient fait mourir. D'ailleurs Tyson (2) qu'on dit avoir observé également trois cas de perforation sur des estomacs humains, ne trouva non plus rien d'épanché dans la cavité du ventre sur l'Américain Marsupialis sur lequel il rencontra une de ces perforations.
(i)Tora. 7.
(^) Vid. Acl. Erud. JUips. sqppi, j t 3^ a. 4-
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. 87
Je ne rappelle pas ici ces perforations par lesquelles il ne pouvait se faire aucun épanchement dans le ventre, soit parce qu'elles s'étendaient (i) dans l'intestin colon qui s'était agglutiné avec l'estomac, soit parce que le trou était bouché (2) par une partie du foie qui le couvrait. Je passe aussi sous silence celles dans lesquelles je ne lis pas (3) s'il exista ou non un épanchement. Mais je vois qu'une mort très-prompte a eu lieu (4) quand celui-ci a existé, ou du moins qu'elle l'a suivi (5) assez souvent de très-peu de jours, si nous comptons ceux de la perforation depuis celui de la maladie devenue plus grave, comme dans une obser- ^ration du célèbre Baroni (6) qui certes mérite d'être lue, et dans laquelle tout en disant que la mort survint le huitième jour, il avertit cependant que Je trou était situé à la partie supérieure et antérieure de Festomac, en sorte qu'il était très-difficile que les boissons s'épanchassent dans le ventre , si ce n'est enfin après un certain temps et dans
(1) Sepulchr. s. hâc 7, obs. i3, §. i ; et Brunner, Gland, duoden., c. g; et Haller. , opusc. pathol., obs. 23.
(2) Sect. eâd. 7, obs. 5 secunda; et in addit.^ obs. 3; et Eph. N. C. , cent. 3 ^ oba. 1 3,
(3) In schol. ad obs. 3, modo cit. primo et tertio loco, et sect. ead. , obs. 7,5. 1.
(4) Eph. N. C. , cent. 5 , obs. 43.
(5) Earumd. cent 3 et 5^ obs. 120; et Sepulchr. , 1. 3, s. ar, obs. a 5.
(6) Memor. présent. all'Acad. R. des Se, tom. i*
certains mouvemens exercés par le malade. Au reste j'ai dit assez souvent, parce que je sais qu'il existe aussi quelques observations de perforation de l'estomac dans lesquelles ou bien le fait n'est pas évident (i), ou bien il semble (2) plutôt que le contraire eut lieu. Mais vous comparerez ceci vous-même, et vous l'examinerez attentivement.
16. Quoique tous ces trous observés dans l'estomac, ou la plupart d'entre eux appartiennent à des ulcères qui traversèrent plus tôt ou plus tard toutes ses tuniques, cependant vous avez dans cette section du Sepulchretum (3) plusieurs autres observations d'une ulcération du même viscère, soit en dedans , soit en dehors, bien que quelquesunes se trouvent répétées, comme celle du dernier numéro V (car ce numéro v a été inscrit deux fois par négligence) l'est dans le §. 4 de la quarantetroisième , et celle du numéro vi dans le §. 2 de la vingt-septième. Mais quoiqu'il y ait encore des répétitions d'autres observations appartenant à d'autres lésions de l'estomac, comme celle du §. 5 de la vingt-sixième et de la trente-quatrième, il n'en est aucune qui soit plus digne d'excuse que celle de la vingtième et du numéro ir des supplémens. En effet, qui se douterait que le cas que Blancard dit avoir été observé sur un homme de
(1) Sepulchr., L 3, s. 8, obs. 14.
(2) Eph.N.C, dec. 3, a. 9, obs.gi ; elcent. 1 et 2^ obs. i5i
(3) Adde et seq. VIII seclionem.
sa cité (d'Amsterdam), soit le mêxne que celui que Rivière avait déjà rapporté sur un orfèvre de Montpellier, à moins que connaissant l'esprit de Blancard enclin à changer les histoires, on ne se rappelât que des détails semblables avaient été donnés par Rivière, et qu'on ne comparât entre elles les deux observations, qu'on trouverait très-évidemment non-seulement analogues, niais encore absolument identiques?
Mais pour revenir aux observations qui appartiennent à des ulcères, la quarante-huitième, entre autres, mérite d'être lue, et si elle eût pu exister cent vingt ans auparavant, elle aurait fait, je pense, que Gesner, pour ne pas parler d'autres auteurs, n'aurait pas publié aussi facilement celle qui se trouve dans cette section sous le numéro xxxvi relativement à des lézards et à des serpens qui se développèrent dans l'intérieur des viscères, et qui firent périr au milieu des douleurs les plus cruelles , qui le croirait ! eriKdron trois mille hommes. En effet, pour ne rien dire des raisons et des avertissemens de Vallisnieri (i) à ce sujet (et plût à Dieu que le grand nombre de ceux qui ont continué à rapporter dans la suite sans aucun doute des observations de la même espèce', les eussent lus et examinés attentivement!), il est certain que dans la quarante-huitième histoire que je citais tout-àl'heure, Hermann fait la description d'un homme ■-■ ■ . . . - -
(1) Consideraz. in t. alla generazione de'vermf.
go VIIfGT-NEUViiME LETTRE.
qui croyait si fermement qu'il avait un lézard dans l'estomac qu'il n'hésita point à dessiner sa forme; qu'on lit dans Luc. Ant. Portius (i) qu'un autre sujet assurait qu'il avait dans le même viscère une grenouille qui coassait quelquefois et qui nageait dans l'eau qu'il avait bue; et qu'on voit dans Brunner (2), pour ne pas en dire davantage, qu'on pensait qu'une femme nourrissait un animal vivant dans son ventre à raison des morsures qu'elle disait éprouver dans son estomac, et d'autres symptômes. Cependant celle-ci au lieu de cet animal , le second au lieu de la grenouille , et le premier au lieu du lézard, avaient des tumeurs à l'estomac, qui pour la plupart étaient ulcérées. Ainsi, de ces trois histoires réunissez à celles du Sepulchretum les deux plus modernes, chacune avec ses symptômes et sa dissection. Mais il y en a encore à ajouter non-seulement quelques autres moins récentes , comme celle que vous aurez lue dans Freher (3) sur le célèbre cardinal Baron que trois ulcères situés à Tentrée de Testomac enlevèrent au milieu de nausées insurmontables, mais surtout plusieurs des plus modernes, comme une (4) de Brunner où il existait une tumeur ulcérée, une autre de Baster (5) qui ne diffère pas
(1) T^id, Act. Lips. , a. 1704, m. septembr.
(2) Gland, duod. , c. g.
(3) Theatr. viror. erud. clar. , p. 1 , s. 2.
(4) C. 9 cit.
(5) Act. N. C. , tom. 8, obs. 16.
DE LA DOULEUR DE L ESTOMAC. Qf
beaucoup en général de cette dernière, deux du célèbre Planci (i) relatives l'une et l'autre à un ulcère calleux , et d'autres parmi lesquelles il en est certaines qui appartiennent à l'illustre de Haller ; car outre celle d'un estomac (u) devenu squirrheux par l'abus du vinaigre, celui-ci en a rapporté deux autres, dans l'une (3) desquelles il décrit plusieurs tubercules remplis de pus dans ce viscère, tandis que dans l'autre (4) il fait la description d'un estomac extrêmement hideux et as* siégé de squirrhes et d'abcès placés entre ses tuniques à un endroit où il était adhérent à l'intestin colon, avec lequel il communiquait par une voie ulcérée ouverte.
En relisant attentivement toutes ces observations, à commencer par celle de Hermann, et en y ajoutant encore une autre histoire du célèbre Goritz (5), vous remarquerez facilement qu'il en est extrêmement peu dans lesquelles il n'existait point une lésion au pylore ou près du pylore; en sorte que sous ce rapport également, l'opinion de Fréd. Hoffmann (6) peut paraître ne pas s'éloigner de la vérité au moins le plus souvent , savoir que le pylore est principalement et primitivement
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{}) Epist. ad Put. , a. 1726, et Epist. ad eumd. de monst.
(2) Opusc. pathol. ^ obs, 21.
(3) Ibid. , obs. 22.
(fi) Ibid., obs. 523.
(5) Eph. N. C, cent. 8^ obs. 20.
(6) ^id. Commerc. littçr,, a. lySi, specim. 44^ ^^'
9^ VINGT-KEUVIÈME LETTRE-
affecté dans la cardialgie, attendu surtout qu^on lit aussi dans la section suivante (huitième) du Sepulchretum (i) que près de cet orifice l'estomac était corrodé intérieurement, et qu'on voit dans celle qui nous occupe (2) que l'orifice lui-même était extrêmement tuméfié à l'extérieur non sans des vomiques remplies de pus blanc, tandis qu'intérieurement il était squirrheux et présentait plus de glandes endurcies blanchâtres que la partie restante de l'estomac. D'ailleurs quand vous aurez vu dans les observations citées de Hermann et de Baster qu'avec des ulcères du pylore il existait en même temps à cette partie des excroissances soit glanduleuses soit fongueuses-, de telle sorte qu'on pourrait croire que ces excroissances étaient formées par la substance ulcérée du pylore, vous chercherez sans doute si les autres excroissances que d'autres auteurs et moi avons observées quelquefois soit à cette partie de l'estomac soit à d'autres, doivent toutes être regardées comme étant nées de quelque ulcère de ce viscère. Vous voyez, par exemple, dans les supplémens de cette section (3) que Paulin remarqua dans un estomac, aux environs de l'orifice gauche, deux verrues fortement fixées avec leur racine ^ Tune de la grosseur d'une petitepomme, l'autre du volumed'unegrosse
(i)Obs. /|.
(2) In addit. , obs. 6.
(3) Obs. 5.
DE LA DOUtii'UR DE L ESTOMAC. q3
aveline, tandis qu'il ne fait aucune mention d'ulcères qui les eussent formées, quoiqu'une masse de la grosseur d'un gland eût auparavant été rejetée par le vomissement avec beaucoup de sang; et effectivement nous sommes accoutumés à voir des verrues sur la peau sans ulcère. Du reste vous lirez dans Marcellus Donatus (i) ce que les médecins arabes ont écrit sur les verrues de l'estomac, et vous le trouverez en partie aussi dans la scholie ajoutée à l'appendice placé par Bonet après l'observation treizième de cette section, quoique la verrue qui y est citée d'après Avenzoar étant de la grosseur d'une pomme, on ne comprenne pas facilement comment elle put sortir de l'estomac et être rendue en passant à travers les intestins grêlesjusquedans les gros intestins; en sorte qu'on est porté à soupçonner qu'elle se développa non pas dans l'estomac, mais dans la partie du colon (2) qui touche le fond de ce viscère, attendu surtout qu'il est dit que chez ce malade il n'y eut jamais de vomissemens, mais toujours des déjections, tantôt de différentes couleurs, tantôt sanguinolentes.
17. Mais comme les corps que les Arabes appelèrent verrues pouvaient être sinon des polypes i dû moins des excroissances charnues des intestins ou de Testomac (je croirais que c'est à peu près k
(1) Demed. hist. mir./l. 3, c. 3.
(2) F^id, etiam^ Epist. 3i . n. 21.
94 VirrGT-WEUVièMEI.ETTnK.
cette espèce qu'appartenait cette masse de chair rejetée après plusieurs vomissemens de sang et décrite dans l'appendice dont il a été parlé tout à l'heure), de même que ceux qui furent observés par Paulin, lesquels étant suspendus à une racine imitaient jusqu'à un certain point des verrues; si vous voulez également que ces corps dus-» sent leur origine à une ulcération ou à une érosion, je ne m'y opposerai pas. Mais je chercherai plutôt si vous devez croire la même chose relativement à quelques autres, comme à cette caroncule glanduleuse assez grosse qui était attachée à l'estomac près de l'anneau du pylore par un pétiole oblong, que je vous ai décrite dans la seizième Lettre ( i), et que vous pourrez comparer avec celle dont la description se trouve dans le Sepulchre-^ tum (2) d'après Prévoti; cette dernière était attachée au même endroit de l'estomac au moyen d'une membrane oblongue, et elle était encore semblable à la mienne, à ce que je crois, en ce qu'elle n'avait pas été nuisible. En effet comme l'auteur écrit ce qui suit en parlant de cette caroncule : ce corps tombant dans le pylore y la sortie du chyle au-^ rait pu facilement être entièrement empêchée y et di» vers symptômes en résulter; on voit qu'il n'est pas dit que cette sortie eût été empêchée, ni que ces symptômes eussent eu lieu; en sorte qu'on ne sait
(s) L. a^ s. 7, obs. i38.
DE LA DOULEUR DE l'eSTOMAC. gS
nullement pour quoi on a mis le titre suivant à cette observation : Phthisie par une glande développée sur le pylore.
Quant à moi, il me semble que les excroissances de cette espèce , et celles que l'on voit suspendues à la peau sur quelques sujets , et que l'on met au nombre des envies de la mère , ont une origine qui n'est pas très-différente , et qui n'appartient pas aux ulcères. Cependant je ne nierais pas qu'elles ne puissent facilement, de même que ces envies, se rompre et s'ulcérer par des causes nuisibles accidentelles. C'est ainsi que sur un ou sur deux sujets, et principalement sur le vieillard dont je vous ferai ailleurs (i) la description en parlant des individus morts de coups reçus à la tête, j'ai vu suspendu à l'anneau du pylore un lambeau membrano- nerveux, déchiré, en sorte qu'il n'était pas douteux qu'il n'eût été plus gros autrefois, et qu'il ne fut encore parfaitement sain à l'extrémité de son bord. J'ai encore remarqué sur le même anneau d'autres lambeaux non suspendus, mais sessiles comme les verrues, par exemple, sur un portefaix qui se fractura presque toutes les côtes en tombant d'un toit, et dont je vous entretiendrai ailleurs (2), ainsi que sur un vieillard dont je ferai mention (3) lorsque je parle-
(i)Epist. 52, n. 8.
(2) Epist. 53 , n. 37.
(3) Epist. 4/i , n. 19.
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rai des lésions de la glande prostate en traitant de la gonorrhée. En effet chez tous les deux il y avait sur cet anneau deux petits corps arrondis de la grosseur d'un pois, un peu livides sur le premier, rouges sur le second, et d'une substance glanduleuse sur l'un et sur l'autre. Ils laissaient même apercevoir d'une manière un peu obscure sur l'un d'eux leurs petits orifices particuliers , qu6 l'on pouvait voir plus grands et plus manifestes sur les glandes lenticulaires voisines. Car sur ce sujet ces dernières étaient agrandies dajn^ l'antre continu du pylore , à travers lequel Jeux ou trois lignes saillantes étaient tracées en long et se terminaient k ces deux petits corps arrondis, tandis que sur chacune de ces lignes il y avait deux ou trois glandes séparées par quelque intervalle. Ces glandes lenticulaires de l'estomac rappellent à ma mémoire une autre observation qui leur est relative, et qui appartient surtout à ceci, parce qu'elle fut recueillie sur un homme qui n'avait présenté, que je sache, aucuns symptômes d'une affection de l'estomac, comme ceux dont je viens de parler, et qui succomba à des douleurs de ce viscère de courte durée, mais trés-violentes.
i8. Un homme âgé de quarante ans, bien musclé, et occupé de pensées graves , avait commencé à souffrir de la tête quelques jours auparavant, et à éprouver un sentiment d'ardeur en urinant, lorsque après son souper, où il n'avait rien pris de trop ni de malsain, il fut attaqué de douleurs
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\iolentes à la région de l'estomac. La douleur de la tête persistait. Celles de l'estomac augmentaient. Une grande quantité de matière verte était rendue par les selles et par la bouche. Il mourut au milieu de ces symptômes au commencement du troisième jour* à Venise , vers le milieu du mois d'août de l'an /707.
Examen du cadavre. La partie droite de l'estomac, après l'ouverture de ce viscère, parut saine, et j'y observai avec des savans mes amis un trèsgrand nombre de glandes lenticulaires disposées comme je l'ai décrit dans la troisième partie des Adversaria (i). La partie gauche était parsemée dans son fond de plusieurs taches d'un rouge vif; et parmi ces taches quelques-unes qui commençaiert à se couvrir d'une petite croûte sale et de couleur de fer, indiquaient que Tinflammatioa passait à la gangrène. J'exprimais du sang sans aucune difficulté de la même partie^ là où il n'y avait aucunes taches , et où la tunique interne paraissait saine. Le duodénum et les autres intestins examinés même en dedans ne présentèrent rien de morbide. La vésicule biliaire se contractait à \\i\ intervalle de deux ou trois doigts de son bas-fond, et avant de se terminer en conduit cystique elle se dilatait de nouveau, de manière qu'elle pouvait paraître divisée en deux. Les poumons étaient adhérens par eux-mêmes à toutes les parois de la
(1) Animad. 4.
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poitrine, et attachés de la même manière au médiasûn : cependant ils étaient sains; -car relativement à ce que leur partie postérieure était rouge, le dos et la partie postérieure des bronches étaient teints également de la même couleur. 11 n'y avait point de sang ni dans le cœur ni dans les oreillettes. Toutes les autres parties que j'examinai à l'exception du cerveau , ne présentèrent rien de remarquable.
39. Aucun grand écart de régime n'avait été commis par cet homme, comme par celui dont le célèbre Kochler (i) vit lestornac enflammé et assiégé de taches noires; il n'existait absolument aucun soupçon soit d'un médicament administré à contre-temps, comme dans un cas rapporté dans Rlaunig (2), soit d'un empoisonnement produit par fraude ou par hasard, comme dans plus d*un des exemples consignés dans cette section du Sepulchretuîn. Il y avait même eu, comme vous avez pu le remarquer, quelques symptômes antérieurs qui indiquaient l'acrimonie du sang. Cependant , si par hasard vous éprouvez ici quelque étonnement, vous en éprouverez un plus grand #u sujet d'une femme dont je vous ai promis ailleurs (3) Ihistoire , quç voici maintenant.
ao. Une pauvre femme de la campagne, qui
(1) Commerc. lilt., a. 17/1 3, liebcl. 5, n. 2.
(2) Eph. N. C. , cent. 3 et 4, obs. 145. .(3)Epist. 14, 11.35.
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paraissait âgée d'environ cinquante ans, était sujette par intervalles à une difficulté de respirer, avec un sentiment d'anxiété, un pouls dur et une grande agitation de toutes les artères, en sorte que leur moitvement alternatif se voyait non-seulement au cou et aux tempes, mais encore aux mains. Dès que la respiration était gênée, elle venait, à cet hôpital, et après qu'on lui avait tiré beaucoup de sang, qui était un peu dur, elle était délivrée. Elle avait vécu dans cet état pendant quatre ans, lorsqu'ayant été prise chez elle de douleurs d'estomac, elle y mourut dans l'espace de vingtquatre heures.
Examen du cadavre. Le cadavre me fut accordé pour le cours public d'anatomie avant la fin de janvier de l'ap 1737. En examinant tout par ordre, voici ce qui parut digne d'être noté dans le ventre. L'estomac était gros, et à demi plein , tandis qu'après qu'il eut été ouvert et examiné il était étonnant que tout ce qu'il contenait n'eût pas été rejeté par le vomissement; car il était ulcéré et présentait des érosions nombreuses et variées qui paraissaient récentes, mais qui étaient déjà affectées d'une noirceur gangreneuse. Quelques-unes d'entre elles étaient très-serrées et très-petites au sommet du viscère, et l'on en voyait aussi de semblables dans la partie voisine de l'intestin duodénum ; d'autres plus grandes étaient éparses dans le fond, surtout là où l'estomac commençait à se dilater à partir de l'extrémité de l'œsopliage. D'ailleurs
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l'œsophage lui-même ne manquait pas de ces sortes d'érosions, de manière qu'elles semblaient avoir été produites par l'ingestion de substances dont la nature n'était pas connue, ni ne pouvait être suffisamment déterminée par la miftière qui restait dans l'estomac. La rate un peu plus grosse et plus mollasse que dans l'état naturel, était collée au diaphragme dans une très-grande élendue, et à l'estomac dans quelque partie; cela dépendait-il de la grosseur de celui-ci? L'utérus était fort incliné à ga uche ; aussi son ligament rond de ce coté était-il également plus court que celui du côté droit. A l'un des côtés du col de ce viscère était adhérente en dedans, par un sommet mousse, une membrane d'une forme pyramidale, petite, un peu épaisse, blanche, que je regardai comme les restes d'une hydatide distendue autrefois par de l'eau. La vessie urinaire, à partir des orifices des uretères, présentait des vaisseaux sanguins tellement remarquables par leur rougeur, que bien qu'ils fussent très-petits, leurs communications n'auraient pas pu mieux s'apercevoir s'ils eussent été remplis de cirerouge injectée. Etant ainsi rapprochés, ces vaisseaux se rendaient des deux côlés à l'urètre, dans la face interne de laquelle ils étaient encore plus serrés, et par cela même pas aussi beaux. Dans la dissection du* mésentère qui contenait plus de graisse qu'on ne Taurait cru au preujier abord, et dans lequel cettu graisse était d'une excellente qualité ainsi que dans toutes les autres parties, je re-
marquai que les glandes étaient bien saines, mais plus grosses que clans l'état naturel, attendu que la plupart d'entre elles égalaient des fèves même des plus volumineuses. L'origine de l'artère mésentérique supérieure était aussi commune à la cœliaque. ta coronaire de l'estomac était d'un diamètre beaucoup plus considérable qu'à l'ordinaire. Toutefois la veine-cave ayant été coupée au-dessus et au-dessous du foie, comme elle a coutume de l'être dans les amphithéâtres d'anatomie, ne répandit pas même une goutte de sang.
Les deux côtés de la poitrine contenaient un peu d'eau qui n'était teinte d'aucune couleur, tandis que les poumons étaient gonflés par de l'air et adhérens à la plèvre par derrière et par les côtés. Il y avait quelque chose de polypeux dans le cœur> et dans les veines jugulaires, qui contenaient plus de sang que les veines inférieures. Les parois du cœur à gauche étaient évidemment plus épaisses qu'elles ne devaient l'être, tandis qu'à droite elles semblaient être plus minces que dans l'état naturel. Il n'y avait cependant aucune dilatation des ventricules, ni des veines, ni de l'artère pulmonaire, ni enfin du tronc de l'aorte. A la vérité il existait dans les valvules de celle-ci quelque chose d'un peu dur, et le tronc lui-même présentait soit près du cœur, soit ailleurs en différens endroits, des commencemens d'une ossification qui devait avoir lieu un jour; ces commencemens étaient indiqués par une couleur qui était jaune seule-
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ment, et même par une durelé qui se faisait déjà remarquer un peu au-dessus du diaphragme, où ils étaient plus étendus et plus saillans; mais le tronc avait partout son diamètre naturel. Il n'en était pas ainsi de toutes ses branches. En effet, outre cette coronaire dont il a été parlé, quand je comparais les artères carotides entre elles, celle du côté gauche me paraissait évidemment plus grosse que celle du côté droit; et comme la première, après avoir à peine mesuré un espace d'un pouce et demi à partir de son origine, se divisait en deux branches, exemple extraordinaire, elle se dilatait au-dessous de cette division un peu plus que les artères ne le font ordinairement sur la plupart des sujets aux endroits de leurs divisions. Je remarquai la même chose sur les deux sous-clavières à l'endroit où elles se divisent pour former leurs plus grosses branches.
Enfin le crâne ayant été coupé circulairement le vingt-huitième jour après la mort de la femme, aïon-seulement je trouvai le cerveau sans aucune lésion, mais encore sans fétidité, et il n'était pas en plus mauvais état que tous les autres beaucoup plus frais que je disséquai en même temps.
2 1. Vous avez dans l'épaisseur plus que naturelle des parois gauches du cœur une partie de la cause qui agitait trop violemment les artères, et dans la dilatation de quelques-unes de celles-ci,
(i) Epist. 24^ n. 35 et seq.
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ainsi que dans le grand nombre de commencemens d'ossification, l'effet de la même agitation. Mais vous comparerez tout cela avec ce que j'ai écrit ailleurs (i) sur les anévrismes bâtards, comme Lancisi les appelait. Vous avez en outre, pour ce qui appartient surtout à ce sujet, les causes de la douleur très-violente de l'estomac dans les érosions de ce viscère. Comme je trouvai aussi peu de temps après dans l'estomac d'un ivrogne dont j'ai décrit l'histoire dans la quatorzième Lettre (i), des érosions qui ne différaient pas beaucoup de celles-là, pour ne rien dire de ce que j'ai rapporté un peu plus haut (2) avoir vu sur cet homme de Venise, je reste incertain si je dois les faire toutes dépendre de l'ingestion de je ne sais quelles substances, ou de sucs vénéneux développés intérieurement. Quand même je voudrais accuser cette dernière cause dans quelqu'une de ces histoires, il ne paraît pas que je le puisse dans la dernière, dans laquelle la voie qui conduit à l'estomac, l'œsophage, était également affectée des mêmes érosions. Au reste comme j'aime mieux traiter une fois en son lieu des effets des poisons observés dans l'estomac par l'anatomie, que d'en parler çà et là, comme je vois que cela a été fait dans le Sepulchretum^ je rejetterai à cet endroit (3) ce qu'il me
(3) Epist. 69, II. prsesertim 21
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reste à dire sur ce sujet; en sorte que je renvoie ailleurs pour le même motif ce qui appartient à la douleur de l'estomac dépendante «l'une sympathie avec d'autres parties, etnommémentavec les reins. 2-i. Quant à ces douleurs d'estomac qui ne dépendent point d'un poison, et qui ne sont point produites par des causes fixées hors de ce viscère, si par hasard vous désirez ajouter quelque chose à ce que vous avez lu plus haut, je suis d'avis que vous y ajoutiez surtout une observation de l'illustre Heister (i), qui décrit une cardialgie très-violente causée par un grand amas de lombrics, qui avaient tellement lésé l'estomac aux environs de l'orifice gauche où il les trouva attachés, que ce viscère était sanguinolent et comme corrodé; et cela sur une femme adulte, et non sur des enfans chez lesquels il est moins étonnant que Bonet et Saxonia aient observé des cas semblables, comme vous le verrez dans cette section du Sepulchretum (2). D'un autre côté, quoiqu'on rapporte dans la même section plusieurs exemples (3) d'une douleur d'estomac produite par des calculs concrètes dans ce viscère lui même, cependant vous pouvez yen ajouter de nouveaux d aprèsLanzoni(4),Contulus (f)) et d'autres. Adieu.
(1) Eph. N. C, cent. 5, obs. 86.
(9,1 Obs^. i/|.
(3) Obs. 29, 3 1 et Sa.
(4) Act. N. C. , t. I , obs. 64.
(5) Delapidibus^ poda^ra^ etc. ^ c, 9.
DU VOMISSEM£i\T. Io5